
« Parlez-moi… » : les riverains s'empaillent sur un film « bobo »

« Parlez-moi de la pluie » d'Agnès Jaoui est-il un film pour bobos ? A lire les critiques des riverains de Rue89, le débat tourne beaucoup autour de la sociologie des spectateurs des salles obscures, ceux d'Agnès Jaoui en particulier.
Disons-le tout net, une majorité des dizaines de commentaires en réponse à notre critique cinéma participative est négative, voire carrément hostile. Il reste plusieurs courageux pas nécessairement anonymes qui ont aimé et le disent dans un environnement peu favorable, à l'image de Marcozeblog qui écrit :
« Purée ! Soit je suis un bobo parisien, soit je suis un imbécile heureux qui aime ce qu'on lui sert. Sûrement un peu des deux. J'habite Paris, mais je viens de Province et je ne trouve pas ce film condescendant pour la province.
“Ce sont des tranches de vie. Chacun, parisien ou pas, est caricatural, y compris vous qui descendez ce film au lance-flammes. On trouve autant, voire beaucoup plus, d'antiparigots systématiques que de parisianistes invétérés. ‘ Bobo ’, l'insulte suprême à la mode ! J'te jure !
‘Moi, j'ai passé un super moment, j'ai rigolé et j'ai été ému. On s'en fout que les films d'Agnès Jaoui soient redondants, on a quelques centaines d'autres films à voir entre chacun de ses films.’
Un peu moins enthousiaste car il trouve que le scénario ‘est parfois décousu’, Olivier Lefébure, estime que ‘la sensibilité de Jaoui et Bacri reste intacte’ :
‘Le film est dense et aborde des questions comme celle de l'exclusion, et surtout du militantisme, y compris politique, qui rend aveugle (Agathe, féministe, ne comprends que pendant le film les humiliations subies par sa sœur ou par Karim), insensible et aussi empêche de vivre. (…)
Les personnages ne sont pas tous très subtils, notamment celui campé par Bacri qui accumule trop de maladresses, mais paradoxalement les sujets sont tout de même approchés avec subtilité.’
Quant à Cambrousse, il répond vertement aux détracteurs du film :
‘Voilà en tout cas le film (qui est un petit miracle) qui fait sortir du bois une horde bien pire que celle des bobos ’ : ceux qui s'la pètent à dénigrer un film dès qu'il est de qualité ou risque de créer un consensus positif.
‘Cela rappelle la gangrène du parisianisme d'antan, ou de la tête enflée des intellectuels ratés : s'il y a trop de spectateurs qui aiment ça, ou si ça donne des émotions, ou si c'est fabriqué avec sincérité, ou s'il y a trop de public dans la salle, c'est forcément mauvais. Définition du snobisme.
N'attendez surtout pas le DVD. Allez au ciné (qui a besoin de votre visite par les temps qui courent). Et laissez bêler les frimeurs de Rue89. On sait quel film il leur faut : celui qui n'existe pas. On sait aussi qu'en cachette, ils se pourlèchent de Secret Story ’.”
Pour le reste, ça descend en flammes… Avant même de l'avoir vu, Numerosix écrivait : “De toutes façons, on sait à qui ça s'adresse, les films de Jaoui”… Sa réponse : les bobos. Et de citer Debord (merci Marlow - note d'un journaliste ignare) :
“Le public de cinéma, qui n'a jamais été très bourgeois et qui n'est presque plus populaire, est désormais presque entièrement recruté dans une seule couche sociale, du reste devenue large : celle des petits agents spécialisés dans les divers emplois de ces ‘ services ’ dont le système productif actuel a si impérieusement besoin : gestion, contrôle, entretien, recherche, enseignement, propagande, amusement et pseudo-critique. C'est là suffisamment dire ce qu'ils sont.”
