Ossétie : « La reconnaissance russe ne crée pas un Etat »

Le Parlement russe s'est prononcé ce lundi pour une reconnaissance de l'indépendance des républiques séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Il s'agit d'une motion demandant au président russe, Dmitri Medvedev, de reconnaître l'indépendance de ces deux régions.
Les gouvernements occidentaux se sont montrés fermes. Au ministère des Affaires étrangères, on a réaffirmé l'attachement de la France « au respect de l'indépendance, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la Géorgie, dans ses frontières internationalement reconnues ».
Angela Merkel a également réagi en condamnant le vote de la Douma : « Je suppose que le président russe ne va pas signer cette résolution, car cela provoquerait une situation très difficile et critique au regard de la sécurité territoriale de la Géorgie », a réagi la chancelière allemande. Aux Etats-Unis, la reconnaissance de ces indépendances a été jugée « inacceptable ».
Même si sur le plan international, cette reconnaissance n'a aucune valeur et même si Dmitri Medvedev ne reconnaitra probablement pas ces indépendances, le symbole se veut fort et fait figure de provocation.
David Ruzié, professeur émérite des universités et spécialiste du droit public international, rappelle que même si l'exécutif russe prend une position favorable aux indépendances abkhaze et ossète, cela ne signifie pas la création d'un Etat :
« La reconnaissance ne crée pas un Etat, c'est un geste par lequel un Etat en prend un autre en considération mais ça n'a pas d'incidence sur son existence. Pour qu'un Etat existe, il faut un territoire, des frontières délimitées, une population, un gouvernement. Que les pouvoirs publics exercent leur autorité de façon inconditionnée et totale. C'est cela qu'on appelle l'indépendance. »
Pour comprendre la résurgence de ce vieux conflit dans le Caucase, il faut remonter au 17 février et à la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo.
Plusieurs pays avaient alors manifesté leur désaccord avec ce qu'ils qualifiaient de « violation des lois internationales. » David Ruzié rappelle les avertissements de la Russie à cette époque. Le pays avait fait valoir que si l'on donnait son indépendance à un territoire appartenant à la Serbie, pourquoi ne pas le faire pour l'Abkhazie et l'Ossétie ? (Ecouter le son.)
Quant au droit des peuples à disposer d'eux-même, le professeur de droit international rappelle qu'il ne doit pas nécessairement mener à l'indépendance :
« C'était valable au XIXe ou XXe siècle, à l'époque des dictatures monarchiques, fascistes ou communistes. C'était une façon pour les minorités de se protéger contre des majorités envahissantes. En démocratie, le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple sans discrimination des uns par rapport aux autres, on peut respecter ce droit sans constituer les peuples en entités indépendantes. »
Ce que le système fédéral prend en considération, ajoute-t-il. (Ecouter le son.)
Alors qu'à Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud, des drapeaux russes et ossètes ont été brandis par des habitants suite à ce vote, le président sud-ossète Edouard Kokoïty s'exprimait pour saluer l'importance de la reconnaissance de ces républiques, seul moyen « d'empêcher de nouvelles tentatives d'extermination des peuples abkhaz et ossète par la Géorgie ».
La Russie libérant un peuple ? David Ruzié nuance :
« Il y a une constante dans l'histoire de la Russie qui est la peur de l'encerclement. C'est tout de même un pays vaste… Il y a la peur de voir l'Ukraine et la Géorgie entrer dans l'Otan alors qu'il est évident que l'Occident ne va pas monter une cabale contre la Russie ! Les Russes ont toujours craint une menace extérieure. Le but est d'affaiblir la Géorgie pour empêcher son entrée dans l'Otan. »
► Mis à jour le 26/08/2008 à 13h15 : le président russe Dmitri Medvedev a annoncé ce mardi que la Russie reconnaissait l'indépendance des deux républiques séparatistes de Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.
Photo : partisans de l'indépendance ossète à Tskhinvali lundi (Sergei Karpukhin/Reuters).
