Le domaine d'une famille juive spoliée ressurgit lors d'un procès

Pour contester l'intérêt à agir de riverains s'opposant à un projet immobilier de la commune de Salbris, dans le Loir-et-Cher, l'avocat de la ville a soutenu devant le tribunal d'Orléans que leur propriété avait été spoliée à une famille juive sous l'Occupation. Les Akar, « propriétaires légitimes », affirment avoir découvert l'existence de ce bien suite à ce procès et demandent maintenant réparation.
L'affaire au départ était plutôt ordinaire : un projet d'implantation d'entrepôts se heurte au mécontentement de riverains. Redoutant des nuisances, ces derniers engagent des recours contre la déclaration d'utilité publique et le permis de construire. Mais l'histoire se corse le jour où l'avocat de la mairie, maître Mialot, remet en cause la qualité de propriétaire d'un des requérants : les héritiers de Fernand Plée qui avait acquis le domaine sous l'Occupation.
Le bien en question, une propriété de huit cents hectares appelée le « Domaine de l'Ecluse », aurait été, selon lui, spolié à une famille juive, les Akar. Maître Mialot explique comment il a fait cette découverte :
L'avocat de la ville de Salbris soutient que ce domaine a été acheté en 1936 par Emile Akar, qui s'est ensuite réfugié en zone libre pendant la guerre. En 1941, un administrateur aurait été nommé par le commissariat aux Questions juives pour gérer le domaine en lieu et place du propriétaire. La vente à Fernand Plée aurait été finalisée en avril 1944. Au cours du procès devant le tribunal administratif, l'avocat de la ville a mis en avant l'argument de la spoliation pour contester l'intérêt à agir et donc la recevabilité du recours des requérants :
Cependant, le tribunal d'Orléans a rejeté, en juillet, les recours contre la déclaration d'intérêt public, sans se prononcer sur cette question. Pourtant, pour maître Mialot, cet argument semble avoir « inversé la religion du tribunal » :
« A la première audience, le commissaire du gouvernement, dans ses conclusions, a affirmé que la déclaration d'utilité publique devait être annulée car elle était illégale en deux points. Entre temps, on a fourni des éléments liés au défaut d'intérêt à agir, c'est à dire la spoliation. Et au cours de la seconde audience, il s'est trouvé qu'il n'y avait plus d'illégalité à reprocher à l'acte qui était attaqué ! »
Pas une seule contestation en soixante-sept ans
Quant-à l'avocat des héritiers de Fernand Plée, il soutient « que le domaine n'a pas été spolié » :
« En 1938, cette propriété avait été mise en vente par Emile Akar, décédé en 1940. Fernand Plée a acheté ce domaine à la femme d'Emile Akar, l'acte de vente a été signé en 1941. Si son consentement n'avait pas été libre et éclairé au moment de la vente, elle aurait cherché à récupérer ce bien après la guerre, or elle ne l'a pas fait. Pendant soixante-sept ans, il n'y a jamais eu une seule contestation. Mes clients sont choqués et estiment que l'honneur de leur grand-père est bafoué. »
Paul Akar, descendant d'Emile, conteste cette version :
« Je crois que la femme d'Emile Akar, ma grand-tante, n'a jamais eu connaissance de ce bien. En tout cas, elle ne nous en a jamais parlé. Ils étaient mariés sous le régime de séparation de biens et s'entendaient très mal. Je pense même qu'ils avaient divorcé, elle n'aurait donc pas hérité de ce bien. A la mort de ma grand-tante en 1979, le membre de notre famille qui s'est occupé de sa succession n'a pas évoqué l'existence de cette propriété. De toute façon, étant juive, elle ne pouvait plus disposer de ses biens pendant la guerre. Alors, même si elle avait hérité du “Domaine de l'Ecluse”, elle aurait été dans ce cas contrainte de le vendre. »
« La requête auprès de la commission Mattéoli n'avait pas abouti »
Jean-François Akar, autre descendant, affirme que sa famille n'avait jamais entendu parler du « Domaine de l'Ecluse » avant ce procès :
« Nous étions vaguement au courant qu'un grand-oncle avait eu une propriété en Sologne, mais nous ne savions pas ce qu'elle était devenue ni où elle se situait exactement. Nous avions constitué en 1999 un dossier auprès de la commission d'indemnisation Mattéoli pour essayer de retrouver les biens de nos ancêtres, mais la requête n'avait pas abouti. C'est l'avocat de la mairie de Salbris qui nous a contactés. C'est à ce moment que j'ai entendu parler pour la première fois du Domaine de l'Ecluse. »
Il confie sa réaction suite à la découverte de l'affaire :
Pour l'instant les héritiers de Fernand Plée n'ont toujours pas fait appel. « La famille Akar interviendra spontanément dans la procédure devant le tribunal administratif, aux côtés de la commune, s'il y a appel », explique Paul Akar. Il se justifie :
« C'est important que le projet de la mairie aboutisse, car il va créer de nombreux emplois. En parallèle, nous réfléchissons à une éventuelle action devant le tribunal de grande instance pour que la justice tranche la question de la propriété.
