A debattre 06/09/2008 à 20h30

Au tribunal, les antipub font leur réclame


En quatre ans d'existence, c'est le neuvième procès du collectif des « déboulonneurs ». Où le tribunal correctionnel de Paris se transforme en tribune, monopolisée par des militants antipub se réclamant de la désobéissance civile. Et contrairement aux autres prévenus qui comparaissaient vendredi, les trois « déboulonneurs » semblaient plutôt contents d'être là.

Lorsque le procureur de la République a proposé de limiter les poursuites à un simple rappel à la loi, ils ont insisté pour passer en procès. L'audience publique devant la 13e chambre du Tribunal correctionnel de Paris est donc « l'aboutissement de leur action », comme l'explique Nicolas Hervé, qui est présent aujourd'hui à titre de témoin, mais qui a déjà participé à plusieurs « barbouillages » militants.

Raphaël Jolly, informaticien, Valéry Mougel, paysan maraîcher, et Antoine Trouillard, étudiant, sont poursuivis pour dégradation volontaire du bien d'autrui en réunion, commise le 23 décembre 2006 à Paris. Comme souvent, le « barbouillage » de panneaux publicitaires a été rigoureusement organisé, et relayé par les médias (Voir le reportage de France 3 Ile de France).

JC Decaux a d'abord renoncé à porter plainte, puis a changé d'avis

Mais les faits ne servent que de vitrine. D'ailleurs JC Decaux, propriétaire des panneaux publicitaires, a d'abord renoncé à porter plainte, puis a changé d'avis, et se constitue finalement partie civile en soumettant au tribunal trois devis de réparation, datés du 27 novembre 2006… « c'est-à-dire à une date antérieure aux faits, mais peut-être sont-ils capables de prévoir les délits », ironise la présidente. Le ton est donné, la tribune est libre pour les déboulonneurs.

Comme dans un meeting politique, le plus jeune des militants, Antoine Trouillard, bafouille un peu au micro. Quelques minutes avant l'audience, il avouait être un peu anxieux. (Voir la vidéo.)



Devant les juges, il finit par s'enhardir, débitant son discours antipub en plusieurs points, avant de conclure, bravache :

« Je pense avoir accompli mon devoir de citoyen. »

Les trois juges le testent gentiment :

« Les panneaux de publicité dans les villes, d'accord… Mais est-ce que vous luttez contre les pubs à la télévision aussi ? Et dans la presse, au cinéma, c'est infini… »

Antoine ne se démonte pas :

« La télévision, le cinéma, vous pouvez choisir de ne pas les regarder. La pub dans la rue vous est imposée. »

Les deux autres prévenus suivent, bientôt remplacés à la barre par les témoins… dont aucun n'était présent le jour des faits. Seule la prestation de serment les différencie d'orateurs venus exposer au jury les méfaits de la publicité. Sylvie Travaglianti, militante féministe, officie pour la partie « diktats sexistes imposés par la pub », qui intéresse visiblement une des juges :

« Et alors, vous dites que votre association décerne le “prix macho” de la pub la plus sexiste… Par curiosité, qui l'a obtenu cette année ? »

Réponse ici.

Objectif de la défense : imposer la jurisprudence des faucheurs anti-OGM

Dans les rangs du public, on se retient d'applaudir. Une retraitée de l'Education nationale est venue spécialement pour écouter Bernard Stiegler, l'un des témoins, philosophe et directeur culturel du Centre Pompidou. Malheureusement, il est déjà parti, trop pressé pour attendre son tour.

Le procureur rafraîchit l'ambiance en requérant de trois cents à cinq cents euros d'amende par personne. Il s'interroge :

« Est-ce vraiment au ministère public de donner son avis sur la place de la publicité dans la société ? Est-ce vraiment le lieu pour en débattre ? Je ne crois pas. »

« Au contraire, vous avez votre mot de juriste à dire dans ce débat », invoque maître François Roux, avocat spécialiste de la désobéissance civile. Alors que les procès précédents des déboulonneurs se sont tous soldés par des amendes symboliques, Me Roux veut aujourd'hui obtenir la relaxe. Il plaide donc l'état de nécessité, arguant du fait que la population est mise en danger -sanitaire, psychologique, social- par la publicité.

Il l'a obtenu pour les faucheurs volontaires, et compte bien l'obtenir pour les déboulonneurs. Si les trois prévenus obtiennent cette relaxe, la cause des antipub empruntera le même chemin que celle des anti-OGM, ouvrant la voie à une nouvelle jurisprudence. Me Roux en est convaincu, « la justice a toujours fini par donner raison à ceux qui se réclament de la désobéissance civile ». Jugement le 17 octobre prochain.

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  • Numerosix
    Numerosix
    Prisonnier dans le village (...)
    • Posté à 21h03 le 06/09/2008
    • Internaute
      Prisonnier dans le village (...)

    C'est un peu restrictif de ne s » attaquer qu » aux marques et à la publicité, mais c'est mille fois mieux que rien, quand même..