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De letuyauteur
prorusse | 18H02 | 26/08/2008 |
Ci joint une video je pense Jamais diffusee en France.(en Anglais)
La reponse de Vladimir Poutine a une question d'un journaliste Francais concernant la Tchetchenie.J'attends la prochaine video d'un journaliste Francais a Vladimir Poutine sur la Georgie…
http://video.mail.ru/mail/partosik22/37/57.html
à letuyauteur
De tplulibre
19H53 | 26/08/2008 |
Enorme, perd pas ton sang froid petit Poutine c'est juste un journaliste
à tplulibre
De tplulibre
20H02 | 26/08/2008 |
par contre la video date un peu c'est quand le danemark a pris la presidence de l'UE en 2002
à tplulibre
De tplulibre
20H02 | 26/08/2008 |
par contre la video date un peu c'est quand le danemark a pris la presidence de l'UE en 2002
De sarkophage_xyz
18H37 | 26/08/2008 |
Top fun les arguments, domage que l'article soit morcelé entre texte écrit et enregistrements audio ; on se rendrait mieux compte du droits des peuples à disposer d'eux même à géométrie variable selon que ceux ci ont un mafieux à la solde du clan Bush-Kissinger-Orange à leur tête ou non. Ainsi donc les mafieux albanophone envahissent une région qu'il faut leur cèder pendant que les desendant d'un peuple réfugiés dans une haute vallée peu fertile depuis plus de mile ans doivent se soumettre aux frontière du grand démocrate que fut le camarade staline. Les Ossètes veulent quasiment tous être rattaché à la fédération russe plutôt qu'à la Géorgie, quels salauds, on a bien fait de leur balancé des missiles pour ravaler leurs façades ! On se rappelera l'invasion de la Grenade dans les années « 80, ces cons avaient intitulé leur gouvernement élu démocratiquement communiste…
Alors monsieur David Ruzié, la soupe est bonne ?
De chinchilla1967
plate | 18H55 | 26/08/2008 |
« Le ministre allemand des Affaires étrangères Frank-Walter Steinmeier s'alarme que “certains jouent actuellement à la légère avec le feu et ce de tous les côtés” dans le conflit caucasien, dans une tribune publiée par le quotidien Bild à paraître mercredi. »
Qui peuvent bien être ceux qui jouent avec le feu ? On voit assez bien Milliband qui veut faire entrer vite vite vite l'Ukraine dans l'Otan. Ces anglais sont décidément de précieux alliés de l'Europe.
De helmut muller
militaire | 19H10 | 26/08/2008 |
les russes n'ont pas le droit de faire ce que les américains on fait au kosovo ? ? ? ? ? ?
les russes sont dans leurs plein droit du fait du précédent crée par les états unis.
De kkadim
service public rhone alpes | 19H11 | 26/08/2008 |
mardi 26 : on parle de « guerre froide ».
bon.
aucune amélioration, au contraire.
quand à un certain personnage soit disant président de la république française, soit disant présidant la communauté européenne : il est où ? je vois surtout la chanceliére allemande se démener, évitant en particulier de trouver légitime l'intervention de l'état russe pour protéger les russophones partout.
je suis un bien triste et pessimiste spectateur.
De Thucydide
Bêcheur de fond en Bourbonnais | 19H12 | 26/08/2008 |
Le bon professeur David Ruzié est sans doute émérite mais, si je puis me permettre, je lui rappellerai que le Kosovo, bien sûr… je suis le premier à le prendre en référence.
Mais il y a un mais…
David Ruzié parle de fédération, de peuples différents qui apprennent à co-exister.
Très bien, je souscris à 100 % c'est même une des raisons qui ont motivé chez beaucoup le « non » à la constitution aberrante qui nous était proposée en 2005 pour (contre ? ) l'Europe.
Mauvais exemple : la Serbie n'a jamais été une fédération, les kosovars albanais étaient tous immigrés dans une province serbe.
Les immigrés en provenance du Maghreb seront-ils un jour en droit de demander l'indépendance du département des Bouches-du-Rhône ?
Restons sérieux : Le bon professeur Ruzié aurait pu (mais il ne le fait pas) prendre l'exemple de la Yougoslavie plutôt que la Serbie et il aurait constaté que cette fédération exemplaire n'a pas pu survivre longtemps à son créateur Tito, chacun voulant être calife à la place du calife (La capitale était Belgrade, mais Tito croate).
La pagaille s'installe : et je veux pas laisser la place, et je veux la prendre… du coup, un minuscule confetti, la Slovénie, se retire de la fédération, proclame son indépendance et… est immédiatement reconnue par l'Allemagne, suivie par le reste de la CEE du moment !
