Enquête 02/10/2008 à 17h42

Taxer les produits gras, le plan des députés contre l'obésité

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Danza Voluminosa, troupe cubaine de danseurs obèses à La Havane (Enrique de la Osa/Reuters).


Une taxe sur les produits les plus gras, les plus sucrés, les plus décriés en matière de lutte contre le surpoids, voici peut-être l’avenir de la politique sanitaire française. Un nouveau rapport gouvernemental sur l’obésité tombe au milieu des débats français sur le bonus-malus.

L’idée d’une loi tarifaire sur les produits alimentaires déchire les députés. Le rapport de Valérie Boyer (UMP, Bouches-du-Rhône) présenté mardi 30 septembre à l’Assemblée, a provoqué des remous dans la majorité. La présidente de la mission d’information sur la prévention de l’obésité, chargée depuis début juin d’apporter des solutions concrètes au problème grandissant du surpoids en France, prétend avoir été mal comprise.

Le retour du bonus-malus

Plusieurs députés avaient en effet jugé « inappropriée » la proposition de malus sur les produits trop salés, trop sucrés ou trop gras. Ces derniers sont souvent bon marché par rapport aux fruits et légumes et autres produits non transformés. Une mesure de malus pénaliserait donc essentiellement les ménages à bas revenus, déjà davantage touchés par le surpoids que les plus aisés.

Valérie Boyer a donc insisté à nouveau sur l’autre versant de la mesure fiscale : le bonus. Une détaxe interviendrait sur les produits non transformés, habituellement plus sains et recommandés pour une alimentation équilibrée. Le but étant de pousser le consommateur à adopter des réflexes meilleurs pour sa santé.

Autres préconisations de la mission d’information, une meilleure politique de dépistage de l’obésité dès l’enfance et un suivi médical des individus concernés. Aujourd’hui en France, un adulte sur deux est en surcharge pondérale et un sur six est obèse, tandis qu’un enfant sur cinq est en surpoids.

Les distributeurs d’en-cas sucrés et de sodas ont déjà disparu des écoles il y a trois ans. Ils se font aussi plus rares sur les lieux de travail. La députée a insisté sur l’importance de faire circuler l’information autour de la nutrition et de mieux former les personnels de santé. Enfin, il est nécessaire, selon la commission, de promouvoir des produits non transformés par tous les moyens et de favoriser l’accès à des activités physiques.

Selon le docteur Tim Armstrong, du département des maladies chroniques et de promotion de la santé à l’OMS, 80% des cas de surpoids pourraient être évités grâce aux régimes appropriés et à la prévention :

« L’obésité est un problème récent, qui se développe partout à travers le globe, surtout chez les jeunes. Rares sont les pays qui ont déjà trouvé la parade. »

Les plus avancés aujourd’hui, estime-t-il, sont certaines îles du Pacifique ouest, comme les Samoa ou les Tonga.

Un fardeau financier

Aujourd’hui, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) estime à 10% ou 13% la part des décès dus à l’obésité en Europe. Le surpoids entraine des maladies cardio-vasculaires, respiratoires ou articulaires, du diabète, des cancers et de nombreux handicaps sociaux. Les retombées psychologiques de l’obésité sont elles aussi préoccupantes : adolescents perturbés, boulimie ou anorexie, asociabilité ou rejet. Cela se traduit par un coût faramineux pour les organismes de santé, comme l’explique Tim Armstrong :

« Le surpoids est un réel fardeau économique qui nécessite une approche multisectorielle : les ONG, le secteur privé, les Etats, les collectivités, et bien sûr les familles et les individus doivent se mobiliser, changer les comportements. »

La France estime à 15 milliards d’euros le coût actuel de l’obésité, un chiffre qui pourrait doubler d’ici à 2015. Autant dire que l’État se sent concerné.

Photo : Danza Voluminosa, troupe cubaine de danseurs obèses à La Havane (Enrique de la Osa/Reuters).

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  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h38 le 02/10/2008
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    J’espère que cela n’inclut pas le beurre, l’huile d’olive et le lait entier !

    • orties
      orties répond à Keldan
      • Posté à 19h40 le 02/10/2008
      • Internaute 35738

      Mais si, bien sûr ! Si manger est un plaisir, c’est un premier pas vers l’obésité.

