
Le Parlement russe s'est prononcé ce lundi pour une reconnaissance de l'indépendance des républiques séparatistes géorgiennes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Il s'agit d'une motion demandant au président russe, Dmitri Medvedev, de reconnaître l'indépendance de ces deux régions.
Les gouvernements occidentaux se sont montrés fermes. Au ministère des Affaires étrangères, on a réaffirmé l'attachement de la France « au respect de l'indépendance, de l'intégrité territoriale et de la souveraineté de la Géorgie, dans ses frontières internationalement reconnues ».
Angela Merkel a également réagi en condamnant le vote de la Douma : « Je suppose que le président russe ne va pas signer cette résolution, car cela provoquerait une situation très difficile et critique au regard de la sécurité territoriale de la Géorgie », a réagi la chancelière allemande. Aux Etats-Unis, la reconnaissance de ces indépendances a été jugée « inacceptable ».
Même si sur le plan international, cette reconnaissance n'a aucune valeur et même si Dmitri Medvedev ne reconnaitra probablement pas ces indépendances, le symbole se veut fort et fait figure de provocation.
David Ruzié, professeur émérite des universités et spécialiste du droit public international, rappelle que même si l'exécutif russe prend une position favorable aux indépendances abkhaze et ossète, cela ne signifie pas la création d'un Etat :
« La reconnaissance ne crée pas un Etat, c'est un geste par lequel un Etat en prend un autre en considération mais ça n'a pas d'incidence sur son existence. Pour qu'un Etat existe, il faut un territoire, des frontières délimitées, une population, un gouvernement. Que les pouvoirs publics exercent leur autorité de façon inconditionnée et totale. C'est cela qu'on appelle l'indépendance. »
Pour comprendre la résurgence de ce vieux conflit dans le Caucase, il faut remonter au 17 février et à la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo.
Plusieurs pays avaient alors manifesté leur désaccord avec ce qu'ils qualifiaient de « violation des lois internationales. » David Ruzié rappelle les avertissements de la Russie à cette époque. Le pays avait fait valoir que si l'on donnait son indépendance à un territoire appartenant à la Serbie, pourquoi ne pas le faire pour l'Abkhazie et l'Ossétie ? (Ecouter le son.)
Quant au droit des peuples à disposer d'eux-même, le professeur de droit international rappelle qu'il ne doit pas nécessairement mener à l'indépendance :
« C'était valable au XIXe ou XXe siècle, à l'époque des dictatures monarchiques, fascistes ou communistes. C'était une façon pour les minorités de se protéger contre des majorités envahissantes. En démocratie, le gouvernement du peuple, pour le peuple et par le peuple sans discrimination des uns par rapport aux autres, on peut respecter ce droit sans constituer les peuples en entités indépendantes. »
Ce que le système fédéral prend en considération, ajoute-t-il. (Ecouter le son.)
Alors qu'à Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud, des drapeaux russes et ossètes ont été brandis par des habitants suite à ce vote, le président sud-ossète Edouard Kokoïty s'exprimait pour saluer l'importance de la reconnaissance de ces républiques, seul moyen « d'empêcher de nouvelles tentatives d'extermination des peuples abkhaz et ossète par la Géorgie ».
La Russie libérant un peuple ? David Ruzié nuance :
« Il y a une constante dans l'histoire de la Russie qui est la peur de l'encerclement. C'est tout de même un pays vaste… Il y a la peur de voir l'Ukraine et la Géorgie entrer dans l'Otan alors qu'il est évident que l'Occident ne va pas monter une cabale contre la Russie ! Les Russes ont toujours craint une menace extérieure. Le but est d'affaiblir la Géorgie pour empêcher son entrée dans l'Otan. »
► Mis à jour le 26/08/2008 à 13h15 : le président russe Dmitri Medvedev a annoncé ce mardi que la Russie reconnaissait l'indépendance des deux républiques séparatistes de Géorgie, l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud.
Photo : partisans de l'indépendance ossète à Tskhinvali lundi (Sergei Karpukhin/Reuters).





















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De proselyte2fabre
00H21 | 26/08/2008 |
Mais c'est fou ça quand même, l'Ossétie du Sud et l » Abkhazie ne veulent pas faire partie de la Géorgie et on va les obliger à l'être, quitte à reproduire ce qu'il c'est passé au Kosovo (bombardement de l'OTAN, tuerie et compagnie) tout cela pour finalement reconnaître l'indépendance de ces deux régions, qui ne voudront jamais être géorgiennes.
