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Le mini-sommet de Sarkozy : un feu vert pour les déficits ?

Merkel, Berlusconi, Sarkozy et Brown à l'ELysée le 4 octobre 2008 (Philippe Wojazer/Reuters).

Ils sont tous là sur le podium de la salle de presse de l'Elysée. Le Premier ministre britannique Gordon Brown avec des grosses notes au feutre devant lui, la chancelière Angela Merkel en veste rose, le président du conseil italien Silvio Berlusconi qui gigote tellement sur sa chaise qu'il ferait passer Nicolas Sarkozy pour un maître zen, le président de la commission européenne José Manuel Barroso et aux deux bouts de la table les deux gendarmes, le premier ministre luxembourgeois et président de l'eurogroupe Jean-Claude Juncker et le président de la Banque centrale européenne Jean-Claude Trichet.

A la sortie de leur réunion samedi (un jour bien choisi, les marchés sont fermés), les quatre membres européens du G8 annoncent qu'ils soutiendront les établissements financiers européens en difficulté. Les solutions seront nationales et les pays de ce G4 s'engagent « à ce que les dirigeants qui ont failli soient sanctionnés ».

Un spectacle d'unité rassurant

Les membres du G4 appellent à la tenue rapide d'un sommet économique international pour revoir les règles du capitalisme financier « avec les Etats les plus concernés » (ce ne sera pas tout de suite, un Etat très concerné attend de connaître son prochain président).

Chacun leur tour, les invités du président français prononcent des discours similaires qui répètent les mots « confiance », « coordination », « stabilité », « responsabilité ». Après ce concert d'unité, un journaliste demande à Nicolas Sarkozy ce qu'il est advenu de l'idée de son ministre des finances de créer un fonds commun européen pour venir en aide aux institutions bancaires européennes. « Je n'ai d'autant eu moins de mal de renoncer à cette proposition que je ne l'ai jamais assumée, proposée, imaginée », répond-il. La réponse, à défaut d'être gracieuse pour Christine Lagarde, a le mérite de faire plaisir et d'effacer la cacophonie de la semaine précédente. Angela Merkel, opposée au projet, approuve de la tête.

Le président français rebondit sur l'idée du sommet « pour poser les bases d'un capitalisme de l'entrepreneur et non pas du spéculateur ». On ne s'attendait certes pas à ce que le président français annonce que le G4 avait décidé d'ouvrir les vannes au capitalisme sauvage, mais la voix se veut rassurante, le ton moraliste.

Quid des critères de déficit de Maastricht ?

Plus difficile, la France, l'Allemagne, la Grande-Bretagne et l'Italie demandent aux autorités européennes de faire preuve de « flexibilité » dans l'application du Pacte de stabilité qui impose aux Etats-membres de ne pas avoir un déficit dépassant le seuil de 3% du PIB. Cela veut-il dire qu'on peut désormais laisser filer les déficits ? Et de quelle « flexibilité » parle-t-on si le Luxembourgeois et président de l'eurogroupe Jean-Claude Juncker, demande à ce que le pacte soit respecté « dans son intégralité ».

Les quelque 150 journalistes internationaux venus à la conférence de presse n'ont droit en tout qu'à une question pour chaque dirigeant. On en saura donc pas beaucoup plus.

A la sortie de la salle, les représentants des médias tentent de lire entre les lignes du paragraphe du texte de la déclaration commune qui dit que « l'application du Pacte de stabilité et de croissance devrait également refléter les circonstances exceptionnelles que nous traversons ».

Le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy Henri Guaino explique à un groupe de journalistes que le problème, c'est d'aider « les banques centrales » à rendre confiance aux épargnants « pour éviter qu'il y ait une panique et un effondrement du système bancaire ». (Avec ces mots, là, heureusement que ce n'était pas lui qui était chargé d'être rassurant à la tribune).

