Decryptage

Les Français consomment-ils « responsable » ?

Steacks de kangourou dans un supermarché de Sydney, en Australie (Daniel Munoz/Reuters).

Comment se comporter dans un supermarché face à quarante mille références de produits différents ? « On nous apprend à lire, à nager, à conduire, mais pas à consommer », constate Marie-France Corre, en introduction à son livre, « La Consommation responsable de A à Z ». Pour pallier cette lacune, l'auteur propose des alternatives au consumérisme conventionnel à travers 80 « fiches produits ».

Cette spécialiste de la consommation a dirigé pendant dix-sept ans les tests de produits de l'UFC-Que Choisir. Depuis 2006, elle conseille les entreprises sur les questions de consommation et de marketing responsable. Mais que veut dire « consommer responsable » ?

« C'est une consommation qui va répondre à nos besoins sans aller au-delà du raisonnable (…), qui ne va pas nuire à l'environnement au sens large, qui ne va pas nuire à sa propre santé ni à celle des autres (…, ne va pas non plus remettre en cause la dignité humaine (…) » (Ecouter le son)



Joindre « l'utile » au « responsable »

Tout ce qui constitue notre quotidien est passé au peigne fin : des fleurs aux yaourts en passant par les tapis ou les jeux vidéos. Quatre vingt « fiches produits », très documentées, expliquent comment notre façon de consommer va influer sur l'environnement, la santé et le budget. Son conseil de prédilection reste « d'acheter des choses utiles », à moduler en fonction de son mode de vie.

Elle invite, par exemple, à ne plus consommer d'eau en bouteille. Pour la santé, elle affirme que « dans nos pays développés, l'eau du robinet est généralement aussi saine qu'une eau en bouteilles, à de rares exceptions près ». Du point de vue environnemental, sur « sept milliards de bouteilles en plastiques vendues chaque année en France, la moitié n'est pas recyclée », laissant « 200 000 tonnes de déchets » derrière elle. Quant au budget, il serait largement divisé : 500 euros d'économies par an pour une famille de quatre personnes, à raison de 4,5 litres consommés quotidiennement.

Bio, équitable : la solution miracle ?

Au-delà de l'utilité, Marie-France Corre vante largement les mérites du bio et de l'équitable. Comme une ritournelle, ces deux mots reviennent au fil des pages, sorte de solution à tous les problèmes. Pour s'y retrouver, son décryptage minutieux des différents labels est à ce titre fort utile. Seulement ces produits coûtent cher et sont difficiles d'accès, comme a pu en témoigner notre journaliste Zineb Dryef après son mois d'août bio.

La consommation « responsable » serait-elle réservée à une certaine élite ? L'auteur s'en défend. En supprimant certains achats (comme l'eau en bouteille) l'intéressé va réaliser des économies et « aura donc de quoi acquérir des produits plus vertueux ». Et si elle admet que les tarifs sont supérieurs, elle soutient qu'avec « la diffusion en grande distribution, certains produits comme les détergents commencent à être à prix équivalent ».

Placer son argent autrement

Certains des « éco-gestes » évoqués dans le livre peuvent paraître évidents, ou du moins plus connus. Ne pas jeter ses piles à la poubelle, abandonner les sacs en plastique, etc. D'autres sont plus surprenants, encore réservé à un public averti. Par exemple, des placements qui contribuent au consumérisme citoyen.

Deux catégories de produits financiers sont proposées : l'Investissement socialement responsable (ISR), qui « intègre des critères sociaux et environnementaux dans le choix des projets et entreprises financées » et les placements solidaires, qui peuvent financer des projets d'économie solidaire ou des fonds de partage. Ces placements alternatifs sont en développement, mais restent marginaux. L'ISR représente seulement 1% des investissements des Français, et 6% ont déjà souscrit à un placement solidaire.

Marie-France Corre évoque également le « produit partage ». Lors d'un achat, une partie du prix de vente (entre 5 et 20%) est versé à une association. L'acheteur peut « consommer solidaire sans démarche spécifique » ; citons Brita qui a vendu des carafes filtrantes au profit d'Action contre la faim. Une bonne occasion pour l'entreprise de pouvoir « améliorer son image et même augmenter ses ventes », admet-elle dans ses écrits.

