Slate 16/09/2008 à 13h05

Pourquoi les autorités auraient dû sauver Lehman Brothers

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Dans le sport, l'agitation des fans et des médias oblige parfois à se défaire d'un joueur ou d'un entraîneur. Peu importent les années qu'il a passées avec l'équipe ou son potentiel : une sorte de soif de sang rend son éviction inévitable.

C'est ce qui semble être arrivé à Lehman Brothers. A la fin de la semaine dernière, quand il est apparu que Barclays et Bank of America ne seraient pas candidats au rachat, tout le monde s'est retourné contre la banque - du moins, contre l'idée que le gouvernement l'aide à survivre. « Le marché a besoin d'une bonne leçon », estimait ainsi Jesse Eisinger sur Portfolio.com. Les investisseurs doivent prendre conscience de leurs erreurs, considérait de son côté Tom Petruno dans le Los Angeles Times.

Il est facile de voir pourquoi leurs arguments séduisent. Ils expriment d'abord un refus de puiser à nouveau dans les fonds fédéraux, après les sauvetages de Bear Stearns, Fannie Mae et Freddie Mac. Et, bien sûr, on peut juger que les problèmes de Lehman résultent des mauvaises décisions du PDG, Richard Fuld, et de son équipe (on pourrait aussi inclure le conseil d'administration), qui méritent d'être sanctionnés.

Mais au milieu de ce tumulte, on oublie les risques et les dégâts liés à la faillite de Lehman, qui était jusqu'à la semaine dernière la quatrième banque d'affaires américaine. On peut raisonnablement penser que des dizaines de milliards de dollars de capital vont partir en fumée. Lehman est, après tout, la première grande firme de Wall Street à faire faillite en près de deux décennies.

C'était justement la raison du sauvetage de Bear Stearns par le gouvernement en mars : il fallait redonner confiance au marché et le protéger des dégâts potentiels. Le chef de la Réserve fédérale, Ben Bernanke, avait alors déclaré au Congrès :

« Etant donné les pressions extraordinaires sur l'économie mondiale et le système financier, les dommages causés par un défaut de paiement de Bear Stearns auraient pu être sérieux et extrêmement difficiles à contrôler. »

Le cas de Lehman est similaire. Pour simplifier, Lehman et Bear Stearns ont tous les deux été victimes de vendeurs à court terme, de prêts immobiliers dangereux et d'une perte de confiance des clients. Pourtant, la Fed les a traités de façon très distincte.

Deux éléments ont fait la différence. Lehman n'est pas aussi important pour l'économie que l'était Bear Stearns, et il n'avait pas de candidat au rachat aussi motivé que l'était JP Morgan.

Mais la situation économique a empiré depuis le sauvetage de Bear Stearns. Le Dow Jones a baissé de plus de 500 points depuis lors. Les firmes qui souffraient alors de la crise du crédit - Merrill Lynch, Citigroup, AIG - ne sont pas sorties de l'ornière. L'inflation est encore plus inquiétante. La confiance du consommateur, bien qu'elle ai repris, reste à un niveau moins élevée qu'en mars. Le prix des carburants est à la hausse.

Wall Street entre dans une nouvelle ère, dans laquelle la Réserve fédérale, le département du Trésor et même la Securities and Exchange Commission (le gendarme de la Bourse, ndlr) deviennent des acteurs centraux. Le gouvernement serait ainsi également à l'origine de la vente de Merrill Lynch à Bank of America. Certes, la disparition de Lehman Brothers n'est pas la fin du monde. Mais le gouvernement fédéral devra à un moment expliquer sérieusement sa stratégie de régulation financière, pour que le reste du monde puisse en évaluer l'efficacité.

Autrement, il sera difficile de savoir quels entraîneurs méritent effectivement d'être virés et lesquels doivent être sauvés.

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  • Hatamoto
    Hatamoto
    Vendeur de temps de cerveau (...)
    • Posté à 13h52 le 16/09/2008
    • Internaute
      Vendeur de temps de cerveau (...)

    Aprés les premières lignes j'ai cru qu'enfin Domenech allait être viré ...
    Clairement, la faillite de LB aura des conséquences désastreuses sur l'ensemble des banques, et un effet boule de neige n'est pas à exclure.
    Je ne suis pas contribuable américain, donc j'ai pas mon mot à dire sur le bien fondé ou non de redresser LB avec de l'argent public, mais le jour ou ça sera le tour de Calyon de couler (à mon sens la plus faible des banques d'affaires françaises) j'éspère que si de l'argent public est investit, ça sera pour renationaliser complètement la structure.
    Mais ne rêvons pas, à chaque fois que l'état injecte de l'argent dans une structure privée, on n'en reverra jamais la couleur.

  • compte supprimé 13
    • Posté à 13h52 le 16/09/2008

    sauver Lehman Brothers ?
    Ben voyons ! Cela reviendrait à dire aux banques :

    « faites n'importe quelle connerie ce n'est pas grave les contribuables compenseront vos pertes, mais si vous faites des bénéfices vous les gardez ! »