Un blogueur sur deux serait une femme. Ce n'est pas l'impression que donnent les classements des blogs influents. Décryptage.

Bien que le plafond de verre soit le thème de mon propre blog, je ne m'attendais pas à constater que les femmes sont tout aussi peu représentées parmi les blogs dits influents que dans les hautes sphères de la vie professionnelle ou politique.
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A l'occasion des assises du Net qui se sont tenues en mai, une blogueuse avait noté qu'elle était la seule femme invitée au diner organisé par le secrétaire d'Etat. Cela a donné lieu à quelques commentaires puis chacun est passé à autre chose.
Je venais de démarrer mon blog et n'ayant alors qu'une vision assez floue de ce qu'était la blogosphère, je n'ai vu dans cet événement que la répétition d'un phénomène bien connu : les instances officielles n'ont pas pris la peine de s'assurer de la représentativité de leurs interlocuteurs et sont allées aux plus visibles donc, comme d'habitude, des hommes.
Les femmes ne font pas partie du club
A la même période, des blogueurs qui se réunissent de temps en temps dans un café parisien regrettaient l'absence de femmes à leurs réunions, alors que tous et toutes étaient cordialement invité(e)s.
Devenant une blogueuse un peu plus expérimentée, j'ai entrepris de référencer mon blog ; sur Wikio par exemple. C'est en consultant le classement des cent premiers blogs que j'ai compris pourquoi les blogueuses ne se rendaient pas aux réunions : c'est simple, elles ne font pas partie du club !
J'ai examiné avec soin les différents classements (ceux de septembre) et ai cherché à connaître le sexe de leurs auteur(e)s : c'est en général assez facile sauf lorsqu'il s'agit de blogs collectifs. Les résultats sont édifiants : aucune femme parmi les vingt premiers blogs.
Mais peut-être est-ce du au fait qu'il y a parmi ces blogs de nombreux blog high-tech, dont les auteurs ne sont pas toujours identifiables, je suis donc allée voir les blogs de la catégorie politique : la première femme est en dix-neuvième place, et ce n'est pas une blogueuse anonyme, il s'agit de Corinne Lepage. Dans la catégorie divers, je n'ai pas vu de femmes parmi les vingt premiers blogs. Il faut aller dans le classement des blogs loisirs ou BD pour en trouver.
Je ne n'ai pas eu à chercher beaucoup pour trouver d'autres exemples et constater que le phénomène est assez général. Ainsi le site du magazine Elle (Elle ! ) conseille une dizaine de blogs politiques , dont seulement deux blogs de femmes. Et Rue89 ne citait parmi « les blogs qu'ils aiment » que deux blogs féminins (trois depuis que le mien y a été ajouté).
Pourtant, lorsque je surfe je croise de nombreux blogs tenus par des femmes y compris dans la catégorie des blogs d'opinions (un blogueur sur deux serait une femme, lit-on ici ou là). Alors pourquoi ne les retrouvent-on pas parmi les blogs qui comptent ?
On invoque habituellement pour expliquer le plafond de verre la difficulté pour les femmes, sur lesquelles repose encore l'essentiel des tâches domestiques, de concilier vie professionnelle et vie familiale, le retard pris à l'occasion des congés maternité, le choix en début de carrières de postes moins porteurs, la faiblesse de leurs réseaux ou le fait que la double mobilité étant difficile à gérer pour un couple, l'arbitrage est plus fréquemment effectué en faveur du poste de l'homme.
Tout cela est exact, mais n'explique pas du tout pourquoi, alors que les femmes prennent le temps de bloguer, elles seraient une fois de plus moins visibles et moins mises en avant. C'est qu'en réalité, ces différences sont d'abord la conséquence de modes de pensée et de comportements profondément ancrés dans la culture et nos schémas inconscients. Ces comportements sont collectifs, ils sont autant portés par les femmes que par les hommes et il serait important que nous en prenions davantage conscience pour que les choses changent.
Parmi les nombreux mécanismes en jeux, deux expliquent, me semble-t-il, l'essentiel de ce qui se passe sur le Net : les femmes n'aiment pas les mêlées et « blogueur » est un nom masculin…
Les femmes n'aiment pas les mêlées
Des sociologues ont observé une cour de récréation. Les petits garçons occupent l'espace central, les filles, en plus petits comités, investissent davantage les coins. Lorsqu'ils jouent au ballon les garçons se jettent tous dessus en même temps. Les filles jouent moins souvent au ballon, mais lorsqu'elles le font, leur comportement est beaucoup plus réaliste : elles ne s'engagent que lorsqu'elles ont une chance de succès raisonnable. Les petits garçons eux sont tous persuadés de gagner et aucun n'hésitera à se relancer dans la mêlée. Un seul enfant emportera le ballon, mais on peut prédire que ce sera plus fréquemment un garçon !