Mais Numerosix est quand même allé voir le film. Quelques jours après, son cri du cœur :
“Ça y est je l'ai vu. C'est consternant ! ”
Cortolivier partage la déception, il “s'attendait à mieux” :
“Y a un ‘ parisianisme boboland ’ ambiant qui est vraiment dérangeant. On se moque des Provençaux, des agriculteurs, mais en restant politiquement correct. On se prend au passage une grosse leçon écrite au marqueur sur le ‘ racisme ordinaire ’. C'est bien, mais deux secondes après, Agnès Jaoui tombe dans l'antiprovince. Alors merci bien.
‘En définitive, je regrette mon Gout des autres ’, et ne me reparlez pas de la pluie avant longtemps.”
Newf, “plouc cinéphile” selon sa propre description, s'en prend lui aussi aux bobos :
“Le problème avec les bobos, c'est quand ils franchissent le périph'. Ils ne sont pas méchants, non, mais ils sont tellement pétris de bonnes intentions qu'ils se caricaturent eux-mêmes à longueur de film. Le couple Jaoui/Bacri est vraiment l'emblème du couple jospinien qui ne comprend toujours pas pourquoi on ne l'aime pas alors qu'il veut tellement bien faire.
‘Dans ce film, le tandem bien-pensant veut abattre les clichés, rien que ça, sur le racisme, le féminisme, la politique, mais çà ne les dérange pas de présenter les ruraux comme des abrutis finis.
Parce que dans leur monde protégé par le périph, la ruralité est une théorie sur laquelle on disserte en mangeant des sushis mais on ne s'y confronte pas, on a trop peur de remettre en question ses grandes idées.
A la limite, moi qui habite la campagne, je ne leur en voudrais même pas sur le fond mais le problème, c'est que je suis également cinéphile (eh oui, les bobos, il y a même des ploucs cinéphiles) et ce qui est le plus critiquable finalement, c'est la forme : pas une seule idée de mise en scène, rien, le vide sidéral et çà c'est impardonnable.’
Pourquoi tant de haine ? Ce film mérite-t-il de déclencher un tel opprobre ? Pidji, trouve ainsi qu'il ‘manque à pas mal de commentaires une chose qui leur donnerait de la valeur, à savoir la mesure’ :
‘Moi, ce qui m'agace encore plus que l'éventuelle dominante bobo de Bacri-Jaoui, c'est cette impression que dans ce pays les opinions ne peuvent se former qu'à partir d'un interrupteur à deux positions : 1. Haine des élites 2. Haine du peuple.
Soit on est contre tout ce qui a du succès (Clavier, Jaoui, même combat) et on encense Honoré et consorts, soit on est poujado et on casse tout ce qui parait un tant soit peu intello (c'est devenu un gros mot apparemment). Est-ce que Jaoui, c'est nul parce que ça marche ? Est-ce qu'Honoré, c'est bien juste parce que c'est une pignolade de normalien hors-la-vie ?
Est-ce que Moretti était nul du temps de Palombella Rossa ’ (probablement un de ses chefs-d'œuvre), juste parce qu'il faisait trois entrées et demi et que le film était complexe ? (…)
‘Et pour finir, ce qui serait bien, c'est d'arriver à contenir l'envie irrésistible de lâcher des commentaires haineux avant d'avoir vu le film (on atteint la trentaine de commentaires sans qu'aucune personne ne l'ait vu).’
Laissons le dernier mot à Ericj : ‘C'est que du cinoche, hein ! Pas la peine de s'étriper…’
Photo : Jamel Debbouze, Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri (DR).
► A lire aussi : ‘ Parlez-moi de la pluie ’ : votre critique ciné de la semaine
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De skalpa
actif et militant ? | 21H48 | 23/09/2008 |
Petite question :

qui à part les bobos vont au cinéma le jour de la sortie des films encensés par Télérama ?
ps : c'est une vraie question…
http://kprodukt.blogspot.com
De Camille
Mauvais genre | 22H32 | 23/09/2008 |
Je note qu'il n'est fait aucune mention de ma chronique frondeuse sur « mamma mia » car oui la pluie ça ne me tentait pas et que le soleil des iles grecques de Mamma Mia était plus tentant.
