Entretien

« Les Ch'tis, une caricature qui aura un effet boomerang »

Scène de

Lassée de l'image exécrable que l'on attribue au Nord-Pas de Calais, Elise Ovart-Baratte a rédigé un essai baptisé « Les Ch'tis c'était les clichés » Un ouvrage dans lequel elle dénonce les préjugés véhiculés par le film « Bienvenus chez les Ch'tis » de Dany Boon.

Elise Ovart-Baratte (F. Lo Presti ).Elise Ovart-Baratte, 28 ans, originaire de Douai, milite depuis des années pour redorer l'image de sa région. En 2003, elle consacre son mémoire de Sciences-Po Lille aux « évolutions de l'image du Nord-Pas de Calais ». Actuellement chargée d'enseignement à l'IEP Lille-II, elle prépare une thèse sur « les politiques publiques de développement au service de l'image d'un territoire - le cas du Nord-Pas de Calais ». Elle connaît son sujet sur le bout des doigts et semble prête à tout pour défendre l'image de son territoire. Même à prendre très au sérieux une petite bouffonnerie.

Une subvention malvenue

Au printemps 2007, Elise Ovart-Baratte apprend que Dany Boon va tourner son film à Bergues, petite ville de la Flandre française. Elle connaît les sketches du comique et sait qu'il est « loin de combattre les poncifs anti-Nord » :

« Les gens du Nord » qu'il se plaît à incarner sur scène ont le cœur sur la main certes, mais font preuve d'une intelligence pour le moins limitée. En deux mots : de braves assistés. »

En février 2008, elle apprend qu'une subvention du Conseil Général (à majorité PS) de 600 000 euros est accordée à Pathé, société de production du film. « J'ai cru à une blague », précise-t-elle. Membre du conseil fédéral du PS à Lille, elle s'aperçoit alors que « personne » ne comprend ses craintes.

Absurdités du scénario

Le 20 février, le film est sur les écrans régionaux, une semaine avant la sortie nationale. Elise Overt-Baratte le voit, y prend même « du plaisir ». Mais mêlé d'agacement contre « l'image misérabiliste et passéiste que véhicule le film » (Ecoutez le son) :

Excédée par le cliché du « Ch'ti » laid, obèse, sympathique mais alcoolique, elle fulmine encore plus contre les absurdités du scénario. Comme « le maroilles trempé dans la chicorée au petit déjeuner. L'idée est drôle mais, est-il utile de le préciser, ne correspond à aucune coutume régionale connue », se désole-t-elle. Son « plus grand motif d'exaspération » reste les inepties sur la langue :

« A Bergues, on parle flamand, et non picard. Seules les personnes âgées parlent picard, très peu de jeunes le parlent, où alors à ces occasions assez exceptionnelles. En tous cas, ce n'est pas le picard du film, qui n'est pas exact. »

Effet boomerang

C'est peu dire que « Bienvenue chez les Ch'tis » a été un succès : à ce jour plus de vingt millions de spectateurs l'ont vu. Mais pour Elise Ovart-Baratte, si tous ces spectateurs ont ri, ils n'ont pas forcément pris cette farce au second degré :

« Je suis d'accord que c'est un film qui est caricatural et qu'on doit le prendre au second, voire au dixième degré. Le problème, c'est que nous, gens du Nord-Pas de-Calais, nous savons pourquoi nous rions (…) Je pense qu'il y aura un effet boomerang dans le sens où certains auront pris au premier degré les scènes du film. »
(Ecoutez le son)

« Le second degré varie, faut-il croire, selon les éthylotests », remarque t-elle dans son ouvrage, faisant référence à la banderole des supporters du PSG « Pédophiles, chômeurs, consanguin : bienvenue chez les Ch'tis » étalée le soir de la finale de la coupe de la ligue 2008. « Le message n'était-il pas un raccourci -saisissant- du scénario ? », s'interroge-t-elle.

Jaquette de Elise Ovart-Baratte reconnaît que « par exemple, il y a encore des soucis en matière de chômage dans notre région ». Mais elle s'évertue tout au long de son livre à prouver que le Nord-Pas de Calais est « dynamique, moderne, métissé ». Elle multiplie les exemples : le tunnel sous la Manche, Lille 2004 capitale européenne, le taux de demandeurs d'emploi qui est passé de 21,8% à 12,7% de 1997 à 2007, et bien d'autres encore.

Les Ch'tis c'était les clichés de Elise Ovart-Baratte - Calmann-Lévy, août 2008 - 126p., 11€.

8 commentaires sélectionnés

Portrait de monika

De monika

ex secrétaire médicale | 10H08 | 30/08/2008 | Permalien

Lorsque j'ai affirmé sur rue 89 que c'était une caricature à prendre au second degré, j'ai été noté Naze. Tout à fait d'accord avec vous Madame Baratte.

Je suis ch'ti et je peux vous promettre que nous ne sommes ni alcoolo, que nous ne jetons pas nos coquilles de moules dans la rue etc…… et que nous ne mangeons pas des frites tous les jours…….

Mais néanmoins ce film m'a fait rire, car pris au second degré de ma part. J'ai vu ce film une fois et cela me suffit. Ce film ne fera pas partie des grands classiques du cinéma français.