Dans la vie, les choses se passent de la même façon. Outre que les femmes accordent certainement moins d'intérêt au fait même de l'emporter, elles se mettent surtout moins en avant et sous-estiment à l'avance leurs résultats. Par ailleurs, la confiance qu'elles ont en elles est davantage influencée par les commentaires qui viennent d'autres personnes.
Par exemple, on sait que pour choisir une classe de première scientifique, les jeunes filles ont besoin en moyenne de quatre points de plus que les garçons. Une étude américaine avait montré que les filles participant à un concours d'orthographe se retiraient si elles jugeaient que les autres concurrents étaient meilleurs et qu'elles n'avaient aucune chance de gagner. Même si cela était faux. Pire encore, lorsque l'on demande à des étudiants de prédire leurs prochaines notes, les garçons la surestiment très souvent, ce que ne font pas les filles.
Les femmes se mettent donc d'elles-mêmes bien moins en avant que les hommes. Or pour faire partie des blogs influents, il ne suffit pas d'attendre les lecteurs. Il faut, au minimum, s'inscrire sur des sites de référencement. Il faut se persuader que son blog intéressera de nombreuses personnes, qu'il peut devenir le meilleur dans son domaine, il faut interpeller d'autres blogueurs (et surtout ceux qui sont déjà célèbres et comptent de nombreux lecteurs), il faut ne pas hésiter à engager la discussion, voire la polémique et donc accepter le cas échéant accepter d'être la cible d'attaques.
Toutes choses que les femmes font beaucoup moins facilement que les hommes. Mais peut-être aussi savent-elles que de toute façon on remarquera moins leurs compétences et leur production.
A quoi pensez vous en entendant parler de « blogueurs » ?
La langue française ne nous aide pas. Le fait que « le masculin l'emporte » n'a pas que des conséquences grammaticales. Qui pense d'abord à une femme en évoquant « les droits de l'Homme » ? qui visualise des femmes lorsque l'on parle « des blogueurs » ?
En fait la langue ne fait que conforter des façons de penser qui font qu'il est beaucoup plus difficile pour une femme d'attirer l'attention sur ses compétences ou ses réalisations et de se distinguer de la masse.
D'une part parce que les femmes sont définies par rapport aux hommes, l'inverse n'étant pas vrai. L'appartenance au genre femme saute aux yeux bien davantage que l'appartenance au genre homme. Lorsqu'on demande à des sujets de décrire le plus vite possible une personne à partir d'une photo de son visage, la majorité de descriptions de femmes commencent par la mention du sexe, ce n'est pas le cas pour les descriptions d'hommes.
Et cela commence très tôt puisque lorsqu'on demande à des écoliers de six ou sept ans de décrire leurs camarades, ils décrivent généralement les filles en les comparant aux garçons, par l'absence de certaines caractéristiques ; elles ne sont pas fortes, elles ne courent pas vite, etc.
Bref, les femmes sont d'abord perçues comme des représentantes de leur genre. Les hommes, eux, sont perçus comme des individus distincts et distinguables.
D'autre part, parce que les femmes font partie d'un groupe dont les membres sont moins bien différenciés. Il s'agit là encore d'un phénomène de psychologie sociale bien connu : nous avons tendance à considérer les membres d'un autre groupe comme homogènes et à généraliser les caractéristiques attribuées à ses membres (les ch'tis sont sympas, les Auvergnats sont radins…).
Cet effet est encore accentué selon qu'un groupe est jugé dominant ou dominé (cette appréciation pouvant être tout à fait subjective) : nous retenons davantage d'informations à propos des membres d'un groupe dominants : les gagnants d'un match, les supérieurs hiérarchiques.
Ces effets jouent à plein pour les femmes qui tentent d'investir les lieux de pouvoir, mais ne font partie du groupe dominant. On peut très bien imaginer qu'ils jouent pour l'internaute qui discrimine plus facilement les blogueurs masculins (ce qui suppose que le sexe du blogueur soit bien identifié ce qui est le plus souvent le cas).
Maintenant amis blogueurs, je vous propose de jeter un œil sur votre blogroll.
► A lire aussi : dans le New York Times (en anglais), Blogging's Glass Ceiling.
Photo : dessin d'après J. Howard Miller (Mike Licht/ NotionsCapital.com/Flickr).




















9
De Le Yéti
yetiblog.org | 16H05 | 06/09/2008 |
MEDIASCOPIE DES BLOGS !
