Temoignage 30/09/2008 à 15h45

Logement : avec Christine Boutin, les locataires trinquent

Bruno Rèbufie | Logisticien

Logisticien quadra en recherche d’emploi, un internaute bordelais nous a alerté cette semaine, dans la foulée d’un article sur le logement social, pour raconter ses efforts pour contenir les charges locatives.

A l’heure où Christine Boutin s’apprête à défendre sa loi au Parlement, il dénonce le transfert de charges qui incombaient aux propriétaires et qui grèveront le pouvoir d’achat des locataires si la loi passe en l’état.

Alors que le projet de loi Boutin attire l’attention sur des points, certes importants, mais ô combien médiatiques, d’autres sont adoptés sans pour autant faire parler d’eux.

Ils concernent pourtant l’ensemble des locataires du collectif, soit selon la dernière statistique connue de l’Insee 14 176 000 logements en France en 2008, et vont représenter une part non négligeable du chèque à envoyer aux bailleurs en fin de mois, sous forme de loyer et de charges.

C’est après avoir pris contact avec la CNL à Bordeaux (Confédération nationale du logement) pour vérifier les charges incroyablement élevées de mon immeuble que j’ai eu connaissance de ces projets inquiétants. Selon les estimations de la CNL, il pourrait y avoir des augmentations de ces dites charges jusqu’à plus de 50%.

Un risque financier indéniable

Madame Boutin semble désireuse d’annuler les très nombreux arrêts de la cour de cassation permettant aux locataires de limiter l’importance du salaire du concierge dans le montant des charges récupérables, voire dans certains cas de l’annuler purement et simplement. De même, il semblerait que soit dans le tuyau un nouveau calcul des charges récupérables afférentes aux ascenseurs, là aussi en défaveur des locataires. Ces deux postes sont excessivement importants par les sommes qu’ils représentent. Le fait qu’ils soient portés dans les charges locatives récupérables est un risque financier indéniable pour les locataires.

On peut se poser la question de l’opportunité de transférer des charges depuis les propriétaires sur les locataires. Les premiers ont vu leur revenu locatif augmenter régulièrement (+3,4% en 2007) le rendement locatif moyen s’améliorer notablement (+5,7% en 2007 en Gironde par exemple) et l’indice Insee du coût de la construction, qui sert de base au calcul des loyers, croître de 2,38% au second trimestre 2008.

Les seconds, on le sait, ont vu leur pouvoir d’achat stagner au mieux mais plus vraisemblablement diminuer régulièrement. Où est la logique politique de cet acte sinon satisfaire aux pressions des lobbies ? Un observatoire comme Clameur *** n’est-il pas une bonne illustration de ce que pourrait être un lobby important ? Un groupe comme le Crédit agricole immobilier, puissant et riche, ne pourrait–il pas trouver une oreille attentive auprès des ministères afin de protéger ses filiales ?

En ce qui me concerne, je paye aujourd’hui 759,12 euros de loyer un appartement avec 50,55 euros de charges. On nous réclame, en sus, une provision de charges de 104,00 euros.

Dire exactement quelle sera l’incidence de cette nouvelle législation sur notre loyer est difficile car les charges sont réparties selon un calcul complexe qui tient compte de nombreux facteurs tels les quantièmes d’occupation des lieux, surface d’habitation, etc.

En gros, le simple salaire du concierge va représenter mensuellement environ 20 euros de plus de charges. C’est une moyenne puisque selon que l’on habite un T2 ou un T5 la somme sera différente. La provision représente, peu ou prou, ce que nous risquons devoir payer si la réforme passe. C’est considérable.

Le total des charges, avant contrôle, pour la résidence se monte à 165 811,35 euros. Les sommes en jeu sont importantes dans cet ensemble de 158 appartements où résident seulement cinq propriétaires.

Le plus inquiétant dans ce projet est la rumeur persistante de la rétroactivité de cette loi. Il faut préciser qu’une loi n’est pas rétroactive sauf si elle l’indique de façon expresse dans le texte. Jusqu’où ce rattrapage, jusqu’à quand va-t-il porter ? On peut légitimement se poser la question.

Ceci vient après la mise en place de la loi ENL de juillet 2006 qui a revu à la hausse les charges pouvant être récupérables en révisant leur liste telle qu’indiquée dans le décret du 30 août 1987 et, bien sûr, en faveur des propriétaires.

Si le jeu consiste à augmenter la part du logement dans l’inflation, on pourra considérer le but atteint.

A l’heure actuelle tout le monde s’accorde à trouver que la pression du coût du logement sur les salaires et revenus les plus faibles a atteint un point de rupture. Dès lors comment justifier qu’une loi qui se veut de justice sociale comporte des mesures aussi iniques ?

Une loi « de lutte contre l’exclusion » ?

Pourquoi, à l’heure où les loyers sont au plus haut, augmenter encore leur part dans le budget des ménages ? Peut-on encore parler de « projet de loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre l’exclusion » tel qu’indiqué en titre de ce texte ?