Imaginez, du polyamour (Meryl Strip ne sait pas qui de trois hommes est le père de sa fille), un homme qui se découvre homosexuel, une belle femme « mure » qui se fait allumer par un beau jeune homme et l'envoie balader « ta mère sait-elle ce que tu fais », une jeune femme qui rêve d'un grand mariage en blanc avec l'homme de sa vie…
Tout pour m'intéresser.
En fait, c'est probablement une variante du Rocky Horror Picture Show. Les amateurs connaissent peut être cette performance qui est jouée notamment à Paris au studio Galande (mais également ailleurs en France) où le film défile sur l'écran tandis que des troupes de théâtre vous font vraiment vivre la scène. Un film culte, plein de mauvais raccords, de chansons et de danses que la salle connait, une histoire délirante qui finit bien…
Voila, vous remettez la même idée avec des chansons d'Abba : du kitchissime surtout dans les costumes et les décors, des chorégraphies qui ont tout pour être cultes, des dialogues quasi inexistants mais qui servent astucieusement de lien entre deux chansons-clips, une histoire complètement abracadabrantesque et
pourtant très drôle.
Un film court, dansant, absurde et assez efficace pour échapper à une journée de boulot.
De nonprophets
23H02 | 23/09/2008 |
Le débat sur le côté bobo de ce film n'a à vrai dire pas grand intérêt.
Après l'avoir vu dimanche soir dans une salle hors de prix remplie de bourgeoises (pas bohèmes du tout) venues de neuilly, je peux affirmer avec certitude que ce film n'a finalement rien à dire.
On nous vendait une histoire sur l'exclusion (des femmes, des arabes, et même des femmes arabes ! ! ) mais ce thème est tellement mal traité que tout ce dont on se souvient c'est de la mauvaise humeur légendaire de Bacri et de l'embonpoint (très récent lui) de Jaoui. Je dois concéder que les acteurs sont bien dans leurs rôles. Pourtant, ce film transpire la concession, on veut parler d'un thème à priori intéressant (l'exclusion) mais il passe rapidement au second plan, et on lui préfère la pseudo comédie qui ne veut plus rien dire.
Bref je ne vois pas l'intérêt de ce film, il n'apporte rien sur le thème qu'il avait vocation à traiter. Tout juste un film de dimanche soir que j'aurais déja oublié si il n'occupait pas la première page de rue 89.
De Jambalaya
Le contenu de ce champ apparaît ent... | 23H10 | 23/09/2008 |
A force de les stigmatiser, on est en passe d'assister à un vrai repli identitaire de nos amis bobos.
De ce repli identitaire, et des nombreuses humiliations quotidiennes dont ils sont victimes (je pense notamment au regards en coin et aux lazzis qui les accompagnent quand, au kiosque à journaux, ils achètent Télérama - voire aux quolibets franchement hostiles qu'ils doivent affronter quand ils se réjouissent de la sortie du dernier Angot), naitront forcément des réactions de désespoir, parfois violentes.
On peut s'attendre au pire : des immolations en mettant le feu à de vieux exemplaires des Inrocks aux attentats pâtissiers à base d'oeufs bios.
La colère monte rue Oberkampf.
De Laurence Ballereau
Adj d'animation | 06H26 | 24/09/2008 |
La bobo que je suis (parisienne il va de soi…) a aimé le film.
Et au vu des commentaires, je comprend pourquoi l'Europe et les relations internationales sont si difficiles pour nous…
Comment accepter un autre étranger, quand tant de monde a du mal à accepter les parisiens !
Ahhh !
Bonjour, je m'appelle Laurence et je suis parisienne !
De Adelyne sur le sable
Si je savais | 06H50 | 24/09/2008 |
Oh ma pôvre, comme je vous plains.
