En donnant un point de vue rwandais sur le génocide, le rapport de la commission Mucyo (dont Rue89 a publié et commenté des extraits) nous montre que la France a bien mené une guerre secrète entre 1990 et 1994 sur le mode de la stratégie indirecte. Cette guerre s'inspire d'une doctrine bien connue dans les états-majors : la « guerre révolutionnaire ».
Pour comprendre l'histoire militaire du Rwanda, il faut remonter à la période des indépendances. Plus précisément à 1953, en Indochine, où l'armée française découvre la doctrine de la « guerre révolutionnaire » (DGR) grâce à un officier de la coloniale : Charles Lacheroy.
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Sur le front de la guérilla communiste du Viet Minh, Lacheroy comprend qu'une série de « hiérarchies parallèles » parvient à faire basculer la population en faveur des rebelles communistes, contre l'une des meilleures armées du monde. Le Viet Minh, a remarqué Lacheroy, accompagne chaque individu « du berceau jusqu'à la tombe », par trois hiérarchies distinctes :
- Le« Lien Viet », pyramide d'associations de toutes sortes (jeunesses masculines ou féminines, vieux, associations professionnelles…).
- Une autre basée sur le découpage colonial du territoire (village, province, région), qui supplante l'administration locale « vermoulue », comme le dit Lacheroy ; contrôle la circulation des habitants, organise l'hygiène, l'instruction, ainsi que l'autodéfense des populations ; et permet ainsi l'engagement des guérillas sur les arrières du Corps expéditionnaire français.
- Une troisième hiérarchie coiffe et contrôle les deux autres, celle du parti communiste, dont 10% de la population sont membres, et où de jeunes cadres sont acquis à la cause par les méthodes d'une propagande associant « le fanatisme, l'intérêt et la crainte », précise l'officier.
Lorsque la France perd ce conflit, le colonel Lacheroy devient rapidement le maître à penser de l'Ecole de guerre de Paris. Il conseille le ministre de la Défense et se lance dans la création des cinquièmes bureaux d'Action psychologique. A partir de 1956, la France conduit une « guerre révolutionnaire » sur le territoire algérien. Avec le FLN, elle s'estime confrontée à une guérilla politico-militaire, rurale et urbaine, où il faut remporter la bataille « des coeurs et des esprits » en « tenant la population ».
Quel rapport avec le Rwanda, vous dites-vous ? Les parallèles sont si nombreux qu'ils dépassent de loin le statut de coïncidences bénignes. Lorsque le processus de l'indépendance rwandaise commence en 1959, Bruxelles envoie à Kigali deux de ses meilleurs officiers de la Force publique (les troupes coloniales belges du Congo).
Le rôle du lieutenant-colonel Guy Logiest est connu, celui du major Louis Marlière a laissé moins de traces. Chef du Deuxième Bureau (renseignement) de Léopoldville - il portera Mobutu au pouvoir avec l'aide de la CIA après avoir fait torturer et assassiner Patrice Lumumba-, il fait des allers-retours sur Kigali pour bâtir un Etat garnison.
Quel est son modèle ? La « guerre révolutionnaire » qu'il a longuement observée sur le terrain, avec l'armée française : sur les hauts-plateaux du Laos (du 23 février au 18 juin 1954), puis pendant quinze jours en 1959 au Centre d'instruction à la pacification et à la contre-guérilla d'Arzew en Algérie (CIPCG). La lecture de ses deux rapports de missions est édifiante. Dès 1954, il écrit :
« La guérilla, forme de guerre la plus probable et la plus efficace en Afrique, ne se gagne qu'avec l'appui total de la population. »
En 1957, un exercice conjoint associant officiers belges, britanniques, portugais et français se déroule au Katanga, province du Congo. Le programme de Tornade est limpide :
- mettre au point le plan troubles généralisés de la province du Katanga
- étudier le problème de la collaboration entre les autorités civiles et militaires
- appliquer la tactique de la guérilla et de la contre-guérilla en brousse
- exécuter une opération de rétablissement de l'ordre public dans un centre urbain
Logiest et Marlière participent à l'exercice. Deux ans plus tard, ils appliquent le « plan troubles » à la lettre au Ruanda-Urundi. Le pays devient un état à parti unique, dont les opposants sont pourchassés sur la base d'une idéologie raciale non assumée, mais bien réelle car l'ennemi est là, sous les traits du « communiste tutsi ».
