Decryptage

Taser dans la police municipale : deux villes de gauche se rebiffent

Contrairement à l'annonce de l'Intérieur, Toulouse et Dôle, passées à gauche, ne figurent plus parmi les onze candidats.

A compter de cette semaine, les communes qui le souhaitent pourront équiper leur police municipale de Taser X26. Le décret qui autorise les municipalités à utiliser ces pistolets à impulsion électrique sera publié « en fin de semaine, à compter de mercredi », précisait lundi soir le ministère de l'Intérieur qui dément une parution au Journal Officiel de mardi (comme l'affirmaient certains confrères).

Pour l'instant, près de quatre mille Taser X26 circulent en France, où il a débarqué à titre expérimental en 2004 avant d'être généralisé deux ans plus tard. Mais, jusqu'à ce jour, seules la gendarmerie et la police nationales étaient habilitées à en faire usage. Voilà qui change donc, en tous cas dans les villes qui le souhaitent.

50000 volts à 10 mètres de distance


Le pistolet TaserX26 n'a cessé de faire débat depuis qu'il a été expérimenté en France, en 2004. Cette arme de catégorie 4 consiste en deux électrodes, reliées à deux filins qui peuvent mesurer jusqu'à dix mètres, à même de paralyser durant plusieurs minutes la cible en la projetant à plus de sept mètres, à raison d'une décharge de 50000 volts.

Certaines municipalités ne cachent pas avoir passé commande ou même avoir déjà été livrées. C'est le cas par exemple au Raincy (Seine-Saint-Denis), qui était passé à l'acte dès les émeutes de novembre 2005 dans son département. Eric Raoult, député-maire du Raincy, vantait sur les ondes de France Info ce lundi matin l'arrivée du pistolet en ces termes :

« Il ne s'agit pas de s'en servir s'il y a un attroupement devant le McDo ou une manifestation lycéenne, mais si quelqu'un est pris de boisson et balance ses meubles par la fenêtre ou agresse ses voisins… »

Banco à droite… mais pas à gauche

L'histoire ne dit pas encore si toutes les villes candidates ont commandé des tasers pour empêcher leurs administrés de jeter leurs meubles par la fenêtre. En revanche, alors que l'utilisation de ce pistolet reste très décriée en France, son entrée dans les arsenaux municipaux a connu son premier bug ce lundi : le quotidien Le Parisien/Aujourd'hui en France a publié la liste des onze premières villes candidates au Taser émanant du ministère de l'Intérieur. Le Raincy (Seine-saint-Denis), Orange (Vaucluse), Levallois-Perret (Hauts-de-Seine) ou Etampes (Essonne) y figurent bien… mais aussi Dole (Jura) et Toulouse (Haute-Garonne).

A la différence des premières villes citées, de droite, ces deux-là sont dirigées par une équipe socialiste depuis les dernières municipales. Ce qui a changé la donné en matière de Taser : jusqu'à cet été, aucune municipalité de gauche n'avait en effet passé commande à la société qui le commercialise.

A la mi-journée, Toulouse faisait savoir que Pierre Cohen, le maire PS qui a succédé à Jean-Luc Moudenc, était même hostile « au pistolet qui envoie des décharges électriques », contrairement à son prédécesseur. Le cabinet du maire a fini par se fendre d'un communiqué de presse dans lequel Jean-Pierre Havrin, adjoint au maire chargé de la sécurité et de la prévention, précise :

« Cette arme est loin d'avoir fait ses preuves et s'est révélée extrêmement dangereuse. Elle a malheureusement prouvé à plusieurs reprises qu'elle pouvait être dangereuse voire létale. »

Découvert à la radio

Or il se trouve que l'autre municipalité PS de la liste a, elle aussi, démenti la chose dans l'après-midi. A Dole, où Jean-Claude Wambst a succédé au printemps à l'équipe UDF en place depuis 1983, le cabinet du maire a carrément découvert en écoutant la radio que la ville jurassienne était sur la liste.

Directeur de cabinet du maire, Gérard Combet, contacté par Rue89, certifie qu'aucun des 18 policiers muncipaux de sa ville n'en sera équipé :

« C'était un dossier de l'équipe précédente, et cette démarche d'armement avait fait débat durant la campagne pour les dernières élections municipales. Mais nous sommes hostiles à son utilisation à Dole, où deux policiers municipaux sont déjà équipés de flashball. Si l'on regarde localement la délinquance, c'est toujours trop, mais à l'échelle nationale, on ne peut pas dire que Dole soit connue pour ses violentes émeutes ! »

Avant que le nom de la commune ne circule dans la presse via le cabinet de Michèle Alliot-Marie, personne n'avait été sollicité à la mairie de Dole. Qui a d'ailleurs appris dans la presse ce lundi matin que le décret d'application devait être publié cette semaine.

Du côté de la place Bauveau, on rappelle tout de même que le but du Taser est aussi de contre-balancer l'utilisation des armes à feu, dont sont dotées un gros tiers des polices municipales à ce jour.

► A lire aussi : Le taser bientôt aux mains des policiers municipaux.

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1 commentaires sélectionnés

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

Retraité | 02H29 | 09/09/2008 | Permalien

La parade au taser est déjà prète pour les pros des manifs.
Aux dernières nouvelles un fabricant canadien de textile est en train de sortir un tissu léger en kevlar métallisé qui met les électrodes en court-circuit, un peu comme les couvertures de survie, pour confectionner des sous-vêtements anti taser. Ce fabricant le compare à une cage de Farraday, mais je ne sais pas ce que ça veut dire, faut que je regarde sur Wiki.

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