polémique 10/09/2008 à 18h13

D'jeun's enseignant(e)s, la Révolution peut commencer avec vous

Brividi | Scribouillarde mais pas que

Bon, en fait, tout bien pensé, ça me saoûle de devoir mettre des (e) partout pour ces dames - et pourtant Dieu (qui n’existe pas) sait que je suis une fille femme ! - donc - et je ne m’excuse même pas - je vais écrire cette lettre aux d’jeun’s enseignants, en englobant dans ce masculin grammatical les donzelles, fâââmes, filles, nénettes, les brunes, les blondes et même les rouquines...

Très chers (mouarf) d’jeun’s enseignants de France,

vous le savez maintenant (au moins parce que, en cette période de rentrée scolaire, vous avez du essuyer les ronchoneries, noeillades obliques et autres petites réflexions d’humeur de vos colllllllllègues moins d’jeun’s), vous allez recevoir sur votre compte en banque, à la fin du mois de novembre, la somme de 1500 euros (au fait, net ou brut ?) pour vous acheter féliciter d’avoir choisi cette noble voix voie de l’Enseignement.

Il paraît que vous êtes 20000, répartis sur le territoire de notre beau pays en récession, à avoir su lire en eux-mêmes l’appel de la jungle du savoir à transmettre, l’appel d’une vocation qui va les conduire vers tout ces enfants en quête de connaissances, de « aide-moi, ô toi instituteur, à devenir un être pensant et donc libre ». Môa je dis, c’est beau, ça n’a pas de prix... Et ben si, PAM, le prix de toussa, Messieurs-Dames, est de 1500 euros...

Très chers d’jeun’s enseignants de France, mes amis, mes frères (ouèp, avec des géniteurs profs, j’aurais tout aussi bien pu faire partie de votre bande, mais, à l’heure qu’il est, je n’aurais pas décroché le pactole Darcossien... C’est dire si j’ai bien fait de résister à la névrose vocation familiale), vous qui avez fait votre première rentrée, fébriles, anxieux, angoissés même - allez savoir - sous les feux des projecteurs, sachez que je vous respecte, que je vous admire parce que je sais que vous êtes plein d’espoir, de volonté de « faire bouger les choses » ; vous n’êtes pas de ceux qui choisissent de devenir enseignants pour profiter des nombreuses semaines de congés (nan, nan, nan, tsssss aux mauvaises langues), ni même pour être assurés d’avoir un emploi stable et indéboulonnable.

J’ai foi en vous. Je sais que mes enfants peuvent compter (un, deux, trois) sur vous. Je suis convaincue (en tant que femme, ce mot me fera toujours rire) que sommeille en vous une âme de dissident, oui, l’âme de celles et ceux qui, parce qu’ils ont un cerveau et qu’ils/elles s’en servent, refusent la folie de ce monde, les mesquineries méprisantes des Pouvoirs Publics. Vous n’êtes pas de ceux que l’on achète, vous n’êtes pas de ceux qui placent leur rêve en-dessous de l’argent, vous n’êtes pas de ceux qui acceptent d’être humiliés...

Je vous connais, je vous espère et, chaque matin, en ouvrant les journaux qui tombent mollement sur mon burlingue, j’attends de lire ces lignes : « Jeté de gant à la face du gouvernement : les d’jeun’s enseignants lui ont tous renvoyé leurs 1500 euros avec un mot manuscrit dans chaque enveloppe : “NOUS NE SOMMES PAS À VENDRE !” ou encore “VAS-Y XAVIER, TROIS ZÉROS DE PLUS, COMME EN 1998 !” ou encore “T’AS VOULU NOUS MUSELER XAVIER, ON VAUT MIEUX QUE ÇA !”.