Lorsque les Français prennent pied au Rwanda, en 1975, ils fondent leur présence sur un premier triptyque : un accord particulier d'assistance militaire pour « organiser et instruire » la gendarmerie rwandaise, des fournitures d'armes et de bonnes relations (un avion Caravelle et son équipage) avec le général-président Juvénal Habyarimana.
Pourquoi la gendarmerie ? Officiellement, parce que la police a été dissoute la veille du coup d'Etat de juillet 1973. Mais, comme nous l'ont confirmé plusieurs officiers supérieurs rwandais de cette époque, la gendarmerie est l'arme idéale pour mettre en place des réseaux de renseignements efficaces. Elle va être l'interface entre l'armée et la population.
Jusqu'en 1990, ce modèle fonctionne exactement comme celui des « hiérarchies parallèles » décrit par le colonel Lacheroy :
- Le premier axe du pouvoir assure le contrôle vertical et militaire de la population, par le biais de la planification de la Défense interne du territoire (DIT).
En temps de paix, la gendarmerie renseigne en articulation avec la police communale et protège l'ordre public. En temps de crise, elle passe aisément sur le mode militaire, les forces armées dans leur totalité peuvent alors encadrer et mobiliser la population pour faire la guerre.
- Le deuxième axe est horizontal. C'est celui du découpage administratif parfait de ce petit pays (approximativement, la taille de la Bretagne) très peuplé (près de 10 millions d'habitants). En septembre 1974, le décret-loi sur l'organisation communale change la désignation du bourgmestre (nommé par le général-président de la République) et affine la pyramide administrative : préfecture, secteur, commune, cellule.
Une cellule égale 10, 50, parfois 100 familles sur une colline ou dans un quartier. Organisation qui n'est pas sans rappeler le mode de contrôle des populations préconisé par le colonel Trinquier lors de la bataille d'Alger : le Dispositif de protection urbaine (DPU).
- La troisième hiérarchie de contrôle est politique, avec le Mouvement révolutionnaire national pour le développement (MRND), le parti unique au service de son « président-fondateur ». A sa création, en janvier 1976, on peut lire dans La Relève, organe officiel du régime :
« Chaque colline, chaque quartier de ville, habités par plus de 50 familles, chaque établissement ou entreprise tant public que privé occupant plus de 30 travailleurs et agents constituent des cellules de base du Mouvement. L'oeil du Mouvement est le militant. »
Cette dernière hiérarchie contrôle les deux précédentes, comme l'a écrit Lacheroy. La DGR est d'ailleurs abondamment citée et étudiée par les élèves-officiers de l'Ecole supérieure militaire (ESM) de Kigali. Là aussi, les thèses des élèves et les cours de leurs professeurs, parfois belges, foisonnent de références françaises.
Paris soutient une dictature « pure, dure et cruelle », pour reprendre les termes de Lacheroy. Tout le monde le sait, à commencer par le président François Mitterrand, qui fut ministre de l'Intérieur en 1954, puis ministre de la Justice en 1956 chargé de défendre au Parlement la loi accordant les pleins-pouvoirs à l'armée en Algérie.
Venons-en au débat qui nous occupe aujourd'hui. Tout ce savoir-faire, les soldats français ne l'ont jamais perdu. Malgré l'interdiction d'enseignement de la DGR sur le territoire métropolitain, imposée par De Gaulle après le putsch des généraux (1961), malgré les alternances politiques, les corps d'élite (des troupes de marine, de la légion, et de la gendarmerie,) conservent cet acquis, surtout en Afrique.
Or, lorsqu'ils découvrent le conflit rwandais en 1990, les officiers français engagés au côté du régime Habyarimana font un constat sans appel des forces en présence.
D'un côté, une armée faible (5000 hommes), peu motivée et mal équipée. De l'autre, une rébellion formée dans les maquis, experte en renseignement (Paul Kagamé était alors le chef du renseignement militaire de l'armée ougandaise), disciplinée, motivée et adepte du coup de force audacieux.
A chaque offensive du FPR, le scénario se répète : attaque spectaculaire des rebelles sur un objectif, déroute des Forces armées rwandaises (FAR), constitution d'un front intérieur sur le territoire rwandais, tentative de reprise en main par les troupes françaises, représailles sur les civils en arrière de la ligne de front, et retour aux négociations politiques dans le cadre des conférences d'Arusha.