Mort de la Yougoslavie et donc, pour parachever la victoire occidentale, on tue la Serbie dans la foulée, la Russie n'ayant ni le pouvoir ni la force de la défendre.
Revenons à la Géorgie : comme la Serbie, ce n'est pas un état fédéral, mais une vieille annexion de l'empire des tsars qui a eu la chance d'être la patrie de Staline, lequel a revu et corrigé ses frontières en y intégrant arbitrairement une fraction d'Ossétie et une fraction d'Abkhazie comme ça, pour compliquer un peu le puzzle ethnique du Caucase déjà pas simple, tant s'en faut.
Il ne s'agit donc pas d'une population immigrée dans la province d'un pays souverain, mais de l'incorporation forcée d'un territoire et sa population dans un pays qui n'est pas le leur.
Cela n'a donc rien à voir ; sinon peut être la mise en évidence de l'imbécillité de nos chefs de l'époque qui ont donné gracieusement un argument aux russes pour justifier leur démonstration de force.
Enfin et pour ce qui est de la peur d'encerclement, ne pas pousser le bouchon trop loin. il y a évidemment tentative d'encerclement, il suffit de regarder une carte.
Le bon professeur nous explique que la Russie est grande, semblant ignorer que nous ne sommes plus au temps de Gengis Khan.
La mondialisation existe, nos vêtements sont fabriqués en Afrique, nos chaussures et nos bouilloires dans la banlieue de Pékin, et certains de nos légumes poussent au Chili. Alors l'encerclement de la grande Russie, ce n'est ni une utopie, ni un phantasme.
La Russie reconnaît ce midi l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie…
Mauvais tabac. Nous allons maintenant mesurer la solidité des USA et de l'OTAN ; peuvent-ils s'offrir un bourbier caucasien en prime ? J'en doute mais avec les pitres qui s'agitent depuis quelque temps, tout est possible, hélas !
De hogan
actif | 19H22 | 26/08/2008 |
Si l'on sort du problème purement Géorgien, la dictature russe est en train de montrer qu'elle peut aujourd'hui se permettre de se foutre ouvertement du reste de la communauté internationale sans craindre de représailles convainquantes, et elle le fait en montrant ostensiblement du doigt le froc baissé des U.S.A. et de l'U.E.
à hogan
De chinchilla1967
plate | 20H24 | 26/08/2008 |
Et c'est bien comme ça car la dictature américaine, on en voit tous les jours les effets bienfaisants. Il fallait cependant un peu la modérer dans ses élans philanthropiques.
à chinchilla1967
De hogan
actif | 14H55 | 27/08/2008 |
Je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit que les citoyens Lybiens, Coréens du Nord, Cubains, Syriens,etc… aimeraient bien vivre sous le dictature made in U.S.A. D'ailleurs pour en revenir à Cuba, c'est quand même étonnant tous ces citoyens cubains qui quittent leur île démocratique pour aller de leur plein gré vivre sous la dictature des Etats-Unis.
De maskim
Etudiant | 19H25 | 26/08/2008 |
Je ne comprend pas… Je ne comprend pas… Je ne comprend pas…
Quand je ne comprend pas je flippe. Je regarde le journal de France 2, où l'on agite le spectre de la guerre froide. La Russie est accusée de barbarie alors que tout de même la Géorgie a attaqué en premier l'Ossetie. J'ai vraiment l'impression que la mission est de descendre la Russie, coûte que coûte.
Ils veulent garder la main mise sur leur gaz et leur pétrole, cela ne satisfait pas l'Europe c'est un fait, mais la France et l'Europe doivent-ils pour les mauvaises raisons soutenir le président géorgien, qui me donne une très mauvaise impression.
Je suis fou, ou il y a une main invisible derrière tout ça ? Laquelle ?
à maskim
De hogan
actif | 19H31 | 26/08/2008 |
En envoyant des troupes en Ossétie, la Géorgie a attaqué…la Géorgie. Pourquoi personne ne hurle quand des gouvernements répriment les volontés d'indépendance des Basques, des Corses, des Bretons, quand on y met des indépendantistes en prison ?
