Sur le terrain

Les Gracques : comment sauver le PS, « parti des perdants » ?

Pour leur deuxième université d'été, ce dimanche, les Gracques avaient invité des « think tanks » européens (policy network, fundacion alternativas…) mais aussi des ténors reflétant la diversité des idées au sein du parti socialiste à disserter sur « les réponses de gauche aux déséquilibres du monde », sur le campus universitaire Malesherbes (XVIIe) à Paris.

En introduction à ces exposés, Marcel Gauchet, historien et philosophe, rédacteur en chef de la revue Le Débat, a dressé un tableau assez sombre de l'état actuel de la gauche, dont la crise n'est pas française mais européenne, selon lui. A l'entendre, ce n'est pas demain -ni même en 2012 ? - que l'on verra la gauche revenir aux commandes du pays.

Sur la défensive

« La gauche est dans une situation paradoxale, ses compétences sont reconnues et appréciées dans la gestion des collectivités locales, ses valeurs sont en phase avec la société, mais elle n'est pas en mesure de reconquérir une crédibilité qui lui permettrait de gagner la confiance des électeurs pour gérer la France. »

De plus, elle est « menacée par des politiques qui se réclament des valeurs de gauche pour mener une politique de droite, ce que Nicolas Sarkozy a habilement réussi à faire », relève l'auteur de « L'Avènement de la démocratie ». Du coup, « sur la défensive, elle apparait comme le parti des perdants ». (Voir la vidéo)


Ainsi donc, à quelques semaines du congrès de Reims, où le Parti socialiste doit se doter d'un nouveau premier secrétaire, les Gracques cherchent à alimenter les débats internes au PS. Ce « groupe de réflexion et de pression » né pendant la dernière campagne présidentielle, clame dans un texte paru vendredi dans La Tribune : « Les idées d'abord, la tactique ensuite ».

Bien qu'ils s'en défendent, il s'agit pour ces intellectuels de la deuxième gauche favorables à une ouverture vers le centre incarné par François Bayrou, d'« inventer le réformisme du XXIe siècle, pas celui du siècle dernier ». Et de préciser dans La Tribune, « si telle devenait la ligne directrice des socialistes français comme dans d'autres pays, nous les soutiendrions, sans état d'âme. »

Hamon, Collomb, Hollande au micro

Des trois ténors du PS, Benoît Hamon, co-leader du nouveau parti socialiste (NPS) ancré à la gauche du parti, Gérard Collomb, maire de Lyon, situé à sa droite, et François Hollande, tenant de la ligne majoritaire, c'est ce dernier qui a été le plus écouté. Attaqué de front par Denis Olivennes, patron du Nouvel Observateur, pour « avoir laissé le parti, après dix ans, dans une crise de leadership et de projet », le bientôt ex-premier secrétaire du PS s'est voulu optimiste. Avec humour, il a rétorqué :

« Il y a au contraire trop de leaders et trop d'idées au parti socialiste, maintenant il faut hiérarchiser, être plus sélectif. Si vous pouvez rendre service au PS, c'est en lui faisant comprendre qu'il n'est pas seul, en évitant la communautarisation du PS. »

A Rue89, il détaille sa position vis-à-vis des Gracques, dont une grande partie sont membres du parti socialiste. (Voir la vidéo)


Bernard Spitz, l'animateur des Gracques (et actionnaire des « Amis de Rue89 » à titre personnel, ndlr), ne cachait pas sa joie à la pause-déjeuner. Interpellant ses amis sur l'intervention de François Hollande :

« Vous avez entendu ? Il a dit des choses historiques : qu'il fallait se convertir à une politique de l'offre, qu'il ne fallait pas être obnubilé par la demande, qu'il fallait avoir un langage de vérité, que la gauche ne pouvait pas continuer à tout promettre… Or, c'est exactement notre propos ! »

Face à la récession qui menace, « on ne peut pas conserver le meilleur niveau de protection sociale sauf si on est les meilleurs en matière de compétitivité », résume Bernard Spitz.

Les regrets de Michel Rocard

Si l'université d'été des Gracques n'est pas une annexe de La Rochelle, les débats qui s'y sont tenus pourraient irriguer ceux du prochain congrès de Reims. Au regret de l'ancien premier ministre, Michel Rocard, qui est intervenu dans l'après-midi sur l'agenda réformiste en Europe.

En aparté, il nous confiait : « Avoir donné la parole au PS est une erreur. Les Gracques ont une fonction de recherche d'idées en marge du PS. Il faut rompre notre isolement intellectuel et se concentrer sur les stratégies de long terme, plutôt que de réfléchir sur l'immédiat. »

7 commentaires sélectionnés

Portrait de aissachris

De aissachris

techelec s/of | 12H19 | 08/09/2008 | Permalien

Les Gracques, nouveau parti politique, nouvelle gauche centriste, pas encore qualifié parti politique mais ils le seront, les revenchards qui exploitent la faiblesse de l opposition pour s affirmer en « penseurs », ils ont attendu le defaite de sego qu ils savaient possible, mais n ont pas proposer leur contribution durant la campagne, n ont pas soutenu la candidate choisie par la base, ces messieurs De machin truc, m enfin, le club des retraités aigris de la bande à tonton, finiront comme les Gracques romains.