Mais à chaque fois aussi, les violences contre les populations civiles montent d'un cran, tout comme l'intensité de la propagande raciste. Jusqu'à ce qu'un groupe d'officiers rwandais extrémistes, rassemblés autour du colonel Théoneste Bagosora, prennent les choses en main avec leurs homologues français directement intégrés dans les états-majors et impliqués dans l'entraînement des combattants des FAR.
Compte tenu de la faiblesse chronique des FAR, les tacticiens n'ont pas vraiment le choix et réagissent avec leur savoir-faire et près d'un demi-siècle d'expérience de la « guerre froide-chaude » sur le continent africain.
C'est d'ailleurs ce qui ressort du rapport de mission effectué par le colonel Gilbert Canovas au premier trimestre 1991. Comme l'a parfaitement souligné la mission d'information parlementaire (p.156), l'officier du 1er RPIMa propose la mise en place d'un dispositif complet de « mesures visant notamment à améliorer l'organisation, le renseignement et la formation des forces de l'armée rwandaise ». Voici le passage des « conseils donnés aux FAR » :
Autrement dit, un véritable dispositif défensif de quadrillage du territoire en milieu rural. Le dispositif offensif va être élaboré en trois étapes, principalement sous la houlette des officiers extrémistes proches du colonel Bagosora :
- Dès décembre 1991, le président Habyarimana demande à cet officier de présider une commission chargée de répondre à la question suivante :
‘Que faut-il faire pour vaincre l'ennemi sur le plan militaire, médiatique et politique ? ’
Après plusieurs séances de travail, un document est rédigé puis diffusé à partir de septembre 1992, dans toutes les unités des FAR. Ce document de ‘Définition de l'ennemi ’ détaille la nature de l'adversaire, le ‘ Tutsi de l'intérieur ’ et les ‘ Hutu mécontents du régime en place ’, mais aussi les ‘ sans emploi ’, les ‘ étrangers mariés aux femmes Tutsi ’, les ‘ peuplades nilo-hamitiques de la région ’ et les ‘ criminels en fuite ’. L'ennemi est bien défini sur une base idéologique non seulement politique, mais surtout raciale.
- Au cours du premier trimestre 1993, Théoneste Bagosora écrit sur son agenda un plan complet de ‘ défense collective contre la subversion ’, rebaptisée ‘ autodéfense civile ’. Sur une trentaine de pages, tout y passe : les armes, le rôle de la radio qui n'est politiquement plus sûre, l'encadrement des miliciens par la police communale, le rôle des réservistes. Le 13 février, il note aussi :
‘ Amnistie générale pour tous les crimes de guerre notamment. ’
- Janvier 1994, la confession d'un informateur auprès du service de renseignements de la Minuar (la force de l'ONU) permet de découvrir l'existence de caches d'armes dans Kigali, dans des locaux du MRND, et l'existence de listes permettant ‘ d'éliminer un millier de Tutsis et démocrates hutus à Kigali dans la première heure après le déclenchement des troubles ’. L'ONU sait, mais ne fera rien.
Le plan du conflit est prêt. A Maisons-Laffitte, au siège de la Force d'action rapide, chaque vendredi, le bureau renseignement de l'Etat-major fait un tour d'horizon des points de tension dans le monde.
Dans les semaines qui précèdent le mois d'avril, les alertes se multiplient sur le Rwanda. Toute la chaîne hiérarchique politico-militaire française sait que ce pays est une poudrière, que la guerre y sera beaucoup plus meurtrière, car là-bas, elle se fera avec la masse mobilisée, dans le peuple rwandais et contre lui.
Gabriel Périès, politiste et David Servenay, journaliste, ont co-écrit ‘ Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994) ’, La Découverte, 2007
A lire aussi :
► La matrice intellectuelle de la ‘guerre révolutionnaire’
► A lire aussi : Génocide rwandais : décryptage du rapport qui accable la France





















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De castorpolitique
Rien | 17H57 | 27/08/2008 |
Très joli scénario !
Mais contrairement à votre article résumant le rapport de la commission Mucyo, vous versez là dans le théâtrale. Votre choix d'une narration romanesque (pour ne pas dire du storytelling) ne contribue pas vraiment à nous informer, au contraire !