Manquait plus que ça ! Une médiascopie des blogs (évidemment « les plus influents »). Une « médiascopie » pourquoi ? Et surtout comment ?
J'ai vu celui de Elle. Vaut son pesant de ridicule convenu. Toujours le même petit cercle people (Apathie, Barbier, Schneidermann). Plus pour faire bonne mesure un blog représentant chaque parti politique officiel.
J'ai parcouru celui de Wikio. Il commence par cette adresse aux annonceurs publicitaires : « Générez du buzz pour vos produits et accédez aux leaders d'opinion ! » Et cette proposition est accompagnée d'une invite similaire aux bloggeurs : « Relayez les campagnes de nos annonceurs et soyez rémunérés pour vos contributions ! » Au moins, l'intention est claire. La pub, le fric, évidemment.
J'apprends même qu'il y a eu des « assises du Net ».
Que de niaiseries ! Sont indécrottables.
De Pascal Riché 7
Rue89 | 15H51 | 06/09/2008 |
Olympe,
« Rue89 ne citait parmi “ les blogs qu'ils aiment ” que deux blogs féminins (trois depuis que le mien y a été ajouté). »
C'est vrai. Mais il faut ajouter à ces trois là nos propres blogueuses :
► AMERICAN ECOLO par Hélène Crié-Wiesner.
► BARAQUE A FREAKS, par Agnès Aokky.
► CALIFORNIA DREAMIN » par Armelle Vincent.
► CARNETS D'AFRIQUE DE L'EST par Lucie Vérinque.
► DANS LE PANIER DU MANAGER par Marianne Saint-Germer.
► DERRIERE LE BARREAU, par Maître Laure Heinich-Luijer.
► EN PLEINE CULTURE, par Françoise Benhamou.
► ET POURTANT ÇA EXISTE par Guillemette Faure.
► IBERE ESPACE, par Elodie Cuzin.
► MISE EN BOUTEILLE , par Catherine Bernard.
► PARISTANBUL par Marie Antide.
► PASSAGE BENBASSA, par Esther Benbassa.
► SIGNES ET CONTRE-SIGNES, par Mariette Darrigrand.
► SOPH'S STRIP par Soph'.
Et je laisse de côté les pseudos ambigus (Dr Panel, Camille…), qui cachent peut-être aussi des femmes, qui sait ?
De olympe blogueuse (auteur)
blogueuse | 16H05 | 06/09/2008 |
personne ne doute ici que les femmes sont égales aux hommes, mais les faits sont tétus et d'après l'observatoire de la parité, si elles représentent 46 % de la population active, elles ne représentent que 24,3% de l'encadrement dans le secteur privé, 12,3% des emplois supérieurs de la fonction publique, moins de 20% des députés et leur salaire moyen reste de 19% inférieur à celui des hommes, toutes professions confondues.
De Cecile Gladel
Journaliste | 17H36 | 06/09/2008 |
Tout à fait d'accord avec ce texte. J'ajouterai à titre de blogueuse(oui au Québec nous féminisons)sur un site fréquenté par une majorité d'hommes que nous sommes aussi victime de discrimination dans les commentaires.
Il n'est pas rare que l'on me dénigre car je suis une femme. Me traitant de tous les noms…D'autres collègues blogueuses m'ont souligné la différence de traitement qu'elles reçoivent par rapport à leurs collègues masculins.
Le chemin est long…trop long.
De mine
18H34 | 06/09/2008 |
Ca va peut être sembler un peu loin du sujet très documenté d'Olympe, mais si on y réflechit bien… On peut se remettre en mémoire cette étude issue du 3e rapport sur « La place et l'image des femmes dans les médias » de l'association des femmes journalistes (il a au moins deux ans mais le sujet reste cruellement d'actualité)
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Concernant la place des femmes dans les médias…
En parle t'on ? 17,17% de femmes sont citées dans la presse (82,83 d'hommes)
Ont-elles une identité ?
1 femme sur 6 est anonyme (1 homme sur 23)
1 femme sur 5 est présentée avec un lien familial (1 homme sur 16), et la 1/2 des personnes ainsi présentées sont des femmes
Ont-elles une langue ?
Parmi les personnes dont on reproduit les propos, 1 seule sur 5 est une femme
Ont-elles un métier ?
1 femme sur 5 est citée sans sa profession (1 homme sur 20).
Sont elles présentables ?
Hors pub, moins de 30% des photos (29%) présentent les femmes
Et pourtant…. 42% des journalistes sont des femmes.
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Alors, il faut certainement une bonne dose de déraison et de jusquauboutisme pour s« échiner à exister en ligne … comme femme !