      Trève de plaisanterie : j’aime bien la graisse de canard ou d’oie pour faire cuire certains aliments (il n’en faut pas beaucoup). C’est sain, mais gras. Sûrement que ce sera taxé.

      J’espère seulement que ce qui sera visé, ce sont les barres ou autres gâteaux et coupes-faim vendus en supermarché, mais que cela ne reviendra pas plus cher de déguster une pâtisserie faite à la maison.

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 18h58 le 02/10/2008
    • Internaute 7181
      actif et militant ?

    Une solution contre l’obésité :
    (mais pas contre l’anorexie)

    Lien

  • orties
    • Posté à 02h04 le 03/10/2008
    • Internaute 35738

    il faudrait avant tout INTERDIRE de dépasser un certain taux de sucre et de matière grasse dans les produits alimentaires.

    INTERDIRE l’ajout de sucre dans la plupart des plats préparés, les conserves, les jus de fruits etc.
    Le sucre caché fait, lui aussi des ravages. Et il entraîne les gens à ne plus pouvoir s’en passer.

    Mais il ne faut pas pour autant le remplacer par de l’aspartame (infect et pas du tout inoffensif). Il faut simplement arrêter de rendre lesconsommateurs dépendants du sucre, ce que les industriels font à grande échelle en s’attaquant même aux bébés.

    Au lieu d’acheter des yaourts (trop) sucrés, il vaudrait mieux les sucrer (raisonnablement) soi-même. Idem pour les bouillies infantiles et le lait en poudre. De plus, ça coûte moins cher.

    Le chocolat en tablettes que l’on achète maintenant est tellement sucré que certaines marques sont devenues immangeables - à moins d’avoir eu le goût déformé. C’est pour masquer la baisse de qualité des ingrédients (matières grasses utilisées)

    Il en est de même pour presque toutes les pâtisseries industrielles.

    Il y a du travail, mais bien entendu, les industriels feront tout pour pérenniser ou même aggraver la situation actuelle.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 20h03 le 02/10/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    On a un gros problème avec les lobbies en France. Il y a celui de l’association nationale des industries alimentaires (ANIA), celui des producteurs de sucre, celui des producteurs de sel (les petits producteurs de la façade atlantique ne sont pas concernés ; ils ont une position très responsable (ex. Guérande)). La plus grosse responsabilité est celle des industries agro-alimentaires qui, en en France, ne sont même pas tenues d’indiquer la teneur en sodium (sel = sodium x 2,5) de leurs produits, alors qu’elles en ajoutent en toute liberté. Les indications relatives aux lipides, glucides et protéines n’existent qu’à cause de la réglementation existante, encore très floue.

    Le problème du rapport de Valérie Boyer est qu’il entend faire peser sur les seuls consommateurs la responsabilité du choix de produits nocifs, alors que, comme indiqué dans l’article, ces consommateurs sont souvent des « économiquement faibles », de plus mal informés, qui se rabattent sur des produits nocifs (= facteurs de diabète, d’hypertension, et donc, à terme, de maladies cardiovasculaires entraînant une mort prématurée dans à peu près 15% des cas). La surtaxation de ces produits a déjà été exclue par le gouvernement. Reste la question de la réduction des taxes sur les produits jugés « sains ». Il est fort peu probable qu’une baisse des taxes sur les produits naturels (légumes, fruits non transformés) soit acceptée.

    On en restera donc à des voeux pieux relatifs à une meilleure information des consommateurs, alors même que les industriels de l’agro-alimentaire ne sont même pas tenus de limiter leurs publicités en faveur des produits nocifs. C’est notamment vrai dans le cas des publicités ciblant les enfants à la télévision.

    On fait déjà beaucoup mieux au Royaume-Uni, où huit chaînes de distribution et plusieurs producteurs importants (dont Unilever) pratiquent déjà la politique des « trois feux ». Une boîte d’un produit X affiche un feu rouge, orange ou vert selon que le produit en question est riche en sucre (ajouté), graisses ou sel (ajouté). On s’attend à une généralisation de cette pratique, très simple et très commode.

    En France, on est d’autant plus éloigné d’une telle politique que les producteurs ne sont contraints à rien faire hors du cadre du « volontariat ». Ce volontariat a été réaffirmé par Roselyne Bachelot à l’occasion d’une correspondance avec Pierre Meneton, le principal chercheur (INSERM) condamnant l’excès de sel dans l’alimentation et qui dénonce depuis longtemps l’immixtion des représentants des lobbies au sein des comités d’« experts » de l’AFSSA (l’agence de la sécurité alimentaire).