Je ne connais rien à tout ce que vous dites, et j'aurais tendance à condamner l'attitude de Paris comme de l'armée française au Rwanda, mais ce genre d'article ne favorise pas l'émergence de la vérité.
Dommage… Car j'ai (nous avons) apparemment des choses à apprendre sur la doctrine de la « guerre révolutionnaire » et ses applications.
http://castorpolitique.wordpress.com
à castorpolitique
De David Servenay
Rue89 | 21H49 | 27/08/2008 |
Castor,
Rien de théâtral dans ce récit : des faits, des documents et des témoignages puisés aux meilleures sources.
Des années d'enquête, mais évidemment, si vous ne faites pas le minimum d'effort pour essayer de comprendre le processus qu'est un génocide… je ne peux pas faire grand chose.
à David Servenay
De ecor1
sur le fil | 09H12 | 28/08/2008 |
Moi je trouve qu'il pas super clair cet article. Les raisons pour lesquelles la France était engagée n'ont pas été évoquées clairement, puis faut dire qu'on s'y perd un peu, les méthodes appliquées, qui fait quoi…
Juste une précision, c'est pas au lecteur de faire un effort pour comprendre et déméler l'écheveau des événements (ici de la guerre au Rwanda), c'est au journaliste de nous prémacher l'info et d'en faire un truc digeste. Ca n'est donc pas justifié, je trouve, de taper sur ce pauvre « Castor ».
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 18H32 | 27/08/2008 |
L'AUTO-DÉNONCIATION
Autre extrait de ce rapport d'information parlementaire :
« D'octobre 1990 à mars 1993, la France maintient au Rwanda sa présence militaire qu'elle renforce dès que surviennent des risques sérieux d'un retournement de la situation sur le terrain au profit du FPR. Après l'offensive menée sur Byumba par le FPR, en juin 1992 et surtout après celle qu'il lance le 8 février 1993 sur Ruhengeri, menaçant ainsi Kigali, la France n'hésite pas à apporter aide et assistance à une armée objectivement en déroute dont l'état-major ne sait même plus où se trouvent ses propres troupes et à un régime de plus en plus affaibli, critiqué et critiquable. Sur le plan intérieur, le Président Habyarimana est présenté au moment de l'offensive d'octobre 1990 par les services de renseignements comme politiquement très affaibli, à la tête d'un régime usé, dans lequel une partie non négligeable des Hutus ne lui est plus fidèle. Il trouvera appui sur la présence française. Le Général Jean Varret dans le rapport de mission qu'il établit en décembre 1990 souligne que pour le Président rwandais l'opération Noroît n'avait pas seulement pour but d'assurer la sécurité des ressortissants français mais bien d'assurer la pérennité de son régime. Ceci donne une certaine ambiguïté à la présence française, ce que souligne M. Pierre Joxe devant la Mission. »
à Blaise11
De gyann
citoyen | 10H36 | 28/08/2008 |
Il était parfaitement normal que la France aide le gouvernement légitime du Rwanda à repousser l'invasion sanguinaire du FPR. Rappellons qu'avant 1990 (depuis 73) le Rwanda vivait en paix avec des objectifs de développement, de démocratisation et de réconciliation des communautés. Il n'y avait plus aucun pogrom contre les tutsis. La France aidait ce pays parmi les plus pauvre du monde à s'en sortir. Quand Kagamé a détruit ce fragile équilibre et commencé à ravager le Rwanda avec ses guerilleros, la France s'est naturellement retrouvée au coté du gouvernement légitime du Rwanda pour s'opposer à l'invasion.
à gyann
De David Servenay
Rue89 | 11H21 | 28/08/2008 |
En 1990, gyann, vous avez un pays grand comme la Bretagne, avec près de 10 millions d'habitants, qui subissent de plein fouet la crise économique sur les matières premières (chute des cours du thé et du café) avec un plan d'ajustement structurel du FMI (en septembre 1990) qui va ruiner la paysannerie (85% de la population).
Politiquement, malgré la proclamation enthousiaste du général Habyarimana lors de la conférence de la Baule (discours de François Mitterrand, démocratisation contre aide au développement), vous avez un régime de parti unique (MRND), avec un homme, Juvénal Habyarimana, qui est à la fois :
- président de la République
- président du parti
- ministre de la Défense
- chef d'état-major des armées
Refusant le droit au retour réclamé par les réfugiés depuis 1959, à cause de la famine et du manque de terres disponibles.
