A LA UNE

Crise à Wall Street ? Warren Buffet fait ses courses

Le mois dernier, en pleine panique de Wall Street, le milliardaire Warren Buffet a investi cinq milliards de dollars dans la banque d'affaires Goldman Sachs. Huit jours plus tard, trois milliards dans General Electric, « symbole de l'Amérique ». Enfin 4,7 milliards pour Constellation Electric que convoitait EDF. Au total 13 milliards de dollars de shopping boursier. « Il faut acheter au son du canon et vendre au son du violon », dit-on.

Ce n'est pas fini. Dans un entretien à la chaîne CNBC, le célèbre investisseur explique qu'il investirait bien à hauteur de 1% dans le plan Paulson de sauvetage des banques de 700 milliards de dollars. Investir ? C'est bien le mot qu'il a employé. Car il ne faut pas selon lui voir ses 700 milliards de dollars comme des dépenses fédérales mais comme un investissement dont les retours se matérialiseront dans cinq à dix ans.

Mercredi, il enjoignait le Congrès de voter le plan de sauvetage d'abord bloqué par la chambre des représentants. L'économie américaine est un grand athlète qui vient d'avoir une crise cardiaque, a t-il expliqué mercredi à Charlie Rose l'animateur de la chaîne publique PBS. Trop tard pour se demander s'il a bien pris sa tension régulièrement. Il faut attraper le défibrillateur (le plan Paulson en l'occurence). La crise économique actuelle est « un Pearl Harbor économique ». Inutile d'attendre d'avoir le plan parfait trop tard pour répondre aux attaques. Il s'attend à ce que la situation actuelle du monde de la finance empire, appelle à être patient.



Que l'homme le plus riche d'Amérique (il vient de griller Bill Gates de 65 à 58 milliards de dollars selon le classement de Forbes) tienne ce type de discours, que ce milliardaire parti de rien investisse et conseille d'en faire autant, a des vertus rassurantes. Dans Slate, Richard Beales estime même qu »on devrait lui confier la gestion du plan de sauvetage de Wall Street.

Certes, Warren Buffet qui a horreur du risque (il avait résisté à la tentation d'investir dans la bulle des nouvelles technologies et dans celle de l'immobilier) s'expose là moins qu'un investisseur traditionnel. Il a investi dans Goldman Sachs et General Electric en actions préférentielles rémunérées à 10% et s'il a obtenu ces bonnes garanties de rendement, c'est parce que les entreprises savent qu'un gros investissement de Buffet vaut toutes les meilleures notations d'emprunteur.

Il a choisi ses cibles selon sa règle habituelle : n'investir que dans des métiers dont on comprend le fonctionnement. « N'investissez que dans les affaires qu'un idiot pourrait gérer car tôt ou tard ce sera le cas. »

Coca et hamburger loin de l'agitation de Wall Street

Le plus gros milliardaire américain a un côté un sou est un sou, le bon sens près de chez vous. A 78 ans, il vit toujours à Omaha dans le Nebraska, loin des deux côtes, dans la maison qu'il s'est achetée il y a cinquante ans. Il mange des hamburgers, boit du Coca (il est passé de Pepsi à Coca il y a vingt ans, tout en grimpant à 7% dans l'entreprise), joue au bridge. C'est à Ohama qu'il organise chaque année son « woodstock pour capitalistes », l'AG où plus de 20 000 actionnaires de sa holding Berkshire Hathaway vienne écouter sa parole, laquelle tient souvent au mot inscrit sur sa plaque d'immatriculation : « Thrifty » (économe).

Une grosse biographie publiée la semaine dernière raconte son parcours depuis sa première déclaration d'impôts à 14 ans où il déclare l'argent qu'il a gagné en livrant les journaux (il n'a payé que sept dollars : il avait pensé à se mettre en frais réels et à déduire sa montre et son vélo) jusqu'à devenir milliardaire (les gens de la Harvard Business School qui l'ont refusé doivent se retourner dans leur tombe). La construction de sa fortune, il l'a faite grâce à « la boule de neige » : « la vie est une boule de neige, ce qu'il faut c'est de trouver de la neige et une pente vraiment longue ».

