Un triple tremblement de terre a eu lieu cette nuit dans la banque américaine. En allumant leur radio ce lundi matin, les Français apprenaient 1) que la quatrième banque d'investissement Lehman Brothers avait fait faillite et allait probablement être liquidée, les autorités bancaires n'ayant pas trouvé de repreneur ; 2) que la banque Merril Lynch, en désespoir de cause, avait accepté de se vendre à la première banque du pays, Bank of America, pour 50 milliards de dollars ; et 3) qu'une dizaine de banques s'étaient liguées pour se protéger mutuellement, via une ligne de crédit commune de 71 milliards de dollars.
On attend ce lundi encore une quatrième annonce, en provenance de l'assureur AIG qui s'est lui aussi fourvoyé sur le marché des titres adossés au crédit immobilier.
Pour spectaculaires qu'ils soient, tous ces chocs semblent lointains : de l'autre côté de l'Atlantique, de l'autre côté de l'économie « réelle ». Pourtant, ils ne manqueront pas d'avoir des conséquences sur l'économie européenne et sur nos vies quotidiennes. Ceux qui affirment le contraire sont les même qui annonçaient, il y a quelques mois, que la crise des subprimes n'aurait aucune conséquence sur l'immobilier en France, qu'elle le contournerait tel le « nuage de Tchernobyl ». On sait ce qu'il en est advenu.
Les banques se prêtent énormément d'argent, entre elles : que l'une vienne à défaillir, et c'est tout le système qui se crispe. Et ce système ne s'arrête pas aux frontières des Etats-Unis. Le risque d'un « credit crunch » -une contraction du crédit- est plus lourd que jamais.
L'affaire des subprimes n'est pas un choc passager. C'est une crise systémique, comparable à la crise financière qui a englué le Japon pendant toutes les années 1990. Au moins, les Etats-Unis semblent-ils en prendre la mesure : à la différence des autorités japonaises, qui avaient toléré l'existence de « banques zombies », elles semblent désireuses de crever les abcès dès maintenant, en nationalisant certains établissements (Fannie Mae et Freddie Mac), et sacrifiant les autres.
« La crise financière et ses manifestations ne sont pas terminées », a admis lundi matin sur Europe 1 la ministre de l'économie et des finances Christine Lagarde, tout en cherchant à rassurer les français : La faillite de Lehman Brothers, « c'est aussi un signe d'équilibre »… « Le marché américain a coutume de ces coups de torchon. »
Mais lorsqu'on lui demande quelles seront les conséquences pour nous, Christine Lagarde refuse de répondre : « L'ensemble des autorités se concertent depuis quelques jours (…) y'a pas panique à bord. » Puis elle appelle les banques françaises à « continuer à soutenir les petites et moyennes entreprises ». Que le seul levier possible de la politique économique française soit la supplique aux banques n'est pas du tout rassurant.


























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De Numerosix
Prisonnier dans le village global | 09H04 | 15/09/2008 |
Sur France Inter , ils disaient carrement que c'etait pire que la crise de 29 , je me suis demandé si ça valait encore le coup de me lever pour aller bosser ce matin ..
De tranber
09H04 | 15/09/2008 |
Quelle crise ? Il y a une crise ?
Ah oui, c'est vrai, en France on instaure une taxe « pique nique »…
Sinon, tout va bien.
De Bourgade
journaliste | 11H54 | 15/09/2008 |
Je ne suis pas économiste. On prendra donc ce qui suit pour ce que c'est : quelques réflexions sur l'ouragan qui se déchaine.
On a prêté beaucoup d'argent à des familles insolvables, puis spéculé comme des dingues sur cette créance sur tous les marchés mondiaux à la faveur de la croissance exponentielle du marché immobilier. Pas de miracles cependant, ces prêts à taux variables concédés à des taux usuraires ont jeté à la rue ces ménages qui avaient cru au père noël ; le recyclage de ces capitaux fictifs dans l'ensemble de l'usine à gaz de la finance, grâce au tour de passe-passe de la « titrisation », contamine la finance mondiale et fait maintenant exploser de vénérables institutions financières comme de vulgaires ballons de baudruche. Plop !