Flou

Et quand on demande à cet ancien anti-Maastricht si les critères du pacte de stabilité sont caduques, il répond d'une périphrase : « La priorité des priorités, c'est de sauver le système bancaire. »

Après une semaine de communication brouillée sur le sujet par des ministres qui se contredisaient parfois, il reste difficile de se faire une idée claire de la façon dont le gouvernement français compte répondre à la crise financière et ce qu'il va advenir du respect des critères de Maastricht.

Aux Etats-Unis, l'adoption du plan Paulson a été l'occasion de discussions, de va-et-viens, d'amendements qui ont occupé le Congrès cette semaine avant son approbation. En France, on attend toujours le débat parlementaire ou la conférence de presse où ces questions seront posées.

Photo : Merkel, Berlusconi, Sarkozy et Brown à l'ELysée le 4 octobre 2008 (Philippe Wojazer/Reuters).

8 commentaires sélectionnés

Portrait de nemo3637

De nemo3637

Déchoukeur | 03H38 | 05/10/2008 | Permalien

De toutes façons il faudra consulter tous les états de l'Union Européenne, à travers ses institutions, avant de pouvoir prendre effectivement des décisions. Ce mini sommet a donc un caractère d'esbrouffe et risque d'indisposer ceux qui n'y sont pas invités comme l'Espagne. L'absence de consensus, phénomène récurrent dans le fonctionnement de l'Union, transparait encore plus face à la crise actuelle.
La position du président de l'Union est d'autant plus difficile à tenir qu'il se doit d'être consensuel à un moment où il faudrait prendre des décisions fortes et tranchées. Mais Monsieur Sarkozy, quelque soit les contingences, est-il l'homme de la situation ?

Portrait de N.MARECHAL

De N.MARECHAL

10H03 | 05/10/2008 | Permalien

La crise américaine couvre toutes les autres bavures des états qui nous entourent.

Nous, nous pratiquons la cavalerie pour payer ne serait ce que les intérêts de nos dettes. En comme la dette et pratiquement à l'égal du capital, on n'a besoin de personne pour plonger dans le rouge.

Bref, lorsque l'on pratique la cavalerie dans ses finances, il faut reconsidérer immédiatement sa stratégie pour rembourser sa dette sinon les affaires partent très vite en live.

En France, cela fait depuis 1973, que le système traîne sa dette et pratique la cavalerie. Autant dire qu'a présent, le rattrapage est quasi impossible et qu'une crise majeure n'a rien d'illogique.

Le plus triste est que chaque citoyen s'efforce de gérer ses propres dépenses, s'efforce de régler ses dettes au mieux, car chacun mène sa barque de façon durable. Visiblement nos gouvernants n'ont pas les même valeurs, et chacun de dire « après moi le déluge ».

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 10H53 | 05/10/2008 | Permalien

La réunion de l'Elysée a sanctionné le décès peu glorieux des contraintes de Maastrict en matière de déficit. L'Eurogroupe et la BCE n'ont pu que s'incliner.

Entre-temps, les Irlandais n'en faisant qu'à leur tête, ils ont commencé à drainer l'épargne britannique en offrant des garanties des dépôts bancaires que le Royaume-Uni ne peut se permettre, ce qui fait bien braire les Anglais. Cette concurrence entre Etats membres de l'UE est « insupportable », jugent les Britanniques, alors qu'eux-mêmes la pratiquent à qui mieux mieux depuis leur entrée dans le Marché Commun !

L'Allemagne, qu'on a connue plus solidaire, refuse l'idée sarkozyenne d'un fonds européen d'intervention sur le modèle du « bailout » de Paulson. Les Allemands ne paieront pas les dettes, même temporairement, de leurs alliés européens les plus proches, y compris des Français.

La réunion de l'Elysée vient par conséquent de sonner le glas d'une quelconque solidarité européenne face à la crise. Qu'à cela ne tienne, on exigera un traitement « international » du problème de l'insolvabilité potentielle des banques ! Si ce n'est pas une fuite en avant, ça, qu'est-ce que c'est ?

