
« C'est dur d'être aimé par des cons » : un mauvais film
La liberté d'expression ne se négocie pas. Elle peut pourtant être défendue avec un poil de subtilité, ce que le documentariste Daniel Leconte ne sait pas faire.
Ce qu'il y a d'assez ennuyeux avec « C'est dur d'être aimé par des cons », documentaire que Daniel Leconte consacre au volet français de l'affaire des caricatures du prophète Mohammed, c'est qu'il s'agit d'un mauvais film. Oui, d'un mauvais film. Manifestement convaincu de ne s'adresser qu'à des gens qui, comme moi, ont soutenu Charlie Hebdo dans son combat pour la liberté de blasphémer, le réalisateur promène sa caméra du palais de justice à la rédaction du journal avec la balourdise d'un éléphant dans un magasin de porcelaine.
Une ode à Saint-Georges terrassant bravement le dragon de l'obscurantisme
Ok, nous sommes d'accord, il était du devoir des contributeurs d'un magazine satirique et irrévérencieux tel que Charlie de prendre fait et cause pour leurs homologues scandinaves. La liberté d'expression ne se négocie pas et il serait terrible de ne pas pouvoir faire subir aux fanatiques en djellaba les outrages quotidiennement infligés à leurs cousins en soutane.
Mais ne pouvait-on trouver d'autres moyens de rendre compte du procès ayant opposé Philippe Val au CFCM (Conseil français du culte musulman) ? Je veux dire, des moyens plus subtils que cette espèce d'ode à Saint-Georges terrassant bravement le dragon de l'obscurantisme ?
Leconte réussit le tour de force de me mettre, deux heures durant, mal à l'aise dans mon soutien jusqu'alors inconditionnel à un journal que je respecte et à un éditorialiste que j'apprécie.
Et il faut vraiment qu'apparaisse Abdelwahab Meddeb trente secondes à l'écran pour saisir ce qu'aurait pu être -mieux, ce qu'aurait dû être- un retour serein sur un débat complexe. Témoin à décharge, l'intellectuel tunisien ne peut en effet s'empêcher d'évoquer son trouble devant quelques uns des fameux dessins du Jyllands Posten -prophète à turban explosif en vedette.
Pousser la réflexion sur la responsabilité d'un dessinateur satirique
Je relis d'ailleurs à peine ce que j'avais écrit à l'époque de leur reprise dans Charlie : sans en renier une virgule, je regrette vivement de ne pas être allé plus avant dans la réflexion sur, non pas la liberté d'expression per se, mais plutôt les motivations et la responsabilité d'un dessinateur satirique.
Francis Szpiner, avocat du CFCM, avec ses manières patelines de ténor du barreau, insiste justement, dans le film, sur la nature clairement raciste des lettres d'insultes qui lui ont été adressées pendant l'instruction, rappelant à Val qu'il n'aurait certainement pas apprécié de tels appuis. Et l'on se doute bien de l'allure des appuis en question…
Encore une fois, qu'il faille se battre pour la liberté d'expression est une évidence. Mais l'on peut bien dessiner toutes les caricatures que l'on voudra sans pour autant faire l'impasse sur ce qu'elles représentent effectivement comme sur la façon dont elles seront reçues une fois dans les kiosques.
A Charlie, l'équipe s'était immédiatement mobilisée autour de l'idée que les dessins danois n'étaient pas racistes mais simplement anticons, anti-intégristes, antiposeurs de bombes. Et sans doute l'étaient-ils essentiellement. Mais ils étaient aussi autre chose et peut-être était-il maladroit de donner le sentiment d'adhérer sans réserve à un sous-texte raciste. De l'épouser sans distance.
Plus aucun doute sur les connotations antisémites de l'affaire Siné…
Il serait d'ailleurs difficile de ne pas faire un parallèle avec « l'affaire Siné » de cet été, puisqu'elle concerne le même hebdomadaire. Ainsi, je n'ai moi-même plus aucun doute sur les connotations antisémites de la petite phrase sur la « conversion » du fiston Sarkozy : l'amalgame juif-pouvoir-argent par un type doté d'un passif pareil est sans ambigüité et rien n'est moins convaincant que le remplacement du mot juif par protestant ou bouddhiste pour démontrer le contraire. Que je sache, ni les protestants ni les bouddhistes n'ont été massacrés par millions il y a soixante ans au nom de ces amalgames.
