De retour de vacances, Jean de Lille, lecteur de Rue89, nous a envoyé cette interpellation : « Les caisses de l'Etat sont vides, paraît-il, mais ne nous cache-t-on pas quelque chose ? En cette période dite inflationniste, l'augmentation des prix, c'est quand même une aubaine pour les rentrées de TVA, l'augmentation du carburant une aubaine pour la rentrée de la TIPP… »
Il précise : « Il me semblait que l'inflation était plutôt une spirale -augmentation des prix augmentation des revenus aboutissant à une dépréciation de la monnaie, et là c'est plutôt une augmentation des prix sans augmentation des revenus aboutissant à un appauvrissement des citoyens. »
En ces temps de rentrée, où le portefeuille est plombé par les dépenses de vacances et la perspective du troisième tiers d'impôt sur le revenu à verser, il nous a semblé que nos lecteurs avaient besoin d'y voir plus clair sur l'inflation réelle, qui n'est pas toujours celle ressentie. L'Etat nous cache quelque chose ou pas ? Tentons de répondre aux questions de Jean, point par point.
L'Etat a-t-il plus de recettes de TVA grâce à l'inflation ?
Mauvaise nouvelle pour le citoyen, il n'y a pas de « marges de manœuvre » cachées, et ce pour plusieurs raisons. Principalement parce que c'est la croissance qui crée la richesse, or justement nous sommes entrés en période de ralentissement économique.
Rue89 est allé voir dans un document préparatoire au débat d'orientation des finances publiques intitulé le « rapport sur l'évolution de l'économie nationale et les orientations des finances publiques ».
Il indique que « l'effet d'un choc d'inflation sur le déficit public dépend de la nature du choc macroéconomique : s'il provient d'une hausse de la demande, elle va s'accompagner d'une hausse des prix et de l'activité et renchérir les assiettes taxables ». Si au contraire il s'agit d'un « choc d'offre, qui renchérit les coûts de production, le ralentissement de l'activité aura un impact négatif sur les recettes en volume ». L'Etat serait plus riche seulement si le pays l'était.
Pourtant, au cabinet du ministre du Budget, Eric Woerth, on concède que « l'inflation affecte en théorie positivement les recettes publiques ». En effet, « toutes choses étant égales par ailleurs, l'augmentation de l'inflation induit mécaniquement une hausse des bases taxables, notamment pour la TVA, mais l'impact final dépend cependant des effets volume ». En l'occurrence, une baisse de la consommation, comme on la constate actuellement, ne peut être une bonne nouvelle pour les comptes publics.
En théorie, l'inflation diminue le poids de la dette pour les États (puisqu'elle érode la valeur réelle des créances) : de nombreux régimes ont d'ailleurs, par le passé, déclenché des vagues d'inflation dans le seul but de se débarrasser de leur dette publique. Toutefois, selon les calculs du ministère du Budget, la hausse des prix alourdit dans l'immédiat la charge de la dette, car environ 10 % des emprunts des administrations sont indexés sur l'inflation. En mai dernier, Eric Woerth, le ministre du budget, avait estimé ce surcoût budgétaire à 1,5 milliards d'euros.
Enfin, l'Etat est aussi un consommateur comme un autre, qui subit la hausse des prix, à travers les salaires et allocations qu'il verse et à travers ses achats, par exemple de carburant.
L'Etat est-il plus riche grâce à la hausse du prix du pétrole ?
Pas tout à fait car en réalité, la TIPP (taxe intérieure sur les produits pétroliers) a pour base les volumes de pétrole vendus et non les montants monétaires. Certes il y a eu une hausse des recettes de TVA liée à la hausse des prix du pétrole à la pompe, mais de l'aveu même d'un proche de Didier Migaud, président (PS) de la commission des finances de l'assemblée nationale, cela est « anecdotique » dans le budget de l'Etat.
La baisse de la consommation de pétrole, observée en France comme aux Etats-Unis, en réaction à des prix trop élevés du pétrole a réduit le volume des ventes et donc de TIPP perçue. Au total, les recettes supplémentaires de TVA engendrées par la hausse des prix du pétrole ont certainement été compensées par la baisse de consommation. Et, comme le fait remarquer Eric Heyer, chercheur à l'OFCE, « si je dépense plus pour ma consommation d'essence, à revenus inchangés, je consomme moins d'autre chose, donc pour l'Etat, cela s'équilibre. »
Y a-t-il une spirale inflationniste ?
Une spirale inflationniste signifie qu'en raison de la hausse des prix, les salariés parviennent à négocier des hausses de salaires, qui obligent les entreprises à augmenter de nouveau leurs prix pour maintenir leurs marges.
Si on a pu observer ces phénomènes lors des chocs pétroliers des années 70, en raison du plein emploi, la situation est différente aujourd'hui. Certes le Smic est partiellement indexé sur l'inflation, mais ces bas revenus subissent plus que les autres la hausse des prix de l'alimentation et du pétrole.
Au total, le chômage est encore suffisamment élevé pour que les entreprises refusent d'accéder aux demandes de hausses des salaires et du coup, c'est en effet à un « appauvrissement des citoyens » que nous assistons, comme relève Jean, car c'est eux qui doivent assumer la hausse des prix.
Photo : El Palacio de Hierro, centre commercial pour les riches de Monterrey, Mexique (Mat Jacob/Tendance Floue).





