Les héritiers de Fernand Plée sont “sereins”, selon maître Guinot :
“La commune de Salbris, en mettant en avant l'argument de la spoliation ne vise qu'à détourner l'attention des questions de fond, c'est-à-dire du fait que mes clients contestent les nuisances qui pourraient découler de l'implantation de la plate-forme logistique.”
Cette affaire permet d'ouvrir le débat sur la restitution des biens juifs spoliés au cours de la seconde guerre mondiale. Des structures ont été mises en place, comme la commission pour l'indemnisation des victimes de spoliations. “Mais l'Etat n'a surtout pas voulu troubler la paix des familles en allant rechercher systématiquement les biens pour les rendre à ceux qui avaient été spoliés”, conclut maître Mialot.
Photo : le domaine de l'Ecluse, à Salbris, dans le Loir-et-Cher (DR).
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De Alex Engwete
Consultant | 15H16 | 16/09/2008 |
Voici l'illustration de la poésie de l'histoire : un bien mal acquis ne profite jamais ! Honte aux descendants de collabos et qu'on restitue promptement ce domaine aux Akar !
ps. Les audios sont invisibles…
à Alex Engwete
De Chou marin
kiné | 08H42 | 17/09/2008 |
« Honte aux descendants de collabos »
faut vraiment etre tres tres con pour ecrire ca
à Chou marin
De Blummy des sables
réformé | 13H52 | 17/09/2008 |
Honte aux decendants de braqueur de banques, de violeurs d'enfants,
Salauds d'enfants de criminels…
Ils auraient pas pu naitrent chez des gens honnetes ?
Ah la la la la la la
Bon, ceci dit, un chateau, 800 hectares : on est dans des problemes de riches…
Ca devrait pas faire trop frissonner dans les chaumieres, sauf si on est lecteur de Gala ou Voici…
à Blummy des sables
De Gil BERT
Je suis un humain, mais je me soign... | 13H59 | 17/09/2008 |
Des problèmes de riches mais morts, sans doute en déportation, abandonnés, trahis et spoliés de tous leurs biens par leurs propres gouvernement et concitoyens. On peu encore en pleurer un peu !
De Marie-Sophie Keller
Rue89 Eco89 | 15H42 | 16/09/2008 |
Bonjour,
désolée… Sur mac et firefox, tout fonctionnait bien… Est-ce mieux maintenant ?
à Marie-Sophie Keller
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 15H46 | 16/09/2008 |
Marie-Sophie,
En Mac, que ce soit avec Safari ou Firefox, ça reste inaudible.
à FabiendeMénilmontant
De caro
délinquante avérée | 16H01 | 16/09/2008 |
désolée, mais pas tant que ça ; ) chez moi, sur Mac et firefox, c'est parfait !
à FabiendeMénilmontant
De Marie-Sophie Keller
Rue89 Eco89 | 16H08 | 16/09/2008 |
Fabien,
sur PC, je dis pas, mais si sur votre mac c'est inaudible, changez d'oreillettes : -)
à Marie-Sophie Keller
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 16H31 | 16/09/2008 |
Je n'ai pas d'oreillettes Marie-Sophie. Mon mini-combo n'est certes pas fait pour le son, mais celui de La République du Centre, lui, est TRES propre, et pas haché, surtout.
à Marie-Sophie Keller
De Alex Engwete
Consultant | 16H02 | 16/09/2008 |
Merci, les boutons audios sont maintenant visibles…
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 15H42 | 16/09/2008 |
Alex,
le son est meilleur (et plus explicite) sur la version originale de juin 2008, réactualisée, que tu trouves ici :
http://www.lanouvellerepublique.fr/dossiers/journal/index.php ? dep=41&num…
Le sujet de Rue89 n'étant qu'une reprise de cette vieille histoire dont on parlait déjà lorsque j'étais secrétaire de rédaction à La République du Centre (1990) et m'occupais entre autres du Loir-et-Cher.
à FabiendeMénilmontant
De la champenoise
15H43 | 16/09/2008 |
Et votre opinion sur la question ?
à la champenoise
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 15H49 | 16/09/2008 |
@ la champenoise,
je n'ai pas suivi le dossier, depuis plus de quinze ans… donc je ne peux me forger d'opinion précise, n'étant plus sur place. mais à l'époque, il me semblait bien qu'il y avait spoliation (on ne parlait pas encore de ce chantier, bien entendu… et je ne me souviens plus du nom du notaire de Salbris de l'époque).
