Decryptage

Pour Darcos, les médailles c'est bien… surtout pour les pauvres

Tollé général depuis que Xavier Darcos, ministre de l'Education nationale, a envisagé dimanche, dans une interview au Parisien, de décerner des médailles pour récompenser le mérite scolaire. Gadget « pathétique » pour les uns, « réactionnaire » pour d'autres, la mesure est décriée par les syndicats. Y compris l'organisation lycéenne UNL qui dénonce « une mesure bling bling ». Là où il faut surtout voir une lecture ségrégationniste de la société.

Pour Olivier Ihl, spécialiste d'histoire politique et directeur de l'IEP de Grenoble, il ne fait aucun doute que le retour des médailles à l'école est « passéiste ». Cette technique apparue dans la foulée de l'égalitarisme des Lumières a connu ses heures de gloire au XIXe siècle… avant de péricliter depuis les années 1950. L'universitaire, qui a étudié les récompenses républicaines en France, relève que cette émulation par le biais de la compétition entre égos est aujourd'hui très datée :

Alors que les détracteurs insistent sur le surcroît de conflictualité qu'engendrent les récompenses à l'école, Xavier Darcos a voulu réhabiliter sa mesure, ce lundi matin :

« Ne caricaturons pas, je suis à la recherche de la reconnaissance du mérite des élèves qui viennent souvent des milieux les plus difficiles. »

Les médailles seraient donc rentables, mais surtout pour les pauvres ? Olivier Ihl a aussi relevé dans les propos du ministre les relents de cette « vieille morale qui consiste à croire qu'on peut récompenser les bons pauvres » :

Médailles et décorations ont, de fait, longtemps servi d'instrument d'assujettissement -et pas seulement de signe de perfectibilité comme les Lumières l'envisageaient. Olivier Ihl souligne que ce que Xavier Darcos cherche à exhumer est avant tout « un outil managérial » :

« Une récompense, c'est d'abord une autre forme de discipline. C'est une technique d'émulation issue du management qui est très valorisée dans notre Europe néolibérale. C'est ce qu'on veut faire en milieu scolaire mais c'est déjà ce qu'on fait dans les politiques sociales, dans la fonction publique, et dans l'entreprise. »

Dimanche (le jour-même de l'annonce de Darcos), dans le Journal du dimanche, Jamel Debbouze rappelait avec amertume que sa mère avait été décorée de la médaille de « la meilleur fourmi » quand elle « frottait le sol chez Bouygues ». En promo pour le prochain film d'Agnes Jaoui, le comédien précisait qu'il « le vivait mal ».

2 commentaires sélectionnés

Portrait de laomma

De laomma

19H22 | 15/09/2008 | Permalien

« Ne caricaturons pas, je suis à la recherche de la reconnaissance du mérite des élèves qui viennent souvent des milieux les plus difficiles. »

eh bien, c'est pas difficile : le meilleur moyen de les récompenser est d'octroyer, à ceux qui en ont besoin, une bourse décente pour continuer leurs études. Avec une médaille, même en or, ils n'iront pas bien loin !

Portrait de rich31

De rich31

22H47 | 15/09/2008 | Permalien

Les médailles, au moins, quand on les cogne contre une surface dure, ça fait bling.
Essayez donc de cogner La Princesse de Clèves contre un mur : ça fait poum. C'est dire si ça sert à rien.

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code