Label diversité : outil de com ou réelle lutte contre les discriminations ?
Grand rassemblement de DRH, syndicalistes, experts, chercheurs, représentants de divers ministères et même la secrétaire d’État à la ville le 11 septembre dernier pour le lancement du « label diversité ». Un label qui se veut la traduction concrète d’une charte signée en 2004 par près de deux mille entreprises, et d’un accord interprofessionnel signé par l’ensemble des partenaires sociaux le 12 octobre 2006.
Mais qu’y a-t-il dans ce label mis au point par l’Association nationale des DRH et l’Association française de normalisation, un simple effet d’annonce comme l’avait été auparavant la charte du même nom ou bien un engagement réel de lutter contre toutes les discriminations ?
Là où l’affaire est complexe, c’est que, sous couvert de traiter tous ses salariés de la même façon, l’entreprise discrimine parfois sans le savoir. Prendre conscience de la différence, de la nécessité de mener des actions positives avec des objectifs chiffrés en matière de recrutement, de réduction des écarts de salaires, voire de quotas, c’est toute la difficulté pour les entreprises qui s’engagent dans cette démarche.
Réconcilier l’économique et le social
Pour obtenir le label diversité, les entreprises doivent répondre à un cahier des charges mis au point par l’Afaq-Afnor. Celui-ci agit dans cinq domaines : il faut dresser un état des lieux de la diversité ; la direction doit engager concrètement un dialogue social sur ce sujet ; doit communiquer en interne, former et sensibiliser tous les salariés ; enfin, elle est supposée prendre en compte la diversité dans tous les processus RH (du recrutement à la gestion des carrières) et l’évaluer.
Le label égalité signé en 2006, était bien plus contraignant : il obligeait les entreprises à obtenir des résultats quantifiés, à suivre une procédure par étapes, et surtout à signer un accord égalité (or seulement 4% des entreprises sont dans ce cas, négocier l’égalité n’est toujours pas entré dans nos mœurs !)…
Pour toutes ces raisons, le label égalité a connu un résultat médiocre : seules 38 entreprises l’ont obtenu depuis deux ans. On compte déjà 400 entreprises candidates au label diversité… Un engouement logique dans le contexte actuel : volonté politique affichée de jouer la diversité au sein même du gouvernement ; rôle devenu incontournable de la Halde (haute autorité de lutte contre les discrimination), travail incontestable des associations ad hoc, en lien avec des entreprises qui ont réellement investi ce terrain (comme PSA, mais aussi Axa…).
Pour ces entreprises, il ne s’agit pas (seulement) d’un « coup médiatique » et la volonté de lutter contre les discriminations à l’embauche (surtout), et plus difficilement dans les carrières et les rémunérations, est réelle. L’objectif est de « réconcilier l’économique et le social », de prouver que des équipes diversifiées sont plus performantes.
Pourquoi on peut douter de la mise en œuvre de la diversité :
- On ne peut pas tout compter. L’absence d’un véritable outil de mesure des discriminations notamment sur « l’origine » reste un problème épineux : la loi interdit toujours de compter les étrangers ou les français d’origine étrangère. Idem pour l’orientation sexuelle ou la religion. Dès lors que l’on ne mesure pas ces données, comment s’assurer d’un progrès réel dans la lutte contre les discriminations ? Dans tous les cas, est-ce bien le rôle de l’entreprise que de mesurer ces données ?
- Le lien entre égalité de genre et diversité : faut-il mêler égalité et diversité en considérant, comme le font des directives européennes par exemple, que le sexe est un des élément de discriminations au même titre que l’origine ethnique, la religion, les convictions, le handicap, l’âge, l’orientation sexuelle…
Le label diversité tel qu’il est mis en place exclut la question du genre. Officiellement parce qu’il existe déjà un label égalité, qui risquerait alors d’être « noyé » si l’on intégrait le genre dans la diversité. Certes, les femmes ne sont pas une minorité, mais peut-on pour autant exclure le genre de la lutte contre les discriminations ?
Malgré les nombreuses directives et lois en matière d’égalité, on constate que les femmes ne sont pas, en entreprise, traitées à l’égal de l’homme, voire qu’elles subissent parfois des double ou triple discriminations. L’égalité entre les femmes et les hommes, devrait plutôt être le préalable à une démarche de diversité.
On pourrait même suggérer en « avertissement » du label diversité que tant d’entreprises semblent impatientes d’acquérir, une obligation de celles-ci à se conformer aux lois (ce qui est le minimum !) mais également, avoir entamé un processus en matière d’égalité (négociation, charte, accord ou label…).
- Enfin, sans dialogue social fort, il y a fort à parier des directions des entreprises s’arrêteront à un engagement formel « de tenir informer les instances du personnel, de sensibiliser, de communiquer en interne ».
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Source : Revue Internationale des Livres et des Idées, septembre-octobre 2008 (NB : Je ne cite que le début du texte et les signataires.)
Nous ne sommes pas des modèles d’intégration
Le ministère de l’Immigration, de l’Intégration et de l’Identité Nationale vient tout juste de créer, par arrêté, un « prix de l’intégration » (3000 euros de « gratification financière “) en vue de le décerner à ceux ’ayant accompli un parcours personnel d’intégratio ayant une valeur d’exemplarité de par son implication dans la vie économique, sociale, associative, civique, environnementale, culturelle ou sportive ‘ ’Arrêté du 16 juin 2008, NOR : IMIK0814398A : JO, 26 juin).
Nous refusons, par avance, ce type de distinction qui n’est pas sans rappeler la figure coloniale de l’évolué’, chargé d’assurer la médiation entre les ‘civilisateurs’ et la masse indigène à ‘civiliser’.
Le fait même que ce prix soit attribué ‘sans condition de candidature montre bien qu’il s’agit là d’un rôle qu’on nous fait tenir à notre corps défendant.
Nous, issu-e-s de l’immigration postcoloniale, des quartiers dits sensibles’, descendant-e-s d’esclaves, refusons que soient instrumentalisés nos parcours personnels, nos réussites scolaires, sociales ou professionnelles, ou encore notre maîtrise de la langue française et de la culture ‘légitime’, en vue de mieux stigmatiser ceux des nôtres qui ont pris d’autres chemins relevant moins de la ‘bonne intégration’.
...
BOUALI Naïma, D.I.S. chirurgie pédiatrique
BOUAMMA Saïd, sociologue et militant associatif
CONFIANT Raphaël, écrivain
DAHMANI Fatiha, enseignante/auteur
DEMIATI Nasser, chargé d’enseignement en sociologie à l’université d’Evry Val-d’Essonne
DIAS Saidou, Ministère des Affaires Populaires
GABAROUM Laurent, cadre commercial Renault
GAUDIER AGBALE Christophe, architecte, urbaniste, sinologue
HAME, La Rumeur
ID YASSINE Rachid, doctorant de sociologie
KREFA Abir, enseignante de sociologie à l’université d’Aix-Marseille
CHURCHILL Saïda, comédienne
MAGLIANI-BELKACEM Stella, chargée de médiation culturelle
ZAGGARI Najate, chef d’édition de la revue Mouvements




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