Colérique et imprévisible, l'ex-chouchou des médias mène la vie dure aux reporters. La correspondante du Monde en a fait les frais.
Vendredi 29 août, la journaliste du Monde Natalie Nougayrède a quitté la Conférence des ambassadeurs encadrée par deux policiers en civil, sous les yeux sidérés de quelques excellences.
Pour le ministère des Affaires étrangères, organisateur de cet événement annuel suivi par la totalité des chefs de missions diplomatiques françaises, Natalie Nougayrède était « persona non grata » (Lire l'encadré).
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Que se cache derrière cette « première dans l'histoire du journal », créé en 1944 ? Des mois d'hostilité du cabinet de Bernard Kouchner envers cette journaliste expérimentée, ancienne reporter de guerre, spécialiste de l'espace ex-soviétique et « sans contestation possible la meilleure journaliste de France sur les questions de prolifération nucléaire », selon un confrère d'un autre média.
Elle ne reçoit plus les communiqués, le ministre a refusé qu'elle l'interviewe, et son cabinet a passé plusieurs coups de fil au chef du service International du Monde pour lui demander de changer la jeune femme de rubrique.
Comme n'importe quel journaliste qui se respecte, Nougayrède questionne, recoupe, doute, met en perspective.
Schématiquement, quand le ministère dit « blanc », elle va vérifier auprès des spécialistes du domaine évoqué, ou des diplomates des pays concernés, en Europe ou ailleurs ; cela la conduit parfois à écrire « la France dit que c'est blanc, mais en fait c'est plutôt gris ». Kouchner n'apprécie pas.
Les papiers du Monde sur différents dossiers chauds -la guerre (ou les « opérations », selon le jargon du Quai) en Afghanistan, le cyclone en Birmanie, l'envoi de l'Eufor au Tchad- ont fait grincer des dents dans l'entourage du ministre. Tout comme le portrait-bilan, publié le 2 juillet, où Nougayrède soulignait les contradictions de l'ex-humanitaire devenu ministre régalien.
Un accrochage « extrêmement violent »
Les journalistes de la presse diplomatique gardent en mémoire un accrochage « extrêmement violent », selon l'un d'eux, entre le ministre et la journaliste. C'était il y a quelques mois, lors d'un voyage au Vénézuéla et en Colombie, avant la libération d'Ingrid Betancourt.
Dans l'avion, Nougayrède a questionné Kouchner sur la nomination de sa compagne, la journaliste Christine Ockrent, à la tête de la nouvelle holding chapeauteant l'« audiovisuel extérieur » (RFI, France 24 et TV5) France Monde, et le conflit d'intérêts qui en découle. Kouchner s'est fâché tout rouge.
Mais le ministre n'en veut pas qu'à cette journaliste. Il connaît et fréquente la corporation depuis des décennies. Il y compte des amis, claque la bise à certains. L'ex-« french doctor » s'est piqué de journalisme dans les années 60 et 70, notamment auprès d'Emmanuel d'Astier à L'Evénement, et de la bande d'Actuel.
Le sac de riz colle à son image
A la même époque, il a assis sa popularité sur l'abondante couverture médiatique de quelques uns de ses coups d'éclats (les boat-people vietnamiens en 1979, le très comique épisode du sac de riz en Somalie en 1992). Il était même prêt à refaire la prise du sac de riz, encore et encore, jusqu'à ce que le cadreur la juge parfaite.
L'évocation de l'épisode a le don de rendre Kouchner fumasse. Malheureusement pour lui, cette scène est devenue un quasi-poncif des portraits qui lui sont consacrés, comme celui-ci, diffusé le 18 juillet sur France 24 (Voir la vidéo.)
Présent sur le plateau, Bernard Kouchner s'énerve hors antenne, selon Le Canard Enchaîné : « C'est incroyable, inacceptable », « c'est n'importe quoi ». Filmée, la scène est promptement mise à l'abri par la direction de France 24 (sous tutelle de France Monde, et donc de Christine Ockrent), en raison des précédents « off » de Nicolas Sarkozy et de Rachida Dati.
Un « fou du vedettariat » qui ne sait pas gérer les médias
Kouchner aime les journalistes qui suivent son action avec bienveillance. Mais ceux qui gardent leurs distances, il les boude. En 2007, lors de son premier voyage officiel en Afrique, il prononce une allocution au Mali en citant Rocard et Mitterrand.
Après avoir quitté le micro sous les applaudissements, il le reprend en s'excusant d'avoir « oublié » de rendre hommage à Sarkozy. L'envoyée spéciale de l'AFP a le malheur de produire une dépêche sur ce petit impair politique. Elle sera ignorée pendant quelques semaines.
Les confrères qui le suivent sont unanimes : « Il est hypersensible et soupe au lait, il peut s'énerver très fort. » « Il est très susceptible », résume Mireille Lemaresquier, chef du service international de France Info, qui le suit depuis bientôt trente ans.
En conférence de presse, Kouchner ne prend pas de gants quand les journalistes sont un peu trop remuants. (Voir la vidéo.)
Et gare à celui qui tente de le couper au milieu d'une phrase. (Voir la vidéo.)
Des éclats d'autant plus surprenants que « depuis trente ans, ce sont les médias qui ont fait Kouchner », rappelle Mireille Lemaresquier. Avant de s'étonner : « C'est un fou du vedettariat, et pourtant il ne sait pas gérer les médias. »
« Il est extrêmement fatigué »
Malgré ce handicap de taille, il est « perpétuellement dans la com' », selon un autre journaliste. La « loi du tapage », comme dit le ministre. Lui ou les membres de son cabinet « appellent tout le temps » les journalistes pour leur demander d'écrire une brève, leur proposer un voyage en sa compagnie… Très disponible pour ceux avec qui il n'est pas fâché, donc.