à hogan
De maskim
Etudiant | 19H37 | 26/08/2008 |
Parce qu'en France, en Espagne ou au Quebec il y a quand même un lien social très fort. Et la France ou l'Espagne n'attaquent pas le peuple, ils arrêtent les comportements violents. Je suis Breton j'ai pas l'impression que l'armée me surveille pour ce que je suis. En Ossétie, j'y était pas, mais apparemment ils ont juste voulu défier la Russie en tirant un peu au pif. Le Kosovo se rapproche déjà plus du cas Géorgien.
à maskim
De Ashel
écrivain | 20H40 | 26/08/2008 |
Mais qui vous dit qu'aucun lien social n'existe entre Géorgiens, Ossètes, Abkhazes et autres Russes ? Certes, il s'agit d'ethnies différentes et diverses mais qui ont tant cohabité ensemble que les mélanges n'ont pas pu ne pas se faire. Ce sont les décision arbitraires des uns et des autres qui font croire à l'absence de liens mais ils exisent.
à maskim
De hogan
actif | 14H50 | 27/08/2008 |
Il faut quand même rappeler que les provinces d'Ossétie et d'Abkhazie sont aux mains d'anciens généraux de l'armée soviétiques, ce fait à lui seul vaut bien de longs discours.
à maskim
De Saba
20H32 | 26/08/2008 |
Je suis étonnée que les Géorgiens n'aient pas renvoyé dans ses foyers étasuniens Gribouille Sachkavili, car quand même , voilà un dirigeant qui aime tellement les Ossètes qu'il les bombarde pour les empêcher de s'adresser ailleurs ….. Le coup foire et ses aimables protecteurs crient bien fort que les Russes sont des salauds mais se gardent bien d'intervenir pour l'aider…. Pauvre Géorgie ! avec un dirigeant aussi irresponsable , elle est mal barrée . Si l'Ossétie et l'Abkhazie pouvait un jour accepter d'appartenir à la Géorgie par la discussion , maintenant en tous les cas , c'est fichu. Alors, les Géorgiens renverront-ils Gribouille ?
De Chris du Fier
Chroniqueur | 19H55 | 26/08/2008 |
Est-ce que la reconnaissance de l » Otan et de la vraie-fausse union européenne a crée un état dans les balkans ?
L » Ossétie est l » Abkahsie n'ont jamais été des provinces géorgiennes (sauf depuis Staline) alors que le Kosovo est une province historique de la Serbie au même titre que l » Alsace est une province historique de la France..
Qui a à dire quelque chose contre cet état de fait ?
De divrig
Témoin | 20H29 | 26/08/2008 |
freddysun
Vous n'avez rien compris à la partie d'échec qui est en train de se jouer dans le Caucase, désolé pour vous.
De Carmagnole
retraité de l'Education Nationale | 20H58 | 26/08/2008 |
Il ne s'agit pas d'être pro-Russe ou pro-ceci mais d'avoir « une ligne de conduite politique sur des principes de justice applicables à tous les peuples. » Les principes à « géométrie variable » sont une catastrophe pour la paix du monde !
Les pays occidentaux ont approuvé,voir participé et aidé militairement au « dépeçage » de l'ex.Yougoslavie ; dernière affaire le Kosovo ; on nous « rabâche » depuis des mois que le Tibet doit être indépendant et libre ; et puis…virage à 180 degrés…pour l'Ossétie et l'Abkazie,ces principes ne sont pas applicables ?
De divial
21H52 | 26/08/2008 |
il fallait aussi reflechir lorsque l'on a proclame l'independance du kosovo , poutine a bien reagi et il n'a pris personne par surprise , de toutes facon l'occident ne peut rien faire , sinon plus de gaz pour l'europe .
De sanlucar
22H40 | 26/08/2008 |
article de mediapart très instructif :
Géorgie : la Russie choisit l'escalade et la confrontation avec l'Occident
C'est un tournant majeur. Un tournant dont il est difficile, à ce stade, de mesurer toutes les conséquences, mais qui signe la fin d'une période inaugurée en 1989 avec la chute du Mur, puis en 1991 avec l'effondrement de l'URSS.
La reconnaissance par la présidence russe de l'indépendance de l'Ossétie du Sud (un territoire de la taille d'un petit département français et comptant 40.000 habitants) et de l'Abkhazie (environ 300.000 habitants) ne bouleverse pas que le Caucase, l'une des régions les plus fragiles du monde, à la frontière de l'Europe et de l'Asie (lire l'intégralité de la déclaration de Medvedev sous l'onglet Prolonger).
