Nouvelle polémique autour du Revenu de solidarité active : le dispositif, qui sera généralisé l'an prochain, représente un moins-disant pour les étrangers non ressortissants de l'Union européenne selon le Gisti, qui a lancé l'alerte en fin de semaine. Le RSA agite maintenant à gauche, alors qu'il divisait déjà à droite, à cause de son financement par une nouvelle taxe.
Dénonçant ce qu'il appelle une « xénophobie d'Etat », le Gisti, association de défense des travailleurs immigrés, compare les conditions d'accès au RSA à celles qui prévalaient jusque-là pour le RMI. Point par point, Antoine Math, chercheur spécialisé en politiques sociales et militant au Gisti, a décortiqué pour Rue89 les cas de figures pour lesquels la législation sera désormais plus contraignante.
D'abord, ce que dit la loi. L'article L 262-4, deuxième alinéa, énonce les conditions d'éligibilité. Le texte de loi, consultable sur le blog de Martin Hirsch, haut commissaire aux solidarités actives, précise qu'il faut avoir 25 ans et être français « ou titulaire, depuis au moins cinq ans, d'un titre de séjour autorisant à travailler ».
Un peu plus loin, est précisé que la même condition prévaut pour les concubins. Puis que cette disposition ne s'adresse qu'aux étrangers qui ne sont pas issus d'un pays membre de l'Union européenne (pour qui trois mois de séjour suffisent).
Un plus grand flou pour le RMI
Cinq ans et un titre ouvrant droit au travail ? Antoine Math est formel : c'est plus strict que le RMI. Lorsque le législateur avait créé le RMI, en 1988, il n'avait pas précisé de durée de séjour dans le texte-même de la loi. Sur le site de la Caisse d'allocations familiales ou celui des conseils généraux, on trouve d'ailleurs cette mention plutôt floue :
« Si vous êtes étranger, un titre de séjour particulier est exigé. Dans la plupart des cas, il s'agit d'une carte de résidant. »
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Si les collectivités locales se montrent si floues, c'est parce que la loi se référait aux textes en vigueur en matière de droit des étrangers mais n'instaurait pas noir sur blanc un seuil plancher. Dans les faits, Antoine Math, au Gisti, rappelle que le RMI pouvait être accordé à un étranger extracommunautaire dans deux cas de figure :
- soit parce qu'il avait une carte de résidant de dix ans
- soit parce qu'ils cumulait trois conditions : avoir un titre de séjour d'un an ouvrant droit au travail ; être en France de manière régulière depuis le temps nécessaire pour demander une carte de résidant (trois ans en 1988, cinq ans depuis 2003) ; et avoir bénéficié d'un permis de travail sur cette période
Concrètement, cela signifiait déjà qu'un étranger qui avait d'abord bénéficié d'un titre de séjour pour faire ses études sur le sol français pendant cinq ans, puis avait travaillé, puis s'était retrouvé au chômage, puis en fin de droits, ne pouvait pas prétendre au RMI. Et ce alors même qu'il avait séjourné plus de cinq ans sur le territoire en toute légalité mais parce qu'un visa étudiant ne permet pas de travailler.
Attention toutefois : la France a aussi des accords bilatéraux avec nombre de pays, principalement ses anciennes colonies. Et ces accords prévoyaient des clauses dérogatoires pour les ressortissants de ces pays-là. Ainsi, un Algérien, un Mauritanien ou un Sénégalais, par exemple, pouvaient prétendre au RMI dès trois ans au lieu de cinq. Une particularité souvent ignorée des caisses d'allocations familiales, qui donnait déjà lieu à de nombreux recours, précise le Gisti.
Cinq ans pour tout le monde
Avec le RSA, ce sera donc cinq ans pour tout le monde, y compris si la loi sur le séjour des étrangers venait à changer. En outre, les conditions se corsent pour les conjoints. Jusqu'à présent, la loi était plus clémente avec eux, réclamant un titre d'un an.
Si cette condition était remplie, le RMI pour le foyer était majoré pour prendre en compte la présence d'une deuxième personne. Or cela change avec la loi sur le RSA, décrypte Antoine Math, au Gisti :
« On étend pour les conjoints, concubins ou pacsés, l'exigence d'un titre de séjour de cinq ans, qui doit en plus être un titre de séjour ouvrant droit au travail. »
Au passage, le législateur précise encore que seuls les enfants entrés légalement sur le territoire pourront ouvrir droit à une majoration de l'allocation RSA. C'est déjà ce qui prévalait pour les allocations familiales… Or le Gisti ressort deux condamnations successives de la Cour de cassation (en 2004)et de la Halde qui ont épinglé la France pour violer en la matière la convention européenne des droits de l'homme et la convention internationale des droits de l'enfant. Sur ce point, le législateur a donc entériné une situation déjà sanctionnée par la jurisprudence.
« Le gouvernement ment »
C'est sur ces éléments que se base le Gisti pour affirmer que « le gouvernement ment » lorsqu'il assure que le passage du RMI au RSA se fera « à droits constants ». Vendredi soir, le cabinet de Martin Hirsch demandait un peu de temps pour pouvoir consulter le réquisitoire de l'association. Samedi matin, la réponse tenait en peu de mots : Patrick Chanson, porte-parole de Martin Hirsch, se contentait d'assurer « si, nous sommes à droits constants ». Et les points épinglés par le Gisti ? « Nous les recevrons bientôt. »
Du côté du Gisti, on faisait remarquer cette semaine que l'ancien président d'Emmaus, qui a beaucoup consulté avant de mitonner le RSA, n'avait pas vu le Gisti. Qui en concluait que les bénéficiaires étrangers étaient passés à l'as.




