Mais parce que je ne me suis pas élevé contre le droit de Siné à exprimer ses préjugés, mais bien en faveur du droit pour un patron de presse de ne pas les diffuser, je me rends désormais bien mieux compte du décalage qui existe entre la défense générale d'un principe et la défense de celui qui en fait un usage gênant (au minimum). Rétrospectivement, j'aurais donc préféré voir Philippe Val reproduire les dessins au lieu de les publier.
Et il me semble que c'est sur cette énorme nuance que le débat aurait pu se situer dans un prétoire et dans un film. Les barbus seraient restés en colère, auraient brulé le même nombre d'églises et de drapeaux danois, mais Abdelwahab Meddeb n'aurait peut-être pas été troublé exactement de la même manière. Daniel Leconte, à presque deux ans d'intervalle et autant de temps pour la réflexion, ne pouvait-il pas s'en rendre compte en montant son film ?
En tout cas, quittant la salle de projection et jetant un dernier coup d'œil à l'affiche de Cabu, je me suis demandé si certains spectateurs n'en viendraient pas, agacés, à se dire qu'il est parfois presque aussi dur d'aimer des cons que d'être aimé par eux… Oh, mais je dois caricaturer un peu, là.
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De Servais-Jean 4591
alpha-béta | 12H50 | 19/09/2008 |
Ben avec cet article j'ai économisé toutes mes pastilles moins une que je me mets.
à Servais-Jean
De lioe
berlin | 13H48 | 19/09/2008 |
Bonjour servais-jean
C est avec honneur que le vous offre les miennes ! Et top
à lioe
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 00H03 | 20/09/2008 |
Salut Lioe,
difficile de casser la baraque avec la critique d'un film sans interêt. Encore que je trouve que l'auteur s'en est pas trop mal sortie, mais bon ……….. .
Quant aux commentaires des 4 ou 5 déchainé(e)s habituels qui depuis 12 semaines se jettent sur la moindre occasion pour ValSiner un bon coup …. Rien que du copié / collé mental …..on s'en lasse, on s'emmerde à les relire pour la trente-troisième fois, on se demande si ils n'ont vraiment rien d'autre à se mettre sous la dent …..Il se passe donc rien de grâve en France, dormez bien.
Il me reste donc un grand stock de pastilles rouges, en voilà 5 pour toi : -)
à leconcombrevert
De lioe
berlin | 16H47 | 20/09/2008 |
Salut salut
Oui effectivement le sujet use et est usée j ai pas tellement compris le grand écart de l auteur de l article qui assume et qui regrette ! .
Mais bon pas grave ! J ai moi aussi un petit stock de cinq top
De Infovite
Plébéien. | 12H53 | 19/09/2008 |
L'amour c'est con mais que c'est bon d'aimer comme un con !
http://info-espress.over-blog.com/
De Gelb
- | 13H05 | 19/09/2008 |
J'ai trouvé ce film nul, vide, autocomplaisant au possible. Et sans intérêt, dans la mesure ou il ne fait qu'enfoncer des portes ouvertes. On aurait dit de la télé-réalité, le débat de fond n'est vraiment qu'esquissé.
Seul Szpiner m'a permis de passer un bon moment, quand il a taclé la journaliste de Charlie…
De Jack Sullivan
en boule | 13H45 | 19/09/2008 |
[sur Siné] « l'amalgame juif-pouvoir-argent par *un type doté d'un passif pareil* est sans ambigüité »
Oh là là. Vous avez lu quoi, au juste ? La version servie par les pro-Val, ou la version orginale des propos de Siné, dans le contexte de l'époque ? Parce que j'aime autant vous dire que ça fait une sacrée différence.