    L’obésité est pratiquement toujours le résultat d’une alimentation trop riche en sodium, en graisses et en sucre.

  • sujetduprince
    • Posté à 21h24 le 02/10/2008
    • Internaute 8155

    quand achete t on le plus de chocolats et un tas de trucs qui font grossir....pendant les fêtes
    y a t il que les obèses qui se goinfrent de friandises pendant les fêtes ?
    eh non ... les maigres, les standardisés, les jeunes, les vieux, tout le monde se goinfre de gras et de sucreries en ces moments festifs
    la taxe ... un bon moyen de recuperer la prime de noel sur le dos de ceux à qui on la donne : le consommateur lamda à revenus modestes
    perversion habituelle de nos gouvernants... faire croire que pour notre bien on pique nos sous pour les donner aux nantis ... les pauvres gros actionnaires qui ont tant perdu depuis quelques semaines se decouvrent communistes d’un seul coup

    • orties
      orties répond à sujetduprince
      • Posté à 03h07 le 03/10/2008
      • Internaute 35738

      La nature est injuste ! il y en a qui prennent 1 kg rien qu’en humant un plat, d’autres qui mangent comme des ogres mais sans prendre 1 g.
      Par contre, en ce qui concerne le diabète et autres maladies cardio-vasculaires, la minceur résistant à tous les excès n’est pas une garantie.

      Il y a eu récemment (fin septembre) un bon article dans Marianne, qui expliquait, entre autres, que, lors de l’évolution, les individus capables de stocker des réserves étaient les mieux adaptés pour résister aux périodes de pénurie. Est-ce que cela vous console ?

  • Phil2922
    Phil2922
    Retraite invalidité
    • Posté à 21h39 le 02/10/2008
    • Internaute 36639
      Retraite invalidité

    N’importe comment la proposition de la députée UMP ne passera pas au Sénat. Maintenant, c’est Larcher le Président et il me semble qu’il a pris du poids depuis qu’il était ministre du travail. La cantine du Sénat et les déjeuners de « travail » doivent être copieux... ! !

    Lien

  • Clearstream75
    • Posté à 22h54 le 02/10/2008
    • Internaute 45227

    Ce qui est drôle c’est qu’en passant la TVA à 19,6%, on fait passer le gras comme produit de luxe.

    Plus que jamais, on peut parler de nourriture riche...

  • robindesfoix
    robindesfoix
    cherche une issue
    • Posté à 00h42 le 03/10/2008
    • Internaute 26023
      cherche une issue

    ben vu le gabarit de certains de nos députés ça risque de leur couter bonbon !

  • orties
    • Posté à 03h02 le 03/10/2008
    • Internaute 35738

    Ce qui faudrait avant tout, c’est éduquer les touts-petits. Les repas à la cantine scolaire seraient une bonne occasion pour cela (d’autant plus que la majorité des enfants de milieux « économiquement faibles » y prennent le repas de midi).
    On peut commencer très tôt, dès 4 ou même 3 ans : « pourquoi faut-il manger de la viande (“ pour devenir encore plus grand que Papa ”), des laitages, des fruits (“ pour être moins souvent malade ”) etc... et éviter les sucreries (“ pour ne pas avoir de trous dans les dents ni être trop gros et devenir malade ”)... ? »
    Ma fille faisait participer son pitchoun de 4 ans au choix du menu, en lui apprenant que, s’il avait mangé des pâtes ou tout autre féculent à midi, il lui fallait des légumes le soir, que des pâtes et de la pizza au même repas, ce n’était pas une bonne idée etc..
    Ceci confirme que des enfants très jeunes sont déjà réceptifs aux notions élémentaires de diététique.

    Mais bien entendu, faire ce travail à la cantine, cela demanderait plus de personnel d’accompagnement et qu’il soit formé à la diététique, une volonté politique, quoi !
    Mais cette volonté ... bon ! Le risque qu’un enfant mieux (in)formé ne se jette pas sur les saloperies industrielles est trop grand pour qu’on le prenne. Surtout si, en plus, on leur explique ce qu’il y a derrière les écrans publicitaires qui leur sont destinés.

    N’oublions pas le cynisme de nos gouvernants.

