Aujourd'hui l'Inde

Quand les stars du cinéma indien entrent en politique

Jayalalitha, ancienne actrice tamoule et femme politique indienne (Babu/Reuters).

(De Delhi) En Inde, politique et cinéma font souvent bon ménage. La semaine dernière, Chiranjeevi, la star de l'Andhra Pradesh, a lancé son parti en fanfare. C'est la énième illustration d'une recette qui a déjà démontré son efficacité par le passé. Une pratique plus répandue dans le sud du pays. Explications.

24 décembre 1987. Le chef du gouvernement du Tamil Nadu, Maruthur Gopala Ramachandran, meurt à 70 ans. Le jour de ses funérailles, le désespoir se mue en hystérie collective. Bilan : vingt-neuf morts et des dizaines de blessés.

Les discours aux accents plébéiens des héros invincibles à l'écran

Adulé, vénéré, souvent même déifié, le chef régional était bien plus qu'un leader ordinaire. Car avant même ses dix années au pouvoir, celui qu'on surnommait « MGR » était déjà une icône populaire : en fait, la star incontestée du cinéma tamoul. Héros invincible sur les écrans, il l'était aussi dans la vraie vie. Comme en 1967 lorsqu'il réchappa miraculeusement à une attaque à main armée d'un acteur rival, celui là même qui incarnait le méchant dans la plupart de ses films.

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L'histoire de MGR est loin d'être un cas isolé. Le Tamil Nadu a déjà connu cinq chefs de gouvernement, liés d'une manière ou d'une autre à l'industrie cinématographique. L'actrice Jayalalitha, qui succéda à son amant MGR, fit l'objet un véritable culte, si bien qu'on bâtit des temples en son honneur. Dans l'Andhra Pradesh voisin, N. T. Rama Rao a d'abord été célèbre pour ses interprétations de Krishna avant de prendre la tête de l'Etat et de devenir le champion du régionalisme télougou.

L'histoire se répète. Le 26 août, Chiranjeevi, la « mégastar » du cinéma télougou annonce la création de son propre parti, le Praja Rajyam (ou règne du peuple). Au cours d'un meeting spectaculaire, entouré des portraits de Gandhi et de mère Térésa, Chiranjeevi prononce un discours enflammé aux accents plébéiens.

Et le fan club devient machine politique

Selon les experts, dans le sud de l'Inde, les acteurs ont ainsi su transformer leurs réseaux de fan-clubs, souvent parfaitement organisés, en machine politique. Forts de ce soutien, ils ont ensuite cherché à refléter dans la réalité le personnage bienfaisant qu'ils incarnaient à l'écran, par exemple en participant à des œuvres caritatives. Selon Gilles Verniers, chercheur au Centre de Sciences Humaines de Delhi :

« Tout en entretenant l'image virile et martiale du héros, ces leaders se présentent en sauveur et proposent au peuple de les débarrasser de l'establishment. »

Chez les vieux caciques des partis en place, l'arrivée du Praja Rajyam sur la scène régionale a en effet été accueillie avec une certaine anxiété. « Un tsunami politique », dira même un parlementaire s'apprêtant à quitter le Congrès pour le camp de la star télougoue. La dynamique populaire d'un Chiranjeevi risquerait bien de balayer d'un seul coup les réseaux traditionnels, transcendant notamment les divisions de caste ou de religion qui de manière générale régulent la vie politique indienne.

Les expériences de vedettes de cinéma qui se lancent dans la course au pouvoir ne sont pas toutes des success story. Amitabh Bachchan en sait quelque chose. Membre du Congrès et élu député à Allahabad en 1984, il a dû démissionner à mi-mandat, embourbé dans un scandale politique et des déboires financiers.