De lioe
berlin | 13H46 | 19/09/2008 |
Bonjour
Effectivement la liberte d expression ne se negocie pas !
Il y a toujours une exception qui confirme la regle ! n est ce pas braves journalistes !
De Phil2922
Retraite invalidité | 14H05 | 19/09/2008 |
Et s'il faisait le film « Mort aux cons », Leconte, ce serait peut-être meilleur… ? !
http://phil195829.overblog.com
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 14H46 | 19/09/2008 |
S'il semble que l'objectif de riposte de Charlie-Hebdo à la tentative de détournement de l'objectif des caricatures danoises puisse être à son détourné de son objectif (…« C'est dur d'être aimé par des Cons…. » )
Charlie-Hebdo pourrait dire à son tour si son objectif est détourné :
… » C'est dur d'être aimé par des Cons… »
Etc…
C'est clair, non ?
De Azrael
15H13 | 19/09/2008 |
ça fait des années que Val me gonfle !
Il est tout à fait dans l'air du temps avec sa pose de neo-moraliste humoristique bien-pensant !
En plus, le vendredi, il sévit sur France-Inter à l'heure où je me rase. du coup je vais être obligé de m'acheter un rasoir électrique !
Ce qui est certain c'est que c'est devenu très dur « d'aimer » Charlie Hebdo.
à Azrael
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 16H08 | 19/09/2008 |
Pile poil, je me suis bien marré ce matin, en me lavant le museau.
J'ai écouté Val sur France Inter se moquer du Pape, il lui a taillé un costard croquignolet.
C'était bon !
Comme personne n'est parfait. Val m'a parfois gonflé et boursouflé. Et Siné aussi. Il y a un peu de beauf, quelque chose de vieillot chez les deux. Bof ! Vraiment personne n'est parfait. Me too ! You too !
à Claude PELLETIER
De Rokse
chose rousse | 19H52 | 19/09/2008 |
Neither am I ! Neither are you !
De lesuperdidou
Saltimbanque | 15H42 | 19/09/2008 |
mauvais timing pour la promo : virez le dir.com
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 16H02 | 19/09/2008 |
Hum ! Deux passages me paraissent obscurs … mais je n'ai pas vu le film pour l'instant. Notamment :
» Rétrospectivement, j'aurais donc préféré voir Philippe Val reproduire les dessins au lieu de les publier. «
Quelle différence entre reproduire et publier ! ?
————————
Parmi les contributions, il est assez curieux de retrouver les mêmes remarques de semaine en semaine (affaire Val vs Siné) et d'apercevoir du positionnement un peu racorni.
Visiblement le débat dans ces colonnes ne fait pas beaucoup avancer ceux qui s'y expriment.
à Claude PELLETIER
De lesuperdidou
Saltimbanque | 16H11 | 19/09/2008 |
Où ça, un débat ?
à Claude PELLETIER
De Hugues Serraf
(auteur)
Chroniqueur | 16H50 | 19/09/2008 |
Pour moi, reproduire les dessins, c'est au titre de documents, de « pièces » à ajouter à un débat. Les publier, en revanche, c'est en faire la matière éditoriale de son support, c'est endosser leur point de vue. C'est là que je vois une différence.
Sur le second point, je suis assez d'accord avec vous.
à Hugues Serraf
De paco
22H45 | 19/09/2008 |
La nuance « reproduire“/‘publier’ ne me paraît pas si claire dans la pratique.
Quand au débat Val/Siné, effectivement, rien de bien neuf. Alors pourquoi le relancer par une phrase de votre article qui ‘rentre dedans’, et suscite évidemment plus de commentaires que le film lui-même ? Parce que finalement, qu'est-ce su l'étalage de votre opinion sur l'affaire Siné apporte à votre critique du film ?
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 17H11 | 19/09/2008 |
Je me pose la même question que Claude Pelletier ci-dessus : quelle différence entre « reproduire » et « publier' ? ? ? Une fois cela dit, je n'ai rien de particulier à dire au sujet du film de Leconte, puisque je ne l'ai pas vu. A ce point de vue, je veux bien vous croire sur parole.
