
En 2005, l'élection du nouveau pape, le cardinal Josef Ratzinger, faisait frémir les fidèles avides de modernisation. Trois ans plus tard, le pontife, qui sera reçu à l'Elysée le 12 septembre, a-t-il confirmé sa réputation de conservateur ?
Le 25 avril 2005, la messe est dite dans les médias. Le portrait brossé par France 2 le soir de l'élection de Benoît XVI donne le ton : une naissance dans une famille « très catholique », une adolescence passée dans les Jeunesses hitlériennes (« comme tous ceux de sa génération », rappelle le reportage), et des convictions morales qui le placent comme « l'un des conservateurs les plus résolus de l'Eglise ». (Voir la vidéo)
Une caricature grossière, pour Philippe Verdin, religieux dominicain et auteur du livre d'entretiens avec Nicolas Sarkozy sur la laïcité (« La République, les religions, l'espérance », éd. du Cerf). « Cette polarisation conservateur/progressiste ne veut rien dire », assure-t-il… avant de reconnaître que l'ouverture à la modernité de Benoît XVI varie selon les sujets :
Le dialogue interreligieux sur des braises
Sur le dialogue interreligieux, précisément, le seul discours qui ait rencontré un écho médiatique, celui de Ratisbonne, a suscité l'indignation dans les pays musulmans, jusqu'à provoquer des violences dans les Territoires palestiniens et en Irak.
Un malentendu, assurent les défenseurs de Benoît XVI. D'une leçon théologique de haute volée, les dépêches d'agence n'ont retenu qu'une simple phrase, sortie de son contexte :
« Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu y trouveras seulement des choses mauvaises et inhumaines, comme son mandat de diffuser par l'épée la foi qu'il prêchait.“
Une attaque directe contre le Prophète, que n'a jamais formulée Benoît XVI lui-même. Et pour cause, elle date de 1391, sous la plume d'un obscur empereur byzantin, Manuel II Palaiologos, citée entre guillemets dans le discours. Pour Philippe Verdin, l'intention de Benoît XVI à Ratisbonne était simplement d'analyser les divergences de fond entre l'islam et le christianisme :
La réputation rétrograde de Benoît XVI s'expliquerait donc simplement par une communication défaillante, mal gérée par un pape intellectuel et réservé ? L'explication est un peu courte pour Christian Terras, directeur de la revue catholique critique Golias, qui consacre ce mois-ci un dossier à Benoît XVI, ‘le pape de la restauration’ :
Et c'est bien ce ‘deuxième Josef Ratzinger’ qui est à l'œuvre dans le ‘motu proprio’ de juillet 2007, dernier décret papal en date.
La main tendue aux traditionalistes
La ‘libéralisation’ de la liturgie ancienne, consacrée par ce ‘motu proprio’, est une concession de taille faite aux traditionalistes, qui en font une condition de leur retour à Rome (ils sont sortis de l'Eglise depuis 1988, année de l'excommunication de Mgr Lefebvre, leur chef de file de l'époque). Concrètement, la messe peut désormais être célébrée selon le rite ‘tridentin’ (en latin, prêtre dos à l'assemblée) pour les fidèles qui le souhaitent. En avril dernier, les intégristes snobent cette main tendue : pour Mgr Fellay, leur chef de fil actuel, ‘le temps d'un accord n'est pas encore venu’.
Philippe Verdin balaie de la main cet échec :
‘Les intégristes représentent une proportion infinitésimale des catholiques (200 000 environ, pour plus d'un milliard de catholiques, ndlr). C'est peanuts' ! De toute façon, leur problème, ce n'est pas la messe en latin, mais plutôt leur désaccord de fond avec Rome sur plusieurs sujets, comme le dialogue interreligieux.’
Reste que ce cadeau fait aux partisans d'un retour à la tradition risque bien de faire fuir une autre frange de l'Eglise catholique, qui a de plus en plus de mal à vivre selon les principes édictés par Rome. C'est déjà ce qui est en train de se passer, selon Christian Terras :
Sur le célibat des prêtres, sur l'interdiction faite aux catholiques divorcés de communier, et sur les questions de sexualité, des rumeurs d'ouverture, au début du pontificat de Benoît XVI, avaient suscité l'espoir chez ces catholiques qui s'éloignent de l'Eglise ‘sur la pointe des pieds’.