Alors que 50% des Français gagnent 1502 euros ou moins, que louer 25 m² dans la capitale revient, hors charges, en moyenne à 535 euros et qu’occuper un 4 pièces de 80 m² revient à 936 euros toujours hors charges dans une grande ville de province, est il bien raisonnable d’en rajouter ?

Selon l’Insee, entre 2000 et 2007 le montant des charges sur logement est passé de 17 947 millions d’euros à 25 386 millions en suivant l’évolution des loyers et représente aujourd’hui 9,6% des dépenses pour se loger.

Même si le plafond de ressources pour bénéficier d’un logement social est de 23557 euros pour l’Ile-de-France et de 20 477 euros pour la province pour une personne seule, est-ce pour autant que le parc est assez grand pour faire face à la demande croissante ?

Il est évident que la réponse est non et que vu l’évolution démographique et structurelle de la population, beaucoup devront faire avec le parc locatif privé, onéreux, et souvent gage de charges excessives, légitimes ou non.

On est en droit de s’inquiéter sur l’avenir des milliers de locataires qui sont à la limite du ratio revenu / loyer-charges. On risque fort de voir augmenter les dossiers contentieux chez les bailleurs, accroître l’endettement des plus démunis et être un locataire devenir de plus en plus difficile. Et ne perdons pas de vue la constante augmentation des frais incompressibles tels que l’eau et l’énergie qui vont encore se rajouter aux difficultés des locataires.

Seules les organisations de défense des locataires s’inquiètent de ces évènements et de la portée sur leurs finances. Pour l’heure, Madame Boutin les ignore et n’a pas la bonté de les rassurer, ce qui n’est pas très charitable comme attitude.

Pour aller plus loin :

Le projet de loi Boutin
L’article de Chloé Leprince sur le logement social

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  • 12 réactions
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  • zphilou
    • Posté à 16h04 le 30/09/2008
    • Internaute 23395

    M’ouaips.. ! !

    En gros...C’était bien la peine d’essayer de séduire les foules il y a qulques mois à Lyon....en bottines Guilvinec, à même la gadoue, escaladant l’Algéco mis en place pour la circonstance.... ! ! !

    Bah...Qu’elle essaie donc le Moulin Rouge en bas résille, la grenouille de bénitier, çà devrait p’tet émoustiller le E. Weth de service et lui dérider le porte-monnaie.... ! ! ! !

    Salutations.........Trigano... ! !

  • lesuperdidou
    lesuperdidou
    Saltimbanque
    • Posté à 17h12 le 30/09/2008
    • Internaute 46485
      Saltimbanque

    Ministre de droite obéissant à son (centi)maître Niko-la-Kame et appliquant une politique de droite : tout est normal.

  • Bobland59
    Bobland59
    cadre Cial retraité
    • Posté à 18h32 le 30/09/2008
    • Internaute 47677
      cadre Cial retraité

    Mais comment cette dame pourrait-elle comprendre quelque chose aux soucis d’un locataire ?
    A-t-elle un jour eu l’occasion de louer pour se loger ?
    Par contre je suis bien certain qu’elle se trouve de l’autre côté de la rive, là où les proprios s’engraissent .
    Elle devrait peu être déjà demander conseil à sa secrétaire d’état, il me semble qu’elle a vécu cette galère, même si désormais elle vit sous les ors de la république .

  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 19h14 le 30/09/2008
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    Logement : avec Christine Boutin, les locataires trinquent

    en pleine crise qui risque de tout balayer, est-ce bien raisonnable ? est-ce le moment ?

    pour que la tonte d’un mouton soit productive, il faut veiller à bien le nourrir pour qu’il ait beaucoup de laine. Et on se moment les moutons ont le poil rare.
    sont-ce de bons bergers ?

  • logic
    logic
    juriste
    • Posté à 19h00 le 30/09/2008
    • Expert 54523
      juriste

    Trés bon article, vous avez bien vu que les lois ne sont pas l’expression de la volonté générale (précision pourtant inscrite dans la constitution) mais plutôt des lobbys et des groupes de pression organisés. Et en plus des charges locatives qui augmentent, c’est aussi d’autres charges qui vont augmenter avec les milliards d’euros que le projet de loi va distribuer aux promoteurs pour soutenir l’activité. Qui est ce qui paie ? : les propriétaires et les locataires dans ce cas là !

  • hagalma
    • Posté à 21h22 le 30/09/2008
    • Internaute 8451

    Chère madame Boutin, amusez-vous y à saigner le locataire, et vous aurez une manif comme il n’y en a pas eu depuis longtemps. C’est en tous les cas ce que j’ose espérer.

  • logic
    logic
    juriste
    • Posté à 22h07 le 30/09/2008
    • Expert 54523
      juriste

    Encore une précision, la CNL s’inquiète mollement de ce projet de loi et vous savez pourquoi ? : elle est financée en grande partie par des fonds publics !

