11-Septembre : sept ans de réflexion et pas de conclusion

Les chercheurs en sciences politiques du monde entier ne s'accordent toujours pas sur l'interprétation de l'attentat. Entretien.

Hommage aux victimes de l'attentat du 11 septembre 2001 à New York (Patti Sapone/Reuters).

Comment nos enfants apprendront-ils le 11-Septembre 2001 à l'école ? En refermant l'ouvrage collectif « Au nom du 11-Septembre, les démocraties à l'épreuve de l'antiterrorisme », on se dit que les inspecteurs de l'Education nationale vont avoir du travail pour définir les programmes. Sept ans après les attentats aux Etats-Unis, les chercheurs en sciences politiques du monde entier commencent à poser de (bonnes) questions, sans toujours avoir de (vraies) réponses cohérentes.

Du fond de son bureau de l'IEP Paris, Didier Bigo dirige depuis presque quatre ans un vaste programme de recherche baptisé Challenge, regroupant vingt-trois universités européennes. Le thème ? Sécurité versus Libertés publiques. Les objets de recherche ? Quasiment tous sont issus du choc du 11/09. La réflexion est donc menée par vingt-neuf plumes, ce qui évite l'écueil du regard hexagonal.

Pas de théories du complot, mais un patient travail de décryptage du système coercitif

Attention, pas question ici de théories du complot, de « pervertissement de la démocratie » ou « d'Empire, pour ne pas dire franchement la dictature ». Mais plutôt un patient travail de décryptage des législations, de la coopération internationale, policière ou militaire et des pratiques « illibérales », comme les nomme Didier Bigo :

« On arrive à l'âge de la distanciation, car quand on posait ces questions, il y a trois ou quatre ans, c'était difficile d'être juste audible. Ces questions reposent d'abord sur le fait que le discours “On tient les bad guys, les méchants”, de Rumsfeld et compagnie, et bien ce discours est un mensonge, tous les procès l'ont prouvé. »

« Il existe des pratiques illibérales, mais nous sommes toujours dans des régimes libéraux. Parmi ces pratiques : il y a d'abord la torture, puis les traitements inhumains et/ou dégradants et derrière -moins grave, mais grave tout de même- la question des coopérations internationales avec des états non-démocratiques. »

Le concept de « pratiques illibérales » apparaît assez pertinent pour décrire une réalité relevant des lois d'exception, dans des régimes politiques qui restent des états démocratiques. Pertinent, même pour des mécanismes aussi complexes que les nouvelles « opérations de pacification ».

Un lent mais continu glissement de l'opinion publique

Au départ, les « bad guys » sont donc définis comme étant les étrangers. « D'ailleurs, précise Bigo, on interroge d'abord des nationalités. » L'opinion accepte cette politique en vertu de l'adage de David Cole, professeur de droit à l'université de Georgetown :

« C'est toujours facile de sacrifier la liberté des autres pour sa propre sécurité. »

« Puis, poursuit Didier Bigo, avec les attentats de Madrid et Londres, on passe de l'ennemi infiltré à l'ennemi intérieur et là, les choses changent, car cela peut être tout le monde autour de soi. Le “ quidam ” peut alors entrer dans la catégorie des suspects. »

Cette politique est mise en œuvre par le rapprochement entre les appareils policier et militaire. Dans la « guerre au terrorisme », le problème n'est pas d'être plus fort que l'adversaire, c'est une évidence. Par contre, « l'identification de l'ennemi » souligne le chercheur et donc l'outil du renseignement devient « primordial ».

Convaincre l'opinion : le business des experts

Au-delà des multiples opérations lancées par les Etats-Unis et leurs alliés, le mouvement de l'antiterrorisme post-11-Septembre s'accompagne de dérives répétées dans le domaine de l'information. Dans un chapitre éclairant de Thomas Deltombe, le livre met en lumière le « business des experts » à la télévision française. Ou comment, à partir des années 80, les universitaires refusant de répondre aux demandes immédiates d'interviews des journalistes, des « experts » souvent auto-proclamés, vont envahir les plateaux.