Las… le souverain pontife s'est fermement opposé depuis à toutes les réformes sociales européennes, qui incarnent selon lui un condamnable ‘relativisme éthique’, que ce soit le contrat d'union civile offert aux homosexuels en Italie ou la dépénalisation de l'avortement au Portugal.
Vendredi prochain, 12 septembre, Benoît XVI prononcera un discours devant le monde de la culture, au collège des Bernardins à Paris. Nul doute qu'il sera attentivement suivi par ces fidèles inquiets et par l'épiscopat français, attaché à la construction d'une Eglise ouverte à tous. Jean-Yves Nahmias, évêque auxiliaire, responsable de la préparation de la visite du pape à Paris, est convaincu qu'ils seront rassurés :
‘Cette visite devrait mettre fin à ces a priori et ces caricatures. Ce décalage entre l'image de Benoît XVI qu'ont les Français et la réalité peut même nous assurer du succès de cette visite apostolique.’


















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De Gaétan
11H28 | 07/09/2008 |
Joseph Rvan a écrit dans ses Mémoires que s'il n'avait pas été juif, il serait entré dans les Jeunesses Hitlériennes, voulant dire par là que cette organisation exerçait une énorme fascination sur une jeunesse conditionnée et conditionnée. Que Joseph Radzinger y ait adhéré n'a rien d'étonnant. Je suis étonné que Rue89 ne vienne pas nous donner la liste des français de gauche et d'extrême-gauche qui ont été Kollaborateurs ! Courage ! ! ! J'ajoute que Joseph Ratzinger parle couramment 6 langues, qu'il est un des plus grands intellectuels européens, que le grand philosophe Habermas correspond avec lui. J'ajoute aussi que ce n'est pas une tare d'être Conservateur. Quand on voit les crimes commis par le progressisme ( 150 millions de morts en Union Soviétique et en Chine) on s'étonne que quelques gueules enfarinées viennent encore nous proposer cela comme idéal, comme cela apparaît dans ce blog…
De Humain
11H37 | 07/09/2008 |
Rigolo et amusant.
Pour France 2 que le pape soit « une naissance dans une famille très catholique », semble les surprendre. Ceci pourtant n'est pas vraiment pour me surprendre.
(Remarquons qu'il aurait pu naître dnas un famille athée, c'est vrai ! )
Un jeunesse passée dans les jeunesses Hitlériennes, certes !
(Notons que cela se passait un peu avant que Le mufti de Jérusalem Haj Amin al-Husseini rencontre Adolf Hitler, Heinrich Himmler, Joachim Von Ribbentrop)
Ceci n'excuse pas cela !
Le plus sympathique dans tout cela est que dans notre pays nous pouvons nous défouler sur ce sujet en ne craignant rien d'autre que l'approbation générale (de bon ton).
Quoique l'on dise, le Pape est non seulement réprésentant de mais un chef d'état.
Un Etat qui frappe monnaie (en fait frappée par l'Italie, c'est vrai)
Le Dalai Lama n'est pas chef d'Etat, c'est vrai !
Quand aux droits de l'homme, en notre beau pays, il me semble que notre comportement vis à vis du Tibet par exemple, n'est justement pas… un exemple.
Après tout pourquoi pas ?
De kenosuke
11H31 | 07/09/2008 |
Notre président accueil le souverain pontife de manière très officielle alors que celui-ci est seulement le représentant de la religion catholique.
Alors pourquoi ne pas faire comme avec le dalai lama ? l'accueillir dans un bureau entre 2 portes de l'assemblée nationale ?
Deux poids deux mesures à première vue !
Il est vrai que les droits de l'homme ça peut attendre ! !
De pierrejcallard
www.nouvellesociete.org | 11H48 | 07/09/2008 |
L'Eglise a raté son dernier rendez-vous ; Maintenant il est trop tard, elle est trop vieille.
Pierre JC Allard
http://nouvellesociete.org/5116.html
http://nouvellesociete.org/5076.html
De TizBee
13H48 | 07/09/2008 |
De bon ton, je ne saurais dire.
En tout cas, je ne pense pas qu'il ne s'agisse là que de l'expression d'un certain snobisme ou d'un phénomène de mode.
L'Histoire a fait son œuvre, et certains des enseignements délivrés par elle ont entraîné cette réalité de fait, où la religion elle-même ne peut nier sa très grande part de responsabilité.
Difficile ensuite de revenir en arrière et de faire comme si de rien était, ou plus précisément comme si « c'était mieux avant ».
