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Bernard Kouchner, Israël, l'Iran et les confusions phonétiques

Il n'est pas fréquent que le ministère des Affaires étrangères publie un communiqué pour corriger une erreur phonétique. Dimanche, le Quai d'Orsay s'est fendu d'un tel message parce que Bernard Kouchner, s'exprimant en anglais, a avalé un « h » dans une interview au quotidien israélien Haaretz, qui a entendu « eat » (manger) à la place de « hit » (frapper).

« Le ministre des Affaires étrangères et européennes, Bernard Kouchner, tient à préciser que, durant son interview en anglais avec les journalistes du Haaretz publiée ce jour, il a utilisé le mot “ hit ” et non “ eat ” à propos d'une hypothétique réaction israélienne s'agissant de l'Iran.

Il évoquait, en effet, l'éventualité d'une frappe israélienne destinée à empêcher l'Iran de se doter d'une arme nucléaire.

Il regrette le malencontreux quiproquo que cette confusion phonétique a provoqué. »

Décidément, Bernard Kouchner n'a pas de chance quand il évoque cet aspect de la question iranienne. On se souvient du vacarme provoqué par son évocation de la « guerre » (« il faut se préparer au pire, c'est-à-dire la guerre »), il y a un an, qui avait nécessité mise au net présidentielle.

« Frapper » l'Iran, ou l'« avaler » ? Il y a certes une différence dans la graduation de l'éventuelle riposte israélienne à l'obtention par l'Iran de l'arme atomique, et on comprend que la confusion ait pu faire sursauter, notamment à Téhéran…

Mais sur le fond, la position du ministre, qui est en visite en Israël et dans les territoires palestiniens, reste identique. Dans cette interview à Haaretz, il demande simplement à Israël de laisser du temps à la diplomatie face à l'Iran avant de passer à l'acte, même s'il exprime une certaine lassitude face au fait de négocier -« mais avec qui ? »…

Mais surtout, il semble en savoir long sur les plans israéliens pour une action qu'il qualifie de « vaste et importante » :

« Je sais que certaines personnes en Israël et dans l'armée préparent une solution militaire, ou plutôt pas une solution mais une attaque militaire. Je ne sais pas. Ce n'est pas selon moi la solution. »

Il souligne que si les renseignements israéliens estiment que l'Iran sera doté de la bombe en 2009 -ce qui rendrait une attaque préventive très proche-, les renseignements français font une estimation un peu plus longue : deux ans de plus, dit-il.

Bernard Kouchner en dit beaucoup dans cette interview, mais de manière tellement confuse qu'il est difficile de savoir ce qu'il pense vraiment, en particulier s'il cherche réellement à dissuader Israël d'attaquer l'Iran. Il dit dans le même souffle : 1) une bombe iranienne est inacceptable ; 2) les négociations ne mènent nulle part mais il faut continuer ; 3) la guerre n'est pas une solution, mais… Conclusion ?

Sans doute dira-t-on que c'est une habile manière de faire passer le message à Téhéran : vous avez intérêt à négocier avec nous, Européens, avant de vous prendre Tsahal sur le coin de la figure… Mais il est peu probable qu'un tel message fasse changer d'avis l'actuelle direction iranienne qui s'en trouvera au contraire confortée dans son intransigeance.

Au moins l'Iran sait-il avec précision, ce dimanche, que Bernard Kouchner ne lui prédit pas qu'il sera « mangé » par l'Etat hébreu, mais simplement « frappé ». On y voit plus clair.

7 commentaires sélectionnés

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 15H32 | 05/10/2008 | Permalien

Les correctifs du Quai d'Orsay sont pleins d'enseignements : si c'est bien to hit (frapper) et non pas to eat (manger), il faut sans doute se réjouir que ce n'ait pas été to heat (chauffer).

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 15H47 | 05/10/2008 | Permalien

C'est bien joli de faire de l'ironie, mais qu'aurions-nous voulu que Kouchner dise (si possible en meilleur anglais) ?

1) Que les Israéliens devaient se préparer à « y aller » dès maintenant ? Ou, au contraire,

2) Que les pourparlers avec l'Iran étaient en bonne voie ?

Il y a un grand absent dans tout ça, et rien ne se fera, dans un sens comme dans l'autre, sans son assentiment : c'est le prochain président des Etats-Unis. Sauf catastrophe, on a donc des raisons de croire que le « dossier » ne reviendra pas sur le devant de la scène avant la prestation de serment du nouveau président en janvier 2009.

Il est concevable (mais très peu probable) que les Israéliens n'attendent pas jusque là, mais il n'est pas dans leurs habitudes d'agir à un tel niveau de dangerosité sans le feu vert au moins tacite des USA.

On peut regretter que Kouchner ne soit pas le plus grand génie diplomatique que la France ait connu, mais au moins il ne peut pas être tenu responsable du « fourbi » actuel au Moyen-Orient.