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De Titou64
21H45 | 31/08/2008 |
Je voudrais apporter quelques précisions à l'article ci dessus. Il y a eut depuis 20 ans une augmentation importante des recettes indirectes de l'état.
Les baisses d'impôts pour les plus riches ont été compensées par la hausses des taxes. Juppé était passé de 18.6 à 20.6 de TVA et Même si Jospin avait ramené à 19.6% la TVA, plus personne n'en parle.
L'inflation est bonne pour l'économie et l'état a su en profiter ces dernières années en la minimisant aux yeux du public pour gonfler ses recettes. Mais dans tous les cas il vaut mieux de l'inflation que de la déflation. La hausse des prix incite à consommer pour deux raisons.
-La première, c'est de se dire que plus on attend plus cela risque de coûter cher, il vaut mieux acheter aujourd'hui un produit car on dispose de l'argent nécessaire que d'attendre quelques mois et et ne plus pouvoir le faire.
-La seconde raison concerne les taux d'intérêts. Plus il y a d'inflation, plus les taux d'intérêts pour l'argent emprunté augmentent mais moins cela coûte cher. Un taux de 5 % avec une inflation à 1% cela représente 4% de taux réel(c'est un arrondi pour ne pas rentrer dans les calculs mathématiques) ; Par contre un taux d'intérêt de 8% avec une inflation de 6% c'est 2% de taux réel d'autant plus que dans le même temps l'épargne reste rémunérée en dessous de l'inflation, ce qui fait que ceux qui placent de l'argent sur les livrets sont perdants.
UN livret rémunéré à 3% avec un inflation à 4% entraîne une baisse du pouvoir d'achat mais plus d'argent dans les caisses des banques et de l'état. Alors, quelque soit la situation, le consommateur reste lésé.
De jojomigrateur
Photojournaliste | 22H53 | 31/08/2008 |
juste un petit exemple qui illustre un aspect étonnant de l'inflation :
Dans les années 1960, mes parents qui ne roulaient pas sur l'or avaient acheté un appartement avec un crédit à taux fixe sur 25 ans.. les premières années avaient été particulièrement difficiles et l'inflation s'était envolée avec des taux de 10 à 12% l'an…
Tant bien que mal, les salaires avaient suivi, ce qui avait eu pour effet de réduire très largement le pourcentage du crédit immobilier dans le budget de la famille… Quinze ans après le début de la période de remboursement, les mensualités ne représentaient quasiment plus rien et je me souviens de voir mon père continuer à régler ses traites alors qu'il aurait pu facilement solder son emprunt…
Si l'inflation repartait à la hausse sur une période durable, la même situation pourrait se reproduire, à moins que les salaires ne suivent pas, ce qui signifierait une « banqueroute » totale pour des familles qui ne pourraient plus rembourser leurs dettes..
Cet exemple montre que l'inflation peut avoir des répercussions étonnantes et qu'il est intéressant d'en étudier tous les aspects.
Georges
De nipivime
;- | 07H33 | 01/09/2008 |
@newf
On ne « décide » pas de l'inflation, au sens ou il n'y a pas quelqu'un (ou un groupe de quelqu'uns) qui décide du niveau de l'inflation (comme c'est le cas, par exemple, pour les taux d'intérêt, centralisés au niveau des banques centrales).
L'inflation est, techniquement, une « situation de hausse globale des prix ».
Qui décide de la « hausse des prix » ? La, on retrouve votre exemple : c'est chaque « faiseur de prix » qui décide du niveau de prix auquel il vend son produit. Problème (et votre exemple est très bon pour ca), c'est généralement une cascade de décideurs qui aboutit au prix finalement payé. On a, pour le pétrole :
-celui qui l'extrait le vend à un prix (qui tient compte de plein de facteurs, dont l'offre et la demande au niveau mondial) à
- un raffineur (qui a investi dans des grosses usines et doit donc rembourser ses investissements) qui le vend à
- un grossiste (qui a des camions citernes à payer) qui le vend à
- un distributeur (qui va lui aussi tenir compte de l'offre et la demande et de ses couts à lui, mais peut vouloir également faire de bons prix pour attirer des clients s'il est par exemple un vendeur de biens de consommation) qui le vend en devant y rajouter
- des taxes, qui permettront à l'Etat de continuer à développer ses politiques d'investissement et de dépenses.
Le tout se faisant
- dans un contexte réglementaire donné (tout le monde n'a pas le droit de faire n'importe quoi)
- contexte qui dépend parfois de plusieurs pays
- en tenant compte un niveau d'offre/demande international
- avec un cours du dollar qui est un facteur important mais que personnne ne maitrise (le pétrole a beaucoup augmenté, mais l'essence beaucoup moins en europe notamment parce que le dollar a beaucoup, beaucoup baissé)
- plus toute une série de facteurs (spéculation, consolidation des secteurs qui limite la concurrence, intervention d'aspect « hors économie » dans les stratégie des entreprises,…)
et ca pour chacun des produits qui entrent dans la consommation des français.
En revanche, l'inflation, on peut lutter contre ou non : là, c'est le rôle des autorités monétaires (Etat, banque centrale). Des mesures sont prises, ou non, pour tenter limiter la hausse des prix à chacun de ces niveaux et notamment pour agir sur les anticipations qu'ont, à chaque niveau, les agents sur ce que seront les prix demain…