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Ménard, « pas dupe du rôle de Sarkozy dans les médias »

Le dirigeant de Reporters sans frontières explique son départ à Rue89. Il aimerait lancer un titre ou rejoindre une rédaction.

Robert Ménard en mai 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

Robert Ménard, 55 ans, emblématique dirigeant-fondateur de Reporters sans frontières, a officialisé vendredi après-midi son départ. A Rue89, il annonce qu'il compte s'exprimer plus sur les problèmes des médias français, et qu'il ne sera pas « l'ombre tutélaire » de l'association créée il y a 23 ans.

Pour quelles raisons quittez-vous la direction de Reporters sans Frontières ?

Je n'ai aucun problème de santé, ni aucune lassitude. Je ne me sens ni fatigué, ni en préretraite. C'est juste que je n'ai pas vocation à être secrétaire général à vie. J'ai été réélu il y a deux ans pour un mandat de cinq ans, mais je savais que je n'irais pas au bout. Cependant, je ne pouvais pas quitter l'association au milieu de notre campagne sur la Chine, qui nous a apporté une notoriété sans précédent.

Il faut qu'une nouvelle génération prenne le relais. Jean-François Julliard, avec qui je travaille depuis dix ans, a été élu ce matin à ma succession. J'ai le sentiment de partir en haut de la vague, en laissant un outil qui fonctionne bien au service de la liberté de la presse.

Vous allez « prendre du champ », mais resterez-vous actif à RSF ?

Non, je quitte totalement l'association. Le conseil international a eu la gentillesse de me nommer président d'honneur, mais c'est tout. J'ai envie qu'ils respirent sans moi.

Quels sont vos projets ?

Je vais m'investir plus dans la revue Médias [dont la rédaction est dirigée par sa femme, Emmanuelle Duverger, ndlr], je suis en train de créer une maison d'édition, Mordicus, et je sors le 9 octobre un livre chez Robert-Laffont. Il y a deux domaines sur lesquels je réfléchis : les droits de l'homme et l'avenir de la presse écrite.

Je lancerai peut-être un titre, ou je rejoindrai une équipe qui aura envie de travailler avec quelqu'un comme moi. Il faut que je trouve une place, car c'est difficile de quitter une organisation à laquelle on a consacré 23 ans. Pendant toutes ces années, il ne s'est pas passé une seule journée sans que je donne du temps à RSF.

Reporters sans Frontières se soucie relativement peu de la situation des médias en France. Comptez-vous intervenir plus sur cette question ?

C'est précisément ce dont je parle dans le livre que je publie en octobre, « Des libertés et autres chinoiseries ». RSF n'était pas le lieu idéal pour parler de ça, puisque sa priorité est d'intervenir là où la situation de la presse est la plus grave.

Mais si vous croyez que je suis dupe du rôle de Nicolas Sarkozy dans les médias, vous vous trompez. J'ai de bonnes relations avec lui, j'ai salué son action quand elle paraissait bonne. Je ne pense pas qu'elle soit louable aujourd'hui. Je constate les dégâts qu'il fait sur le terrain des droits de l'homme. Nicolas Sarkozy n'a pas de parole.

Le grand public vous connaît beaucoup plus que l'association que vous avez fondée. Ne craignez-vous pas que votre départ ait des conséquences pour RSF, qui a besoin de « retombées média » pour financer son action ?

Non, cette succession sera une bonne chose, et je suis certain que les gens qui me succèdent seront à la hauteur. Nous avons préparé les choses pour que RSF ne pâtisse pas de mon départ et puisse, au contraire, réaliser d'autres actions. En tous cas, je ne serai pas l'« ombre tutélaire » de l'association.

Mis à jour le 26/09/2008 à 18h43, après l'officialisation du départ de Robert Ménard, et son interview.

Photo : Robert Ménard en mai 2008 (Audrey Cerdan/Rue89).

Robert Ménard (RSF) : un chevalier en croisade
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7 commentaires sélectionnés

Portrait de ficelle3944

De ficelle3944

15H07 | 26/09/2008 | Permalien

Merci ROBERT un très très grand MERCI pour tes coups de gueules.