à FabiendeMénilmontant
De Alex Engwete
Consultant | 16H08 | 16/09/2008 |
Le son est maintenant audible ici. Mais j'ai quand même suivi votre lien. Merci.
à Alex Engwete
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 16H35 | 16/09/2008 |
de rien Alex, vieux réflexe professionnel de quelqu'un ayant eu autrefois à suivre un pan du dossier. j'aurais fait pareil, en d'autres temps, pour Papon (j'étais à Bordeaux lorsque l'affaire est sortie…).
L'histoire en un morceau, pour les non connaisseurs, est j'estime, plus facile (ou complémentaire).
à FabiendeMénilmontant
De Solognot
Fonctionnaire | 22H54 | 16/09/2008 |
NON vous devez confondre, personne n'a entendu parler de cette affaire il y a quinze an. C'est sorti dans La Nouvelle République et dans La République du Centre au début de l'Eté. Rue 89 en avait parlé sur la VIGIE.
Je suis de la région et je suis formel, cette histoire a scotcher tout le monde et c'est un scoop au niveau national. Bravo à l'étudiante !
S'il y avait eu des traces, certain que l'on en aurait parlé avant car cela fait bien deux ans que les journaux locaux parlent de ce propriétaire de château qui s'oppose à la création d'emplois.
La commune de Salbris a du attendre le dernier moment pour sortir l'artillerie lourde
à Solognot
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 08H13 | 17/09/2008 |
Merci de lire plus bas. Il est possible que je confonde. Mais je n'avais pas vu LaVigie dont vous parlez (je l'ai trouvée hier pour des recherches de son, en la cherchant). plusieurs affaires du même type en Région Centre. Voyez localement les aînés, ou les élus de l'époque (notamment les proches de Rocard).
De Bussy
16H03 | 16/09/2008 |
Un château « spolié » ? Bizarre. Ne serait-ce pas plutôt la famille juive ?
à Bussy
De Marie-Sophie Keller
Rue89 Eco89 | 16H13 | 16/09/2008 |
Bonjour et merci pour votre pertinente remarque. C'est corrigé et mea maxima culpa.
à Marie-Sophie Keller
De donjipe
journaliste pqr | 22H18 | 16/09/2008 |
Aie aie la stagiaire. Ne soyons pas trop dur elle apprend. D'ailleurs un média national donne plus de résonance à une info. Mais ça fait toujours plaisir au « provincial » que son papier soit cité ou le nom de son journal (contre lequel il passe beaucoup de temps à pester).
Sur les biens juifs, on dirait qu'il reste des zones d'ombre (sans rendre coupables les enfants de leurs parents). Il y a sans doute des dossiers à rouvrir
De caro
délinquante avérée | 16H07 | 16/09/2008 |
effectivement, la date de la vente est importante : 1941 (famille Plée), les lois sur la spoliation des biens des Juifs n'avait pas encore été prise, alors qu'en 1944 (famille Akar), elle était appliquée depuis 2 ans (loi de juillet 1942)
à caro
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 16H39 | 16/09/2008 |
n'y a-t-il pas eu deux séries de lois ? l'une en 41, l'autre en 42…
à caro
De DOC
Prof | 23H32 | 16/09/2008 |
C'est normal qu'il y ait deux dates. Ces « ventes » étaient soumises à conditions suspensives : le visa du commissariat général aux questions juives et de la Kommandantur. L'acheteur et l'administrateur du CGQJ se rendaient la plupart du temps deux fois chez le notaire le « vendeur » était rarement invité. La vraie date de la vente, c'est la seconde.
Ce qui est étonnant en l'espèce c'est la distance entre les deux dates.
Si cette date de 1944 est avérée, il serait aussi intéressant de savoir à quel moment de l'année on se situe. Avant ou après le débarquement ?
Par ailleurs la spoliation des juifs avait commencée avant les lois de Vichy ; des instructions émanant du Commandement militaire allemand du 12 novembre 1940 visaient à organiser la spoliation des biens juifs. Elles instituaient déjà des « commissaires – gérants » désignés comme administrateurs d'entreprises juives consistaient à « éliminer l'influence juive de la vie économique de la France ».
Dès fin 1940 tous les juifs de la zone occupée sont déjà en situation de banqueroute. A cette époque, si un juif possédait des biens mobiliers, il pouvait espérer le vendre pour récupérer le fruit de la vente. Ce n'est qu'après une ordonnance du 14 décembre 1941 que les juifs ont compris que le prix de la vente de leurs biens ne leur serait jamais versé. Mais dès fin 1940, les notaires avaient des instructions pour ne pas leur reverser le fruit des cessions.