En revanche, j'ai ceci à ajouter à votre commentaire, à mon sens tout à fait superflu, concernant Siné.
A force de vouloir faire des explications de texte des réflexions de Siné (en fait d'une seule, en l'occurrence), on perd le sens de la mesure.
Siné est peut-être antisémite, certains de ses écrits et déclarations passés et plus récents me portent à le croire, mais il est permis de s'interroger sur la nécessité d'un procès pour son association juif / argent / arrivisme dans le texte incriminé (celui ayant trait à la “conversion” alléguée de Jean Sarkozy avant son mariage). On notera à ce propos que Jean Sarkozy lui-même n'a PAS souhaité un tel procès, entamé par d'autres qu'il n'approuve pas.
On pourra toujours dire que la petite phrase de Siné est la goutte qui a fait déborder le vase. Mais qu'elle semble inoffensive, voire anodine, en regard de ce qu'il était permis de dire à la “grande” époque de l'antisémitisme nauséeux (les années 30) ! Je suis encore tout interloqué qu'on en fasse un tel plat.
Vous me direz sans doute qu'on ne peut pas plus être légèrement antisémite que légèrement enceinte. Admettons, pour la forme. Mais si l'on veut faire croire aux gens que le petit bout de phrase de Siné est le signe avant-coureur (ou manifeste) qu'un vent mauvais d'antisémitisme va souffler (ou souffle déjà) sur la France, on se trompe. C'est sans doute ce qui explique pourquoi nombre de juifs se sont portés à la défense de Siné.
A mon sens, avec cette petite phrase, que presque personne n'aurait remarquée si on ne lui avait pas fait toute cette publicité, on a voulu faire payer à Siné l'“ensemble de son oeuvre”. Laquelle, du coup, gagnera des lecteurs. On ne pouvait pas mieux se tirer une balle dans le pied.
à Jaycib
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 19H48 | 19/09/2008 |
Je dispose de peu de temps mais il me semble que vous faites bouger des lignes quand vous comparez « être antisémite » et « être enceinte » …… L'analogie ne fonctionne pas.
Je n'ai jamais suivi ceux qui établissent une relation d'évidence entre émettre un « signal antisémite » et « être antisémite » de nature. Que veut dire être antiraciste ou raciste ? Que voilà une question qui paraît trop évidente.
à Claude PELLETIER
De Jaycib
Désagrégé de l'Université | 22H13 | 19/09/2008 |
Je ne m'adressais pas à vous, Claude, mais à l'auteur de l'article !
De deuxETdeux
Infidèle lecteur | 17H36 | 19/09/2008 |
Vous avez l'air de vous y connaître : aidez-moi svp.
A l'occasion d'un déjeuner entre collègues, la conversation s'est orienté sur le père du bébé de Rachida Dati. L'un d'eux a alors lancé : « en tout cas, je suis sûr qu'il est riche ». Bien entendu, j'ai arrêté là le déjeuner pour me désolidariser de l'attaque basse. Mais je ne sais comment réagir plus. Mon raisonnement est le suivant, si Rachida Dati, dont les origines marocaines sont connues, est également arabe (je ne sais pas, mais je présume)… elle est donc sémite. Est ce qu'il s'agit donc d'un cas d'anti-sémitisme ? Est-ce que je pourrais demander le licenciement de mon collègue (ce qui m'arrangerait bien par ailleurs) ? Où est ce que c'est un simple cas de racisme/sexisme/outrage à Garde des Sceaux /diffamation ou toute autre catégorie injurieuse qui ne donne lieu à aucun licenciement. Merci d'éclairer ma lanterne, car je ne sais pas toujours reconnaître les limites à ne surtout pas dépasser.
De Alain Pacifique
18H36 | 19/09/2008 |
et voila ! ! il suffit d'écrire dans un texte « l'affaire Siné “ et c'est reparti pour un tour ! !
de plus, je pense qu'il n'était pas nécessaire d'y faire allusion pour parler de ce film.
