a debattre 23/08/2008 à 13h05

Etats-Unis : l'âge minimum pour la vente d'alcool, un piège ?

Guillemette Faure | Journaliste


Contrôle d’alcoolémie à Golden, Colorado (Rick Wilking/Reuters).

Alors que la ministre de la Santé Roselyne Bachelot prépare une loi d’pour empêcher la vente d’alcool aux mineurs, aux Etats-Unis, des présidents et doyens de grandes universités américaines estiment que l’interdiction existante outre-Atlantique n’a réussi qu’à créer une « culture de la cuite » sur les campus.

A l’origine de cette initiative, John McCardell, ancien président de l’université Middlebury College dans le Vermont, effaré par les proportions que prenait le « binge drinking » dans son établissement. Une centaine de présidents d’universités américaines (parmi lesquelles degrandes institutions, comme Duke) ont signé avec lui un texte déplorant le caractère contre-productif de la loi qui, depuis 1984, fixe l’âge minimum pour consommer de l’alcool à 21 ans.

« Combien de fois devrons-nous réapprendre les leçons de la prohibition ? » dit leur communiqué. Grace Kronenberg expliquait à Amethyst Initiative, l’association montée par McCardell :

« Cet âge minimum ne sert à rien. On sait maintenant que 90% des jeunes ont commencé à boire de l’alcool avant 21 ans. Les programmes préventifs actuels sont inefficaces. La conséquence de cet âge minimum, c’est qu’au cours des vingt-cinq dernières années, l’alcool chez les jeunes est devenu planqué.

“ L’âge minimum ne change rien, à part que les jeunes boivent maintenant à portes closes. Cet interdit a créé une sous-culture affligeante autour de l’alcool. ”

Parmi les grands rites estudiantins américains : le bricolage de fausses cartes d’identité, les combines pour rentrer dans les bars… Même les deux filles de George Bush se sont fait arrêter en infraction. Les bars de Tijuana, au Mexique, sont remplis des jeunes de la ville californienne de San Diego qui viennent se saouler de l’autre côté de la frontière. Des agences de voyages se sont spécialisées dans les séjours pour “ spring breakers ” (les vacances de printemps) en Jamaïque ou à Cancun. Alcool à volonté.

“ Il n’y a que pour l’alcool que la majorité est à 21 ans aux Etats-Unis. A 18 ans, quelqu’un peut servir dans l’armée, il peut faire partie d’un jury, il peut voter… mais il n’est pas assez responsable pour boire ?”, s’interroge Grace Kronenberg, un peu surprise quand on lui parle du projet français interdisant l’alcool aux moins de 18 ans.

Les cent présidents d’université américains ne demandent pas que l’on baisse l’âge minimum à 18 ans, ni d’ailleurs à 17 ou à 19, mais veulent initier un grand débat sur une politique qui ne marche pas.

Photo : contrôle d’alcoolémie à Golden, Colorado (Rick Wilking/Reuters).

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  • compte-supprimé
    • Posté à 13h33 le 23/08/2008
    • Internaute 49364
      Haggard

    Entre les tenants du « tout interdit sauf ce qui est expressément autorisé » et du « tout autorisé sauf ce qui est expressément interdit » reste l’éducation ....
    Le plus dur chemin... ce qui explique sans doute qu’il soit si rarement recommandé.

  • Pierrrrre
    Pierrrrre
    → → → → → → → le marché autant (...)
    • Posté à 13h45 le 23/08/2008
    • Internaute 23078
      → → → → → → → le marché autant (...)

    Je trouve très bien les restrictions à l’accès à l’alcool.

    Je les augmenterais par l’obligation dans les épiceries à regrouper tout produit alcoolisé dans un seul rayon bien identifié, aux étagères et présentations noires.
    Les pâtisseriez et bonbons parfumés à l’alcool devraient être signalées par étiquette « attention alcool ».
    J’ai dû passer à la poubelle ce Noël des boites MonChéri de cerises griotes beark qui nous avaient été offertes.

    Si ces interdits incitent des petits cons à la consommation, c’est que de toutes les façons, sans ces interdits, ils auraient consommé d’autres saloperies, histoire de se la rouler devant leurs potes.

    Il est important de sortir l’alcool de cette banalisation qui l’accompagne, et de le faire percevoir tel un produit à part, à manipuler avec parcimonie et précaution.

  • Joe Liqueur
    Joe Liqueur
    Journaliste
    • Posté à 14h20 le 23/08/2008
    • Journaliste 46793
      Journaliste

    La prohibition, dans n’importe quel pays et pour n’importe laquelle des drogues naturelles, n’a toujours été qu’une pure et simple mascarade électorale. La drogue doit être réglementée, contrôlée, encadrée, expliquée. Ce problème exige la mise en œuvre d’une vraie politique d’information du public. Une politique de santé publique, quoi. Une vraie. Tout simplement.

    Ce n’est un secret pour personne que la consommation de cannabis aux Pays-Bas est tout à fait comparable à celle observée dans les pays voisins prohibitionnistes. Mais par la grâce de la légalisation, les consommateurs hollandais ont accès à des produits globalement moins toxiques. Parce que les produits vendus légalement sont contrôlés. C’est la seule vraie différence.