Décryptage 16/09/2008 à 22h29

Faillites bancaires : que risquez-vous concrètement ?

François Krug | Journaliste Rue89

Si votre banque ne va pas fermer, le crédit, lui, va devenir plus cher : les conséquences de la crise pour les particuliers.


Quartier de la Bourse à Paris, le 16 septembre 2008 (Charles Platiau/Reuters).

Bonne nouvelle : la faillite de Lehman Brothers à New York ne devrait pas entraîner la fermeture de votre agence de quartier. Mauvaise nouvelle : votre banquier risque de se montrer beaucoup moins généreux. Car avec la crise, l'argent se fait rare, donc cher.

Deux grands noms français apparaissent dans le document remis par Lehman Brothers au tribunal des faillites new-yorkais : BNP Paribas et Axa. Le premier figure dans la liste des principaux créanciers, avec 250 millions de dollars prêtés (175 millions d'euros). Et le second, dans la liste des principaux actionnaires, avec 7,25 % du capital.

Chez BNP Paribas, des pertes « moins chères que la faillite de Moulinex »

Rien à craindre, assure-t-on chez BNP Paribas. Le groupe français a réalisé l'an dernier un bénéfice net de 7,8 milliards d'euros et, face à la perte causée par Lehman Brothers, « les ordres de grandeur ne sont pas les mêmes », argue un porte-parole. D'autant qu'une partie de la somme pourrait être récupérée lors de la vente d'actifs de la banque américaine, comme ses immeubles. « Même si on perdait 120 millions d'euros, cela nous coûterait moins cher que la faillite de Moulinex », résume un cadre de BNP Paribas.

Les risques encourus par le groupe français -en jargon, son « exposition“- ne se limitent cependant pas à ces 250 millions de dollars. Au-delà de cette dette ‘directe’, il aurait prêté à Lehman 200 autres millions de dollars (soit 140 millions d'euros), selon les estimations d'analystes financiers. Un chiffre que BNP Paribas juge ‘réaliste’ mais ne souhaite pas confirmer pour l'instant.

Ces prêts ‘indirects’ ont été garantis dès le départ par des actifs apportés en gage par Lehman Brothers. Ils ne représenteraient donc aucun risque… à condition que la valeur des actifs mis en gage ne soit pas revue à la baisse lors de la liquidation.

La banque d'affaires Natixis et la Banque populaire dans le rouge

Deux autres établissements ont dévoilé officiellement leurs liens financiers avec Lehman Brothers. La banque d'affaires Natixis, filiale de la Caisse d'Epargne et de la Banque populaire, annonce 21 millions d'euros de prêts sans garantie, et 355 millions d'euros de prêts garantis.

Pour la franco-belge Dexia, l'addition est plus salée : 500 millions d'euros non garantis, et un peu moins d'1,8 milliard d'euros garanti. Les autres banques françaises gardent le silence.

Mais la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, se veut optimiste. ‘Les banques françaises sont relativement peu affectées’, a-t-elle assuré ce mardi. Leurs clients, en revanche, risquent d'être légèrement plus affectés. En tout cas, ceux qui bénéficient d'un crédit à taux variable ou qui envisagent d'emprunter.

Vers un durcissement des conditions de crédit

La chute de Lehman Brothers perturbe encore davantage le marché interbancaire, sur lequel les banques se prêtent mutuellement des fonds. Le taux auquel elles se fournissent en argent augmente. Celui auquel elles proposent cet argent aux particuliers suivra donc le même mouvement.

Pour Edouard Petitjean, économiste de l'association de consommateurs CLCV, le ‘durcissement des conditions de crédit’ est inévitable :

‘Le plus dur devrait concerner les conditions des crédits immobiliers ou à la consommation. Il y a un danger pour les crédits à taux variable déjà existants, et pour ceux qui ont décidé de faire une acquisition immobilière. Et les banques vont éviter les clients peu solvables et les emprunts à risque. L'avenir est plutôt sombre.’

Pour les actionnaires des banques, le présent est déjà sombre. Ce mardi à la Bourse, la dégringolade a été générale : -16,10% pour Natixis, -8,47% pour Dexia, -5,18% pour le Crédit Agricole, -4,71% pour la Société générale et -3,05% pour BNP Paribas. Visiblement, les déclarations rassurantes n'ont pas convaincu tout le monde.

Photo : Quartier de la Bourse à Paris, le 16 septembre 2008 (Charles Platiau/Reuters).