  • ducatel
    • Posté à 22h08 le 30/09/2008
    • Internaute 7941

    cet article reprend un poncif du gros méchant propriétaire riche qui s’enrichit sur le dos du pauvre locataire. Quand on regarde la réalité des propriétaires en question, il ne sagit pas de gros fortunes mais de gens qui utilisent ces biens afin de préparer leur retraite, bien maigre par ailleurs.

    Par ailleurs, Je serais intéressé de savoir ce qui avait initialement justifié le fait de ne pas inclure les frais de concierge et ascenseur dans les charges locatives.

    • el Chiquito
      el Chiquito répond à ducatel
      en promenade
      • Posté à 22h19 le 30/09/2008
      • Internaute 45214
        en promenade

      D’accord M.Ducatel, mais il y a aussi des proprietaires qui sont des gros mechants qui s’enrichissent sur le dos des pauvres locataires. Pour les charges d’ascenseur et de concierge, c’est vrai que ce sont les locataires qui profitent de ces services, mais les loyers sont plus importants quand ces services existent, alors qui sont les gagnants ? Il me semble que si ces charges sont inclues dans les charges des locataires ceux-ci vont payer deux fois.

  • Bruno Rèbufie
    Bruno Rèbufie
    Auteur(e) de l'article Logisticien
    • Posté à 10h56 le 01/10/2008
    • Internaute 3870
      Logisticien

    Petites précisions :

    Selon le rapport Cléach fait au Sénat en 2003, le logement locatif privé représentait environ 17% du parc global.

    Lorsque je parle des propriétaires, j’inclus, également, les logements du type HLM et SEM. Ce n’est donc pas le petit propriétaire que je vise en premier mais bien plus les grands groupes et, bien évidement, les syndics.

    Pour les dépenses concernant les ascenseurs, une partie de celle-ci incombent déjà aux locataires (Les dépenses d’entretiens courants selon la loi de 87) il s’agirait de leur faire porter l’intégralité des dépenses. Alors oui, c’est le locataire qui l’utilise mais c’est au propriétaire qu’en revient le bénéfice en lui permettant de louer ou revendre son bien plus cher. Et cette plus value est loin d’être négligeable.

    Le concierge : La loi dit que l’on doit payer la part de l’usage fait de la chose louée (Si tant est que l’on puisse parler ainsi d’une personne).
    Un gardien travaille donc au service des locataires, et il est tout à fait normal de régler cette part sous forme de charges, mais aussi au service du ou des propriétaires (en assurant l’entretien du bien) et là, est-ce au locataire de payer ?
    Nous sommes là dans un flou juridique de la loi de 87. C’est donc la justice qui a souvent tranché en faisant porter tout ou partie des frais aux propriétaires puisque le concierge ne travaille pas « exclusivement et cumulativement » au service des locataires. Il y a pléthore de jurisprudence en ce sens.

    Ce sont ces deux points, qui sont souvent les deux postes les plus importants et de loin dans les charges, que l’on voudrait faire porter aux locataires et cela serait fait sous forme de décret rendant caduc la jurisprudence.

  • presidentedu75
    presidentedu75
    presidenteassociation
    • Posté à 15h51 le 01/10/2008
    • Internaute 54625
      presidenteassociation

    Bonjour à tous,

    Suite à la lecture de vos commentaires en tant que Présidente d’une association de résidents, je tiens à porter à votre connaissance qu’actuellement différentes affaires relatives à la contestation du paiement des charges de gardiennage sont en cours juridiquement,la jurisprudence étant en notre faveur du fait que plusieurs contestations furent déjà porter devant les tribunaux et le bailleur fut débouté de ses contestations......

    Ces derniers devant assurer l’intégralité de leurs fonctions pour être en partie rémunérés par les locataires c’est-à-dire(entretien des parties communes et entrées/sorties des poubelles) si tel n’est pas le cas il appartient aux plaignants d’ester en justice pour faire valoir leurs droits.

    Des lois avec décret existent il faut les appliquer !

    Bien cordialement.

    presidentedu75

  • yamato
    • Posté à 21h57 le 01/10/2008
    • Internaute 21748

    Petite remarque.

    Les coûts générés par un investissement immobilier sont de deux natures, que l’on peut schématiser ainsi :

    Les « variables » ou « coûts de fonctionnement », que le propriétaire « refacture » sous forme de charges (ou la copropriété facture directement au locataire, mais cela revient au même).

    Les « fixes », soit l’amortissement de l’investissement (rembt d’emlprunts,...), les taxes foncières,...

    Tout cela compose un coût global. Si l’on déporte des charges « locatives » à la charge du propriétaire, celui-ci augmente son loyer afin de préserver son bénéfice, comme n’importe quel investisseur qui tend à préserver ses marges.

    Il y a donc un leurre, in fine, à jouer sur cette séparation. Au bout, c’est toujours le consommateur final (le locataire) qui supporte le coût du produit.

    Sauf si le producteur est un gentil philantrope qui vend sans marge, voire à perte...

    Et ça coure pas les rues