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Boutin préfère la « France des propriétaires » à celle des HLM

A trois semaines de l'examen au Sénat de la loi sur le logement, la ministre est loin des promesses du Premier ministre.

Christine Boutin le 23 juin à Paris (Charles Platiau/Reuters)

L'année avait pourtant bien commencé : en janvier, François Fillon faisait du logement une priorité personnelle et commandait à l'ancien maire de Versailles et préfet des Yvelines, Etienne Pinte, un rapport qui devait être la pierre angulaire d'une politique volontariste. Très vite, le Premier ministre avait acté une série de pré-propositions de l'élu UMP qui s'estimait « confiant ».

Changement de ton cet été : Christine Boutin dévoile dès la mi-juillet son projet de loi « Mobilisation pour le logement et la lutte contre l'exclusion » avant même qu'Etienne Pinte ne rende son rapport.

Un rapport pour rien ?

15 euros terrain compris


Contrairement aux maisons Borloo à 100 000 euros, le dispositif des maisons à 15 euros intègre l'achat du terrain. Le prix global de ces maisons de 85m² oscille entre 160 000 et 185 000 euros. Peuvent y prétendre les ménages d'au moins trois personnes dont les revenus nets sont compris entre 1500 et 2000 euros par mois, avec un apport personnel réduit aux frais d'acquisition et d'hypothèque. Il faut également remplir trois critères cumulatifs :

  • être primo-accédant
  • ne pas dépasser un certain plafond de ressources
  • bénéficier d'une aide des collectivités locales du lieu de construction

Pour achever d'agacer le milieu associatif, largement au diapason de l'élu versaillais, la ministre du Logement n'a même pas intégré à son projet les premières propositions du député. Comme, par exemple, l'autorisation pour les préfets de préempter des terrains pour y faire construire du logement social locatif dans les communes récalcitrantes. Etienne Pinte, contacté par téléphone ce mardi soir, n'en revient pas :

« J'avoue que j'ai du mal à comprendre. Que, pour des raisons de calendrier politique, Christine Boutin n'ait pas pu attendre mon rapport, à la limite, je peux l'entendre. Mais alors pourquoi ne pas acter ce que François Fillon a déjà accepté ? »

La semaine dernière, le député des Yvelines a assisté à la réunion à Matignon entre gouvernement et associations. Il a instamment prié Christine Boutin de présenter au moins sous forme d'amendements gouvernementaux une partie de ses suggestions lors de la discussion du projet de loi au Sénat, le 14 octobre.

Christophe Robert, de la Fondation Abbé Pierre, le souhaite aussi… mais se montre plutôt pessimiste. Pour lui, les propositions Pinte surgiront « au mieux » dans le débat sous forme d'amendements parlementaires.

Pas un manque d'argent, mais de courage politique

Le rapport Pinte restera-t-il lettre morte ? Selon son auteur, François Fillon lui-même reconnait que ce n'est pas l'argent qui manque mais le « courage politique » :

« Pour moi, le Premier ministre a bien conscience que c'est une priorité… mais il n'a pas réussi à mobiliser l'ensemble de son gouvernement. […] Si on a trouvé 5 milliards pour l'enseignement supérieur et 1,5 milliard pour le RSA (ce dont je me réjouis), on peut bien débloquer quelques centaines de millions pour le logement. »

Matignon, contacté mardi soir, n'a pas donné suite à nos sollicitations avant la publication de cet article.

« Le gouvernement n'est-il pas en train de pousser au surendettement ? »

Soulignant que tout le monde, des associations jusqu'au gouvernement, table sur les mêmes chiffres (3 millions de personnes mal logées et la nécessité de constuire 500 000 nouveaux logements par an dont 120 000 dans le parc social), Etienne Pinte soutient que l'Etat aurait au moins les moyens d'acquérir immédiatement 1000 logements existants et d'en financer 2000 à Paris et dans la banlieue proche.

Pourtant, le projet de loi dont les sénateurs débattront dans trois semaines assouplit plutôt la loi du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains (dite « loi SRU »), qui oblige les villes de plus de 3500 habitants (1500 en Ile-de-France) à compter au moins 20% de logements sociaux locatifs. Si la loi Boutin est adoptée en l'état, l'article 55 de la loi SRU ménagera des dérogations pour les communes qui feraient un effort sur l'accession sociale à la propriété.

71000 HLM livrés en 2007


En 2007, les organismes HLM n'ont pu proposer que 71000 logements supplémentaires alors que 1,2 million demandes de logements sont en attente. Les maires soulignent que l'objectif de 20% de logements sociaux locatifs de la loi SRU est de plus en plus ardu, notamment à cause de la hausse du coût de la construction et du renchérissement du foncier via les taux d'intérêt.