En 2007 pourtant, Big B est de nouveau en haut de l'affiche, cette fois pour soutenir la candidature de Mulayam Singh Yadav qui cherche à renouveler son mandat à la tête de l'Uttar Pradesh. « En vain », raconte Gilles Verniers :

« En faisant l'éloge du pouvoir sortant, son discours était décalé, voire contre productif. Quand le message ne répond pas aux attentes, le charisme et la popularité d'un acteur ne suffisent pas. »

A l'instar d'Amitabh Bachchan, les grandes stars bollywoodiennes ont eu tendance à se rattacher aux partis dominants et n'ont finalement jamais atteint les sommets politiques de leurs homologues tamouls ou télougous. Dans la moitié sud du pays, le cinéma a toujours été marqué par une fibre sociale et réformatrice, que l'on retrouve aujourd'hui clairement dans les discours de Chiranjeevi.

Mais quand les paroles ne suivent pas les actes, et l'actrice Jayalalitha en a fait l'amère expérience en 2006, alors la sanction électorale est immédiate. Star ou pas.

Photo : Policiers indiens devant une affiche de Jayalalitha, ancienne actrice tamoule devenue ministre-président du Tamil Nadu de 2001 à sa défaite aux élections de mai 2006. (Babu/Reuters).

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9 commentaires (Pour réagir, connectez-vous)

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Portrait de skalpa

De skalpa

actif et militant ? | 08H44 | 06/09/2008 | Permalien

On a vu ce que cela donné aux Etats-Unis

http://kprodukt.blogspot.com

Portrait de parti

à skalpa Portrait de skalpa De parti

punishment park | 22H31 | 06/09/2008 | Permalien

comme quoi, on peut tourner chez allan dwan et paul verhoeven et être un…la photo d'arnold parle d'elle-même…merci skalpa…

Portrait de anamaywong

De anamaywong

09H02 | 06/09/2008 | Permalien

Merçi à rue 89 de nous informer sur de qui se passe en Inde .Cinéma ,politique l'Inde n'a pas fini de nous surprendre.

Portrait de Deamon7

De Deamon7

France d'en haut | 11H31 | 06/09/2008 | Permalien

Le cinéma Telugu… un grand moment

Portrait de letuyauteur

De letuyauteur

prorusse | 12H34 | 06/09/2008 | Permalien

J'ai vecu deux ans dans le tamil nadu , Jaalalitha etait au pouvoir a ce moment la .
La lutte politique est sans merci dans ces grands etats indiens.
Etre elu chief minister d'un etat de 100 millions de personne pour une femme est quelque chose d'exceptionnel.
Elle a maintenue beaucoup d'ordre est les attentats dans le Tamil Nadu sont quasiment inexistants.
Le domaine social n'a de toute facon Jamais ete le point fort des Politiciens indiens.
La securite sociale , les retraites , les 35 heures ne sont pas les priorites du moment en Inde.
De plus pendant ses annees de pouvoir elle a reussi a faire du Tamil Nadu un des poles manufacturiers principaux du sous continent .Toutes les grandes usines d'automobiles ont installes leurs chaines de montage dans les environs de Chennai dont l'avantage est d'etre un grand port industriel avec les portes containers qui peuvent charger les produits vers l'Asie du Sud est qui est juste en Face.
De plus pour etre dans le domaines , les grandes societes d'engineering europeennes et americaines ont ouvert des bureaux enormes a Chennai , la raison est tres simple .Le gouvernement Tamil a enormement devellope les colleges et lycees technologiques (denigres en France) , fournissant donc un vivier de jeunes (pas chers) tres travailleurs .C'est du win/win car les meilleurs d'entre eux se verront ouvrir les portes closes des engineering europeens ou ceux des emirats arabes.
Un autre devellopement en cours avec le nouveau gouvernement est le devellopement des poles de call centers et informatiques , ceux ci devraient concurrencer Bengalore (etat du Karnataka).
En bref j'y retourne regulierement et la vitesse de progression est fulgurante (avec beaucoup de monde laisse de cote).
Je ne pense pas que cela durera eternellement , car l'Inde commence a devenir tres cher et la productivite contrairement au reve des top managers n'augmente pas.
L'inde n'est pas un pays formatable au format occidental si facilement .Et c'est ce qui rend ce pays genial.
Et apres tout en France pourquoi pas Monica Belluci presidente ? ? ?