Précisons tout de suite que le phénomène concerne, à des degrés divers, l'ensemble de la presse. Des noms ? En voici : Xavier Raufer, Antoine Sfeir, Antoine Basbous, Guillaume Bigot, Roland Jacquard, Eric Dénécé, Claude Moniquet… la liste est longue. Avec plus ou moins de sérieux, ces « experts » commentent, en direct ou presque, les attentats. Ils leurs donnent du sens, immédiatement, quitte à se contredire totalement, d'un jour à l'autre. La démonstration est édifiante. Personne n'en sort grandi : ni ces « experts », ni les journalistes, ni le public…

Rien que pour cette analyse de la face visible et trompeuse de l'antiterrorisme, « Au nom du 11 septembre… » est un livre utile. Pour ne pas tomber dans le piège du manichéisme, béat ou cynique : « Critiquer l'antiterrorisme, conclut Didier Bigo, c'est se distancier du discours officiel, ce n'est en aucun cas soutenir l'autre camp… »

Au nom du 11 septembre… les démocraties à l'épreuve de l'antiterrorisme sous la direction de Didier Bigo, Laurent Bonelli, Thomas Deltombe - La Découverte - 403p., 23€.

Photo : hommage aux victimes de l'attentat du 11 septembre 2001 à New York (Patti Sapone/Reuters).

4 commentaires sélectionnés

Portrait de michel 13

De michel 13

| 11H50 | 12/09/2008 | Permalien

Dans la liste des « experts » ne figure pas Bigard. Est-ce un oubli volontaire ?

Portrait de micke

De micke

utopiste | 12H14 | 12/09/2008 | Permalien

je note l'absence du mot « conspirationniste », bel effort

mais, le premier complot dans cette histoire reste tout de meme celui de la thèse islamiste. Comme le signale pertinemment l'article, 7 ans après toujours pas la moindre preuve… (oublions les aveux arrachés sous la torture)

je m'eleve par contre contre un amalgame déplorable et un nouveau néologisme :

« Il existe des pratiques illibérales(sic), mais nous sommes toujours dans des régimes libéraux »

l'expert en question (à ranger dans la catégorie très bien définie à la fin de l'article après un tel non-sens) voudrait nous faire oublier des mots ?

*libertaire
*liberticide

evidemment que nous somme toujours dans des regimes liberaux !
le terme « libéral » est un terme purement économique référent à des thèses de modélisation économique se résumant en gros à une liberté totale de l'entreprise pour remplir ses objectifs (le profit, quoi d'autre ? )

le libéralisme se fout des libertés individuelles des citoyens, ne mélangeons pas tout par pitié.

ainsi les nouveaux lois liberticides ne sont pas du tout « illibérales » bien au contraire.

en mettant les mots corrects (et au passage pour arrêter de nous prendre pour des imbéciles), ça donne :

il existe des pratiques liberticides mais nous sommes toujours dans des regimes libertaires. (la lecture du patriot act suffit à rendre ridicule une telle affirmation.)

Portrait de Numerosix

De Numerosix

Prisonnier dans le village global | 12H50 | 12/09/2008 | Permalien

Oui , j » ai la preuve qu'a Rue89 , ce sont tous des conspirationistes anti conspirationnistes !

Bientot sur mon blog Htptt//le-onze-septembre-et-moi.666

Je revele aussi que le pentagone à été percuté par une pomme de terre geante et que la CIA ne veut pas qu » on en diffuse les images par peur du ridicule !

Portrait de N.Ivanov

De N.Ivanov

Procrastinateur Professionnel | 13H05 | 12/09/2008 | Permalien

La remise en question de la thèse officielle repose tout de même sur des supputations. Elle demande pourquoi la version officielle n'apporte pas de preuves, mais n'en apporte pas elle non plus. Du coup, je ne vois pas comment réagir, sinon en observateur attentif et dubitatif. Je suis d'accord avec tous ceux qui posent la question, étonné par les autres qui voudraient leur en dénier le droit. Tout n'est pas clair, et sans vouloir accréditer la thèse du complot, je note que les Bush, et donc Carlyle, on eut la volonté nette de s'implanter durablement en Irak. Que la guerre a été une aubaine pour les industries américaines de l'armement et du pétrole, financements de la campagne de W. Que la 2nde phase débute à cause du 11/09. Je me contenterai de ce simple constat, et aimerai juste dire une chose : respectez le doute. Cessez ce dogmatisme forcené qui voudrait que celui qui ne croit pas en la version officielle devient un conspirationniste, ou un hurluberlu ( ce qui est dit quasi-explicitement en boucle depuis hier par les journalistes main-stream (Bruce Toussaint, Tf1 etc…)
Mais méfions nous d'un Thierry Messan, qui écrit un livre péremptoire à partir d'une simple photo (le trou béant dans le pentagone)
Enfin, je ne vois vraiment aucune raison d'avoir confiance en le manichéisme religieux de l'administration Bush. Bref, sans preuves, doutons,et d'un doute constructif, c.a.d, qui doute de l'ensemble du problème. Sans parti pris trop hâtif.

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