  • 32945 visites
  • 114 réactions
Vous devez être connecté pour commenter : or inscrivez-vous
  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 22h51 le 16/09/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    « Visiblement, les déclarations rassurantes n'ont pas convaincu tout le monde ».

    Hé ben j'etais dans une reunion avec des tas de cadres plus que moyens et moyens plus , cet apres midi , j » ai senti comme un vent de panique .

    En dehors de l » objet de la réunion( totalement stupide comme d » hab') , ils n » ont parlé que de la situation economique « Et comment que j » vais faire que j » peux pas vendre ma maison avec mon pret d'l'autre coté qui echeance » et « la , c » coup la ça va très très mal » et « ca va merder dans tous les secteurs “ et ‘comment que ces enfoirés de banquiers nous ont fait acheter des actions pourries etc etc .

    Moi , c'est surtout eux qui me font peur . La classe moyenne qui panique , on a pu voir les résultats que ça a produit dans l’ histoire ‘

    Bayrou aura peut être son utilité dans le genre moindre mal’ , finalement ..

  • quetzal2012
    • Posté à 23h25 le 16/09/2008

    Un article clair qui est le bienvenu car nombreux sont ceux qui ne comprennent rien (et pour cause) à l'impact concret que peut avoir une telle crise, après la bombe nucléaire, la bombe financière dont parle le commandant Marcos mais aussi un bon nombre d'experts est sur le point d'implosé et nous ne sommes qu'aux prémices d'une crise de grande ampleur...
    On a souvent du mal à comprendre l'impact concret sur l'économie (sur le pouvoir d'achat) des spasmes alarmants de la finance... vivement eco89 !

    Lien

  • Peureux anonyme
    • Posté à 08h36 le 17/09/2008

    « maintenant je comprends que cette europe forte et liberale est un bon paravent qui nous protege de cette crise hysterique americaine »

    J'ai du mal à voir, concrètement, en quoi L'Europe nous protège.

    La Grande Bretagne, la Suisse et la Norvège, qui ne sont pas dans l'Europe financière ont elles des banques qui se portent plus mal que les notres ?

  • Carmagnole
    • Posté à 08h58 le 17/09/2008

    N'écoutez surtout pas Mme Lagarde qui ferait mieux de se recycler dans « Voici » rubrique Horoscope et encore ! ! !
    Plus sérieusement, car l'avenir devient de plus en plus sombre,voici ce que disent des économistes un peu plus honnête dans leurs analyses.

    M.Aglietta, Paris X Nanterre :

     » La décision spectaculaire prise par la Réserve fédérale...de même que la création,par dix grandes banques,d'un pool de 70 milliards de dollars pour assurer la liquidité du marché interbancaire...ont pour but d'EVITER UNE FAILLITE GENERALE D'UN SYSTEME OU TOUTES LES BANQUES SONT LIEES ENTRE ELLES PAR DES CREDITS CROISES.NOUS ASSISTONS LA A UNE SOCIALISATION DES PERTES DES BANQUES « .

    J.Stiglitz,prix nobel d'économie,“The Guardian”,16 Septembre :

    Cette crise “ est le résultat du comportement MALHONNETE DES INSTITUTION FINANCIERES...Les banques rejettent TOUTE SUGGESTION VISANT A LES SOUMETTRE A UNE REGLEMENTATION,les banques repoussent TOUTE PROPOSITION DE MESURE ANTI-TRUST
    mais lorsque les problèmes surgissent ,ELLES DEMANDENT SUBITEMENT L'INTERVENTION DE L'ETAT ‘.

    P.Krugman,’ New York Times”,15 Septembre :

     »...cela commence à ressembler à : PILE,JE GAGNE.
    FACE,LES CONTRIBUABLES PERDENT « .

    En paraphrasant une émission TV je termine en vous disant, “A VOUS DE JUGER” et j'ajoute d'AGIR POUR EN FINIR AVEC CE SYSTEME ! ! !

  • ecor1
    ecor1
    sur le fil
    • Posté à 09h26 le 17/09/2008
    • Internaute
      sur le fil

    Peut etre un mal pour un bien, on entre dans une phase de recesion, emprunter pour consommer va devenir tres difficile et ceci en parallèle avec une flambée d'inflation couplé a une stagnation des salaires....

    On va donc consommer, moins et peut etre commencer a consommer mieux avec le peu de thunes qu'il nous reste.
    Ca fera du bien à la terre un petit relentissement humain, si on fini pas par tous se foutre sur la gueule, bien sur.