Decryptage

Soutien scolaire : gros budget, grosse com, maigres résultats ?


Salle de classe, école primaire, Paris (Gilles Coulon).

Xavier Darcos faisait sa grosse journée de rentrée, ce jeudi. Le ministre de l'Education nationale, très décrié l'an dernier pour avoir annoncé la suppression de plus de 11 200 postes d'enseignants, dévoilait en effet les grandes orientations de l'année scolaire qui démarrera officiellement mardi 2 septembre.

Parmi les mesures annoncées ou confirmées par Darcos, figure en bonne place la remise à niveau des élèves. Cela vaut pour le primaire comme pour le secondaire. En primaire, deux heures supplémentaires iront aux élèves en difficulté, triés par le chef d'établissement. Mais, pour les CM1 et CM2, les stages de soutien vont se généraliser pendant les vacances.

Plusieurs expériences pilotes avaient déjà cours cet été. Côté statistiques, le ministère précise que 115 000 élèves de primaire s'étaient inscrits. Soit 22 000 enseignants sur le pont, à raison de trois heures par jour en maths et en français pour les CM1 et CM2 volontaires.

Dans son discours de rentrée, ce jeudi, Xavier Darcos a vanté la généralisation du principe en secondaire :

« Devant le succès de ce dispositif voulu par le président de la République, les lycéens m'ont demandé au printemps dernier de l'étendre aux lycées en difficulté. Ce sont près de 6 000 lycéens volontaires issus de quelque 200 lycées réputés difficiles qui ont pu en bénéficier au mois d'août. »

20 millions d'euros pour deux semaines : un coût énorme

Au total, le coût de l'opération est énorm e : 20 millions d'euros sur quinze jours, avec 900 profs mobilisés au lycée. Le ministère, qui n'a pas mégoté sur les moyens, ne lésine pas non plus sur la communication. Ce vendredi, Xavier Darcos se rendra même dans un lycée Jean-Jaurès, à Charenton-le-Pont (Val-de-Marne) pour vanter un dispositif qui aurait finalement dépassé les prévisions.

Sur le terrain, la réalité est plus contrastée, même si tous s'accordent à dire que l'idée va bien sûr plutôt dans le bon sens. Depuis le début des stages d'août, plusieurs salariés de l'Education nationale ont en effet alerté Rue89. Une de ces internautes -qui tient à rester anonyme- travaille au lycée Robert-Doisneau, de Corbeil-Essonnes.

Elle nous a contacté la semaine dernière après la visite de l'inspectrice d'académie et d'une « palanquée de journalistes » dans son établissement. Au moment où cette riveraine écrit, toute l'équipe pédagogique se prépare à la venue de Xavier Darcos et Nicolas Sarkozy, annoncée pour la deuxième semaine de stage (soit ces jours-ci).

Entre-temps, le ministre a donc changé son fusil d'épaule, et opté pour un autre lycée. Et pour cause : alors que l'Education nationale assure que l'opération fait un carton, les élèves se sont montrés plus frileux, à Robert-Doisneau. A l'issue de la première semaine de stage, notre internaute précisait que seulement 34 élèves s'étaient manifesté, mais que 250 étaient inscrits pour la deuxième semaine.

Contacté ce jeudi, Jean-Louis Dodeman, proviseur-adjoint du lycée, a sorti ses chiffres :

« La semaine dernière, on attendait 34 élèves. Certains inscrits ne sont pas venus, mais le bouche-à-oreille a marché pour d'autres, et nous avons fini par atteindre jusqu'à 60 élèves vendredi. Cette semaine, 230 étaient inscrits. Il y a eu un pic à 111, mais les premiers jours, certains groupes étaient clairsemés avec un total de 75 élèves. »

Un lancement trop tardif mais des élèves motivés

Pour lui, si les élèves présents étaient « très volontaires », le dispositif a souffert de la précipitation dans laquelle il a été mis en place par le ministère, qui a lancé l'opération seulement le 5 juin :

« On a proposé aux parents d'inscrire leurs enfants en envoyant le bulletin de notes du troisième trimestre l'an dernier. Mais c'était très tard pour prévenir les familles, sans compter la démotivation en cours d'été. »

Le lycée misait pourtant gros sur les stages pour rééquilibrer ses statistiques de réussite au bac. En effet, ces stages sont avant tout destinés aux élèves entrant en terminale -ainsi qu'à une poignée de néo-bacheliers qui souhaiteraient préparer leur rentrée universitaire.

Or, « de nombreux parents forcent le passage en terminale en refusant que leur enfant redouble », explique la direction de Robert-Doisneau. De facto, les statistiques plongent et la remise à niveau estivale a aussi pour but d'améliorer les résultats en fin de terminale. A cela, le lycée de Corbeil-Essonnes a par ailleurs ajouté une prise en charge des élèves les plus fragiles qui sortent de seconde.

A noter : Jean-Louis Dodeman précise qu'il a constaté « une forte proportion de filles, dont beaucoup issues de familles africaines ». Son explication : « Elles s'accrochent à l'école et préfère étudier que rester dans leurs familles, à effectuer par exemple des tâches domestiques. »

Photo : Salle de classe, école primaire, Paris (Gilles Coulon/tendance Floue).

A lire aussi : Pourquoi développer le soutien scolaire est une idée néfaste

2 commentaires sélectionnés

Portrait de Ciencien

De Ciencien

Prolo étudiant en pharmacie | 22H21 | 28/08/2008 | Permalien

Je crois que ça saute aux yeux, on se dirige vers un élitisme des plus profonds. Tout d'abord, la suppression de la carte scolaire. Ensuite, on utilise la méthode du sandwich. On prend par le haut, en privatisant les universités et tout ce qui s'en suit, et on prend désormais par le bas. En réduisant le nombre d'heure de cours obligatoire, on distinguera aisément qui a besoin d'heure de soutien et qui n'en aura pas besoin. Les élèves avec de la facilité seront ainsi repéré beaucoup plus tôt, et voilà. Et pour les endroits où les profs n'assureront pas les heures sup » de soutien, et bien, c'est les société privées qui se feront la malle, et seules les familles les plus aisées pourront assurer une éducation convenables pour leurs bambins. Les sales pauvres eux, on s'en fout, du moment qu'ils apprennent bien la Marseillaise, qu'ils savent compter jusqu'à 10, qu'ils sachent les principales victoires de Napoléon et le jour du terrible et effroyable assassinat de Guy Moquet et qu'ils comprennent le fonctionnement et la nécessité d'une belle armée.
Avec la réduction du nombre d'heure de cours, et le terme « d'heure obligatoire », j'ai l'impression de parler d'une éducation à la carte, forfaitaire en sorte.
Il faut bel-et-bien abrutir les masses populaires…

Portrait de f.titi

De f.titi

Professeur des Ecoles | 16H04 | 29/08/2008 | Permalien

Je suis enseignant (professeur des écoles) et lors de l'année scolaire 2007-2008 j'ai demandé des prise en charge par des enseignants spécialisés pour 7 élèves. Il se trouve que seulement 2 ont pu être pris en charge. Pour les autres, il n'y avait plus de créneau de disponible (ce que je comprends bien).

Dans mon académie (aix-marseille) du soutien a été proposée lors des vacances d'avril.

Le coût de cette opération pour la première semaine de vacances équivaut à l'embauche de 40 enseignants spécialisés (RASED) à l'année dans notre académie.

Donc d'un côté on refuse d'aider certains élèves sur toute l'année et de l'autre on leur propose une aide ponctuelle de 15h sur 1 semaine ! Et tout ça, pour le même coût. Je ne comprends plus.

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