Selon le ministère, il s'agit de faciliter l'accession à la propriété des classes « populaires ». Un écho à la campagne de Nicolas Sarkozy, qui promettait de faire de la France un « pays de propriétaires ». Concrètement, c'est le dispositif des « maisons à 15 euros » qui doit permettre d'atteindre cet objectif.

L'accession sociale à la propriété, les associations n'ont rien contre, souligne Christophe Robert de la Fondation Abbé Pierre… « mais pas si c'est pour tirer une balle dans le pied du logement social » :

« On n'avait pas besoin de toucher aux 20% de logements sociaux pour encourager l'accession à la propriété pour les ménages modestes. De plus, à quel prix faut-il pousser celle-ci ? Si on ajoute le remboursement du terrain et celui de la maison à raison de 15 euros par jour, certains ménages s'endettent pour quarante ans. Est-ce bien raisonnable à l'heure de la crise financière ? Le gouvernement n'est-il pas en train de pousser au surendettement ? »

Christophe Robert, qui défendait pour la Fondation Abbé Pierre une autre version de la loi devant les groupes PS et UMP à l'Assemblée ce mardi matin, rappelle en outre que ce dispositif ne concerne finalement que les ménages avec enfants et pas les plus pauvres. Or, un tiers des ménages logés en HLM vivent sous le seuil de pauvreté (681 euros par mois selon l'Insee).

Alors que certains acteurs associatifs soupçonnent la ministre du Logement d'avoir touché à la loi SRU « pour des raisons idéologiques », Christine Boutin cloturera la grand-messe annuelle des organismes HLM, qui s'ouvrait à Cannes ce mardi. Au même moment, le 115, numéro d'urgence pour les SDF, était déjà saturé par endroits… trois mois avant l'hiver.

5 commentaires sélectionnés

Portrait de VinceDeg

De VinceDeg

étudiant | vincedeg.nolizard.org | 00H29 | 24/09/2008 | Permalien

Bon, okay, on est de gôôche, vi msieur, ça vient du gouvernement alors on s'indigne et tout ça.

Mais examinons deux secondes la question de la France des propriétaires. Effort d'imagination, c'est Olivier Besancenot qui l'a dit. Il dit quoi, le petit Obi ? Il dit qu'un loyer ça constitue une rente, on consulte son manuel du parfait marxiste et on lit : « rente : thunes données sans raison par la classe sociale des prolos à la classe sociale des propriétaires, pour que ceux-ci puissent s'acheter le dernier Mac Book Air à la Fnac. Pour les premiers, c'est de l'argent jeté par la fenêtre et ça fait mal au pouvoir d'achat, pour les deuxièmes ça fait des fins de mois sympas ». Han, pas bien.

Re-effort d'imagination : le marché de l'immobilier change. Par une politique d'offre et d'urbanisme bien branlée que l'on attend pas du gouvernement actuel, on dégonfle la bulle spéculative (de l'imagination, j'ai dit ! ). Devenir proprio devient alors aussi cher par mois que payer un loyer, même avec les intérêts et tout le tintouin. Pour ceux qui ont en tête un scénario hollywoodiens d'écroulement de grandes banques à cause de défauts de paiement (comme si ça pouvait arriver), dites vous que si on peut pas rembourser sa banque, on peut pas non plus rembourser un éventuel proprio.
Bon, vous l'aurez compris, dans ce cas tout le monde à peu de choses près est soit proprio soit vit dans des logements sociaux - qui représentent bien sûr 20% des logements. Plus d'argent jeté par les fenêtres, et une fois qu'on s'est constitué son patrimoine, ben on arrête de payer et on a la sécurité du logement. Je sais, c'est idyllique.

Mais tout ça c'est la vraie vie dans certains endroits. A Amsterdam par exemple. Acheter un logement, par mois, y est moins cher que payer un loyer, vu que peu de logements en dehors des logements sociaux sont en location. En plus c'est facile, et pas forcément besoin d'apport initial. Et le prix du m2, même dans la zone centrale, est incomparable avec celle de Paris. Et on peut fumer ses pétards tranquilles, ce qui n'a rien à voir avec le sujet mais mérite d'être souligné.

Portrait de kessy007

De kessy007

kessy007.blogspace.fr | 08H57 | 24/09/2008 | Permalien

C'est marrant cette réflexion de Christine Boutin lorsque l'on sait que les banques ne prêtent plus ou à des taux trop élevés. Elle a toujours un train de retard celle là.

Sur le principe, je peux être d'accord avec elle. Il est plus intéressant de payer des mensualités pour un bien qui va nous appartenir que de payer dans le vide. Cela rapporte des impôts en plus à l'Etat en plus seulement cela cristalise les inégalités. Ceux qui vivait dans les coins ou cités les plus paumés vont rester dans ces régions et ne pourront plus bouger.