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De kawouede
09H57 | 21/09/2008 |
Merci Chloé Leprince. La CFDT qui soutient l'idée du RSA a aussi dénoncé cette limite (ainsi que celle de l'âge)
De Martin.Hirsch
Haut commissaire aux Solidarités ac... | 11H49 | 21/09/2008 |
Bonjour,
Le GISTI a publié un communiqué en fin de semaine dernière pour dénoncer le fait, que selon eux, le RSA, serait plus restrictif pour les étrangers que les minima sociaux auquels il se substitue et annoncer une saisine de la HALDE.
Sur le fond, ce n'est pas exact.
Nous avons pris soin à ne pas modifier, à l'occasion de la création du RSA, les conditions d'accès actuellement prévues par les textes en vigueur.
Les données juridiques précises figurent dans une fiche détaillée que l'on peut trouver sur le site www.toutsurlersa.fr
Sur la forme, dès que nous avons eu connaissance du communiqué du GISTI, nous les avons appelé pour pouvoir vérifier, texte à l'appui, ce qu'il en était et nous assurer que nous n'étions pas passé à côté d'une disposition, puisque nous connaissons la compétence juridique des membres du GISTI. Nous leur avons proposé de nous voir le 22 septembre 2008 pour cela. Le représentant du GISTI n'avait pas pris contact à nous… Car il nous a dit ne pas savoir où nous joindre et ne pas avoir fait partie des associations qui ont été consultées au cours des différentes phases d'élaboration du projet.
Un livre vert sur le RSA a été soumis à une très large consultation publique pendant plusieurs semaines et de nombreuses associations ont fait part de leur position dans ce processus. Le GISTI ne l'a pas fait. C'est dommage, sinon il aurait été convié à la conférence de concertation qui a réuni au mois de juillet 2008 toutes les organisations qui avaient exprimé un point de vue.
Martin Hirsch
www.toutsurlersa.fr
De caro
délinquante avérée | 12H57 | 21/09/2008 |
Monsieur Hirsch, je n'ai pas trouvé des informations précises sur votre blog sur l'attribution du RSA, notamment pour les étrangers, et tous vos exemples fleurent bon les prénoms du terroir.
En revanche, j'ai trouvé les informations sur d'autres sites, notamment reprenant les liaisons sociales et le projet de loi adopté par le Conseil des Ministres :
http://www.wk-rh.fr/actualites/detail/5011/le-projet-de-loi-generalisant…
Le Gisti a entièrement raison.
Comment se fait-il que l'égalité des droits entre français et étrangers ne soit pas respectée ? Vous ne vous en étiez donc pas rendu compte ? Mais que font vos conseillers ? La politique sociale, à laquelle vous participez, devient de plus en plus inégalitaire, entre français et étrangers, riches et pauvres, pauvres et encore plus pauvres.
De ducatel
14H46 | 21/09/2008 |
bonjour,
merci pour ces précisions.
Si j'ai donc bien compris :
rsa pour français
rsa pour étrangers issus d'un pays membre de l'Union européenne (pour qui trois mois de séjour suffisent)
rsa pour étrangers qui ne sont pas issus d'un pays membre de l'Union européenne après 5 ans en situation régulière
Je ne remets pas en cause le fait que les conditions d'obtention soient différentes, je remets en cause les commentaires de riverains la taxant de racisme d'état.
En effet, comme l'indique Mr Hirsch, les conditions d'obtention n'ont pas été modifiées par rapport aux textes en vigueur actuellement.
Sinon, en terme d'exemples (baguette), les réductions étudiantes sont différentes pour l'entrée au colisée de Rome suivant étudiant In ou Out UE (on va me dire mauvais exemple Rome municipalité conduite par un neo fasciste) ou prix accès au Machu picchu différent pour un local ou pour un étranger (mais là on va me dire que ce n'est pas du racisme mais la contribution que toute personne ayant les moyens de prendre l'avion pour venir au perou doit payer par rapport aux locaux…)
De mamane
Ingénieur | 15H46 | 21/09/2008 |
La question est de savoir pourquoi les étranger doivent remplir des critères en plus ?
Si on vit dans une société, dans un pays, réellement égalitaire, tout le monde devrait être jugé et avoir des droits suivant des critères identiques.
Si les étrangers ont des critères supplémentaires, c'est pour leur rendre plus difficile l'accès au RSA, sinon pourquoi ajouter des critères, donc des difficultés supplémentaires pour l'obtention.
Si le RSA était interdit directement aux étrangers, il clair qu'alors il y aurait eu une sélection raciste dans les critères d'obtentions du RSA.
Ne pouvant jouer directement de ce critère, le texte n'interdit pas directement mais rend plus difficile l'accès au RSA pour les étrangers, ce qui revient à l'interdire à un maximum.
LE BUT DES CRITÈRES SUPPLÉMENTAIRE EST DE RENDRE LE RSA INACCESSIBLE A UN MAXIMUM D'ÉTRANGER, C'EST A DIRE L'INTERDIRE AU PLUS GRAND NOMBRE D'ENTRE EUX.
Donc il y a bien du racisme dans ces critères. Et comme c'est bien des représentants de l'état, des représentants politiques qui votent des lois, du gouverment, etc… C'est bien du racisme d'état.
PS : Si vous voulez manifester avec des pancartes devant le colisé et/ou le Machu Picchu n'hésitez pas un instant je suis de tout coeur avec vous, si les faits que vous rapportez sont exacts. Perso, je préfère m'occuper du racisme qui génères des lois, c'est à dire celui qui est en haut de l'état et du système politique. Il me semble que ce racisme là est plus urgent à traité, il me semble.
Mais bon, les gouts et les couleurs…