Sa vie personnelle ressemble moins à un conte de l'Amérique profonde. Sa première épouse Susie Thompson part vivre à San Francisco à la fin des années 1970 et demande à Astrid Menks, une serveuse de restaurant de veiller sur son mari. Astrid s'installe avec Warren, prépare sa valise quand il va en Californie rendre visite à sa femme qui souffre d'un cancer. La légende dit qu'ils signent leurs cartes de vœux de leurs trois noms. Après la mort de Susie, Buffett épouse Astrid.

On ne gagne pas les JO parce qu'on est le fils d'une médaille d'or

Ses relations avec ses enfants, d'après la même biographie, ont aussi de quoi surprendre. Il passe par exemple un contrat à son fils qui exploite une de ses fermes : tant qu'il pèse 83 kilos, il doit lui payer 22% de son chiffre d'affaires. S'il dépasse le poids, que son père lui a fixé, le loyer passe à 26%.

Ses trois enfants n'engraisseront pas non plus leurs comptes en banque à la mort de leur père. Buffett est contre l'héritage. « On ne va pas former l'équipe qui va aux Jeux Olympiques de 2020 avec les fils aînés des médailles d'or de 2000 », explique t-il.

C'est, entre autres ce qui l'a conduit il y a deux ans à annoncer qu'il laissait 85% de sa fortune à la fondation de Bill et Melinda Gates.

Son opposition au droit à l'héritage fait partie des idées qui le rapprochent des démocrates. Il va voter pour Barack Obama le 4 novembre. Pour qu'il arrive à soutenir John McCain dont les idées sont si loin de lui, il faudrait un vrai changement du candidat républicain, « une opération de lobotomie par exemple ».

5 commentaires sélectionnés

Portrait de Zorro est arrivé

De Zorro est arrivé

Lecteur | 11H08 | 04/10/2008 | Permalien

« Car il ne faut pas selon lui voir ses 700 milliards de dollars comme des dépenses fédérales mais comme un investissement dont les retours se matérialiseront dans cinq à dix ans. »

À 78 ans, procéder de la sorte et faire un « investissement » à si long terme, ça s'appelle peaufiner sa biographie. Ça ne me rassure guère et, quoi qu'on en dise, ça sent furieusement le sapin.
M'est avis que le plan Paulson est, lui aussi, déjà mort…

Portrait de miresa

De miresa

12H24 | 04/10/2008 | Permalien

Warren Buffet ne fait qu'appliquer la formule de Rotschild qui disait : « acheter quand ça commence à baisser et vendre dès que ça commence à remonter ».
Le seul problème c'est qu'il faut avoir des sous pour faire d'autres sous, encore plus de sous …

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 12H45 | 04/10/2008 | Permalien

Toujours intéressant à observer, le cas Warren Buffet. C'est un milliardaire « puritain », à savoir qu'il s'autorise à participer aux jeux de la finance de très haut niveau (de rentabilité) tout en préservant son approche « économe » des affaires et de sa vie personnelle. Le fait qu'il réside encore (et ait toujours vécu) modestement à Omaha (Nebraska), privilégiant des amitiés et des relations de voisinage aux dépens du côté paillettes et pipole de pas mal de ses collègues financiers, témoigne de son éloignement philosophique de Wall Street et des hauts lieux de la finance en général.

A ce point de vue, il rappelle Benjamin Franklin, qui dans son autobiographie, donnait des leçons de modestie tout en vantant ses propres pratiques de frugalité et de vie simple. Pourtant, pas plus que Franklin, Buffet ne se prend pour un quelconque quidam. Il s'érige même en modèle, un peu comme Franklin, qui prétendait s'être purgé de presque tous ses péchés quotidiens grâce à sa recherche systématique d'un comportement de bon chrétien ! (L'allusion aux médailles d'or -- sous-entendu : que Buffet a gagnées au mérite -- est en ce sens particulièrement savoureuse.)