On s'indigne, à bon droit, de l'irresponsabilité des courtiers et des différents agents financiers qui se sont enrichis à travers ces manipulations, avant de faire appel à l'Etat et aux contribuables pour éteindre l'incendie dont ils sont les premiers responsables. On s'inquiète peu, en revanche, de ce qui constitue à mon avis le véritable drame : le fait que des millions d'américains – mais pas seulement - soient insolvables dès lors qu'ils tentent de mettre un toit au-dessus de leur tête et de leur famille. C'est le fameux problème du pouvoir d'achat.
En l'absence d'un secteur public du logement digne de ce nom, eût égard au cout exorbitant de la santé et de l'éducation et face aux menaces qui pèsent sur les pensions de retraites, on comprend que toute personne censée et prévoyante veuille acquérir une maison. Pour la sécurité et la valeur patrimoniale que cela représente.
En France, Sarkozy propose à tous les « ménages modestes » - pour ne pas dire pauvres - de devenir propriétaires, justifiant ainsi par ce marché de dupe la liquidation du logement social. Pour ce qui me concerne, que l'on me garantisse tout au long de ma vie de trouver à me loger à un prix décent et cohérent avec mes revenus et je me contrefous de devenir propriétaire. Si une part substantielle de la richesse nationale, produite par l'ensemble de ses citoyens, garantie à mes enfants l'accès à la santé, à l'instruction et la formation professionnelle et à l'emploi, je n'ai pas à m'inquiéter de leur transmettre le patrimoine spéculatif qui doit assurer leur avenir.
Un reportage diffusé récemment sur M6 (Capital), sur le hard discount, montre bien comment la logique de l'insolvabilité mène à la catastrophe. Plutôt que de distribuer équitablement la richesse, on propose aux pauvres d'élargir la mise en place de ces magasins à bas prix, c'est la loi de modernisation sociale. Pour obtenir des prix bas, ces enseignes pillent la richesse des entreprises. En copiant les produits à succès sans débourser le moindre centime en recherche et développement, elle détourne les budgets de R&D de leurs concurrents. Soulignons au passage qu'il faudra bien que l'on retrouve ces capitaux manquants quelque part. Mais passons. De toute façon, ça ne suffit pas. Un élément essentiel de l'écrasement des prix consiste à écraser ses employés : des horaires insensés, une productivité délirante et des salaires outrageusement bas. Pour maintenir dans le marché de la consommation des gens qui n'ont plus accès aux enseignes « normales », faute de « pouvoir d'achat », on favorise l'extension des machines à créer des populations insolvables. Les pauvres contribuent ainsi sans cesse à leur appauvrissement solidaire.
D'un côté, en refusant d'augmenter les salaires, on fabrique de l'insolvabilité à plein régime. Mais comme la croissance, c'est de la consommation, de l'autre on invente des produits financiers délirants pour remettre ces gens dans le grand jeu de la consommation (du crédit révolving assassin jusqu'aux subprimes sur-asssines). Puis, on spécule de manière totalement délirante sur cette construction branlante. En dernière analyse, c'est l'accaparement et le refus persistant de redistribuer la richesse de manière équitable qui fait péter la machine, comme un moteur qui manque d'huile.
De hogan
actif | 12H10 | 15/09/2008 |
1. Que les médias cessent de dire que les banques sont victimes de la crise des subprimes alors qu'elles en sont avant tout les coupables.
2. Que les entreprises emblêmatiques du libéralisme arrêtent leur hypocrisie de vouloir que les Etats leur foutent la paix quand les affaires vont bien…et qu'ils viennent à leur secours (avec notre argent) quand les affaires vont mal.
3. Que les banques admettent qu'elles se comportent de manière irresponsable parce-qu'elles savent justement que comme elles sont essentielles au système, elles savent que si un crack se produit il y aura toujours les Etats pour passer à la caisse.
De BrunoC
( ° ) ( ° ) | 13H10 | 15/09/2008 |
Note pour la rédaction de Rue89 :
Dépêchez vous de sortir votre Eco89 parce que bientôt ce sera trop tard.