Et quand bien meme on aurait l'une et l'autre, les femmes ne bloguent elles pas souvent plus au coeur de leurs préoccupations, sur des questions d'usage, de relations humaines, de citoyenneté, plutôt que de performance technique ? (je m'étonne de voir combien de blogs citent aujourd'hui Google chrome, sans réelle valeur ajoutée mais dans en vue de booster leur référencement….)
Je blogue autour de la question des femmes et du numérique (souris.typepad.com) ; je blogue autour de valeurs qui me sont chères (blog.neomarco.com),je bloque chez les copines (toutpourelles.com) …
Je blogue donc tantôt en fille, tantôt en citoyenne, tantôt en professionnelle, tantôt pour le plaisir de causer.
Alors, blogs de fille ou pas ? …
De Isabelle Germain
Journaliste | 18H55 | 06/09/2008 |
Si vous voulez que votre blog soit influent, prenez un nom d'homme ! Bien des écrivaines ont fait ça dans l'histoire y compris Joanne Katleen Rowling, l'auteure de Harry Potter. Son éditeur lui avait conseillé de signer seulement de ses initiales « J.K. Rowling ». Harry Potter, ça ne remonte pas à des temps immémoriaux. Mais dans l'inconscient collectif, tout ce qui vient d'un homme mérite le respect, ce qui vient d'une femme ne mérite aucune considération. C'est comme au travail, un homme est considéré comme compétent jusqu'à ce qu'il fasse la preuve de son incompétence, une femme est considérée comme incompétente jusqu'à ce qu'elle fasse la preuve de sa compétence…
De Phil2922
Retraite invalidité | 19H23 | 06/09/2008 |
Le machisme est tenace et je me souviens des primaires socialistes où Fabius demandait qui allait garder les gosses et DSK qui avait dit, que Ségolène Royal aurait mieux fait de réviser ses fiches cuisines. En attendant, c'est elle qui les a remis à leur place et c'est elle qui empêchera Sarkozy de faire un second mandat en 2012… !
http://phil195829.overblog.com
D'ailleurs, vous avez cité le blog de Corinne Lepage mais celui de Ségolène Royal, désirs d'avenir, était très actif.Par contre Je ne sais pas s'il continue à exister… ? !
De amatxo
20H23 | 06/09/2008 |
Bravo et merci pour cet article,Olympe ! En lisant les réponses je suis frappée(constatez que je suis une femme ! )par la justesse de certains propos et leur objectivité(même quand ils semblent écrits par des hommes) ce qui est rassurant…mais franchement certains de ces messieurs paraissent encore d'un machisme primaire (cf entre autres le mail de gaétan ! ).Allons,allons messieurs avez-vous tellement peur de la concurrence que vous en restiez à des paroles si creuses et sottes ? ?
NB : la sous-représentation politique des femmes au Sénat et au Parlement(France : 58ème rang international je crois) m'apparait +grave que celle des « blogueuses »
De Gina Grimont
04H02 | 07/09/2008 |
Bravo pour cet article !
Il y a surtout et toujours dans l'inconscient des hommes et de beaucoup de femmes que tout ce que fait une femme est dévalorisant, des trucs de gonzesse. Le truc de gonzesse est forcément méprisable puisque c'est les gonzesses qui le font ou qui le faisaient : la couture, la cuisine ect… Quand un homme le fait, c'est un métier…
Quand une femme fait un métier reservé jusque là aux hommes, grand reporter, par exemple, le métier soudain baisse d'un cran dans la noblesse des métiers. La bataille des filles du 21 éme siécle, ça sera d'abord dans leur tête : qu'elles aussi ont droit à la lumière, au pouvoir, à l'ambition, à la réussite, que ce ne sont pas des trucs de mecs, que leur vie, leur existence vaut quelque chose. Qu'elles doivent se battre encore durement pour que leurs qualités, leurs talents soient reconnus en tant que talents et qualités d'individus et non comme une fille qui en a ! J » ai des relations d'amitié avec des filles jeunes, je suis sidérée de la dévalorisation dans laquelle elles baignent encore !
Ce qui me sidére encore et toujours, c'est que les seules références gratifiantes sont les valeurs viriles : on dit à une fille qu'elle sera émancipée que si elle retape sa maison toute seule, passe la tondeuse, devient maçon ou peintre en bâtiment ou PDG ! De nouveau, ce qui était considéré comme féminin est nul ! Un homme hétérosexuel qui voudrait être coiffeur, instituteur en maternelle se fait foutre de sa gueule, voire pire !
J'arrête là car je pourrais en écrire des pages encore sur cette dévalorisation du féminin qui est une véritable barbarie moderne ! Allez les filles, y'à du boulot dans vos têtes et dans nos sociétés ! Courage !