Grosse colère de Muhamad Yunus, le fameux prix Nobel de la paix 2006, à propos des dérives de la microfinance et du microcrédit. Cet été, il participait à un sommet sur le sujet à Bali, et en a profité pour asséner quelques vérités simples. Le microcrédit a été inventé pour sortir les pauvres des griffes des usuriers. Si les micro-prêteurs facturent des taux d'intérêt énormes, ils ne font pas partie de la famille.
Au passage il annonçait la création, avec Chuck Waterfield, l'un des experts les plus respectés dans le domaine, d'un site consacré à ces fameux taux d'intérêt, pour « promouvoir la transparence des prix ». A vrai dire, il était temps.
Depuis 2005, année du prix Nobel de la paix pour Yunus, le paysage de la microfinance change à toute allure. De grandes banques, des grands fonds d'investissement se sont aperçus que la microfinance pouvait être un investissement très rentable, car, dans certains cas, on prête très cher aux pauvres ; et les pauvres remboursent très bien (car ils ne peuvent pas faire autrement). D'où quelques abus sidérants.
De l'ONG à la bourse
L'histoire qui provoque un débat violent dans l'univers de la microfinance est celle de Compartamos. Cette ancienne ONG a développé des programmes au début des années 90 pour faire des microcrédits aux femmes pauvres de la banlieue de Mexico. Puis, « pour assurer son développement » comme le justifiaient ses dirigeants, s'est transformée en société commerciale en 2000. Puis, se développant très vite, elle a demandé un agrément pour devenir une banque. Ses dirigeants ont introduit la société en bourse à Mexico et à New York en avril 2007 : la rentabilité était telle que la demande excédait 13 fois l'offre et qu'elle était valorisée près de 2 milliards de dollars par le marché.
Des taux d'intérêts à plus de 100%
Aussitôt, les cadres dirigeants de l'institution de microfinance ont vendu les actions qu'ils avaient souscrit, faisant au passage une plus value de 300 pour 1 : ils vendaient 300 dollars en 2007 des actions qu'ils avaient achetées 1 dollar en 2000 ! Sidérant.
Aucune entreprise, même une start up ambitieuse, ne parvient aussi vite à une telle valorisation en bourse. Et ce qui est scandaleux c'est que cette rentabilité est directement liée à l'activité de Compartamos, qui a constamment prêté à plus de 100 % de taux d'intérêt à des femmes pauvres et n'a jamais réajusté ses conditions alors que l'évolution de ses performances le lui permettait. Il n'y a au Mexique aucune loi limitant le niveau des taux d'intérêts.
Ce qui est doublement scandaleux c'est que les cadres dirigeants de l'entreprise ont vendu leurs parts, c'est-à-dire qu'ils ont sorti de la société des centaines de millions de dollars et l'ont donc appauvrie en ne gérant son développement qu'en vue de leur profit personnel… Enfin, pour l'avenir, le plus inquiétant est qu'il n'y a pas eu unanimité pour condamner un tel comportement. Bien sûr, les « hyper libéraux » comme le Wall Street Journal se contentent de dire que « c'est le marché » qui doit dicter les taux d'intérêt.
Silence et gêne
Mais même dans l'univers de la microfinance, on sent depuis cet événement une sorte de gêne. De la part du CGAP par exemple, qui regroupe les grands donateurs privés et publics, et qui n'a pas condamné clairement l'opération.
Ainsi, la microfinance, dite « de marché », est entrée dans la dure contrainte de la rentabilité à tout prix, comme le dénonce une étude de l'Organisation internationale du travail. Elle risque bien de profiter aux riches actionnaires du Nord, plutôt qu'aux pauvres clients du Sud.




















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De Tyb
(par ici, par là) | 10H10 | 11/09/2008 |
Entreprise éthique et morale et cotation en bourse sont tout simplement deux choses totalement inconciliables
De Dave Feng
www.auxforgesdevulcain.fr | 10H18 | 11/09/2008 |
Merci de cet article, qui met sur la place publique une gêne réelle que l'image excessivement positive du micro-crédit dissimule.
Je ferai part ainsi d'un échange très vif auquel j'ai assisté lors du Grenelle du micro-crédit social organisé par le Haut Commissariat aux solidarités actives. (je parle donc plus spécifiquement du MC social et non du MC professionnel, qui est l'objet principal du présent article).
Le Secours catholique, pourtant pas une association marquée très à gauche, est tombée d'accord, devant une salle de près de quatre cents participants, avec l'UFC-Que choisir sur le fait qu'il ne fallait pas perdre de vue que l'objectif de ce MCS devait rester social. Et ces réserves ont provoqué l'ire des représentants des banques et des organismes de crédit qui se sentaient montrées du doigt quand étaient dénoncées leur absence de toute préoccupation sociale.
Le MCS ne fait pas l'unanimité.
Le MC peut sans doute être un levier utile parfois - mais ce que certains préconisent, pour étendre ce dispositif, c'est tout simplement des réformes sur les règles du crédit qui marqueront le retour de l'usure.
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 10H29 | 11/09/2008 |
L'ancienne ONG a développé des microcrédits « puis, “ pour assurer son développement ” comme le justifiaient ses dirigeants, s'est transformée en société commerciale en 2000. Puis, se développant très vite, elle a demandé un agrément pour devenir une banque. »
Tout le problème de l'invention de Yunus est ici.
MAIS ! ce qu'omet de dire l'article est que Muhammad Yunus n'est pas né de la dernière mousson : il a déjà anticipé ce problème en complétant son micro crédit, qui s'apparentait plus à un pansement sur une jambe de bois au regard des voraces de la finance, par une étape finale qui coupe l'herbe sous le pied des requins.
Car désormais, en suivant le concept de social business de Yunus, les ONG ou entreprises ou multinationales, pour « assurer leur dévellopement » et selon les termes de leur réglement intérieur, ne pourront plus se dévelloper qu'en utilisant leur profit pour recruter et investir dans leurs boîtes. Déjà des partenariats ont été signés entre sa banque Grameen et des multi-. Le profit s'engouffrant dans la poche des actionnaires et des dirigeants est mort : il faut se le dire. Ce qui ne respecte pas ce principe pourront être traduit en justice.
Je pense notemment à F. Riboud qui donna son accord pour une joint venture au Bangladesh, la Grameen Danone, et qui déclara à l'univ du Medef : « J'aime les gens… mais j'aime le profit AUSSI. » Non, monsieur Riboud, vous n'avez pas encore intégrer le concept de Yunus pour lequel vous avez ouvert cette nouvelle affaire en Asie. Il eut fallu dire « J'aime le profit, et comme j'aime les gens, je le leur redistribuerai. » Nuance, monsieur Riboud.