Cette reconnaissance bouleversera également les relations internationales et, tout particulièrement, celles que l'Europe tentait – bien souvent dans le plus grand désordre – de construire avec la Russie. Pour la première fois depuis la fin de l'Union soviétique, la Russie a mené et emporté une guerre à l'extérieur de ses frontières. Conséquence directe de cette opération victorieuse, elle provoque ou soutient – c'est selon – une modification des frontières d'un Etat souverain.
Sur ces deux points, la Russie viole l'Acte final d'Helsinki qui, en 1975 et pour garantir la paix en Europe, interdisait justement toute opération armée, toute ingérence et toute modification des frontières (lire dans l'onglet Prolonger). Moscou, qui n'a cessé de brandir le principe de l'intangibilité des frontières pour soutenir le régime de Milosevic puis protester contre l'indépendance du Kosovo, effectue un tête-à-queue stratégique.
Une ère nouvelle s'ouvre ainsi. On pourra arguer que la reconnaissance de l'indépendance de deux territoires de facto indépendants depuis 1992 ne change pas grand-chose. C'est tout le contraire, tant la Russie a décidé de défendre ce qu'elle estime être ses « nouveaux intérêts » et de reconquérir par tous les moyens ses zones d'influence.
Clichés inopérants
Beaucoup de clichés ont été utilisés depuis le début de la crise géorgienne, le 7 août : « retour de l'Empire » ; « retour de la guerre froide » ; « visées impériales de l'ours russe ». Toutes ces formules sont fausses ou maladroites, tant elles empêchent de penser la nouvelle réalité du pouvoir russe.
Les analyses divergent. Elles divergent tellement que le conseil européen exceptionnel convoqué le 1er septembre par Nicolas Sarkozy s'annonçait particulièrement difficile, vu les désaccords entre pays.
Issus de l'ancien espace soviétique ou de sa zone d'influence, la Pologne, la Hongrie, les pays baltes, la République tchèque et la Slovaquie campaient dans une hostilité déclarée à Moscou, plaidant pour un soutien total au régime géorgien de Mikheïl Saakachvili et à l'intégration rapide de ce pays dans l'Otan. « L'Ukraine est devenue otage de la guerre engagée par la Russie », dit notre immédiat voisin, le président ukrainien Iouchtchenko, qui demande lui aussi d'intégrer au plus vite le refuge de l'Otan.
A des degrés divers, France, Allemagne, Italie, mais aussi Grande-Bretagne (malgré les hésitations et déclarations contradictoires de son ministre des affaires étrangères, David Miliband), optaient pour une approche prudente. « Il n'est pas question de sanctionner Moscou mais de discuter », déclarait lundi Bernard Kouchner. Début avril, lors du sommet de Bucarest, Paris et Berlin s'étaient opposés à une adhésion de la Géorgie et de l'Ukraine à l'Otan, malgré les pressions insistantes des Etats-Unis.
Redéfinir de fond en comble une stratégie
La décision russe de reconnaître l'indépendance des deux enclaves séparatistes géorgiennes a rendu largement obsolète ce débat. Car aucun pays européen ne peut laisser sans réponse cette nouvelle offensive russe. Ce mardi, tous les responsables des 27 ont, avec des formules diverses, condamné sans réserve la décision du président Dmitri Medvedev. « Nous condamnons fermement cette attitude et nous ne pouvons pas l'accepter », a résumé mardi Bernard Kouchner.
L'ordre du jour du Conseil européen s'en trouve bouleversé : il n'est plus question de savoir qui – de Saakachvili ou de Moscou – a déclenché le conflit ; plus guère question de déployer une force européenne d'assistance et de sécurité. Le point principal est désormais : comment répliquer à Moscou ? Comment éviter l'escalade qui se dessine entre les Etats-Unis et la Russie ? Quelles sanctions prendre et comment redéfinir de fond en comble la relation européenne avec la nouvelle Russie ?
Or, l'imprévisibilité demeure une constante du pouvoir russe. Et les diplomates détestent cela. Les mois d'août sont traditionnellement des mois de bouleversement politique en Russie. En août 1999, une offensive d'islamistes tchétchènes manipulés par Moscou (et, à l'époque, par l'oligarque Berezovski) mettait le feu aux poudres du Daghestan, dans le Nord-Caucase. C'était le signal de la deuxième guerre de Tchétchénie qui allait installer l'inconnu Vladimir Poutine au Kremlin.