Il est permis d'être très pessimiste quant à l'avenir de l'Europe. On essaiera peut-être de sauver l'euro, mais sans plus. De toute manière, cela se fera aux dépens de la politique monétaire de la BCE…

De toutes les belles paroles qu'on a pu entendre sur l'Europe « unie » depuis des années, il ne reste donc plus rien ou presque. Seul l'euro surnage, pour l'instant. On peut se demander ce qu'il va advenir de JM Barroso, le bon apôtre d'une politique libérale à tout crin. Il n'a plus rien à faire à la tête de la Commission, mais qui osera le lui dire ? S'il avait des tripes derrière le nombril, il démissionnerait de son plein gré. Etant donné le personnage, il est permis de douter d'une telle issue.

Tout compte fait, Sarkozy paraît aujourd'hui être le moins laisser faire de tous ces messieurs-dames. Au fond, ce n'est qu'une demi-surprise, car il n'a jamais eu de réflexion économique autre que superficielle (comme pour tout le reste). Christine Lagarde fait les frais de l'instabilité idéologique de son président. Ce ne sera sans doute pas la seule, mais qui peut prévoir la prochaine volte-face de Sarkozy ?

Le statut de girouette du président français ne le dessert pas pour le moment, mais comme il n'a aucune prise sur la réalité, ce n'est pas cela qui va le mettre en odeur de sainteté avec les Français, y compris ses quelques supporters interventionnistes (je parle des vieux porteurs d'esquilles d'os du squellette gaulliste qui parsèment encore sa majorité parlementaire).

Au fond, on n'a aucune idée, non seulement de ce qu'il va advenir du système financier, mais aussi et surtout de ce que sera la position de la France en cas de coup dur.

Cramponnez-vous, bonnes gens, le voyage promet d'être rude !

Portrait de Humain

De Humain

11H46 | 05/10/2008 | Permalien

Un sommet pour résoudre un problème économique ne réunit que 4 pays !

Drôle de facon de prendre des décisions en Europe ! ! ?

Quatre pays, alors que nous entendons chaque jour parler de décision d'ensemble ?

Quel est ce président du conseil de l'Union Européenne, (et non pas de l'Europe comme on le dit), qui associe le FMI à des discussions concernant l'ensemble de l'Union où les décisions ne sont prises que par certains ?

Quelle est cette Europe, où la banque centrale conviée à cette réunion, se vante d'être indépendante ?

Quelle est cette réunion dans laquelle l'Angleterre, qui n'utilise pas l'Euro, nationalise à tout va, en donnant des cours de libéralisme.

J'aimerais comprendre, comment cette Europe réagit à cette « Croissance négative » ?

Résultat de la réunion : les critères de Maastrich sont mis (un peu) entre parenthèses, et chaque pays peut, vis à vis des ses propres banques, agir seul ?

L'Europe serait donc pour une prise de décision en commun quand les choses vont bien….

Et prendre les décisions avec seulement quelques uns quand les choses vont mal ?

Bigre…. ! Si nous avions pas voté « non » (comme les Iralandais) je pense que la vague nous aurait englouti encore un peu plus et un peu plus vite !