Enfin, quelle légitimité trouvez-vous à un régime issu d'un coup d'Etat, jamais élu et fonctionnant comme une dictature ?
à David Servenay
De gyann
citoyen | 12H16 | 28/08/2008 |
David,
Je n'ai jamais dit que le régime d'Habyarimana était parfait. J'ai dit qu'il s'efforçait depuis 1973 de réconcilier les communautés et de rétablir la paix qui avait été détruite par le précédent régime de Kayibanda. Cela est confirmé par tous les historiens. Il y avait de nombreux problèmes dont la crise économique. En quoi tout cela justifie-t-il la guerre civile déclanchée par Kagamé en 1990 ? J'aimerai que vous répondiez à cette question. Le retour des réfugiés ? Habyarimana a certainement commis une grave erreur en ne traitant pas ce difficile problème. Mais, comme vous le faisiez remarquer, la crise était trés dure au Rwanda, les réfugiés en Ouganda vivaient mieux que les rwandais et la guerre civile a provoqué 2 millions de morts… D'ailleurs, le compromis d'Arusha traitait le problème des réfugiés, cela n'a pas empéché Kagamé de faire assassiner Habyarimana et de déclencher le génocide. A propos d'Habyarimana, vous vous trompez il a été élu en 1983 et 1988, avec des scores identiques à ceux de Kagamé en 2003… Quant au parti unique, vous avez raison, ni le Rwanda d'Habyarimana ni celui de Kagamé ne sont des modèles de démocratie. Mais vous feriez preuve d'honnéteté en rappellant que le multipartisme a été autorisé par Habyarimana en 1991 sous la pression de la France…
à gyann
De Gaétan Sebudandi
Journaliste | 17H02 | 28/08/2008 |
Gyann,
A certaines questions que vous posez à David Servenay, je peux vous fournir la réponse. La crise économique de la fin des années 80 au Rwanda n'explique absolument pas le refus de Habyarimana d'envisager le retour des réfugiés rwandais, en provenance de l'Ouganda, de la Tanzanie, du Burundi et du Zaire de Mobutu. Son dogme était que le pays était trop petit et trop peuplé pour les accueillir.
Je vous parle d'expérience personnelle. J'ai rencontré le président Habyarimana, pour une interview en Allemagne, en 1981 à Trêves. Après l'interview, le président rwandais m'a demandé pourquoi je n'éprouvais pas le besoin de rendre visite à mon pays d'origine. Je lui ai répondu qu'il devrait plutôt poser la question à ses ministres et collaborateurs, qui ont confisqué, sans fournir la moindre explication, mon passeport rwandais. Il m'a assuré qu'il allait faire le nécessaire pour me faire octroyer un visa de visite au Rwanda. Mais il a ajouté, devant un parterre de dignitaires du régime et les membres de la délégation allemande venue l'accueillir, qu'il pouvait m'autoriser une simple visite d'amitié au Rwanda. Pas le droit d'y rester. Parce que le territoire du pays était trop étroit. Trop petit pour un seul individu ! Alors vous pensez qu'il voulait autoriser le retour de plusieurs centaines de milliers de réfugiés Tutsi ? Faut pas rêver.
C'est ce constat implacable qui a conduit les réfugiés rwandais d'Ouganda, sous l'impulsion du FPR et non de Kagamé, à franchir la frontière les armes à la main. Kagamé à l'époque suivait les cours d'une académie militaire aux USA.
Quant à l'assassinat de Habyarimana, que vous attribuez à Kagamé, sachez que les conclusions du juge Bruguière n'ont même pas réussi à convaincre ses commanditaires dans la classe politique francaise. Un magistrat antiterroriste qui instruit uniquement à charge, qui refuse obstinément de se rendre sur les lieux du crime, avouez que cela ne fait pas très crédible. Surtout quand il se fait désavouer par son témoin principal.
Vous avez raison, par contre, de dire que Habyarimana s'est fait élire en 1983 et 1988. Vous oubliez seulement de préciser qu'il s'était fait proclamer candidat unique à la magistrature suprême et qu'il a fait bien mieux que Kagamé, en matière de score. Puisqu'il a obtenu plus de 100% des inscrits sur les listes électorales. Qui dit mieux !
à Gaétan Sebudandi
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 21H19 | 28/08/2008 |
Merci.
