Tribune

JO, Géorgie, bouclier antimissiles : un été de Guerre froide

Curieux mois d'août que celui qui vient de s'achever. Un véritable voyage dans le temps. On pourrait presque parler d'un vent de Guerre froide tant la politique internationale et une nouvelle forme de bipolarité ont fait leur grand retour. Simple coïncidence, ou retour de l'Histoire presque programmé ?

Des Jeux Olympiques dans un pays communiste (pour la première fois depuis Moscou en 1980), une guerre dont les racines sont directement liées à la disparition de l'Union soviétique, et un accord Washington-Varsovie sur le déploiement d'un bouclier antimissile aux effets incertains nous ramènent au temps de la bipolarité.

Des Jeux Olympiques qui rappellent la bipolarité

Des arbitrages parfois discutables avec un pays hôte qui rafle pratiquement toutes les médailles accordées par des juges, une course aux médailles qui provoque une pluie de records comme on en avait perdu l'habitude, et une confrontation au sommet entre deux géants du stade (qui semble dépasser le cadre purement sportif), ne laissant que des miettes aux autres participants, tel est le bilan de ces Jeux qui rappellent une autre époque.

Une cérémonie d'ouverture fastueuse, que les observateurs ont comparé à celle de… Moscou en 1980, comme pour mieux insister sur l'effort considérable consenti par la Chine pour s'afficher. Si on ajoute à cela les menaces de boycott de la cérémonie d'ouverture, les problèmes d'accès à l'information des journalistes correspondants à Pékin, les arrestations de militants pro-Tibet, et les multiples problèmes sur fond de droits de l'homme dans un pays qui persiste à ne pas les respecter, les Jeux de Pékin nous ramènent trente ans en arrière.

On pourrait dire tant et plus sur le choix de Pékin comme ville hôte des Jeux Olympiques par le CIO, mais ce qu'il en restera est nettement plus important : la Chine est désormais, officiellement, une super puissance, et plus rien ne sera jamais comme avant. Ce n'est pas une surprise, tant la montée en puissance progressive de l'Empire du milieu, jalonnée de ces Jeux et, dans deux ans, de l'exposition universelle de Shanghai, est irrésistible. De quoi s'interroger sur les conséquences de cette ascension, et les remous qu'elle provoquera (et provoque déjà) dans les relations internationales.

La Géorgie, détonateur ou révélateur des tensions ?

Ce mois d'août a vu de vieilles tensions ressurgir. Une guerre en pleine olympiade, avec d'importants mouvements de populations et des réactions internationales vives, voilà également un événement qui n'est pas sans rappeler la Guerre froide. Un enjeu local important qui prend les allures d'une crise internationale, avec une grande puissance pointée du doigt, de quoi alimenter les thèses d'un retour de l'Histoire qui se font de plus en plus insistantes. La Chine s'est bien sûr montrée irritée que les Jeux de Pékin soient perturbés par la confrontation entre la Géorgie et la Russie, mais c'est surtout dans les pays occidentaux que les réactions furent les plus vives.

La crise entre les deux voisins n'est pas une surprise en soi, et semblait presque inévitable, mais elle pourrait augurer de nouvelles tensions Est-Ouest, et une dégradation des relations Moscou-Washington qui dépasse largement les tensions relevées pendant la guerre du Kosovo, et nous ramènent là encore trente ans en arrière.

Il y aura un avant et un après Géorgie dans les relations Moscou-Washington, dans le partenariat Otan-Russie, mais également dans les relations Union européenne - Russie.

Un bouclier antimissile pour diviser deux mondes ?

Derrière ces évènements presque conjoncturels, mais non moins majeurs, se dessinent des alliances stratégiques dont la conséquence pourrait être l'émergence d'une nouvelle bipolarité. On pense bien sûr aux relations Pékin-Washington, les deux pays étant presque déterminés à se disputer le leadership international. La Chine sera, de l'avis d'experts américains, première puissance économique mondiale en 2035, et cela entraînera une redistribution des cartes politiques.

A l'Est, le spectaculaire rapprochement stratégique Chine-Russie s'inscrit dans cette logique. A l'Ouest, avec le déploiement d'un bouclier antimissile, officiellement destiné à protéger d'hypothétiques attaques balistiques venant de pays tels que l'Iran et la Corée du Nord, les Etats-Unis préparent déjà l'avenir. Ainsi, derrière la croissance chinoise, c'est la place du géant chinois dans le monde qui inquiète Washington.

Mais ne nous y trompons pas, si la Chine est désormais presque officiellement désignée comme le rival stratégique par le Pentagone, une Russie proche de Pékin n'est pas moins dans la ligne de mire, et c'est bien contre Moscou que le bouclier antimissile est dirigé. Les réactions russes, notamment à l'égard de la Pologne, où le système sera déployé, sont d'ailleurs significatives de nouvelles tensions, avec une véritable menace qui pèse sur Varsovie.