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 15H56 | 05/10/2008 | Permalien

La question me semble même se situer en amont de ce que tu indiques, en fait. Il serait peut-être bienvenu de se demander s'il était en quoi que ce soit utile que Kouchner accorde cet entretien.

Après tout, la France n'a pas vraiment de marge de manoeuvre et doit, peu ou prou, se contenter de suivre les initiatives étasuniennes, russes, israéliennes ou iraniennes. Comme tu le fais remarquer, le dossier est très largement gelé en attendant l'investiture du prochain président étasunien, comme est gelée la question de l'attitude russe sur ce chapitre (et sur bien d'autres).

Dans ces conditions, était-il indispensable que Kouchner nous la joue façon bateleur ? Dans la mesure où les paris sont ouverts quant à savoir s'il avait simplement quelque chose à dire, était-il utile qu'il parle ?

Portrait de NOBUAZAC

De NOBUAZAC

Retraité à PAU | 16H23 | 05/10/2008 | Permalien

Il est impensable qu'un personnage tel que le ministre des affaires étrangères, poste si délicat, où les susceptibilités sont tellement exacerbées et où un lapsus peut avoir des conséquences dramatiques, ne se rende pas compte qu'il faut absolument utiliser sa langue maternelle pour éviter tout risque d'erreur. Un personnage tel que lui n'est pas un coureur automobile ou un sportif quelconque, il parle au nom de son pays ! !
Il devrait demander conseil au comédien Depardieu qui, en faisant ce genre d'erreur linguistique, s'est retrouvé dans la presse américaine accusé de viol.
Mais bon… c'est vrai que parler anglais, ça donne tellement d'importance ! ! !

Portrait de Thucydide

De Thucydide

Bêcheur de fond en Bourbonnais | 16H33 | 05/10/2008 | Permalien

La situation devient vraiment de plus en plus intéressante, à se demander quand la corde, tendue comme jamais, va se rompre.

Extrémismes religieux, bellicismes incontrôlables, bouleversement de la hiérarchie économique, l'insécurité est intégrale et les gouvernants de tous bords exploitent le principal ressort du moment, la peur.

Le hic, c'est qu'exploiter ne signifie pas systématiquement contrôler.
Lorsque Chinchilla note la faiblesse des USA face à la crise financière, il pourrait rajouter la faiblesse politique des mêmes mise en lumière par la crise du Caucase.

Or cette faiblesse est dangereuse, très dangereuse ; quand on est n°1, on ne peut pas assumer sa faiblesse, synonyme de rétrogradation…
Alors, on y va.

Autant laisser Poutine régler son compte à Sakaachvili en faisant les gros yeux, ça passe,
autant rester en dehors d'un duel Israël-Iran, là, c'est impossible (d'autant qu'Israël ne se permettrait pas une telle initiative sans l'accord au moins tacite de Washington, comme le fait remarquer jaycib.

Quant à nous, fiers Européens, nous n'avons qu'une chose à faire, regarder.
Et peut-être nous réunir à 27 pour décider selon quelles modalités nous ne ferons rien.

Car on ne le répètera jamais assez, plus que moins, c'est rien.

Portrait de Béatrice1

De Béatrice1

| 18H41 | 05/10/2008 | Permalien

Oui, car non seulement il a « avalé » le « h », mais il a en plus allongé la voyelle : un anglophone ne s'y retouve pas. C'est une plaie pour les Français qui ne prononcent pas le « h » (sauf dans certains dialectes : un Gascon dit « la hhhaie »), et n'ont qu'une seule sorte de voyelle, et qui confondent donc les moutons et les bateaux :

- hit [hit] - heat [hi : t]
- it [it] - eat [i : t]

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 19H17 | 05/10/2008 | Permalien

Bonsoir Béatrice.

Trois choses, tout de même…

Premièrement, le traité de non-prolifération qu'a signé l'Iran n'interdit pas la fabrication de plutonium. Or c'est bel et bien cela qui est reproché à l'Iran, puisque sur le reste nous ne savons rien. Certes, le plutonium ne sert qu'à fabriquer des armements nucléaires, mais à ce compte il fallait inclure cette interdiction dans le traité. (Par ailleurs, que l'Iran fabrique ou non des armements nucléaires, ça ne signifie pas pour autant qu'il soit un Etat proliférant.)

Deuxièmement, l'injonction faite à l'Iran de ne pas posséder l'arme nucléaire serait sans doute mieux entendue si, de son côté, Israël acceptait de dénucléariser et si les Etats-Unis ne manifestaient pas une attitude aussi constamment agressive.

Troisièmement (et enfin), je crois que vous vous égarez si vous vous figurez que les dirigeants iraniens sont des illuminés. Qu'ils ne correspondent pas à vos critères de beauté (ni aux miens, d'ailleurs), c'est une chose ; qu'ils ne gouvernent pas rationnellement, c'en est une autre.

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