Sur le terrain

Petites leçons de capitalisme à visage humain au Medef

Sur le campus de Polytechnique à Palaiseau, le syndicat des patrons tient son université d'été en entreprise de séduction.

Hortefeux et Parisot à l'université d'été du Medef (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

Une entreprise de séduction… des salariés et des Français. En bonne connaisseuse de l'opinion publique, la présidente de l'Ifop et du Medef, Laurence Parisot a tout fait pour donner une image plus humaine du monde de l'entreprise. Habillé aux couleurs des tableaux de Mondrian, il s'agissait pour le syndicat patronal réuni en université d'été sur le campus de Polytechnique à Palaiseau (Essonne) non seulement de déployer ses arguments politiques mais aussi de toucher les cœurs.

Car le scandale des caisses noires de l'UIMM et d'autres affaires comme les indemnités de départ des dirigeants d'Alcatel, ont marqué les esprits.

On phosphore sur un « autre monde »

Ainsi, ce jeudi, dans un atelier intitulé « Le management comme pédagogie pour un autre monde », on pouvait entendre des phrases très dures des entrepreneurs sur eux-mêmes : « la société ne nous aime pas beaucoup. On parle beaucoup de valeurs, méfions-nous de ne pas les contredire par nos actions » (Jean-Luc Placet, consultant et PDG de l'IDRH). Ou encore cet aveu que « le management des jeunes est beaucoup plus difficile qu'avant ».

Avec une certaine franchise, Laurence Danon, membre de la commission nouvelle génération du Medef, a relevé que d'après une enquête interne au syndicat, les jeunes sont « en demande de respect pour obéir à l'autorité, ils ont besoin d'information, veulent tout tout de suite, et l'entreprise doit aussi leur offrir des espaces de détente, des occasions de faire la fête ».

Sous une immense tente, des centaines de participants se sont pressés pour écouter le grand débat sur le capitalisme à but non lucratif. Martin Hirsch, en déplacement avec Nicolas Sarkozy pour présenter les détails de son Revenu de solidarité active, s'était fait excuser, mais on a pu entendre Franck Riboud, président du groupe Danone, déclarer :

« J'aime les gens… même si j'aime le profit aussi. »

Le président d'honneur d'Axa, Claude Bébéar, a voulu rassurer l'assemblée avec une formule choc :

« Chefs d'entreprises, vous n'êtes pas tous des salauds. »

Invité de choix, Matthieu Ricard, moine bouddhiste et traducteur du dalaï lama a rappelé que le PNB « ne mesure pas le bien-être d'un pays » et que « toutes les études ont montré que bonheur et revenu n'ont aucun rapport ».

Discrets sur leurs rémunérations

Le Medef ne fait pas que discourir, et a entrepris un chantier de fond sur la transparence autour de la rémunération des dirigeants. La commission « éthique » du syndicat publiera prochainement des recommandations, dont Laurence Parisot a dévoilé quelques idées, dans une interview donnée ce dimanche dans le JDD. « Je demande modération, responsabilité, éthique », a-t-elle déclaré, regrettant que ce soient toujours les dirigeants du CAC 40 qui soient « pris pour cible alors qu'ils sont les seuls dont les rémunérations sont publiques ». Cécile Pagès, directrice générale d'une entreprise de 164 personnes, est formelle : « Il ne faut pas communiquer » car « les gens ont du mal à s'imaginer qu'on paie un dirigeant des millions d'euros ». (Voir la vidéo)



Dans les allées de l'école Polytechnique, il ne se trouvait pas un entrepreneur pour défendre les parachutes dorés accordés à des dirigeants ayant fait subir une débâcle à leur entreprise. Mais quand il s'agissait de divulguer le montant de sa propre rémunération… « Mais qu'est ce que ça apporte ? Je ne veux pas être jugé sur des choses parcellaires », lançait ainsi, un peu furieux, Olivier Machon, patron d'une entreprise de recyclage de vingt salariés.

Photo : Brice Hortefeux et Laurence Parisot à l'université d'été du Medef (Sophie Verney-Caillat/Rue89).