Neuf ans plus tard, la guerre éclair de Géorgie, trois mois après l'arrivée à la présidence de Dmitri Medvedev, répond certainement aux rapports de forces internes au pouvoir russe, à ses luttes de factions et au poids nouveau de l'appareil militaire. Ces mêmes diplomates occidentaux qui nous décrivaient il y a quatre mois Medvedev en homme de l'ouverture à l'Europe, homme de la modernisation économique, sensible aux questions des droits de l'homme en particulier et de l'Etat de droit en général, peuvent aujourd'hui déchanter.
Ces diplomates nous décrivaient un nouveau cours russe. Une affirmation de sa puissance, certes, mais fortement pondérée par quelques nécessités triviales : vendre son gaz, son pétrole et ses matières premières ; moderniser son appareil industriel ; recycler à l'ouest les fortunes de ses hommes d'affaires ; rattraper son immense retard technologique. Pour tout cela, le Kremlin ne pouvait se couper du monde, mais au contraire allait accélérer son intégration dans la mondialisation. Et le jeune Medvedev était l'homme de la situation.
« Rien ne nous effraie »
Or la situation se révèle être tout autre. Moscou a décidé de déclencher une épreuve de force qui promet d'être durable. « Rien ne nous effraie, pas même la perspective d'une guerre froide, mais nous ne la souhaitons pas. Dans cette situation, tout dépend de la position de nos partenaires », a ainsi expliqué Dmitri Medvedev. Depuis une semaine, le Kremlin se livre à une brutale escalade qui prend de court les chancelleries.
Vladimir Poutine annonce qu'il n'est plus intéressé par une adhésion à l'OMC (Organisation mondiale du commerce) pour laquelle les négociations sont engagées depuis neuf ans. Dmitri Medvedev ajoute que la coopération avec l'Otan – au sein d'un conseil spécifique – est terminée. De la même manière que Moscou avait rejeté la présence d'observateurs internationaux lors de l'élection présidentielle de mars, les observateurs de l'OSCE déployés dans le Caucase sur la frontière russe ont régulièrement été obligés de se retirer.
On peut poursuivre un scénario noir pour l'Europe. Quel serait-il ? L'arme du gaz telle qu'elle fut utilisée contre l'Ukraine en 2006 (la fermeture du robinet), transformée en arme énergétique contre l'Europe. Les « conflits gelés » soudain réveillés : puisque Moscou reconnaît l'indépendance des deux régions géorgiennes, pourquoi ne reconnaîtrait-elle pas celle de la Transnistrie, cette enclave russophone en Moldavie ? Pourquoi la Russie n'irait-elle pas soutenir les régions sécessionnistes en Azerbaïdjian ?
Pourquoi, comme en avait menacé Vladimir Poutine à Munich en 2006, ne brandirait-elle pas ses missiles nucléaires sur l'Europe pour répondre au bouclier antimissile américain ? Pourquoi ne rouvrirait-elle pas une nouvelle base militaire à Cuba, comme Poutine l'a évoqué il y a deux mois ?
La liste pourrait aisément être plus longue. L'Europe n'a pas voulu entendre ces menaces. Tout comme elle n'a pas voulu voir la dangereuse stratégie d'encerclement conduite par l'administration Bush qui, de l'Europe centrale au Caucase, n'aura eu de cesse de provoquer la Russie.
Le résultat est là. La Russie est entrée dans une nouvelle phase offensive. A l'automne 1999, le massacre des Tchétchènes (80.000 morts et la destruction de Grozny lors de la deuxième guerre) était officiellement motivé par le respect de l'intégrité territoriale de la fédération de Russie (et par la lutte contre le terrorisme). Peu importaient alors les référendums sur l'indépendance, puis l'élection en 1996 – reconnue justement par l'OSCE – du président indépendantiste Aslan Maskhadov (liquidé en 2005 par les services russes).
La Russie se sent désormais assez puissante pour maîtriser le risque d'un embrasement du Caucase et de certaines de ses républiques ou régions travaillées par les séparatismes.