De pianoman
musicien libre | 21H00 | 19/09/2008 |
Desproges a dit 3Dieu a partagé le monde en deux, les juifs et les antisémites.C'était il y a 22ans je crois. Et je n'ai pas souvenir que cette phrase n'ait rien provoqué d'autre que les rires des spectateurs.Je n'ose imaginer ce que cela donnerait aujourd'hui. Vive le progrès !
à pianoman
De Claude PELLETIER
Retraité dans son jardin | 21H35 | 19/09/2008 |
Votre citation est décalée par rapport à « La—phrase—cultissime »
(en réalité un portrait composé de plusieurs phrases).
On n'est pas sur le même plan.
Desproges jouait avec la logique. C'est l » absurdité de sa galégade qui importe.
Siné, lui, ne jouait pas avec du non-sens. Il prétendait parler de la réalité
(des projets d'un arriviste) assaisonnée de stéréotypes .
à Claude PELLETIER
De asozial
aus Berlin | 21H51 | 19/09/2008 |
c'est vrai quoi-euh, jean, et bien quoi-euh, il devrait porter plainte contre racisme anti-blonde, j'veux dire, quoi-euh. coucher pour réussir, j'veux dire, c'est une attaque contre les blondes, nan ?
De irenedelse
22H10 | 19/09/2008 |
« Il serait d'ailleurs difficile de ne pas faire un parallèle avec “ l'affaire Siné ” de cet été, puisqu'elle concerne le même hebdomadaire. Ainsi, je n'ai moi-même plus aucun doute sur les connotations antisémites de la petite phrase sur la “ conversion ” du fiston Sarkozy : l'amalgame juif-pouvoir-argent par un type doté d'un passif pareil est sans ambigüité »
Hugues, vous ne citez pas la phrase où vous dites voir ce fameux amalgame. Or on peut aussi bien l'interpréter comme un sarcasme sur l'ambition qui rend prêt à tout, même à changer de religion pour épouser une riche héritière.
Il est d'ailleurs intéressant de noter que la rumeur de conversion de Jean Sarkozy provient d'une phrase de M. Patrick Gaubert, président de la Licra : dans « Libération » du 23 juin, il dit que « le fils de Nicolas Sarkozy, Jean », vient « de se fiancer avec une juive, héritière des fondateurs de Darty, et envisagerait de se convertir au judaïsme pour l'épouser ».
Il s'avançait un peu (Jean Sarkozy a depuis démenti la conversion) mais sans penser à mal, on l'imagine !
Siné ne fait rien, dans son article, que reprendre ces mots en ajoutant : « Il ira loin ce petit. » Or Jean Sarkozy, fils de son père, est déjà, à 21 ans, président du groupe UMP au conseil général des Hauts-de-Seine, et tout le monde sait qu'il a l'ambition d'aller plus loin.
Dans ces conditions, il n'est pas besoin d'aller chercher un « amalgame » antisémite pour comprendre la phrase de Siné.
Voir l'article de Jean-Yves Halimi là-dessus dans Rue89 :
http://www.rue89.com/2008/09/06/en-droit-on-voit-mal-comment-sine-pourra…
à irenedelse
De Hugues Serraf
(auteur)
Chroniqueur | 18H35 | 21/09/2008 |
Réponse à Irène Delse,
Je vais vous répondre avec un argument que vous avez certainement déjà lu puisque je ne suis pas le premier à l'exprimer. Que vous en soyez convaincue ou pas n'est pas le problème : il s'agit de ma propre vision des choses et il n'y a pas de vérité absolue.
Patrick Gaubert a évoqué le premier cette histoire de conversion et je suppose qu'il ne faisait qu'exprimer le sentiment qu'un jeune homme d'un vingtaine d'années s'intéresse à une partie de ses racines. Je ne me souviens pas précisément de ce qu'il disait et j'ai la flemme d'aller le chercher sur le Web, mais c'était quelque chose du genre « Il sait d'où il vient ».