Sa jugeotte financière est redoutable. Il a participé au sauvetage de Goldman Sachs en lui apportant 5 milliars de dollars tout en exigeant un dividende annuel de 500 millions (un taux pratiquement usuraire au vu des ciconstances), mais ce choix d'investissement n'était pas anodin, étant conditionné par la reconversion de Goldman Sachs en banque commerciale moins exposée au risque, une décision qui a stupéfié les observateurs parce qu'elle était totalement inattendue. Buffet considère que le jeu en vaut la chandelle car Goldman a toujours été dirigée par des as et continuera de l'être. La prise de participation dans General Electric participe de la même démarche.

Enfin, et pour répondre au moins en partie au commentaire de Caro ci-dessus, Buffet ne se considère pas vraiment « propriétaire » de ses immenses actifs, pas plus qu'il n'estime que ses enfants auront à leur tour le droit de l'être après sa mort. (Cette hostilité à l'héritage est considérée comme dangereusement radicale par la plupart des capitalistes. On se souvient du tollé provoqué par Jean-Jacques Servan-Schreiber lorsqu'il a proposé l'abolition de l'héritage sous le gouvernement de Giscard dans les années 70.) Buffet se comporte en « régisseur » temporaire de ses biens, qui, par définition, devront revenir à la collectivité après son décès. C'est bien pourquoi il a décidé d'en transmettre 85% à la fondation des Gates.

Il y a eu plusieurs précédents à ce type d'attitude dans le passé. On pense notamment au legs intégral de sa fortune à des oeuvres par M. Packard (de Hewlett-Packard) dans les années 80. S'agissant de « moraliser » le capitalisme, ce genre d'action généreuse en vaut bien une autre.

Comme Packard avant lui, Buffet veut laisser le souvenir, non d'un tycoon quelconque, mais d'un homme qui a fait le bien. Cette attitude n'est pas dénuée de vanité, mais elle a l'avantage du pragmatisme et de la cohérence philosophique : il est possible de s'enrichir, et même de s'enrichir immensément, mais il faut que ce soit en fin de compte dans l'intérêt de la collectivité, et non pas au service de l'égoïsme individuel, familial ou clanique du capitaliste.

Somme toute, ce comportement suranné a des aspects bien sympathiques, même s'il sera toujours considéré comme une curiosité parfaitement incapable de réformer l'« éthique » capitaliste. Contrairement à Messier, Bolloré et Cie, l'idée est qu'on peut être super-riche et en même temps parfaitement ringard (c'est à dire en conformité avec les préceptes de l'Evangile ! ).

Portrait de -Candide-

De -Candide-

Jardinateur | 19H07 | 04/10/2008 | Permalien

Il est un peu délicat de laisser entendre (même si ce n'est pas écrit tel quel) que la philanthropie de W. Buffet découlerait d'un puritanisme qui trouve sa source dans les préceptes du protestantisme.
Buffet est notoirement agnostique, ce qui n'est pas franchement la norme aux USA.
et sa vie privée sentimentale est très loin des canons bien pensants du puritanisme américain.

Maintenant, sachant qu'il a été élevé dans une famille
presbytérienne, si vous voulez dire qu'il a probablement su séparer le bon grain de l'ivraie, alors je vous suis.

Sinon, la description du financier atypique est assez juste.

Portrait de stephanemot

De stephanemot

Author & Chief AtoZ Officer | 02H23 | 05/10/2008 | Permalien

la statue du commandeur a effectivement enfin bougé.

cela faisait plusieurs mois qu'il se tatait et que les media venaient le consulter comme la Pythie.

j'avais en mémoire un budget de 20 milliards USD pour ses emplettes. on est encore loin du compte (et du fond du trou pour les meilleures opportunités).

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code