à Gaétan Sebudandi
De gyann
citoyen | 00H52 | 29/08/2008 |
Gaetan,
Quand il y a des réfugiés quelque part dans le monde, leur retour dans le pays d'origine constitue TOUJOURS un problème extrémement difficile. Ce problème ne se résoud JAMAIS par la guerre, surtout quand la dite guerre provoque dix fois plus de victimes qu'il n'y avait de réfugiés. Le Rwanda est un pays trés petit et trés pauvre, quand Habyarimana dit qu'il n'y a plus de place, c'est clairement un jugement économique. En fait Habyarimana ne sait pas comment gérer matérielement les retours et il se défile en les refusant. Cela constitue certainement un des moteurs de la guerre civile déclanchée par Kagamé, mais cela ne la justifie absolument pas. D'autant plus que le retour des réfugiés est surtout un pretexte pour conquérir le pouvoir par les armes.
En revanche votre charge contre Bruguière est plûtot ridicule et elle crée un doute sur la crédibilité de l'ensemble de votre post. Idem pour le « plus de 100% » d'Habyarimana… Pour mémoire, en 2003, Kagamé était aussi candidat unique et il a obtenu 96% des voix.
à gyann
De Gaétan Sebudandi
Journaliste | 10H21 | 29/08/2008 |
Gyann,
Ne vous méprennez pas. Je ne cherche pas à justifier la guerre civile. Je m'efforce uniquement à rappeler les faits, l'enchaînement chronologique des événements qui ont conduit au déclenchement de cette guerre, en octobre 1990.
Encore une fois, je vous rappelle que Kagame n'est pour rien dans l'attaque du FPR à la frontière ougando-rwandaise. Il était en formation aux USA. Il n'a rejoint les combattants de l'APR qu'au début de novembre 1990.
Par ailleurs, je vous conseille vivement de revisiter vos archives, à propos des élections présidentielles de 2003 au Rwanda. Vous y découvrirez que Kagame avait en face de lui l'ancien Premier Ministre, Faustin Twagiramungu. Ce dernier, gendre de l'ancien président Kayibanda, se posait comme le porte-drapeau des Hutu. Il y avait aussi 3 autres candidats, de moindre importance, pour compléter la figuration sur l'échiquier politique.
Enfin, je persiste et signe. L'un des exploits les plus mémorables de Habyarimana, c'est d'avoir réussi à totaliser plus de 100% des votes en 1988. Dépassant ainsi le nombre des inscrits sur les listes électorales. Comme quoi, le ridicule ne tue pas.
à Gaétan Sebudandi
De gyann
citoyen | 11H57 | 29/08/2008 |
Gaétan
Vous écrivez : « Je vous rappelle que Kagame n'est pour rien dans l'attaque du FPR à la frontière ougando-rwandaise. Il était en formation aux USA. »
Désolé, mais cette affirmation n'est qu'une pauvre tentative de truquer la vérité. Même si Kagamé n'était pas dans la toute première invasion du 1er octobre 90, c'est bien lui qui a fondé le FPR et définit ses objectifs avec son vieil ami Rwigema. C'est Rwigema qui commandait l'invasion sur le terrain, mais dés le 2 octobre il a été tué et Kagamé l'a remplacé quelques jours plus tard. Ensuite c'est Kagamé seul qui a dirigé le FPR d'une main de fer. Il est totalement responsable de l'invasion du Rwanda en octobre 90 et de toute la guerre civile qui a tué 2 millions de gens en 4 ans.
De ALLAIN JULES C@MMUNICATION
18H54 | 27/08/2008 |
De toutes les façons, malgré une propagande bien orchestrée par la France, elle a bien du cambouis jusqu'au ras de la tête. il ne faut pas s'en cacher. mais, grande puissance oblige, elle n'a jamais rien fait. Fin.