En revanche, la transformation de ce commentaire banal en charge ultra-connotée sur la capacité d'un Rastignac à aller loin dans la vie en se convertissant au judaïsme. C'est autre chose…
Je suis moi-même juif au sens ou Pizza Hut est un restaurant italien, si vous voyez ce que je veux dire. Si demain (God forbid ! ), l'une de mes filles s'intéresse au judaïsme d'origine de son père ou au catholicisme d'origine de leur mère et que quelqu'un le mentionne de manière totalement innocente, je n'y verrais évidemment aucune connotation dérangeante.
à Hugues Serraf
De Di
mère déchlorurée (papotable) | 12H58 | 22/09/2008 |
Bonjour Monsieur Serraf,
Je comprends parfaitement que l'Histoire ait rendu les juifs très sensibles à certains « amalgames ». Cependant, j'ai bien peur qu'à trop revenir dessus, et surtout à les voir partout, ces « amalgames », vous portiez préjudice à votre peuple beaucoup plus que vous ne le défendiez. C'est pourquoi je vous écris.
Que je sache, la volonté de réussite, de pouvoir et d'argent ne sont pas réservés qu'aux seuls juifs - tous les peuples du monde visent ces objectifs ! Je ne vois vraiment pas pourquoi les juifs n'auraient pas le droit, eux, de réussir ou d'avoir de l'argent, exactement comme tout le monde. Ils ne sont pas différents des autres. Le passé ne doit pas empêcher un peuple d'avancer, il ne doit pas l'enchaîner. Pour moi, la meilleure façon d'avancer ce n'est pas de crier : « je ne veux pas qu'on parle de réussite-pouvoir-argent » concernant mon peuple, parce que les Nazis ont employé ces mots », mais plutôt de démontrer que ce trio réussite-pouvoir-argent est commun et applicable à tous les peuples, sans exception. Les Nazis (et ceux qui les suivaient) étaient des cons (veuillez excuser le terme)de penser que les juifs étaient les seuls concernés. Au fait les Nazis étaient probablement tout simplement jaloux, si chez eux les juifs avaient un bon taux de réussite à l'époque, je suppose. C'est cette jalousie, qui est méprisable, pas la réussite.
J'ai toujours pensé que la meilleure façon de lutter contre le racisme ou l'antisémitisme, c'est justement de mettre en avant toutes les ressemblances qu'il y a, parmi tous les peuples, et non de stigmatiser leurs différences. Le trio « argent-pouvoir-réussite », justement, est applicable à tous les peuples, sans exception. L'énorme bêtise des Nazis, à mon avis, c'était de croire que cela ne s'appliquait qu'aux juifs. Un peu comme aujourd'hui, quand certains nous disent que tous nos malheurs sont dûs aux immigrés. C'est aussi mensonger que les propos que les Nazis tenaient sur les juifs.
Mais bon, ce n'est que mon avis, et je ne suis pas « experte ». Seulement sincère.
PS : c'est justement parce que je considère comme tellement injuste et épouvantable les horreurs qu'ont subi les juifs pendant la dernière guerre que je suis toujours particulièrement attentive lorsque je vois qu'un lynchage se prépare. Les épreuves subies doivent rendre plus tolérants, au contraire, plus sensibles à la souffrance des autres, et plus enclins à se méfier des lyncheurs, quels qu'ils soient.
De Béatrice1
| 23H58 | 19/09/2008 |
Moi c'est votre billet qui me met mal à l'aise : quelle étrange accumulation de contradictions ! Vos idées ont l'air aussi brouillées que votre texte. Vous prétendez ne pas « renier une virgule » de votre défense de Val, alors que vous ne cessez de la faire. Vous prétendez que la liberté d'expression n'est pas négociable, mais voilà que vous vous interrogez sur les « motivations » et la « responsabilité » d'un dessinateur satirique ? Vous considérez comme une « évidence » qu'il faille se battre pour elle, mais voilà qu'il faudrait s'interroger sur la façon dont des caricatures seront reçues dans les kiosques ? (En bref, vous reprenez mot pour mot l'argumentation du CFCM…) Les caricatures danoises n'étaient pas racistes, mais le « sous-texte » l'était ? On peut prendre « la défense générale d'un principe » et en même temps, considérer que quelqu'un en fait « un usage gênant » ? Comment peut-on faire un « usage gênant » d'un principe ? ? ? Et le plus beau : Val aurait dû « reproduire » les caricatures SANS les « publier » ? ? ?