Portrait de AlfredoGarcia

De AlfredoGarcia

Rien | 13H13 | 05/10/2008 | Permalien

« Le mini-sommet de Sarkozy : un feu vert pour les déficits ? »
Aucune importance, une crise économique suivie de sa récession provoque autant de déficit ou même plus (elle peut détruire toute l'économie d'un pays ou d'une région, exemple : la crise économique des années 80 en Amérique du Sud - 15 ans perdus) qu'une intervention des états avec l'argent public.
Par contre ce sommet à tourné au marketing, en gros rien n'a changé ; Royaume-Uni, Irlande, Pays-Bas, France, Luxembourg et Belgique avaient déjà creusé leur déficit pour aider ses banques en difficulté, c'est le chacun pour sa peau et sauve qui peut.
Quant aux mots : « confiance », « coordination », « stabilité », « responsabilité », la réponse du marché sera : « Cause toujours », il y a des décennies que le marché tourne comme ça, et en pleine crise la spéculation ne s'arrête pas, et qui sont les « méchants spéculateurs » ? On dirait qu'ils ne sont pas les banques, leurs actionnaires, leurs « traders », leurs Pdgs et des Pdgs des grands groupes et leurs stock-options et parachutes-dorés.
Petit exemple tout chaud :
« JP Morgan Chase a refusé à Lehman Brothers holding Inc.(LBHI) d'accéder à ces actifs (17 milliards de dollars d'actifs) et au lieu de cela a “gelé” le compte de LBHI ». « En conséquence (…), LBHI a souffert d'une crise de liquidités immédiate, qui aurait pu être évitée par un certain nombre d'événements, dont aucun ne s'est produit. » (Le Monde/Sunday Times) Alors cause toujours « confiance », « coordination », « stabilité »

Portrait de Choucroute

De Choucroute

14H39 | 05/10/2008 | Permalien

J'ai entendu notre président faire ses déclarations tonitruantes contre les dirigeants qui ont failli. Il faut des sanctions dit-il. Mais si ma mémoire est bonne, n'avait-il pas promis durant sa campagne électorale de dépénaliser les délits économiques. Point de double peine disait-il. Et puis s'il fallait sanctionner les dirigeants qui ont failli, ne serait-il pas le premier à être sanctionné, lui qui promettait d'aller chercher le point de croissance qui manquait avec les dents, lui qui promettait de défendre la pouvoir d'achat des Français. Comme faillite on peut difficilement faire mieux. Alors oui il va falloir sanctionner, cette UMPet ce président ? qui sont en train de plomber la France pour plusieurs décennies.

Portrait de sinclair

De sinclair

16H13 | 05/10/2008 | Permalien

Réunion au delà du réel. Ce G4 Européen réunit 4 pays dont un l'Angleterre a un statut particulier, pas pleinement européen, qui n'est pas dans le système Euro. Les 23 autres pays sont pries d'apprécier et applaudir.
Les résolutions sont au final chacun fait au mieux et on se tient au courant. Position qui était celle de l'Allemagne des le départ.
Réunion donc pour l'image, inutile et sans portée autre que médiatique.
Ah ! si on peut constater le manque d'article de réflexion sur le sujet les « journalistes » se contentant de constater le fait.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 19H43 | 05/10/2008 | Permalien

Les membres du G4 appellent à la tenue d'un sommet économique international, mais quel est le poids d'une Communauté européenne divisée ? On a vu comment elle avait résolu le conflit russo-géorgien !
Quant à ce G4, il est actuellement composé d'un Président français qui désavoue perpétuellement son gouvernement et d'un Premier ministre britannique affaibli sur le plan national, et même au sein de son propre parti. Et je ne parle pas du Président du Conseil italien.
Oui appeler à une « flexibilité » du pacte de stabilité est une porte ouverte aux déficits : l'occasion est en effet trop belle, pour Nicolas Sarkozy, pour s'affranchir de sa promesse de retour à la stabilité en 2012. Il peut ainsi invoquer les circonstances d'une crise qu'il n'avait pas prévue (ce qui témoigne de sa vision politique et justifie qu'il ait été élu ! ). Vraisemblablement, Jean-Claude Junker ne s'y est pas trompé.
Le seul aspect positif de cette crise, mais il est de taille, est de montrer qu'un Etat est indispensable pour réguler l'économie de marché. La preuve est là, éclatante, qu'il ne peut se réguler tout seul et qu'il suffit de laisser-faire. Malheureusement, il a fallu attendre que de grands établissements financiers viennent crier misère, comme de vulgaires Sans Domicile Fixe. C'est à ce genre de signe que les puissants se rendent compte à quel point la misère est une chose horrible !

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