De plus, il va falloir lancer un grand plan de rénovation des HLM pour les vendre, ne pensez vous pas ? A qui des mesures dans ce sens profiteront en réalité ? Pour moi, les riches vont profiter de ces mesures et les pauvres vont s'enfoncer encore et toujours dans leur gouffre. Et je ne parle même pas de la fonte de leur pouvoir d'achat.

Portrait de hoshiko

De hoshiko

09H48 | 24/09/2008 | Permalien

15€/jour ça paraît peu.
Sauf que ça fait 457€/mois.
Si ces maisons sont pour des familles de 3 personnes (minimum) qui gagnent 1500€/mois, il leur reste 43€/mois de possibilité de crédit (taux d'endettement maxi 1/3 des revenus).
Ils auront donc à peine de quoi faire un crédit pour une voiture, malheureusement nécessaire puisque ces terrains libres seront forcément loin de tous transports en commun (et que c'est un problème de collectivités locales dont Boutin n'a que faire).
Et il ne leur restera que 1000€ pour vivre à 3 ou plus ! !
En étant endettés sur minimum 29 ans (160 000€/(365*15)=29 et 185 000€/(365*15)=34)* ! ! !

Au mieux, leur consommation sera minimale, donc la croissance va stagner (voire régresser), donc le chômage ne va pas baisser.
Au pire, ils seront une nouvelle catégorie : les travailleurs-propriétaires pauvres. Super !

On peut faire le calcul avec la limite haute (2000€/mois de revenus), mais ça ne change pas grand'chose : 210€/mois de possibilité de crédit et 1333€ pour vivre à 3 ou plus.

*Et encore, je ne sais pas si le prêt sera à taux zéro ou si les banques se sucreront au passage…

Portrait de jjezfm

De jjezfm

Internaute | 10H45 | 24/09/2008 | Permalien

pour tordre encore une fois le cou à une idée reçue, être propriétaire n'est pas TOUJOURS intéressant !
Et si, c'est vrai ! pour des raisons fiscales, de risque foncier, d'endettement etc… cf l'article déjà paru sur rue89 :

http://www.rue89.com/etienne-wasmer/pour-le-logement-le-marche-fera-plus…

en gros, plus on est riche, plus il est intéressant d'être propriétaire…

comme dirait quelqu'un qui nous manque :
étonnant, non ?

Portrait de dt_ytsejam_dt

De dt_ytsejam_dt

Frouze en Suisse. | 16H04 | 24/09/2008 | Permalien

Juste une courte réaction faute de temps pour apporter une précision concernant certains posts qui font un amalgame erroné entre Crédit Hypothécaire et Crise des Subprimes. La faillite de la crise des Subprimes est bien d'avantage liée au fait que les Banques ont prêté à des personnes aux revenus insuffisants pour pouvoir supporter l'augmentation de la charge de la dette sur des emprunts à taux non-seulement variables mais en plus majorés en raison…du risque d'insolvabilité justement. Le Crédit Hypothécaire, lorsqu'il est utilisé à bon escient, c'est-à-dire qu'il est assorti d'un apport personnel suffisant, qu'il prend en compte la capacité de remboursement des emprunteurs et qu'on l'adosse au minimum nécessaire d'assurances contre les risques de perte de revenu (Chômage, Invalidité, décès…) fonctionne parfaitement et permet, avec le même montant de remboursement annuel, l'accès à des prêts beaucoup plus importants. (Un emprunt non hypothécaire sur 25 ans implique un remboursement du capital de 4% du montant emprunté par année et donc coute à peu prêt le double d'un Crédit Hypothécaire sur le même montant si l'on considère un taux long moyen de 4%)…La différence est que, apport personnel mis à part, je reste redevable d'un dette constante envers ma banque…sauf à rembourser volontairement une partie du capital…dès lors on voit que l'avantage de ce type de prêt est aussi dans la souplesse qu'il apporte puisque je peux au choix, spéculer sur la valeur de mon bien, en ne remboursant pas le capital mais en comptant sur l'augmentation de la valeur de mon actif pour faire une plus value, je peux rembourser à mon rythme au gré de mes revenu, voir même je peux décider de rembourser tout le capital le plus rapidement possible pour sortir de la dette au plus vite…Lorsque l'on à comprise cela on voit tout de suite que, le Crédit Hypothécaire est une bonne solution MAIS absolument pas une réponse à l'accès à la propriété des ménages les plus modestes qui n'auront ni l'apport personnel, ni les revenus suffisants pour arbitrer leur remboursement du capital…Pour eux ce peut même être un piège…Le Crédit Hypothécaire per se n'est donc pas le remède miracle à la crise du logement pas plus qu'il n'est en cause dans la crise des Subprime….
PS ; Au final, pas si courte ma réaction… ; -)

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