Portrait de Gwenn Le Du

De Gwenn Le Du

Journaliste | 10H10 | 30/08/2008 | Permalien

Même si cette auteure me semble prendre un peu trop au sérieux ce « petit film », je suis assez d'accord sur le hiatus entre la promotion du réalisateur axée sur la revalorisation de la région et la réalité du scénario qui développe tous les clichés.
J'avais trouvé un papier intéressant sur le film ici :
http://lesesprits-de-l-escalier.20minutes-blogs.fr/archive/2008/04/05/bi…

Portrait de jmax

De jmax 3111

10H31 | 30/08/2008 | Permalien

+4.5% de tourisme dans le Nord alors que les autres régions, à l'exception du littoral méditerranéen sont en baisse, voilà une très bonne raison pour justifier la subvention. Et tant pis, si ces nouveaux touristes ont pu constater par eux mêmes que le mauvais temps et la pluie ne sont pas que clichés ; -)

Portrait de noroît

De noroît

autre | 11H10 | 30/08/2008 | Permalien

Les livres de Marcel Pagnol et les films, basés eux aussi sur des clichés du midi, ont réussi à donner de la Provence une image sympathique, et pourtant je ne crois pas que tous les habitants de Marseille font la sieste jusque 16h, puis se mettent autour d'une table et d'une bouteille de pastis afin de faire une partie de cartes.
Alors pourquoi au sud l'image brillante de Pagnol et au nord l'enfer de Zola ?

Le film est un divertissement et non un documentaire. Seuls quelques pinailleurs comme Elise Ovart-Baratte y ont vu une portée sociale et culturelle.

Et puis en tant que secrétaire de section PS du Vieux-Lille, Elise Ovart-Baratte pourrait éviter d'en faire un fromage (les Lillois comprendront ma joke)

Portrait de AdamPollo

De AdamPollo

"out of disorder" | 11H46 | 31/08/2008 | Permalien

Deuxième précision pour quelques uns dans ce forum : ce qu'on appelle patois du nord ou chtimi, c'est en fait du picard (sauf dans des régions comme Dunkerque où l'on parle un genre de flamand).
Mais ce patois (picard) varie selon l'endroit voire la ville. Ma grand-mère de la région Calais-StOmer ne parlait pas comme ma mémé roubaisienne ; par exemple elle employait des mots anglais dans son patois ; exemple :

« vise euch'tiot, y'are weep » (regarde le petit garçon, il pleure de nouveau) (« to weep » = pleurer en anglais). Cette phrase est incompréhensible pour un roubaisien.

Il faut noter aussi la très jolie poésie en patois (notamment dans la région des mines, ex Jules Mousseron). Car trop souvent le patois est assimilé à une sorte de parler vulgaire, qu'il n'était pas. De toute manière plus grand monde ne parle le patois, dans le Nord.

Portrait de Thomas GREDAT

De Thomas GREDAT

| 16H50 | 31/08/2008 | Permalien

Dans « Bienvenue chez les Ch'tis », Dany Boon fait passer les gens du Nord pour des imbéciles. En effet, on y voit des autochtones accueillir une personne étrangère à leur région et l'aider à s'installer, s'adapter et s'intégrer. Tout le monde sait que des gens intelligents n'auraient jamais procédé ainsi, qu'ils n'auraient jamais dépassé le réflexe primitif de la méfiance et de la peur de l'autre. Encore moins avec une telle chaleur et une telle simplicité. Dans la réalité, Philippe Abrahams (Kad Merad) aurait été laissé seul avec son désarroi, se serait renfermé, et, agressif par réflexe d'autodéfense, serait devenu le chef que l'on déteste. Les gens vraiment intelligents travaillent plus pour gagner plus, et ne perdent pas de temps à apprendre à se connaître, à essayer de se comprendre !
Dany Boon devrait avoir honte de donner une image aussi caricaturale des gens de sa région !

Portrait de Laurence Romance

De Laurence Romance

Journaliste | 19H57 | 31/08/2008 | Permalien

Ché pas comparab »

Mais je viens de voter pour toi car c'est cool de me répondre, ami d'Arras (ho ! hé ! )

Et comme les commentaires de mon super-article sur Metallica dans ta bonne ville (http://www.rue89.com/2008/08/18/reconcilie-avec-ses-fans-metallica-en-pl…) sont fermés, je passe ici mon annonce :

Aux lecteurs Nordistes :
CHERCHE T.SHIRT « metallica/arras » m'en fous la taille.
Je raque (mollo…) ou j'échange contre du matos collector de ouf.

NB : c qui le boloss où il devrait y avoir ma photo ? ? ? ?

Portrait de Jambalaya

De Jambalaya

Le contenu de ce champ apparaît ent... | 21H26 | 31/08/2008 | Permalien

Pourquoi sortir un livre pour faire grand cas d'un film qui n'avait d'autres prétentions que de faire rire les spectateurs ?

Cette jeune femme prend vraiment les gens pour des idiots, incapables de faire la différence entre un film gentillet un peu caricatural et une analyse socio-économique de la région.

Ca pue le « coup » éditorial ce truc.

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