A Moscou, ce bouclier est presque qualifié de nouveau rideau de fer, et si on se refuse à parler ouvertement de nouvelle guerre froide, certains signes ne trompent décidément pas.

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11 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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De aissachris

techelec s/of | 16H31 | 14/09/2008 | Permalien

Mr Courmont, ne prononcez pas guerre froide ce qui est prise de position, nous avons les certitudes du president du conseil europeen que les négociations pour la redistribution geopolitique des balkans sont bien engagées par son entremise. Moderation..l Ukraine ne sera pas divisée, la Georgie est neutre, le Kosovo independant, tout va bien grace a la diplomatie de nos grands hommes politiques. L Iran sera isolé, la Chine en Afrique et les americains eliront des grosses tetes pour calmer les russes, donc ne dramatisons pas, restons optimistes.

Portrait de parousnik

De parousnik

18H19 | 14/09/2008 | Permalien

@Barthélémy Courmont | Chercheur à l'IRIS

« Conseil d'administration
PRÉSIDENTS D'HONNEUR
Pascal LAMY
directeur général de l'OMC
Arthur PAECHT
Ancien Vice-Président de l'Assemblée nationale
PRÉSIDENT
Jacques BOYON
ancien Secrétaire d'Etat à la Défense
VICE-PRÉSIDENTS
Renaud DONNEDIEU DE VABRES
ancien Ministre de la Culture
Hubert VÉDRINE
ancien Ministre des Affaires étrangères
TRÉSORIER
François SCHEER
conseiller du Président d'Areva
SECRÉTAIRE
Jean MUSITELLI
Conseiller d'Etat
ADMINISTRATEURS
Michel BARNIER
Ministre de l'agriculture et de la pêche
Alain BAUER
Président-Directeur général de AB Associates
Paul BOURY
Président de Boury et associés
Stéphane FOUKS
Président d'EURO-RSCG Worldwide
Marc-Antoine JAMET
Secrétaire général, Louis Vuitton - Moët Hennessy (LVMH)
Bariza KHIARI
Sénatrice de Paris
Alain MARSAUD
Ancien député, magistrat antiterroriste
Yazid SABEG
Président du Conseil d'administration de C&S, Communication et Systèmes
Philippe SEGUIN
Premier président de la Cour des comptes et président du Conseil d'administration de l'Organisation internationale du travail
Lilian THURAM
Footballeur professionnel
Manuel VALLS
Député-maire d'Evry
Denis VERRET
Senior vice-president Strategic Business and International relations, Strategy and Marketing Organisation, EADS
Bernard de la VILLARDIÈRE
Journaliste, Producteur
Francis WURTZ
Député européen, Président du GUE/GNV au parlement
européen “

http://www.iris-france.org/iris/conseil-administration.php

Monsieur, le miunimum quand on prétend analyser qlq chose on n'omet pas de tenir compte d'éléments aussi importants que la faillite de l'économie Occidentale, des réserves énergétiques que possédent plusieurs pays du Moyen Orient et d'Asie et sur lesquelles lorgnent ces mêmes ploutocraties occidentales aux bord de la ruine… (les récentes ‘nationalisations’ aux pays de l'ultra libéralisme le prouve cette faillite)….et de l'implication étasunienne dans l'agression géorgienne contre les poupulations civiles d'ossétie…etc… Ce n'est pas la guerre froide, les Russes, les Chinois s'unissent pour s'opposer à la politique hégémonique et criminelle anglo-saxonne engagé le 9 septembre 2001 par l'assassint du commandant Massoud et déclaré contre toutes les démocraties le 11 septembre 2001…

Portrait de Béatrice1

à parousnik Portrait de parousnik De Béatrice1

| 23H45 | 16/09/2008 | Permalien

Revoilà notre sympathique et conspirationniste ami ! Les Russes et les Chinois s'unissent, vous êtes sûr ? La Russie perd un million d'habitants par an, et les Chinois s'installent en Sibérie… La Russie se meurt et la Chine s'éveille…

Au fait, vous qui êtes un chaud partisan du droit des peuples ossètes à laisser la Russie disposer d'eux-mêmes, je suppose qu'en toute logique vous soutenez les indépendantistes boliviens ? Et si les méchants Yankees leur distribuaient des passeports américains comme les gentils Russes l'ont fait en Georgie, vous trouverez ça normal ?

Portrait de Blaise11

De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 18H39 | 14/09/2008 | Permalien

« une guerre dont les racines sont directement liées à la disparition de l'Union soviétique. »

Non, non et non !
Ça fait deux cents ans qu'ils s'asticotent l'Ossétie, Russes et Géorigens.

Dois-je poursuivre la lecture de votre article ?

Portrait de kawouede

à Blaise11 Portrait de Blaise11 De kawouede

20H01 | 14/09/2008 | Permalien

Il y a 200 ans la Géorgie comme l'Ossétie n'étaient-elles pas dans l'empire russe ? (annexées en 1801 toutes les deux si j'en crois wiki)
A ma connaissance le découpage des frontières date aussi de la création de l'URSS (1922). Et on ne peut pas nier que le bordel actuel est un héritage des conflits d'indépendances de l'après 1991.