On pourrait pas sauter l'étape inutile de la guerre, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie ne sont pas forcées par les Russes, elles sont forcées par la Géorgie depuis plus de 20 ans, ce pays ne doit pas être si bien que ça.
De I.P
Flat4 | 01H06 | 26/08/2008 |
S'il faut créer un état pour chaque minorité on n'a pas fini !
Quand est ce qu'on partage la France entre les corses, les basques, les bretons, les alsaciens et les chtis ?
De Saba
08H16 | 26/08/2008 |
Il est évident que pour les grandes puissances , et c'est vrai pour la Russie comme pour les USA, les principes ne valent que lorsqu'ils vont dans le sens de leurs intérêts :
Le respect de l'intégrité territoriale vaut pour les Russes quand il s'agit de la tchétchénie mais pas pour la Géorgie ; le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes vaut en Occident pour le Kosovo mais pas pour l'Ossétie …..
le refus de pactiser avec les dictateurs amène les USA à déclarer la guerre à l'Irak ce qui ne les a pas empêchés en même temps de faire copain -copain avec le Pakistan qui n'était pas particulièrement une démocratie.
Inutile donc de s'exciter sur les principes , ce ne sont que des hochets agités devant les peuples pour obtenir leur adhésion . En réalité en géopolitique , pas de morale ,seuls comptent les intérêts des puissances . Tout le reste ne sont que grands mots pour amuser la galerie .
De Blaise11
I'm hard, but I'm fair. | 09H50 | 26/08/2008 |
@ Zineb
« Pour comprendre la résurgence de ce VIEUX conflit dans le Caucase, il faut remonter au 17 février et à la déclaration unilatérale d'indépendance du Kosovo. »
Salut Zineb,
est-il possible d'ajouter à cette phrase un rappel historique, remontant bien plus loin que ce « 17 février », il est vrai, annonciateur ?
Le Courrier International l'a fait en quelques pages très instructives.
Merci.
De Zineb Dryef (auteur)
Rue89 | 10H08 | 26/08/2008 |
Bonjour,
Il y a un lien vers un article qui retrace les conflits dans cette région depuis vingt ans.
Vous pouvez retrouver des « explicateurs », des tribunes, des analyses du conflit, un portrait de Saakachvili etc. dans ce dossier : http://www.rue89.com/tag/georgie
Bonne lecture.
De Foxone
Etudiant | 10H25 | 26/08/2008 |
Saakachvili était dans son « droit », étant donné que l'Ossétie du Sud fait « officiellement » partie de la Georgie. C'est à la base une querelle interne à la Georgie.
Tout comme en son temps la France en Algérie ou l'URSS en Tchétchénie, c'est bien plus la forme que le fond qui est critiquable (toute répression armée est critiquable). Maintenir l'ordre par la force n'est pas une solution (bien au contraire) et c'est bien là tout le probleme et la base de la crise qui a lieu.
Mais malgré la faute (au minimum) de Saakachvili, l'envahisseur reste Russe.
De said sellali
cadre à nantes | 16H22 | 26/08/2008 |
La reconnaissance de l'indépendance du Kosovo par les pays occidentaux (hors Espagne), en contradiction total avec le droit international, a ouvert la boite de pandore.
Aujourd'hui, nous voyons le résultat de cette fuite en avant avec l'indépendance inéluctable de l'Ossétie du Sud et de l'Abkazie. La reconnaissance de l'indépendance de ces 2 régions qui l'étaient déjà de facto par la Russie montre la catastrophe que fut la reconnaissance du Kosovo par la très grande majorité des pays occidentaux.
La question est de savoir quelle sera la prochaine minorité à se rebeller et à demander son indépendance ? la Transnitrie………
Enfin, je n'oublie pas que les russes sont des adeptes du double langage et de l'hypocrisie et qu'ils ne se gênent pas pour opprimer leur minorité tchétchène, qui a eu l'outrecuidance de réclamer son indépendance.
De kkadim
service public rhone alpes | 19H11 | 26/08/2008 |
mardi 26 : on parle de « guerre froide ».
bon.
aucune amélioration, au contraire.
quand à un certain personnage soit disant président de la république française, soit disant présidant la communauté européenne : il est où ? je vois surtout la chanceliére allemande se démener, évitant en particulier de trouver légitime l'intervention de l'état russe pour protéger les russophones partout.
je suis un bien triste et pessimiste spectateur.