  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 11h13 le 03/10/2008
    • Internaute 14499
      Prisonnier dans le village (...)

    Commençons déjà par réduire la taille des ...magasins .

    Lien

  • Nicolas Brousse
    Nicolas Brousse
    Etudiant à Paris
    • Posté à 19h24 le 03/10/2008
    • Internaute 118
      Etudiant à Paris

    Les bas prix de plusieurs produits alimentaires gras est une des raisons de l’augmentation de l’obésité en France, tout comme dans le monde entier. Mais, l’aspect financier ne doit pas être une solution pour réduire l’obésité car on parle là d’humains. Je m’explique. Le concept du bonus-malus a été testé pour les automobiles. Et, les bons résultats de ce système sont au rendez-vous. Mais, l’étendre vers d’autres produits est une mauvaise idée (j’ai mes raisons mais là n’est pas la question). Taxer les aliments gras, c’est aller trop loin. Car, non seulement l’Etat taxe des produits qui ne méritent pas d’êtres taxés en ce moment, avec la baisse du pouvoir d’achat, mais il prive des personnes d’aliments gras qui leur sont, hélas, « essentiels ». C’est comme les cigarettes. Prenons un individu, fumeur depuis longtemps, aux revenus modestes. Un jour, l’Etat décide d’augmenter la taxe radicalement pour, selon lui, « décourager les individus à fumer ». Cet individu se voit donc obliger, très certainement, de réduire l’usage de la cigarette, voire d’arrêter définitivement avant une éventuelle baisse des prix. Ne verriez-vous pas là un acte immoral de la part du Gouvernement ? C’est difficile d’arrêter de fumer d’un jour à l’autre. Très difficile. Cela peut entraîner des conséquences graves. C’est donc la même chose pour les aliments gras. Une automobile, ce n’est pas un humain. Mais un individu, ça l’est (excusez-moi de la simplicité de cette argument mais c’est pourtant la réalité). Si l’Etat souhaite réduire l’obésité, cette mesure-là devrait être remplacée dans l’investissement d’aide aux personnes obèses. Bref, parfois, il faut vraiment voir à quel point l’Etat peut dérailler.

    • orties
      orties répond à Nicolas Brousse
      • Posté à 04h01 le 04/10/2008
      • Internaute 35738

      Je suis presque d’accord avec vous, mais pas ce que vous dites au sujet de la cigarette. Il est possible d’arrêter de fumer sans que cela pose de problèmes.
      Pendant 22 ans, j’ai fumé 2 paquets de gauloises extra-légères par jour. Les augmentations de prix passaient mal, mais je me privais d’autre chose pour m’approvisionner en poison. Je n’envisageais pas d’arrêter et mes proches n’imaginaient pas que je puisse le faire.
      En 2003, à la suite d’un drame familial, j’ai fumé 4 paquets pendant 2 jours d’affilée. Le 3ème jour, sur une impulsion, je me suis arrêtée dans une pharmacie et j’ai acheté une boîte d’inhaleurs à la nicotine*. J’ai fumé ce qui me restait de cigarettes, puis je me suis mise à l’inhaleur.
      D’après tous ceux qui donnent des conseils sur l’arrêt du tabac, je n’avais pas choisi le meilleur moment pour le faire.
      Pourtant, depuis ce jour, et cela fait juste 5 ans, je n’ai pas touché une seule cigarette, même pas un taf. Il m’a fallu 1 an pour me débarrasser de l’inhaleur à la nicotine. J’ai ensuite utilisé des inhaleurs au menthol, puis je n’en ai plus eu besoin.
      Mais j’en garde toujours un à portée de main pour ne pas être trop incommodée dans une atmosphère enfumée ou pour me calmer en cas de stress.
      Mon arrêt du tabac ne m’a pas fait prendre 1 kilo. Moi qui toussais sans arrêt quand je fumais, j’ai cessé en quelques jours.

      * ces inhaleurs, en matière plastique, sont des tubes ayant plus ou moins la forme d’une cigarette et qui contiennent un sorte d’éponge imbibée soit de nicotine, soit de menthol, que l’on aspire à chaque bouffée. Ils permettent de conserver le geste du fumeur pendant le sevrage (qui est progressif et que chacun mène à son rythme). De plus, les inhaleurs, même ceux à la nicotine, coûtent moins cher qu’une cartouche de cigarettes : on fait tout de suite des économies.