Pour rebondir sur l'exemple du Tibet, l'un des principaux reproches fait au Dalaï Lama par certains de ses détracteurs (hors les purs sympathisants chinois) est la crainte d'un retour à un régime théocratique ou la paupérisation et l'esclavagisme seraient à nouveau la règle.
Fondée ou non, elle incite(rait) à toutes les prudences, et surtout à une forme de scepticisme qui lui, pour le coup, n'est pas vraiment de bon ton actuellement.
Là où je vous rejoins, c'est que le Pape a non seulement une vraie fonction, mais également une influence avérée, en tant que puissance économique significative aussi bien que leader charismatique… ou tout du moins, l'Eglise dans son ensemble possède ce « leadership », leurs représentants pouvant l'incarner avec plus ou moins de… bonheur.
Et c'est bien la question qui se pose aujourd'hui avec Benoit XVI : dans un 21ème Siècle que beaucoup imaginent comme celui du retour aux guerres de Religions, en plus de l'avènement des guerres de l'eau, non seulement le contexte favorisera une radicalisation des positions de l'Eglise, mais demandera un représentant à l'image de la confrontation qui s'annonce.
Évidemment, la radicalisation des opinions et le retour à un obscurantisme intellectuel sont des risques réels que font courir aujourd'hui tous les extrémistes, combattants, institutions, pays qui se réclament de la lutte du Bien contre le Mal pour justifier d'actions discutables (ou en tout les cas abondamment discutées).
Ainsi le Pape, de part sa notoriété et son influence, ou a contrario son déficit de charisme et de reconnaissances, a (aura) nécessairement un rôle central, entre désœuvrement, assurance et galvanisation, tout du moins pour tous ceux qui sont sensibles et adhèrent à cette vision du monde et à sa possible évolution.
En cela, il est important de continuer à étudier l'homme derrière le Pape, ses convictions, ses prises de position ainsi que son influence réelle.
Entre va-t-en guerre et vecteur de paix, partisan ou intellectuel, extrémiste ou modéré, l'impact sera non-négligeable et en tout cas, certainement pas à minimiser.
La critique est donc indispensable, qu'elle soit positive ou négative, tant qu'elle reste autant que faire se peut objective, étant donnés le sujet et son contexte.
Quant aux Droits de l'Homme, c'est un tout autre débat qui nécessiterait de confronter vision utopiste, foi en l'humanité, Histoire des Civilisations et surtout Géopolitique… pas certain que cela soit vraiment le sujet de l'article ci-dessus.
(@humain : j'ai pris votre réponse comme prétexte, j'espère que vous ne m'en tiendrez pas rigueur)
De Zeck
plus ultra | 17H57 | 07/09/2008 |
Et pendant ce temps béni où l'on dispute du sexe des anges « L'Opus Dei veille à la fin de l'école gratuite » http://www.bakchich.info/article4775.htmlOpus Dei qui n'est pas « peanuts » mais est très en odeur de sainteté urbi et orbi.
Et l'on pourra prendre connaissance des « 11 caractéristiques des mouvements religieux destructifs selon le Vatican »
http://www.prevensectes.com/opus1.htm
» Si l'intégrisme musulman fait la « une » des journaux, les activités de la droite chrétienne s'effectuent souvent dans l'ombre… »
http://www.monde-diplomatique.fr/1995/09/NORMAND/1804.html
De pomme53
Médiation | 19H57 | 07/09/2008 |
Dans son livre « Mémoire & Identité »,paru en Mars 2005 le Pape Jean Paul II affirmait avec force dans le chapître « idéologies du mal » son rejet du siècle des Lumières ,obstacle fondamental selon lui, à la construction dogmatique du Catholicisme, car la loi établie par l'homme ne peut être en contradiction avec la loi « naturelle ». Cette condamnation s'étendait même jusqu'à la Renaissance !
Seul importe ce qui provient de la révélation divine !
Pour Jean Paul II, comme pour Benoit XVI, qui le rappelle avec vigueur, seul Dieu est source de détermination de ce qui est bien et de ce qui est mal !
Si l'on songe au discours de Nicolas SARKOZY, au Vatican en Décembre 2007 à propos de la Laïcité en France, et son « désir » de réintroduire du religieux dans notre fonctionnement républicain, alors cette « osmose » retrouvée avec la Papauté à tout lieu de nous inquiéter car elle menacerait l'identité même de notre pays.