C'est un élément nouveau. Les Européens – Allemands, Français et Italiens en particulier – ne devraient pas le sous-estimer, comme ils ont constamment sous-estimé la portée des discours menaçants de Vladimir Poutine. Il est grand temps que l'Union européenne sorte de ses rêveries naïves (l'idée d'un partenariat énergétique avec Moscou est agitée depuis… neuf ans ! ) pour élaborer une véritable stratégie envers cette nouvelle Russie.
à sanlucar
De brigadoon
ouf!!! | 00H08 | 27/08/2008 |
Je suis relativement d'accord avec cette analyse malheureusement.
Raisonner encore comme si on avait affaire à l'URSS et d'un certain équilibre du Monde est obsolète, il s'agit du retour de la « Sainte Russie » (RUS) qui veut faire savoir que désormais c'est elle qui conduira sa destinée et non les Nations décadentes. C'est la compétition ouverte des grands capitalismes pour le contrôle des ressources. Et le capitalisme russe est plus féroce, plus autoritaire que l'Américain notmamment avec ses catégories sociales et ses minorités. Il offre moins de prise vu qu'il n'y a quasiment pas d'opposition en Russie.
Vous pouvez ajouter à cela la création et le soutien du mouvement pro-Poutine Nashi qui endoctrine et engage la jeunesse autour d'un grand projet idéologique de renouveau dénoncé par Kasparov ; l'élection prochaine du futur Président des Etats Unis ce qui veut dire que l'Amérique ne pourrait réagir avec efficacité avant la fin janvier.
Compter sur la moralité du gouvernement Russe et le droit international n'y changera rien, on a vu comment Poutine est intervenu ne Tchétchénie et a fait élire comme Président Kadirov son valet, tant qu'il boit et se contente de jouer avec la Ferrari offert par Poutine il n'est pas gênant.
Il me semble qu'a terme Moscou peut avoir la volonté de destabiliser les Républiques du Caucase qui ne feraient pas allégeance (au moins en terme d'échanges économiques préférentiels) afin de contrôler les matières premières, la Georgie ne serait qu'un début.
La population Russe de Sebastopol pourrait être un prétexte pour Moscou pour faire pression sur l'Ukraine également à court terme voire annexer une partie de ses territoires de la Mer Noire puisqu'en Ossetie il y avait des Russes, c'est ce qui semble se profiler dans l'opposition entre le Président Ukrainien et sa Premier Ministre.
En ce sens l'Amérique est devenue l'exemple empirique a suivre des Russes, et ils ne s'embarrasseront pas de principes éthiques car de leur point de vue ils n'ont pas d'interlocuteurs suffisamment « blancs, propres » ou puissants. Sans compter que Moscou n'a rien a faire de son image à l'intérieur de la Russie vu que la presse est plutôt muselée.
Quand aux conseil des ministres européens lundi, il accouchera d'une souris car personne ne veut se mettre à dos la puissante Russie. Effets de manches…
J'ai envie de dire que pour la Georgie l'affaire est entendue. La carte du Monde se recompose ainsi que les jeux d'influences : Moscou reçoit le Président Syrien, construit des centrales atomiques en Iran, se redéploie partout, etc. Il y a suffisament de pays qui ont des comptes à régler avec les Etats Unis pour que la Russie puissent trouver sans problèmes des alliés.
L'Europe n'est rien pour Poutine et compte pour du beurre. La Russie n'a que l'arrogance d'un pays puissant sûr de ses moyens et de la faiblesse des ses opposants comme l'était l'Amérique il y a peu encore.
De sanlucar
22H42 | 26/08/2008 |
comme ce serait simple le GENTIL poutine contre le MECHANT bush… je n'aime ni l'un ni l'autre et je trouve INDIGNE de défendre poutine, qui est tout aussi dangereux que bush !
De nespole
libre | 00H06 | 27/08/2008 |
Hilarant comme l'autodétermination, liberté des peuples à etc… Et autres concepts aussi élastiques que les droits de l'homme…. peuvent devenir caduques quand c'est pas le fameux « zoxident démocratique » qui s'en sert ! ? Ah l'indépendance des pays baltes ! Ah la croatie, le Kosovo… Ah l'Ukraine et tout ce qui peut revendiquer un drapeau avec un aigle ou une croix, une télé « voix de la liberté », des gardes frontières, une police, un vague passé remontant au XVème siècle, une cathédrale, un moine consummé, un écrivain réfugié… Ah comme c'était urgent et précieux pour l'avenir de l'humanité, signe de civilisation et des je ne sais plus quoi ! .. Ah la « libre circulation des hommes et des idées, le principe number one des accords d'Helsinki » qui fut fatal à l'URSS… Intéressant à comparer avec la prise d'ADN ! ! Non ?