http://allainjulesblog.blogspot.com/
De jyeden
khmer vert ( age des caverne, bougi... | 18H59 | 27/08/2008 |
je suis etonné
ça fait tout de meme le quatrième article paru sur rue89 depuis moins d'une semaine sur le meme sujet
et à chaque fois les articles manquent de profondeur et sont basés sur un rapport d'une commission ruandaise qui me semblent partiale (et c'est peu dire)
je ne comprends pas la necessité de ces répétitions qui sont tout de meme de graves accusations et qui ne sont pas appuyées de véritables preuves precises et vérifiables
à jyeden
De zorbek
21H40 | 27/08/2008 |
C'est peut-être le 4eme article mais les accusations ne sont pas infondées et le moins qu'on puisse dire c'est qu'il y a un un blackout de la plupart des medias (pas étonnant vu que les actionnaires principaux de la quasi totalité de la presse française sont des vendeurs d'armes). D'ou la nécessité d'obtenir autre chose des autorités francaises que de vagues démentis comme s'il ne s'était rien passé. Pourquoi pas un tribunal international sur le sujet ? Il s'agit quand même de l'extermination d'au moins 800 000 personnes sous les yeux de l'armée française, et dans l'indifférence générale (la passivité de l'ONU peut très bien elle aussi être mise en cause ). Quant au soi-disant manque de profondeur des articles, je ne vois pas à quoi vous faites allusion car les faits sont suffisamment graves en eux-mêmes…
à zorbek
De gyann
citoyen | 10H44 | 28/08/2008 |
zorbeck
vous écrivez : « l'extermination d'au moins 800 000 personnes sous les yeux de l'armée française »
C'est faux. Les 600 militaires français de Noroit avaient quité le Rwanda cinq mois avant le génocide.
à gyann
De zorbek
09H55 | 30/08/2008 |
Ce n'est pas ce qui dit la commission d'enquête rwandaise. Et même en admettant qu'il n'y ait plus eu un seul soldat ou observateur français au moment du génocide (ce qui est faux et vous le savez), quel est le pays qui a financé, formé et soutenu les génocidaires ? Pourquoi tous ces griefs et rancœur des Rwandais ? Par pure méchanceté sans doute ?
C'est l'éternelle histoire de la paille et la poutre suivant qu'il s'agit de donner des leçons aux autres, ou de se regarder soi-même et reconnaitre ses erreurs. Pour illustrer ce que je veux dire, je reprends ci-dessous une contribution pèchée dans la Rue89 sur le conflit israelo-palestinien (massacres de Sabra et Shatila) ou je remplace Israélien par Francais et phalanges chrétiennes par Hutus. Voici ce que cela donne :
« ils n'ont pas bougé une oreille et ont laissé faire .
Qui avait armé les Hutus ?
Qui les a regardé faire sans bouger ?
Ne pas intervenir était soutenir ce massacre.
Le laissez faire par les Francais était bien facile : »ce n'est pas nous , c'est l'autre ».
A ma connaissance il n'y a pas eu de jugement pour ce massacre et en toute impunité les commanditaires vivent en France. »
sic
Je rappellerai quand même que le massacre des 800 000 Tutsis s'est déroulé sur plusieurs semaines, pas en une nuit. A moins d'imaginer que le renseignement israélien est infiniment plus performant que le français, je ne vois pas comment on ferait pour faire porter la responsabilité aux uns (les Israéliens) et pas aux autres (nous les Francais).
Est-ce plus clair comme ca ?
à jyeden
De Innsa1
19H32 | 27/08/2008 |
Je suis etonné :
Ca fait tout de même depuis 1970 que le pays s'appelle le RWANDA. On n'écrit donc plus Ruanda.
Les habitants sont les RWANDAIS depuis 1970. et non les ruandais.
Je ne comprends pas la nécessité d'orthographier « rwandais » comme il y a pres de 40 ans
à Innsa1
De David Servenay
Rue89 | 21H52 | 27/08/2008 |
L'orthographe a changé au moment de l'indépendance, entre 1959 et 1961.
C'est pourquoi nous avons utilisé une fois l'ancienne appelation coloniale du Ruanda-Urundi, territoire à l'époque sous tutelle de l'ONU, devenu ensuite le Rwanda et le Burundi, deux états distincts.
à jyeden
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 19H40 | 27/08/2008 |
Si tu veux de la profondeur, faut cliquer sur les liens du texte, jyden.
http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/rwanda/r1271.asp
Et une question, comme ça :
Il y a déjà eu un juge sur cette affaire ? Je veux parler de celui qui ne s'occupe que du cas de l'industrio-diplomato-armée frânçaises
Chers Rois des cons, ne serait-il pas plus respectables, dans cette affaire, de bien vouloir n'inspecter que notre trône ?
C'est le propos de l'article. Donc tous ces prétendants qui postent article « chépas trop quoi mais c'est pas bon » : Tous des tocards et des faux-culs.