Qu'est ce que vous devez souffrir et endurer, de vous sentir ainsi stigmatiser, de surcroit parisienne pour achever le tout.
Ahhh ! Comme vous dites, je compatis, parce que depuis cette nouvelle mode d'attribuer le terme « bobo » pour tout et rien, de se …. (vous voyez ce que je veux dire), d'en faire le nouveau point « godwin du web », votre vie n'est surement pas une « sinécure ».
je suis femme, et bien que pauvre travailleuse avec deux grands ados, je me mets à votre place.
Je n'irais pas voir ce film, n'en ayant pas les moyens, et attendrais dans deux ou trois ans la sortie sur Arté.
Moi j'aime Jaoui et Baccri, n'ai bobo aucune part, mais on verra bien.
De Clarence
07H08 | 24/09/2008 |
Bonjour.
Pas vu ce film.
Mais la discussion me semble étrange, concernant les bobos et le reste.
Après tout, certaines absolues merveilles du cinéma, telles certains films de Cukor ou de Lubitsch, ne se passent pas très exactement chez des prolétaires.
Le problème que pose le cinéma de Jaoui et Bacri me semble autre : c'est un cinéma de « petits malins » qui, au fond, bobos ou pas, déteste ses personnages.
Pas de bon films, et en particulier pas de comédies émouvantes, avec une attitude comme celle-ci.
De lebuffalo
11H54 | 24/09/2008 |
Curieux glissement progressif de la critique d'un simple film en analyse sociétale sur qui va le voir ou à qui il est destiné…
Déjà j'offre ma réserve de chocolat noir à celui ou celle capable de me donner une définition claire et précise du « bobo'. Faites le test autour de vous, chacun à sa propre définition. Et le plus amusant c'est qu'en général personne ne se considère comme tel, bien sûr.
En revanche ce qui est bien franchouillard, c'est de détester ce qu'on a adoré. En l'espèce, les JaBa de “Cuisine et dépendances” et de “Un air de famille”, de “On connait la chanson” et “Smoking no smoking'.
Je suis donc allé voir leur dernier opus le couteau entre les dents. Oui, je partais avec un a priori négatif, car je trouvais moi aussi que leur avant dernier opus ‘Comme une image’ était gentiment ronronnant et un tantinet ennuyeux. J'aurais adoré détester, merdum, ce ne fut pas le cas !
Ce film est fort bien écrit, souvent drôle, toujours juste. Les seconds rôles existent vraiment et sont tous très bons, particulièrement Pascale Arbillot et Mimouna Hadji. Quelques scènes sont savoureuses (la découverte du montage peu flatteur sur et par Jaoui, l'interview depuis le lieu ou dixit Bacri ‘on voit toute la France’, le passage des 3 chez les paysans du cru etc). Debbouze est d'une sobriété peu connue jusque là et toujours convaincant. Jaoui se donne le plus mauvais rôle, la parisienne féministe et autoritaire investie d'une mission politique dans sa région natale. Quant à Bacri, certainement lassé qu'on retienne toujours de lui son côté grincheux de mauvaise foi, il s'est écrit cette fois ci un rôle de gentil perdant sans grande ambition et qui se contente de peu. Ces 3 là n'ont pas grande estime les uns pour les autres mais ont besoin de chacun pour atteindre leur objectif. Qui ne sont pas très convergents… Jaoui a réalisé un film très classique dans la forme, mais l'acuité du regard sur les rapports humains fait mouche. Et c'est pour ça qu'on sourit souvent, nous remémorant parfois certains situations vécues !
J'étais accompagné par 3 amis, dont l'un rentre dans ma propre définition du bobo. Tous ont beaucoup aimés. Ont été touchés et amusés. Serait il incompatible d'aller voir ‘Le silence de Lorna’, ‘Mamma Mia’ et ‘Bienvenue chez les ch'tis’ et d'avoir apprécié les 3 ?
http://buffalosergio.canalblog.com/