Portrait de Deamon7

à letuyauteur Portrait de letuyauteur De Deamon7

France d'en haut | 19H10 | 06/09/2008 | Permalien

C'est vrai, l'Inde n'est pas formatable DU TOUT ! je discutais avec une indienne qui se plaignait de l'occidentalisation de son pays. J'ai tenté de la rassurer, même la colonisation anglaise n'y ai pas parvenu.
Les indiens ont cette nonchalance… (qui n'a rien à voir avec de la paresse) qui les rend si particuliers, et si compliqués à comprendre (personnellement je n'y suis pas parvenu, même si j'ai eu le sentiment de comprendre 2 ou 3 détails de leur mentalité)

Concernant la productivité, même si elle est bonne, les différences culturelles rendent la collaboration hyper-difficile. J'ai même rencontré au Népal un informaticien norvégien qui m'expliquait que même pour un coût plus élevé, il valait mieux investir en Europe de l'Est, qu'en Inde.

C'est une grande culture, dont certains aspects mériteraient qu'on s'en inspire, et qui ne cessera jamais de me surprendre.

Pour moi c'est le pays du pire et du meilleur.

Portrait de parti

à Deamon7 Portrait de Deamon7 De parti

punishment park | 22H42 | 06/09/2008 | Permalien

bon tous les deux, vous êtes bien gentils…mais je ne vois guère le rapport avec l'article d'une part… (monica présidente ? )d'autre part vos considération sur l'occident / l'orient n'apportent rien…je ne connais pas l'inde…et ce n'est pas vous qui me donnez envie de la connaître…parler des 35 heures, de la nonchalance indienne etc… super original…« c'est une grande culture…s'en inspire »…ça veut dire quoi exactement ? perso je respecte toutes les cultures, c'est pas pour autant que j'ai en envie de m'en « inspirer »….
intouchable (et respectueuse) lamorille…

Portrait de Deamon7

à parti Portrait de parti De Deamon7

France d'en haut | 19H15 | 07/09/2008 | Permalien

C'est vrai nous avons dévié, mais bon après tout où est le mal ? Et c'est aussi vrai qu'on n'apporte pas grand chose, ceci dit vous non plus.
Maintenant si j'ai fait penser que je vantais la culture indienne comme supérieure à l'occidentale, autant pour moi, ce n'était pas mon intention.

Je suis loin de penser que tout est rose en Inde (loin de là ! ) et que tout est mauvais ici.

Et puis en ce qui concerne l'inspiration, j'ai peut-être parlé un peu vite, je pense plus au fait que voire comment sont abordés certains problèmes dans ce pays, nous permettrait peut-être de relativiser ces mêmes problèmes ici (je pense aux religions notamment).

Respectueusement.

Portrait de lapinours

De lapinours

bancale | 14H45 | 06/09/2008 | Permalien

A propos de centre d'appels,je recois souvent des appels en provenance d'inde et je m'apercois qu'il s'agit surtout d'un eldorado pour les grosses compagnies(Apple,Nokia,Vodafone,etc..) et pas pour les travailleurs.Je recois en moyenne 3 coups de tel par jour,mais le plus souvent mes interlocuteurs raccrochent sans avoir dit un mot.Je suppose qu'ils sont payes a l'appel.Ces travailleurs forcats y trouvent ils leur bonheur ? Rien n'est moins,je doute tres fortement d'un quelconque progres que viendrait apporter les societes occidentales,c'est tout le contraire.Heureusement,les deboires de Tata et de son usine ou la rebellion maoiste,dont les medias francais se gardent bien de parler,prouvent que beaucoup d ; indiens n'acceptent pas le sort que l'on prevoit : vider les campagnes pour faire travailler les paysans en ville,dans des usines.
Ah ! que bonheur la mondialisation !

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