Donc cette tribune je la trouve argumentée, même si c'est à la louche et avec quelques clichés.

Portrait de Blaise11

à kawouede Portrait de kawouede De Blaise11

I'm hard, but I'm fair. | 07H37 | 15/09/2008 | Permalien

Salut kawouede,

finalement j'ai continué à la lire. Et j'avoue avoir été surpris par l'évocation d'une des raisons non-dites des américains à planter leur bouclier devant les frontières russes. Pas beaucoup de médias évoquent l'hypothèse de la cible russe… puisque les américains ne le disent pas : en plantant leur batteries dans deux des pays qui ont énormément souffert de leur grand voisin, cela ne trompe pourtant personne.

Pour l'Ossétie, j'aurai du préciser le peuple Ossète, effectivement. Mais cela ne change rien pour moi à l'origine du conflit de cet été : la frustration belliqueuse et la haine sont significativement antérieure à 1991.

Portrait de Jaycib

De Jaycib

Désagrégé de l'Université | 19H01 | 14/09/2008 | Permalien

Il n'y aura tout simplement pas de nouvelle guerre froide.

Une menace pesant sur Varsovie ? Laquelle ? Soit on croit au credo de l'OTAN (défense, y compris nucléaire, de tout pays membre attaqué) et la Russie risque d'être éradiquée de la surface de cette Terre, soit on n'y croit pas, et dans ce cas on assiste à une simple tactique de brinkmanship (« du bord du gouffre ») pour maintenir le tension. Il y a des ressemblances avec l'époque de la guerre froide, mais elles ne sont que superficielles. La Russie est désormais intégrée au monde capitaliste.

Une alliance entre Chine et Russie pouvant exister dans le long terme ? Ah bon ? Laquelle, fondée sur quoi ? Je vois plutôt une menace chinoise pesant sur la Russie du fait de vastes territoires de Sibérie riches en matières premières et peu peuplés.

De toute manière, les Etats-Unis approchent de la fin de leur domination sur la scène internationale, et c'est cela qui crée le plus de danger. Un tigre acculé peut commettre l'irréparable, mais cela n'a rien à voir avec la guerre froide.

Portrait de compte supprimé 13

De compte supprimé 13

19H02 | 14/09/2008 | Permalien

Alors là, Rue89, vous battez des records.

Je ne sais pas comment vous sélectionnez vos papiers mais autant d'erreurs d'analyse me laissent perplexe quant à votre ligne.

Votre réponse je la pressens : c'est une tribune.
A plus forte raison : cela devrait entraîner un discours sérieux, permettant l'argumentation.

Cet article s'appuie sur des a priori complètement obsolètes et ignore à peu près tout ce qui s'est produit ces 20 dernières années.

En revanche j'admets que la position politique de l'auteur est clairement visible. Il faudrait être aveugle pour ne pas l'apercevoir.

Portrait de manusan

De manusan

22H24 | 14/09/2008 | Permalien

La Russie et la Chine ont affirmé le retour de leur puissance ces dernières années avec des arguments purement économiques.
Depuis 1 ans, la bourse chinoise plonge et perd plus de 60% de sa valeur, autant dire qu'elle est revenu au niveau du jour de son lancement, en ruinant au passage des millions de petits épargnants.
Depuis 6 mois, la bourse russe, plonge de 50 % et c'est plus de 50 milliards d'investissements qui vont quitter le pays cette année.
les spéculateurs internationaux se sont servis royalement au passage.
Pourtant tout va bien, à entendre leurs dirigeants. L'argument économique ne rentre plus en compte pour affirmer la puissance du pays. Comme il est facile de changer les règles du jeu pour 3 miettes de populisme.

Portrait de jma14

De jma14

15H23 | 15/09/2008 | Permalien

La renaissance du concept de la « guerre froide » est plus fabriquée par les journalistes pour vendre du sensationel que par les russes. La « guerre froide est née de l'opposition de deux systèmes economiques-politiques-socials. Hors la Russie a depuis quelques années adopté le système capitaliste.
On cherche à nous faire peur, en refaisant resurgir le mythe du bon et du méchant. Mais qu'elle serait l'incidence d'une “guerre froide ‘ dans le quotidien d'un occidental ? Aucune. La seule incidence est d'ordre économique par rapport au gaz de part notre dépendance.
Cela ne mérite plus le nom de guerre froide’ qui est du passé.
Ne parlons même pas de la Chine.

Portrait de spidermoon

De spidermoon

célibataire endurci | 19H58 | 15/09/2008 | Permalien

Tant que la guerre reste froide, que je peut acheter mes nike made in chine, mon écran plat made in china et bruler du gaz russe tout en discutant sur rue 89 d'une possible invasion des russes ou des chinois dans Paris, tout ira bien : -)

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