Portrait de Pépé61

De Pépé61

Enterré vivant | 12H31 | 08/09/2008 | Permalien

Dilemme : Batir sur des ruines, ou tout foutre par terre et recommencer à zéro ? Batir sur des ruines me paraît dangereux, les matériaux sont fatigués, les installations peu fiables. Ce serait du bricolage avec un avenir très incertain. Repartir à zéro me semble une meilleure solution, à condition de mettre à la décharge, sans espoir de récupération, tout ce qui a compromis la fiabilité de l'édifice précédent. Seulement voilà, nous avons à faire à un parti d'élus, de roitelets locaux, qui vont aller s'empresser de fouiller la décharge pour en ressortir ce qui leur permettra de perdurer dans leurs mandats. La situation est tellement dégradée que seul le ras-le-bol de la droite actuelle pourra vraiment la faire évoluer.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 15H14 | 08/09/2008 | Permalien

Une partie de l'analyse de Marcel Gauchet me paraît intéressante : l'idée que le PS est sur la défensive. Il est vrai qu'il est aujourd'hui attaqué, agressé par Sarkozy. Quand on est attaqué, on a le réflexe de se protéger ou de se défendre.Ce faisant, on est vulnérable.
Ceci dit, cela signifie également que le PS ne se sent actuellement pas assez fort pour être offensif. Or, tant qu'il ne le sera pas, il continuera à perdre du terrain.
Il lui faut des leaders offensifs.

Portrait de Photine

De Photine

15H53 | 08/09/2008 | Permalien

« La gauche est dans une situation paradoxale, […] ses valeurs sont en phase avec la société, “

Sur ce point-là, M. Gauchet se trompe et c'est justement l'une des principales difficultés du PS.

Les ‘valeurs’ de gauche, solidarité, défense des libertés, répartition des richesses, refus de la loi du ‘tout-marché’ ne sont plus comprises par les Français.
ex. rejet de l'impôt sur le revenu ou même sur la fortune (solidarité +redistribution) de la part des classes très, très moyennes (en revenu et en richesse évidemment), acceptation du fichage au nom de la ‘sécurité’.

C'est pour cela que le PS doit travailler et réfléchir : comment être audible devant des citoyens dont les préoccupations ont changé sans renier ces principes ?

Portrait de Veum

De Veum

doctorant | 16H02 | 08/09/2008 | Permalien

« mais elle n'est pas en mesure de reconquérir une crédibilité qui lui permettrait de gagner la confiance des électeurs pour gérer la France. »
J'ai arrêté de lire là. L'objectif d'un parti de gauche n'est pas la gestion, mais la transformation de la société.

Portrait de guyome

De guyome

16H27 | 08/09/2008 | Permalien

« on ne peut pas conserver le meilleur niveau de protection sociale sauf si on est les meilleurs en matière de compétitivité »
Permettez moi de terminer :

On ne peut pas avoir la meilleure compétitivité, avec des salaires et des prélèvement aussi élevés. C'est pourquoi, les français doivent comprendre qu'il n'est pas possible de maintenir la protection sociale au niveau actuel.CQFD

Donc, ce groupe est de gauche et aide le PS… Intéressant… Plus, j'y pense en plus je me dis qu'avec M Royal, on n'aurait même pas eu le RSA… Tiens, sinon, les USA ont nationalisé deux banques, si quelqu'un pouvait en parler au PS.

Portrait de JCF88

De JCF88

Ing.Commercial | 20H54 | 08/09/2008 | Permalien

Bien sur, Marcel Gauchet a raison le PS aura beaucoup de mal à se redresser d'ici 2012 tant il est empêtré par son aile gauche, et son message inaudible par les Français.
Je relativiserais toutefois les raison de la réussite électorale de la gauche dans les élections locales, le paradoxe s'explique, en effet le PS, tout comme la droite d'ailleurs, ne fait que bénéficier de la prime au sortant, et de l'expression d'un vote contestataire après le réveil difficile des présidentiel et le syndrome des « caisses vides ».
Même au sein de ses propres adhérents l'adhésion devient difficile, ils sont assourdis voir assommer par les barrissements des vieux éléphants embourbés dans leurs dogmes, tellement embourbés qu'ils n'arrivent pas entendre les discours raisonnés des réformateurs. Tout le monde en est réduit à se jeter dans les bras d'un autre éléphant certes un peu moins rose, mais qui se contente simplement de barrir quelques réformettes libérales, mais encore de façon bien trop timide pour être perçu comme un leader capable d'obtenir l'adhésion des Français et d'engager le PS sur la voie victorieuse des présidentielles de 2012.
Tous autant qu'ils sont, ces éléphants ont bien trop peur , peur de voir une partie de leurs adhérents s'envoler dans les bras d'Olivier Besancenot.
Les dirigeants du PS portent une très lourde responsabilité sur ce qui se passe aujourd'hui dans notre pays, car focalisé sur leur combat des chefs, N.Sarkozy a les mains libres, il déroule tranquillement ces « réformes »,et eux ne prennent même pas la peine de ne réagir. Alors même que ce devrait être pour eux un devoir d'autant plus grand, qu'ils ont aidé N.Sarkozy à descendre en flèche F.Bayrou, simplement pour pouvoir se présenter devant les Français comme la seule source d'opposition possible, mais c'est un costume bien trop grand pour eux , même en y mettant une pléthore de chefs , les épaules restent tombantes et la tête ne sort pas de l'encolure…
Ils feraient bien d'écouter M.Rocard…

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