    Le spectacle, compris dans sa totalité, est à la fois le résultat et le projet du mode de production existant. Il n'est pas un supplément au monde réel, sa décoration surajoutée. Il est le coeur de l'irréalisme de la société réelle. Sous toute ses formes particulières, information ou propagande, publicité ou consommation directe de divertissements, le spectacle constitue le modèle présent de la vie socialement dominante. Il est l'affirmation omniprésente du choix déjà fait dans la production, et sa consommation corollaire. Forme et contenu du spectacle sont identiquement la justification totale des conditions et des fins du système existant. Le spectacle est aussi la présence permanente de cette justification, en tant qu'occupation de la part principale du temps vécu hors de la production moderne.

    G.Debord
    1967

  • bifteack
    • Posté à 22h26 le 06/09/2008

    J'ai longtemps suivie une formation de maquettiste publicitaire a l'ecole estienne entre autre Aujourd'hui je fait tous a fait autre chose qui correspond mieux a mon temperament. Mais n'empeche que j'etais gener par cet façon d'amener les gens a lire ce qu'ons voulait leur faire lire dans une affiche. Comme tous le monde chez entendus il y a quelques années parler des anti-pub a mes yeux ce n'etait qu'une bande d'huluberlus qui gribouiller les affiches publicitaire (c'est la vision que m'en a donner les gros medias).Aujourd'hui je ne les prend vraiment plus pour des farfelus ils m'ons fait comprendre qu'une pub au dela de vouloir vendre tel ou tel produit etait l'atome d'une enorme machine a conditionner tous les aspects de la vie dans le seule but de faire de nous des consommateurs au service de l'economie et de ne voir juger et comprendre qu'a travers leurs prisme. allez voir le site casseur-depub ça fait reflechir.

  • N.MARECHAL
    • Posté à 23h51 le 06/09/2008

    Mais, mais la publicité c'est du rêve, non !

    Des femmes nues qui vendent de la lessive douce pour la peau et douce pour le linge, des ongles incarnés, les produits pour vos toilettes... mille choses qui nous font tellement plaisir...

    Pourquoi tant de haine pour la pub. Ils veulent plus de sexe, c'est ça ? Ils sont déçus par les produits peut-être ? En plus, la pub décore avantageusement la ville, ça met des couleurs partout. A la radio, on connaît mieux les slogans de la pub que les chansons (qui sont aussi de la pub). A la télé, on est tellement content d'attendre la pub pendant le film, c'est vrai que des fois il faut attendre un peu mais c'est pas grave, on est bien vite récompensé lorsqu'elle arrive.

    Comme c'est drôle, car c'est dans les magasins qu'on retrouve tous ses produits, parce que c'est là qu'ils les cachent. Mais nous on est malin et on achète tous ces produits.

    J'ai faux peut-être ? Et pourtant c'est comme ça que ça marche ! On achète les gâteaux pour les gosses sinon ils vous cassent les pieds puis on se fait avoir pour d'autres produits et ainsi de suite. Même Sarko est vendu en barquette et la moitié des français achète cette daube les yeux fermés.

    Les déboulonneurs méritent la peine de mort pour casser nos rêves (oui oui) ou leur poids en médailles, c'est selon…

    Epicètou

  • responsabilitecivile
    responsabilitecivile
    travailleur
    • Posté à 00h29 le 07/09/2008
    • Internaute
      travailleur

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    Les maires ont leur part de responsabilité dans l'omniprésence publicitaire.

    Ils disposent d'un pouvoir police de l'affichage, de la publicité et des enseignes (Code de l'Environnement- Livre V) et peuvent prendre toute mesure utile pour faire cesser ou limiter leur présence.

    les maires eux-même l'ignorent souvent mais ils peuvent (doivent) prendre les arrêtés municipaux de manière à interdire l'expansion de la publicité, y compris sur la voie privée lorsque celle-ci entraîne un préjudice esthétique (ce que d'autres appellent pollution visuelle), et pas seulement quand l'affichage est illicite.

    Il n'y a qu'à se rendre dans une zone commerciale en sortie de ville pour réaliser à quel point nous en sommes arrivés. Tout ça est bien triste.

  • ras-la-patience
    • Posté à 09h41 le 07/09/2008
    • Internaute

    je ne défends pas la pub à tout prix, néanmoins certaines peuvent être drôles ou artistiques
    une bonne affiche de Savignac valait toujours mieux que certaines « œuvres d'art » qu'on nous propose à présent.
    Le tout est de rester vigilant, on peut me bassiner tant qu'on veut avec un produit X, si je n'en veux pas, je n'achète pas !
    et comme disait Coluche ; » dire qu'il suffirait qu'on ne l'achète pas pour que ça ne se vende plus ! »

  • Lucien_de_Rubempré
    • Posté à 20h22 le 07/09/2008

    Je ne crois pas un instant au pouvoir de suggestion de la pub. En fait, je pense que la pub ne fait que conforter une envie déjà présente. Exemple : si j'ai envie de changer de portable, que le portable X, entraperçu sur un panneau publicitaire ou dans un magazine, me plait bien, la pub va peut être m'inciter à l'acheter (achat d'impulsion), mais la firme Y peut bien faire toute la pub qu'elle veut au sujet du portable Y, si c'est le portable X qui me plait, elle perd son temps. Je crois que l'on accorde trop de pouvoirs à la pub (je parle de la pub « normale » pas de la pub subliminale, normalement interdite).