3 commentaires sélectionnés

Portrait de Laurent.D

De Laurent.D

Informaticien - Presta | 02H23 | 29/08/2008 | Permalien

Poste à haute responsabilité = haute rémunération, je suis d'accord - attendez avant de me jeter des pierres : p). M'enfin, il y a 2 poids 2 mesures.. verser des millions et des millions d'euros à une seule personne, pfffiouu oui j'ai du mal. Encore plus si ladite entreprise a des résultats en baisse..

Il faudrait peut être inventer un plafond de rémunération du patron de l'entreprise qui serait fonction je ne sais pas moi, des bénéfices ? Et tout le « surplus » d'argent serait reversé ensuite aux salariés, récompensant leur labeur, ou bien investir dans la vie de l'entreprise= salle de détente, etc. Le personnel gagnerait en motivation sûrement..
Note aux puristes : je ne suis pas expert - mais vous comprenez l'idée.

> « Il risque de perdre son emploi, s'il n'y arrive pas.. »
Rhoo pov » tit bouchon ! C'est qu'il serait tout malheureux le pitit patron à chercher du travail ? ! Il est où le problème ? Faudra qu'il annule son voyage en Australie ? La construction de sa piscine ? Faudrait leur apprendre la vie aux patrons, au bout d'un moment quand on fait mal son job, on dégage. C'est quand même gerbant d'entendre des choses pareilles.

>« Chefs d'entreprises, vous n'êtes pas tous des salauds. »
Mais ça sort d'où ça ? Vous êtes sûr que c'était pas une réunion des « Patrons anonymes » ?

Portrait de Coragyps Atratus

De Coragyps Atratus

Dans l'attente du moment propice | 05H50 | 29/08/2008 | Permalien

A mon avis, ce qui choque est le manque de mesure et de pondération qui existe entre les rémunérations des patrons et celles des salariés : qu'un patron gagne 20 ou 30 fois plus n'est pas choquant mais lorsqu'on arrive à des écarts qui atteignent des millions, c'est autre chose !
De même, Mme Parisot se fait le chantre de la « risquophilie ». Cependant, lorsque des grands chefs d'entreprise s'avèrent mauvais dans leur gestion, ils empochent malgré tout des sommes astronomiques. Un salarié faisant des fautes graves dans son entreprise aimerait sûrement bénéficier d'un tel traitement.

Plus grave, c'est la valeur même du travail (tant prônée par notre conducateur) qui est tuée par ces grands patrons. On entend souvent ces histoires de salariés ayant fait de nombreux efforts (renonciation de RTT, de primes, augmentation du temps de travail) pour maintenir l'activité de leur entreprise et qui voit fermer celle ci malgré tout.

Voir les gains immenses engrangés par certains patrons ne devrait pas faire « baver » tant que ça. Cette volonté d'accumulation sans fin peut être rapprochée des problèmes psychologiques qui engendrent l'obésité (Cf « La grande bouffe » ou même « les 120 jours de Salo »).

Portrait de pene-r

De pene-r

07H00 | 29/08/2008 | Permalien

Ce qui est encore plus étonnant c'est de voir le corporatisme des dirigeants d'entreprise qui défendent des rémunérations incroyable de certains patrons.

Je pense que personne ne remet en cause le fait que les dirigeants (et certains investisseurs) se rémunèrent mais encore faut il que cela reste raisonnable. Le problème est là à mon avis, on a atteint dans certains cas des summums d'irréalisme, justifiés par je ne sais qu'elle responsabilité vis à vis de l'entreprise. Qu'une part des lourdes responsabilités entre en ligne de compte pour la rémunération des dirigeants ça paraît normal, mais faut pas abuser.

C'est assez rigolo aussi de voir certains « petits » dirigeants (souvent raisonnable, je pense) défendre un système qui les broiera un jour (tiens les dirigeants d'agence immobilière en ce moment, si la crise se poursuit et qu'ils finissent sur la paille, ils pourront discuter des salaires des banquiers : -D).

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