Vous avez été élevé chez les jésuites ? ? ? Vous confondez racisme et blasphème ? ? ? Vous ne voyez pas la différence entre l'affaire des caricatures et l'affaire Siné ? ? ? Vos principes sont tellement chancelants que vous n'êtes sûr de rien ?
En réalité, les choses sont TRES simples : la loi de notre chère République garantit la liberté d'expression qui permet d'attaquer toutes les IDEOLOGIES, y compris les religions. En revanche elle interdit d'attaquer des PERSONNES en raison de leurs origines ou de leurs croyances, car c'est du racisme.
Les caricatures danoises n'étaient PAS racistes : elles attaquaient une idéologie politique, qui plus est meurtrière. Car c'est bien au nom d'Allah que des islamistes se font sauter dans les transports, ou bien je me trompe ? Quand le Canard Enchaîné publie une caricature de je ne sais plus qui avec pour titre : « Le chef de la secte catholique appelle au suicide collectif », montrant le pape sur son balcon qui clame : « Pas de capote ! », ce n'est PAS raciste non plus.
Je suis effarée de devoir rappeler cette évidence : une caricature est par définition outrancière - cad, si je puis me permettre, CARICATURALE. Ce n'est pas un traité sur la nuance. Alors soit vous exigez qu'on interdise toutes les caricatures, soit vous êtes attaché au droit à la satire, mais vous ne venez pas demander qu'on réfléchisse à la manière dont elle va être « reçue dans les kiosques » ! Quand on caricature Sarkozy, on « offense » les sarkozistes. Quand on dessine Jésus en érection sur sa croix, on « offense » un tas de gens aussi. Mais justement, dans une démocratie on en a le DROIT.
Quand Siné éructe son envie de « donner de violents coups de pieds au cul des musulmanes », traite leurs enfants de « crétins congénitaux », c'est du racisme, car il s'en prend à des personnes. Quand il fait l'amalgame juifs / pouvoir / argent, c'est du racisme aussi, il ne s'en prend pas à une idéologie mais à des PERSONNES. Et il fait indubitablement cet amalgame, ceux qui affirment le contraire sont d'une insigne mauvaise foi et/ou incultes. Et cet amalgame a effectivement fait des millions de morts dans un passé tout récent chez nous, en Europe. On s'émeut beaucoup moins du racisme anti-chinois au Japon parce que c'est très loin de nous, et qu'on n'a qu'une connaissance abstraite des atrocités et des massacres que les Japonais ont commis en Chine.
Je suis bien d'accord avec vous : Siné est doté d'un lourd passif - pour ceux qui font semblant de ne pas comprendre, je rappelle qu'il a DEJA été condamné pour « incitation à la haine raciale » et qu'il l'avait fortement mérité ! Et je vous fiche mon billet qu'il va être de nouveau condamné, tout simplement parce que ce qu'il a écrit EST condamnable.
L'affaire Siné n'a RIEN à voir avec les caricatures danoises, le racisme n'a RIEN à voir avec le « blasphème ».
Je voudrais vous rappeler que le procès n'a PAS opposé Philippe Val au CFCM, mais le CFCM à Charlie Hebdo - ce qui est différent : c'est eux qui ont porté plainte - et que si Spiner a reçu des lettres d'insultes racistes, Val a été menacé de MORT, et vit depuis sous protection policière.
Enfin, je n'ai pas encore vu le film, mais à part votre billet je n'en ai lu que d'excellentes critiques, et le fait qu'il s'adresse aux gens qui comme vous ( ? ) ont soutenu Charlie Hebdo dans son combat pour la liberté de blasphémer, ne me le rend que plus sympathique à priori.
Vous soutenez la liberté de blasphémer comme la corde soutient le pendu…