Tu as dérangé beaucoup de monde.

Le monde actuel manque de gens de ta trempe.

Il est trop facile de critiquer tes méthodes peut-etre contestables.

Mais pour moi la liberté d'expression n'est pas négociable à condition qu'elle respecte les lois.

Portrait de Network 23

De Network 23

identité perdue dans mes papiers | 16H11 | 26/09/2008 | Permalien

RSF a été fondé en 1985 par Ménard et… Rony Brauman (MDM) et Jean-Claude Guillebaud (les deux sont aujourd'hui à Reporters d'Espoir ).

A l'origine, elle voulait promouvoir le « journalisme alternatif ».

Belle réussite ! En tout cas, Brauman & Guillebaud ont mis les voiles, laissant Ménard s'amuser avec les Américains, devenant une sorte de « néo-conservateur » à la française, qui n'hésite pas à légitimer la torture en cas « extrême », tout cela pour propager la démocratie dans le monde.

Quant à J.-F. Julliard, accordons-lui le bénéfice du doute pour faire de RSF une ONG crédible, donc impartiale. En attendant, ne le confondons pas avec le Julliard du Canard enchaîné  !

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 16H40 | 26/09/2008 | Permalien

C'est pas moi qui vais regretter le départ de Robert Ménard, un spécialiste des coups de pub et des coups de gueule dont l'action m'a souvent donné l'impression de ne pas avoir vraiment de lendemain. Je vois mal, en particulier, ce que « sa » campagne de pub anti-chinoise a apporté à la cause des journalistes dissidents à l'occasion des JO (tout cela était destiné à une audience essentiellement française et, secondairement, occidentale). J'aurais préféré quelqu'un de moins émotif, de plus analytique et de plus pondéré, avec davantage de prise sur les événements locaux. Il dit vouloir prendre ses distances ? J'espère qu'il tirera quelques enseignements fructueux pour ses éventuelles actions futures.

Portrait de setori

De setori

retraité | 18H10 | 26/09/2008 | Permalien

Merci Monsieur MENARD .Vous avez été un « éveilleur » de conscience(s).Nobody is perfect c'est bien connu mais au bilan ,le crédit l'emporte sur le débit et c'est là l'essentiel.Bon vent et bonne route pour votre futur.

Portrait de alfred le distrait

De alfred le distrait

18H45 | 26/09/2008 | Permalien

Ménard nous a faché avec la Chine, BHL nous a brouillé
avec la Russie, heureusement que Sarko n'a pas amené
Bigard à l'ONU… on était foutu !

Portrait de Annie

De Annie

19H18 | 26/09/2008 | Permalien

Tous ceux qui s'engagent, quelle que soit la cause, doivent faire des compromis, c'est inévitable, et en particulier ils doivent parfois accepter des fonds pour survivre qui froissent leur intégrité, ou bien sombrer. Ces compromis finissent par les définir, ils sont à droite ou ils sont à gauche, et on en oublie complètement que ces gens-là se mouillent et montent au créneau. J'ai entendu beaucoup de choses à propos de Mr Ménard ces derniers temps. Tout ce que je sais est que travaillant avec une ONG anglaise PEN International qui défend plus particulièrement des écrivains et des poètes, nos chemins se sont souvent croisés avec RSF, et je leur tire mon chapeau, pour la qualité, l'intégrité et l'honnêteté de leurs reportages. Combien de ceux qui critiquent RSF ont lu ses longs rapports sur les violations des droits humains, très bien écrits mais qui vous laissent un goût de bile dans la bouche quand vous avez fini, parce qu'ils exposent toute la noirceur dont les hommes sont capables. J'espère que RSF continuera sur ce chemin. Il n'y a que ceux qui ne font rien qui ne font pas de conneries.

Portrait de Serge68

De Serge68

Travailleur ! | 20H00 | 26/09/2008 | Permalien

Il devrait postuler à la Fondation Soros …

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