L'exception française

Certes, la consommation « responsable » tend à se développer, accélérée à la fois par une prise de conscience et un effet de mode. Mais elle reste, spécifiquement dans notre pays, timidement présente :

« Je pense que les Français n'ont pas encore en tête la mutualisation de la responsabilité. On va simplement considérer les conséquences de nos actes individuels et on a du mal à imaginer ce qui se passe quand soixante millions de consommateurs le font. On ne trie pas assez en France. Nous le faisons mal, peut être parce qu'on nous l'a mal expliqué ou parce qu'on y croit pas forcément assez. » (Ecouter le son)

En comparant à d'autres pays européens, la spécialiste constate que les Français « ont une vision retardée. Ils consomment de façon très fonctionnelle, et rejettent la faute sur le fabriquant ». Pour mieux sensibiliser ses lecteurs, Marie-France Corre a donc insisté sur le volet santé : « c'est un bon moyen pédagogique. Certains, parce qu'ils pensent que c'est meilleur pour leur santé, vont acheter du bio ». A défaut d'un véritable engagement, c'est une première initiation à la consommation « responsable ».

Photo : Steacks de kangourou dans un supermarché de Sydney, en Australie (Daniel Munoz/Reuters).

6 commentaires sélectionnés

Portrait de Ano-Nyme

De Ano-Nyme

delateur privé | 09H54 | 09/09/2008 | Permalien

La consommation responsable est un concept douteux …
On pourrais se demander si consommer est vraiment responsable …
Placement solidaire ? ? ?

J ai jamais entendu parler d une personne qui placait des fonds sans en espérer une plus value ….

Quelle merveilleuse solidarité quand on y pense

sinon on appelle ça un prêt ….
Effectivement ne plus acheter d eau en bouteille est économique et plutôt sain comme réaction ….

Ainsi que ne plus acheter de produits transformés, de plats cuisinés ou enjolivés …

La consommation responsable ?

C est du foutage de gueule … de la poésie Hulot …

Pourquoi ne parle t on pas du moins consommer tout simplement …
Boycotter un magasin en entier … se faire violence ( à la façon des grévistes ) ….
Des fois ça paye même si cela ne se voit pas ( dixit un ministre tout en finesse )
Eplucher ses légumes ….

Une société de consolation …

Portrait de la panthère verte

De la panthère verte

10H15 | 09/09/2008 | Permalien

Désolé mais le bio n'est pas forcément hors de prix, une tomate bio, ça ne pousse pas toute l'année, ça nécessite des soins particuliers, et une quantité d'eau indispensable à sa production. Si le bio est plus cher c'est avant tout parce qu'il est nettement moins productif en terme de volume.
Dire que le bio est hors de prix vis-à-vis de l'industriel est prendre le problème à l'envers, ce n'est pas parce qu'on s'est habitué à payer la merde industrielle moins chère que l'on doit considérer les produits issus d'une agriculture traditionnelle comme hors de prix. Dans la plupart des cas le prix du bio est le VRAI prix !
Pour échapper à cet aspect « commercial » rien ne vous empêche de faire pousser vous même vos légumes et vous verrez si cela ne demande pas beaucoup d'investissement personnel.
Pour info, dans les années cinquante, l'alimentation représentait 50% du budget des ménages contre moins de 20% aujourd'hui.

Portrait de ecor1

De ecor1

sur le fil | 10H16 | 09/09/2008 | Permalien

Ce monde est schizophrène, on comprend tous (je crois) la nécessité à consommer « responsable », alors que, d'autre part, les politiques sociales et économiques tendent à submerger le marché de produits fabriqués par des ch'tites chinoises (travaillant dans des conditions dégradantes pour la dignité humaine) dans des usines salopant, air, rivières et terres.