Ma foi, ça aurait de la gueule. Pas de manifestation, pas de descente dans la rue, pas de heurts, les cours seraient assurés, les enfants préservés, les anciens auraient la larmes à l’oeil et, au lieu de gagner 1500 euros - certes un mois de salaire en plus ce n’est pas du luxe en ces temps rudes et c’est pas fini - vous gagneriez bien plus, oui, vous gagneriez d’être à la hauteur de ce que nous devrions tous être : des individus libres qui refusent l’asservissement au profit de ceux-là mêmes qui nous poignardent chaque jour un peu plus.

C’est donc un appel vibrant que je lance vers vos consciences encore d’jeun’s et donc, j’ose le croire, pas encore complètement détruites par la honte, le découragement, les désillusions, la peur vissée au ventre (liste non exhaustive) : cet argent ne vous manquera pas, vous ne savez que vous allez l’avoir que depuis peu de temps.

Ne laissez pas vos cerveaux croire que ces 1 500 euros vous apporteront quoique ce soit de plus alors qu’ils ne vous sont versés que dans un désir de vous emmener vers le moins. Libérez-vous et donnez l’exemple... C’est aussi pour cette raison que l’on devient prof... Montrez que l’instituteur peut fort bien remplacer le curé !

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  • GRECKO
    • Posté à 19h16 le 10/09/2008
    • Internaute 31348

    Une prime d’entrée dans le métier a toujours existé.
    Il serait plus pertinent de refuser de faire des heures sup à gogo comme veut l’encourager le ministre en offrant une prime de 500 euros annuels à partir de 3 heures supplémentaires année (HSA) par semaine !
    Jeunes enseignants et moins jeunes notre travail de conception pédagogique, notre investissement auprès des familles, notre écoute des élèves tout cela prend du temps, tout cela nécessite une expertise de haut niveau et ne nous laisse ni le loisir de ces 3 heures sup, ni le goût de brader la revalorisation du métier pour une prime insultante.

  • Tartiflette
    • Posté à 20h36 le 10/09/2008
    • Internaute 15853

    Personnellemnt, je n’ai démarré dans l’enseignement qu’il y a 4 ans et je n’ai pas souvenir d’une prime... Je n’en comprends pas trop l’intérêt, d’ailleurs. J’aurais trouvé plus judicieux de bénéficier d’une aide dans le cas de l’achat ou du renouvellement de matériel informatique quasiment indispensable (ordinateur, imprimante), d’une ligne de crédit chez les éditeurs de manuels ou de matériel pédagogique ... et pour tous les enseignants, parce qu’avec nos salaires riquiquis, qu’est-ce qu’on peut acheter comme bouquins et autre matériel pour nos classes ! ! Quant à votre formidable idée de renvoyer les 1500€, c’est émouvant de croire encore au Père Noël à vos âges !

  • Lapin Bleu
    Lapin Bleu
    Journaliste n°89910
    • Posté à 22h41 le 10/09/2008
    • Journaliste 42116
      Journaliste n°89910

    Salut Brividi,

    Si comme vous le dites la prime est faite pour diviser les profs (entre vieux et jeunes), j’ai une meilleure idée que de renvoyer pognon au ministère : donner la moitié de la prime à un vieux prof (qui ne l’a pas eue).

    Le message : tu me graisses la patte, tu tentes de m’acheter et tu veux instiller le malaise avec les aînés de ma communauté. Je suis plus malin, j’enfouille ton blé mais je le partage.

    (Enfin, ne rêvons pas)

    *****
    (En fait, dis le pas Brividi, mais je recycle ici éhontément une idée que j’avais eue au moment où certaines municipalités FN (type Orange et Vitrolles) avaient pondu une « prime à l’enfant français » -un peu de fraîche à la naissance pour les parents prouvant leur nationalité française. Plutôt que de refuser cet argent (qui n’a pas d’odeur n’oublions pas), j’avais alors suggéré que les bénéficaires en remettent la moitié à des jeunes parents non-français. Les municipalités FN auraient alors été prises au piège de leur intolérance. Eminemment subversif, non ?