Le non respect des accords internationaux et de l'ONU est un sport pratiqué par qui ?
Le détournement des règles internationales, la rupture unilatérale (par las américains) des accords anti missiles… Comment s'en réclamer des signatures à respecter ?
Inutile de rappeler la question du Kosovo. C'est trop simple.
Faut bien dire que le contre-coup de la chute du mur et la « victoire » des idéologies Disneyland… c'est maintenant qu'il vient…
Savoir « hériter des vaincus », c'est pas dans la culture américaine… Ni dans celle de l'OTAN.
Et là, ça s'avère tard pour commencer à penser ! D'autant que la déclaration de Merkel est pas un signe de début de réflexion… Car certain que la sécurité de la Géorgie passait pas par le bombardement de « sa » population (Ni par l'OTAN sans doute ! ). Encore fallait-il que quelqu'un lui explique ! ? Mais voilà… Le non respect de la Russie, un temps affaiblie, a donné des ailes à beaucoup de petits imbéciles qu'ont pas vraiment mesuré les distances … On leur a soufflé dans le c.. et « se prennent pour des autobus »…
Là dessus vous pouvez toujours faire de la propagande… c'est comme expliquer que le pouvoir d'achat augmente… la comm suffit pas ! Je sais ça n'a rien à voir… Quoique ! ! ! Si on parlait de la comm dans cette histoire ?
De stephanemot
Author & Chief AtoZ Officer | 01H17 | 27/08/2008 |
J'observe que Medvedev et Poutine sont un poil plus lents a reconnaitre l'independance de l'Ossetie du Nord et de la Tchetchenie…
Sous couvert qu'une grande partie de ses administres a le passeport Italien, le Prince Albert peut aussi s'amuser a reconnaitre l'independance de la Ligurie.
à stephanemot
De chinchilla1967
plate | 06H35 | 27/08/2008 |
Marrant, la Croatie, le Kosovo, l'Irak, marrant tout ça…
De lOmnivore Sobriquet
Les frontières créent les responsab... | 06H23 | 27/08/2008 |
Il est maintenant temps de réviser le dossier yougoslave et toutes ses vérités, surtout celles qui comptent.
L'homme Kouchner vient de parler de « nettoyage ethnique » (en préparation) en Ossétie, voici qu'ils recommencent. Tenons nous près, c'est tellement prévisible…
Les « morts de l'odieuse agression de l'étau russe hors la loi'… s'accrochent aux bras des “infirmières” qui les emportent, les “morts” changent de place et même échangent les rôles : c'est “l'information” telle que le grossiste Reuters la diffuse, et la foule des Libération et TF1 et BFM Le Midi Libre la détaille : retrouvez un bon dossier sur ce minuscule aspect des choses en cours dans le site d'extrème-droite-bouffeuse-d'enfants, nationiste et pro-serbe “Nations presse.info”, à coup sûr pas »sans-frontiériste » : http://www.nationspresse.info/ ? p=5242
Ossétie Libre !
De Millecalottes SARKASTIK
Variable | 07H54 | 27/08/2008 |
Je suis pessimiste sur l'évolution : au conflit de fond rajoutons les éléments de surface :
Je reste persuadé que Medvedev n'est que l'homme de paille de Poutine qui organise son comeback politique d'une part et pour l'est et que Obama n'a que très peu d'expérience à l'internationale (face à ses rivaux) de l'autre pour l'ouest. Bush (pour des histoires intérieures) a un sérieux intérêt à envenimer les choses… Ce qui par delà la problématique présente me fait dire qu'il y a une belle bande d'enfoirés qui ont envie d'en découdre aux commandes ! Et je ne serais pas surpris que d'un coté comme de l'autre les deux monstres ne se contentent pas de montrer les dents. Les forces navales des EUA face à Poti ne seraient que les prémisses d'un conflit majeur…
Ceux qui, pour des raisons d'équité croient bon de rajouter : « et pourquoi pas eux », parlant d'autres « indépendances », pourraient bien le regretter car ils alimentent les mêmes animosités ! Le bon procès sera t-il meilleur que les mauvais compromis ?
Cordialement