à jyeden
De David Servenay
Rue89 | 21H58 | 27/08/2008 |
Cher jyeden,
Outre jugement (manque de profondeur) pas très constructif ou argumenté, cette série d'articles essaie de vous faire comprendre que dans ce rapport, il y a de nombreux éléments intéressants qui permettent de mieux comprendre le dernier génocide du XXe siècle et la place que la France y occupe.
Ces « répétitions » sont bien sûr de graves accusations qui, à nos yeux, méritent largement le traitement que nous leur réservons : c'est un génocide, 800 000 morts en trois mois, un crime imprescriptible rappelons-le, dont sont soupçonnés certains de nos plus hauts responsables politiques et militaires.
Et cela ne mériterait pas quelques articles ?
à David Servenay
De gyann
citoyen | 11H13 | 28/08/2008 |
David,
Oui je suis d'accord avec vous, le génocide des tutsis est un évènement terrible et fondamental pour notre propre humanité à tous. Il mérite de trés nombreux articles de fond.
Mais les articles de rue89 ne traitent pas du tout du génocide rwandais. Vous ne parlez que de la France, pas du Rwanda. Cette doctrine vaseuse de la « guerre révolutionnaire française » en est le meilleur exemple. Votre seul objectif est d'accuser la France. Ce n'est surement pas comme ça que vous comprendrez la réalité du génocide rwandais. A moins que vous ne soyez comme SURVIE, complice du criminel de guerre Kagamé, alors gare au TPI…
à gyann
De LienRag
21H07 | 28/08/2008 |
Vous avez du courage, M. Servenay, pour affronter ainsi les fossoyeurs de la mémoire sur le terrain qui est le leur.
De le soudanais
ici et là | 22H05 | 27/08/2008 |
4 articles pour un génocide qui a fait plus de 800,000 victimes, dans un pays - la France - qui est impliqué et dont l'ensemble des média colporte la version officielle sans sourciller, c'est vrai ça fait beaucoup…
Merci la Rue !
De victoire11
Etudiant | 19H17 | 27/08/2008 |
Quel est le but de l'inondation d'articles accusant la France de génocide en ce basant sur un rapport repli de mensonges ? certains seraient-ils payé par le régime de Kigali ?
Nous savons très bien que ce rapport est une réponse de Kagamé qui est acculé avec les mandats d'arrêt lancés contre ses proches par le juge français Bruguière et la justice espagnole.
Quelle est l'intérêt de la justice espagnole de poursuivre Kagamé pour ses crimes mis à part la recherche de la vérité. Pourtant rue89 n'a pas jugé utile de faire un article dessus !
Je ne suis pas étonné car M. Rwanda de rue89 est un ancien de RFI (qui était infiltré par le FPR).
Arrêtez de prendre des gens pour des imbéciles, ce rapport est rempli de faux :
http://www.marianne2.fr/Rapport-rwandais-vraiment-pas-serieux- ! _a90234.html
à victoire11
De Innsa1
19H38 | 27/08/2008 |
vous pouvez aussi vous rendre sur le site de l'association SURVIE, qui dénonce depuis avril 1994 l'implication de la France.
Il s'agit d'une association française.
à Innsa1
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 19H44 | 27/08/2008 |
http://survie.org/
à Blaise11
De gyann
citoyen | 11H09 | 28/08/2008 |
Les fondateurs de SURVIE Vershave et Carbonare étaient des amis intimes du principal accusateur de la France, le criminel de guerre Kagamé
à gyann
De LienRag
11H42 | 30/08/2008 |
Effectivement, le génocide rwandais a été un évènement fondateur pour un François-Xavier Verschaeve jusque-là plutôt naïf.
Et, entre le camp des génocidaires (qui, à l'époque, tenait le haut du pavé en France, et organisait le réarmement des interahamwé à l'extérieur, puis l'élimination physique des témoins du génocide dans les zones isolées de l'intérieur) et celui qui avait mis fin au génocide, il a vite choisi.
Cela ne peut être nié, pas plus que le fait qu'il a lancé son organisation, Survie, dans cette bataille politique.
Pour avoir lu ses publications, il n'a jamais pourtant abandonné prudence et déontologie dans l'examen des accusations portées contre le régime de Kigali, le plus souvent par des partisans du génocide.
à victoire11
De marie.sauvage
Apatoudi | 22H18 | 27/08/2008 |
@ victor11
Vous faites un travail de propagandiste.
Rue89 nous informe. Merci Rue89