Hestia est une riveraine bien connue de certains internautes de Rue89. Travailleuse sociale, militante à la Ligue des droits de l'homme, elle a voulu témoigner sur Rue89 du destin d'un jeune homme qu'elle accompagnait depuis son placement en rétention. Xavier (un prénom d'emprunt qu'elle a choisi pour médiatiser son cas), devenu majeur, a été expulsé cet été vers le Congo-Brazzaville, son pays d'origine. Depuis, Hestia s'inquiète et raconte la difficulté des militants à maintenir le contact avec les sans-papiers après l'expulsion.
C'est l'histoire de l'expulsion de Xavier, 19 ans. Je l'ai rencontré dès que j'ai su son arrestation à son domicile, en fin d'année scolaire 2008. Je suis allée le voir en centre de rétention. Entre lui et moi, un lien fort s'est tissé.
Des heures au téléphone, le soir, en CRA
Xavier avait un portable et, le soir, nous passions de heures au téléphone à parler d'Ulysse, de musique, de la vie, des filles, de ses projets scolaires et professionnels.
Le dernier soir que j'ai eu Xavier en ligne en France, il était inquiet : un jeune venait d'être menotté devant lui et emmené :
- « Dis ça ne va pas m'arriver ? »
- « Mais non mon petit, pas toi, tu le sais. »
Le lendemain, son portable ne répondait plus. Il venait d'être embarqué, le 18 juillet, à 5 heures du matin et son portable était entre les mains de la PAF. J'ai appris son départ en appelant le CRA.
Personne ne l'attendait à Brazza, je le savais. Je pleurais : où était-il ? Comment était—il traité ? Je passais la journée à me dire « ce n'est pas possible ». J'ai joint le consul qui avait signé le laisser passer :
- « Mais pourquoi avez vous signé ? »
- « Parce que, Madame, le quai d'Orsay me met la pression et puis il y a des enjeux avec nos accords. »
- « Alors, Monsieur, j'espère que personne ne signera pour vos enfants quand ils auront 18 ans. »
Xavier m'a appelé de Brazza en larmes, à 3 heures du matin : un passager de l'avion l'avait recueilli. Tous les soirs, j'ai pu le joindre chez le passager, lui parler, lui demander de m'expliquer sa vie, ses émotions. Tous les soirs, je le poussais à vivre, à espérer, à se reconstruire. Je lui disais mon amour.
J'ai joint l'ambassade de France à Brazza : un agent de la PAF détaché à l'ambassade m'a assuré que tout allait bien pour ces jeunes qui arrivaient au Congo.
- « Comment le savez vous ? »
- « Je le sais, Madame, c'est tout ! »
Petit à petit, j'ai pu mettre en place un lien avec l'Office congolais des droits de l'homme et l'évêché. Nous souhaitions aider Xavier à trouver sa place au Congo, à préparer sa vie en attendant de pouvoir faire des démarches pour demander un visa et revenir en France finir ses études.
Progressivement, j'ai senti qu'il s'éloignait
Progressivement, j'ai senti que Xavier s'éloignait de moi, de notre lien, de nos projets.
J'ai mis cela sur le compte du stress post-traumatique.
Avec l'OCDH et l'évêché, nous nous sommes étonnés de cette errance intérieure, de cette fuite de mes appels, de l'absence aux rendez-vous de l'OCDH, du vicaire. Xavier a-t-il été « récupéré » par quelqu'un ? Il n'est plus à l'écoute du monde, d'un avenir. Il est devenu autre : sous l'emprise sans doute de personnes malveillantes et de produits.
Je n'arrive plus à le joindre. Il ne répond plus, il n'est plus à l'adresse où il m'avait indiqué résider. Qu'est-il devenu ? Que deviennent ces jeunes que le pays des droits de l'homme renvoie dans « leur pays » ? Prostitués, récupérés par des trafiquants qui font miroiter Gibraltar ?
Nous nous devons de savoir ce qu'ils vivent une fois expulsés, sinon nous perdons notre humanité. Ils ne sont pas des objets qu'on dépose sur un sol.
Vais-je retrouver Xavier noyé sur une plage après avoir été drogué, prostitué et abusé par des trafiquants d'espoirs ?
Si c'est le cas, qui portera la responsabilité de la mort de Xavier ?

























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De Charles Mouloud 12542
Bras gauche de la Vénus de Millau | 16H36 | 28/08/2008 |
Je ne relèverai pas le tas d'immondices contenu dans le premier message qui navigue par vents et par maux.
La question de l'immigration n'est pas un sujet simple.
Mais il le serait certainement plus , si l'instrumentalisation de ce sujet , à des fins politiciennes ne venait pollué le débat.
Nous autres, travailleurs sociaux, ou militants associatifs, sommes au quotidien confrontés aux situations telles que celle dont Hestia nous parle.
On peut rester à contempler l'ampleur des dégâts, et se dire : « Ma pov » dame , c'est comme ça…on peut rien faire …c'est la loi … »
Le problème est que , premièrement , la loi n'est pas la mm pour tous !
Il suffit de consulter les attendus des tribunaux administratifs, ou de consulter et comparer les décisions des préfectures, pour s'apercevoir de l'arbitraire et du côté « loterie » des délivrances de titres de séjour, des régularisations , ou des autorisations de travail…
Ensuite , on peut aussi parler « des » immigrés, des chiffres, de la misère du monde « kon ne peut t'acueillir “, de la supposée duplicité des zétrangers,de l'invasion islamo-africaine suceuse de prestations sociales….
Et on peut aussi, s'intéresser au destin d'un être humain, que l'on a accompagné, avec lequel on a lié des relations.
On peut légitiment s'inquièter de le voir se faire emporter, emprisonner et jeter dans un avion vers un pays où il n'a plus d'attaches.
Facile de se laver les mains.
Le massacre , la guerre des Hutus et des Tutsis , celà ne vous dit plus rien ?
J'ai trop en tête les recits des horreurs vécues par des demandeurs d'asile, racontant avec moults détails (faut être très précis pour l'OFPRA, mm si on ne peut fournir de ‘témoignages’ des morts ! ), pour ne pas avoir envie de hurler de rage , à chaque fois que qq crache sur la situation de ces nouveaux pestiférés que sont les étrangers en danger.
Sinon, bonne nouvelle, La famille Pitt-Jolie va toucher les allocs, tant mieux ! Les enfants seront contents d'avoir un cartable neuf à la rentrée.
Merci Hestia pour ce témoignage, cet appel, et pour ton humanité.