« Je préfère un Kouchner avec qui tu peux discuter, même s'il s'énerve et devient tout rouge, à un Villepin très froid et inaccessible », compare Thomas Hofnung, le chef-adjoint du service étranger de Libération.
Qu'il se soit toujours fâché face à la critique des médias est « de bonne guerre », selon un confrère. Que cet homme « entier » dérape « très facilement », selon un autre, cela ne surprend personne. Mais faire expulser une journaliste d'une conférence, ou refuser qu'elle figure parmi les personnes l'interviewant… « C'est inouï », juge Luc de Barochez, le patron du service international du Figaro.
Kouchner a un jour entamé un point de presse au ministère en anglais, avant de s'excuser en disant qu'il n'avait pas réalisé. A 68 ans, le ministre serait « extrêmement fatigué », « brouillon » et « débordé », croient savoir les journalistes qui le suivent.
► A lire aussi : Les emportements du chef de la diplomatie Bernard Kouchner


























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De ababush
12H36 | 05/09/2008 |
« le ministre serait “ extrêmement fatigué ”, “ brouillon ” et “ débordé ”, croient savoir les journalistes qui le suivent. »
On peut effectivement remarquer, indépendamment du fond, que Kouchner s'exprime mal, mélange ses mots, fait des phrases à rallonge qui n'en finissent pas et perdent tout sens : bref, il a l'air extrêmement fatigué en permanence, et on peut raisonnablement se demander s'il est en état de tenir son poste. A mon avis, son manque de lucidité fait qu'il ne devrait tout simplement pas avoir de telles responsabilités.
De einna
13H10 | 05/09/2008 |
Mr Kouchner m'a énormément déçue en acceptant de figurer dans ce gouvernement où il est sur les questions politiques peu opérant puisqu'il ne fait que répéter le discours de son maître. Alors quand Mr Kouchner « a ses nerfs », il ne va pas se confronter à plus fort que lui mais envoir la force en l'occurence les forces de l'ordre, contre une journaliste.
il semble avoir oublié les fondamentaux que sont la liberté d'expression et la liberté de la presse.
Ce qui se passe en France est scandaleux. L'un vire une journaliste, l'autre démet un fonctionnaire de police car le jardin de son ami a été « occupé »… Où est la démocratie dans ces actes ?
De Deamon7
| 13H54 | 05/09/2008 |
Inventeur du droit d'ingérence, Kouchner aime bien fourrer son nez dans les affaires d'Etats souverains. En revanche il ne supporte pas que des journalistes français s'intéressent de trop près à la petite cuisine du Quay d'Orsay.
On apprécie l'ironie.
Faîtes ce que je dis, pas ce que je fais !
De Carmagnole
retraité de l'Education Nationale | 13H53 | 05/09/2008 |
Le french-doctor dont l'égo est tellement surdimensionné a fini par « croire » réelle la légende le concernant fabriquée par les médias depuis des années.Il lui est donc insupportable qu'une journaliste ne soit pas béate d'admiration envers lui.
Cela dit,je rappelle à ce triste personnage sa déclaration du 5 Mai 2008 à l'occasion de la 18ème journée internationale de la liberté de la presse.
« Dans cette période troublée où les atteintes à la liberté de la presse sont trop nombreuses…je tiens à rappeler l'IMPORTANCE que la France attache au RESPECT de la liberté de la presse. »
et il insiste…
« Je voudrais réaffirmer l'attachement de la France à ce DROIT DE L'HOMME ESSENTIEL. »
De ce discours à sa mise en pratique il y a plus qu'un fossé il y a un océan.
source : www.diplomatie.gouv.fr
De moravagine
Observateur désabusé | 21H23 | 05/09/2008 |
Moi j'irai plus loin ! On peut reconnaître à cet homme son engagement au début des années 70 dans la création de MSF qui était un engagement courageux que beaucoup d'entre nous n'aurions sûrement pas tenté. Il fallait effectivement une certaine dose de courage pour aller trainer ses guêtres au Biafra dans les années 70. Cela étant dit, l'engagement politique du sieur Kouchner est un modèle de virage à 90 degré ! Parti du communisme au début des années 60, le voilà arrivé dans les coulisses de l'extrême droite. Il suit en cela le Sieur Glucksmann qui au début des années 70 justifiait philosophiquement le recours à la violence contre la bourgeoisie, cela, peu de journalistes le lui rappellent. Passons sur le sieur BHL, qui se complaît dans une auto-fiction permanente qui finira par un placement d'office en Hôpital psychiatrique …
Bref, ce que je voulais pointer, c'est que ces 3 lascars, leur seule réalité,leur seule existence, tout cela n'existe que par la presse ! C'est l'amplification de leur délire par les médias qui leur donne l'occasion d'exister ! Souvenons-nous quand même que le Sieur Kouchner, malgré tous ses efforts, malgré sa popularité supposée, n'a jamais réussi à obtenir un quelconque poste d'élu ! Même pas conseiller municipal, même pas conseiller général …. Uniquement une créature des médias, des courbes de popularité qui se prend à rêver que le monde ne peut tourner sans lui. Pour ma part, j'aurais envie de lui envoyer la répartie à la mode en ce moment ; « casse toi pauvre con ! »