De solstice
pigiste | 16H38 | 16/09/2008 |
Cette histoire sent la M*** à plein nez. Que la famille spoliée retrouve ses billes, c'est heureux, mais ressortir cette histoire juste à ce moment, c'est pas joli-joli… Les héritiers « actuels » n'y sont sans doute pour rien, d'ailleurs : un vrai casse-tête chinois.
Merci à Fabien, toujours aussi pointu !
à solstice
De FabiendeMénilmontant
journaleux - blogueur | 16H43 | 16/09/2008 |
c'est gentil, solstice, de ne pas dire « emmerdeur »…
je passais par là (en Sologne, je veux dire), c'est tout.
ailleurs, j'aurais peut-être eu la flemme de chercher aujourd'hui.
Au fait, n'est-ce pas en théorie le rôle d'un journaleux que d'être précis ?
à solstice
De Solognot
Fonctionnaire | 22H45 | 16/09/2008 |
C'est une opinion, une autre est que les héritiers font obstacle à la création de plusieurs centaines d'emplois.
Il est difficile de dire s'ils ont conscience de la portée de ce qui doit être écrit dans leur titre de propriété. Difficile de dire comment chacun de nous se comporterait s'il découvrait une histoire comme cela dans le titre de propriété de la maison de famille… Mais une chose est probable, les héritiers savaient.
Peut-être n'ont-ils pas voulu ou pas réussi à comprendre ; il y a des choses évidentes que les sentiments nous empêchent de voir… mais il est probable qu'ils savaient.
Avant de nous apitoyer sur leur sort, j'aimerais savoir ce qui ce passe si le château est rendu aux AKAR ? Si le grand-père Plée a payé une somme consignée par la Caisse des dépôts, ne serait-il pas juste que les petits enfants Plée soient dédommagés par l'Etat lors de la restitution ? Sauf à prouver une faute du grand-père, cette théorie n'est pas impossible.
Notez, que l'hectare en Sologne c'est 10 000 €…
à Solognot
De c_hannoyer
11H14 | 17/09/2008 |
Je goute peu vos « probable » devant des accusations graves.
Par ailleurs, je suis d'accord avec l'avocat des Plée : tel que l'article nous le présente, cette révélation ne sert qu'à discréditer l'une des parties afin d'escamoter le débat sur les nuisances. Car en attendant, cet argument sans rapport jette le doute sur la décision du TA (« l'épisode a changé la religion du tribunal ») et sur la posture des héritiers Akar qui volent au secours de la mairie dans un dossier sur lequel ils ne sont pas plus compétents, n'ayant jamais occupé la propriété.
En toute logique, le tribunal administratif aurait du séparer les débats : d'un côté le contentieux administratif, de l'autre celui sur la spoliation jugé en son heure et devant la juridiction ad-oc avec les Plée qui ont pu préparer leurs arguments ! L'avocat de la mairie a fait un joli coup mais la sérénité de la justice y a perdu !
De Gil BERT
Je suis un humain, mais je me soign... | 16H50 | 16/09/2008 |
Edifiant : Il est vraisemblable que l'on aurait jamais eu vent, sauf localement, de la première affaire si elle n'avait permis de faire (re)surgir la seconde. En passant, il est un peu surprenant pour le profane les conclusions d'illégalité aient été annulées par le « défaut d'intérêt à agir'. d'autant plus que la famille Plée ne semble pas être les seuls requérants. Sans mettre en doute la sincérité de l'avocat, on comprend que son but initial est de défendre son dossier. Mais ce n'est évidement pas la partie intéressante de cette histoire. On s'étonne que des cas comme celui ci n'aient pas été traités en amont de façon exhaustive par l'état depuis tout ce temps. n'est il pas envisageable de dresser une liste des biens vendus de façon suspecte pendant cette période glauque ?
à Gil BERT
De Jonas2
Les mouches ne me trouveront pas as... | 17H48 | 16/09/2008 |
Imaginez Gilbert que les héritiers bénéficiaires de la période glauque aient pignon sur rue, un nom, qu'ils fassent partie des personnages qui comptent au point d'être dans le Whos's Who et d'avoir de l'influence. Imaginez !
Pas facile, hein ? Je sais. C'est tellement invraisemblable.
Mais bon. Faites un effort. Ca y est ?
Vous voyez bien que ce n'est pas possible d'appliquer votre proposition.
Pourquoi ?
Je viens de vous le dire ; c'est tellement invraisemblable
à Gil BERT
De robindesfoix
cherche une issue | 18H08 | 16/09/2008 |
Surtout pas malheureux ! ! ! ! !