M'sieur l'président not » pouvoir d'achat s'éfrite !
qu'a cela ne tienne, dérégulons la grande distrib et faisons jouer la concurence, vous allez le récupérer votre pouvoir d'achat mon bon monsieur.
Simplement à chaque fois que Mammouth ou Carrefour écrase les prix, c'est aussi les conditions et salaires de millions de travailleurs de l'autre coté du globe qu'on écrase (et aussi par chez nous). Et l'environnement dans tout ca, bin ca coute cher de le respecter alors bon…On va dire que les droits de l'homme et l'environnement sont les victimes collatérales de la guerre pour le pouvoir d'achat.

Tout ca pour dire que c'est bien de consommer responsable (si si j'insiste), mais ce serait bien qu'on vote responsable, aussi, sinon ca risque de servir à rien.

Portrait de Dave Feng

De Dave Feng

www.auxforgesdevulcain.fr | 10H18 | 09/09/2008 | Permalien

Une remarque sur les « consommacteurs » :

Plusieurs riverains critiquent la notion de « consommacteurs ». Se penser « consommacteur » est problèmatique sur deux points relevés par les riverains. (1) Si on pense que l'on ne peut agir politiquement que par sa consommation, c'est une contre-finalité - on se dépolitise en fait. (2) Une consommation responsable, c'est toujours de la consommation, alors que le temps est peut-être venu de déconsommer. Répondons à ses points : (1) ce n'est pas parce que, quand on consomme, on consomme responsable, que l'on doit céder à l'illusion que nous menons là une grande action politique. On peut consommer de manière moins sotte, tout en essayant d'avoir d'autres actions politiques, plus importantes. (2) Quant à la déconsommation - il me semble que c'est un effet connexe de la consommation « responsable » - la consommation réfléchie amène à s'interroger sur ces besoins et à se dire que nombre des besoins que nous avons ne sont pas nécessaires.

Cela dit, un risque demeure, suggéré par l'article, c'est que cette consommation « responsable » devienne un simple atout publicitaire recoupant des produits qui, souvent, ne sont en rien responsables.

Portrait de Moundy

De Moundy

10H26 | 09/09/2008 | Permalien

Le Bio est plus cher car on utilise moins d'engrais et pesticides. Les rendements sont donc plus faibles et le prix à l'unité plus cher.
Il suffit de retirer les boissons sucrées, les eaux, les sucreries, les produits pré-cuisinés, les petites choses qu'on grignote, etc…
Il y a moyen de faire de grosses économies et de replacer le gain sur des aliments de base Bio. Il faut cependant prendre l'habitude de retourner aux fourneaux et de ne pas consommer du prêt à l'emploi. Manger moins de viande mais acheter une viande labelisée qui respecte mieux l'animal et le consommateur. Plutôt que de manger de la viande tout les jours (ce qui est malsain) autant en manger moins mais meilleure.
Cuisiner des PDT, des épinards, des haricots, faire des compotes, etc… est meilleur pour votre santé mais aussi pour l'avenir de nos cultures. LE Bio préserve les sols alors que l'industrie agricole le détruit. Et je vous parle même pas des désastres potentiels des OGM en monoculture intensive.
Retrousser les manches, consommer moins et mieux. Il en va de votre santé, de votre portefeuille et de l'avenir des générations suivantes.

Portrait de François-Xavier Prévot

De François-Xavier Prévot

Marcheur-Photographe | 13H16 | 09/09/2008 | Permalien

Une fausse question de plus…

Les vraies questions sont :

« Les fabricants de produits fabriquent-ils responsables ? »

« Les producteurs sont-ils responsables ? »

Non, hein ?

Car enfin, s'il faut qu'une Marie-France Corre, une nunuche de plus qui s'emmerde sûrement pendant que son mari travaille vraiment, prétende nous apprendre à consommer AUSSI, quitte à en faire un livre que personne ne lira (sauf les moutons qui s'ennuient) :

qu'elle apprenne donc toute seule…

y en a marre de se laisser assister.

On prétend déjà nous apprendre quoi penser, quoi pisser, quoi caguer, quoi faire…

« On nous prend, faut pas déconner dès qu'on est né, pour des cons, alors qu'on est des foules sentimentales, avec soif d'idéal… »

« Ah, le mal qu'on peut nous faire… »

PS : à quand un livre pour apprendre à Marie-France Corre à être intelligente ?

http://www.fx-images.com

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code