Pendant que les paparazzi planquent pour des hebdos aux 20 millions de lecteurs, les avocats de leurs cibles préparent les procès.

Depuis le début de la semaine, les assignations s'entassent sur le bureau de Me Olivier d'Antin. L'avocat de Voici rentre de vacances, tout comme ses confrères qui conseillent les « stars ». Flavie Flament, Jamel Debbouze, Melissa Theuriau, Pascal Obispo, Sinclair, Benjamin Castaldi, Laurence Ferrari et Vincent Lindon attaquent l'hebdomadaire du groupe Prisma (liste non exhaustive, arrêtée au mardi 19 août).
Cet automne, les tribunaux donneront raison -ou tort- à ces « people » qui poursuivent la presse en vertu de l'article 9 du code civil. Depuis 1970, ces quelques lignes, que de nombreux avocats savent par coeur, disposent que « chacun a droit au respect de sa vie privée ». Le juge peut sanctionner ceux qui contreviennent à l'article « sans préjudice de la réparation du dommage subi ». Comprendre : sans limite financière.
Ce fameux article 9 est devenu le pivot de tout un écosystème. La presse people revendique en effet 20 millions de lecteurs. Ce chiffre astronomique est gonflé par son « taux de circulation » (le nombre de lecteurs par exemplaire) exceptionnel - c'est bien connu, ces journaux-là, on ne les lit « que chez le coiffeur ».
Mais les groupes de presse et les photographes ne sont pas les seuls à bénéficier de ce succès. Les « people » et leurs avocats en profitent aussi. Grâce à une mécanique bien huilée.
En planque chez Brad Pitt, car les Français coûtent plus cher
Comme chacun sait, Brad Pitt, Angelina Jolie et leurs six enfants sont en ce moment dans le sud de la France. Le paparazzi qui me parle sous couvert d'anonymat est en pleine planque près de la demeure familiale des deux icônes hollywoodiennes.
« J'axe plus mon travail sur les étrangers que sur les Français », explique notre chasseur, installé sur la Côte d'Azur depuis une vingtaine d'années. « Quand j'essaie de vendre une photo d'un sujet français, les journaux me disent “pour ça, je vais devoir donner tant à mon avocat'.”
Ce paparazzi, considéré comme l'un des meilleurs en France, ne réalise donc que 30% de son chiffre d'affaires avec des “vedettes” françaises. Le reste concerne des stars américaines ou britanniques.
Mais comment repère-t-il ses victimes ? Selon lui, c'est une évidence : “La plupart des Français qui se retrouvent dans les journaux s'arrangent pour faire savoir où ils sont.” Le cliché de l'employé d'hôtel qui tuyaute le paparazzi ne refléterait donc pas la réalité.
Les people n'appellent pas les photographes directement, mais “il suffit qu'elles en parlent à la bonne personne, et on l'apprend”. Autre option : venir dans un endroit branché et public, sans se cacher. Plusieurs célébrités françaises sont connues dans le milieu pour provoquer des “paparazzades”. Quitte à attaquer ensuite les journaux.
Delon, Sardou, Pagny, Johnny : les “vraies” stars n'attaquent pas
Le paparazzi provençal est interrompu par le coup de fil d'une rédaction. Les “Jolipitt”, comme les surnomme la presse people, intéressent les rédactions spécialisées. Mais pas trop Ici Paris (groupe Lagardère), qui reste plutôt fidèle au créneau des stars françaises. “
C'est vrai qu'en France, vous êtes condamnés même quand vous écrivez la vérité, ce qui n'est pas le cas dans les pays anglo-saxons”, confirme Gianni Lorenzon, le directeur de la rédaction. “Mais nous, on est la gazette des stars, on n'est pas là pour les dézinguer.”
Certaines attaquent tout de même. “Pas les Delon, Sardou, Pagny ou Johnny, qui savent qu'on est des relais entre eux et le public. Les stars de la télé attaquent beaucoup, leur indignation est soluble dans des espèces sonnantes et trébuchantes.” Du coup, à en croire Lorenzon, “la presse people publie 20 à 30% de ce qu'elle sait”. Avec un sens de la mise en scène bien à elle, comme ces séries d'été sur les bourrelets, les stars à la plage, etc.
“Elles assument leurs petits seins”, titrait ainsi Closer la semaine dernière, avec une photo de Laeticia Hallyday topless. “C'est vrai, il y a un risque de procès, surtout que c'est une photo volée et que c'est la première fois qu'on la voit seins nus”, reconnaît Laurence Pieau, la rédactrice en chef de l'hebdo du groupe Mondadori. “Mais il nous arrive de faire des numéros sans aucun procès.”
Les avocats scrutent les journaux, et proposent des procès à leurs clients
Cela dépend de ce que trouvent les avocats des stars sur leur bureau le lundi. Chaque début de semaine, la douzaine de plaideurs parisiens spécialisés dans le genre décortique la presse people, et propose des procès à sa clientèle.
En cas d'info importante, les avocats obtiennent leurs exemplaires dès la veille au soir, grâce à des complicités dans les réseaux de distribution. Me Emmanuel Pierrat, qui défend des personnalités comme Mazarine Pingeot ou Chantal Goya, et l'ex-couple Ferrari-Hugues jusqu'à son divorce, reconnaît que ses confrères et lui ont une sorte de grille tarifaire en fonction de l'information publiée :
“On regarde ce qu'il y a dans l'article, sa superficie, la taille des photos, le degré de notoriété des intéressés et leur complaisance avec la presse people.”
Cette “complaisance” désigne le “droit au caprice” que s'arrogent certains people : une interview autorisée dans Paris Match, et un procès à Voici qui évoque le même sujet. Ensuite, qu'on aperçoive une poitrine dénudée ou seulement un bout d'épaule peut faire varier la somme demandée d'un zéro.
Le réalisateur Fabien Otoniente demande de quoi s'acheter sa prochaine voiture
La somme obtenue est nette d'impôts, de cotisations sociales et de CSG, ce qui fait dire à Me d'Antin que c'est le contribuable qui paie pour les people. D'autant que l'argent versé par les groupes de presse diminue d'autant leurs bénéfices, et donc les impôts qu'ils reversent. Les clients évaluent leur demande comme ils le veulent. Ainsi, le réalisateur Fabien Otoniente a déjà chiffré une demande en fonction du prix de la voiture qu'il voulait s'acheter (voir Glamour Business, Enquête sur l'argent des people, de Pascale Tournier et Stéphane Reynaud - éd. du Toucan - 16€, 215p.).
Laurence Pieau note que la presse people est systématiquement attaquée, “alors que ce n'est pas le cas du Parisien, par exemple, quand il traite le même sujet que nous”. Paru au début de l'été, le livre “Glamour Business” évalue à 5 millions d'euros la somme annuelle versée en dommages et intérêts par le groupe Prisma (Voici, Gala), pour un total de 250 procès. Impossible d'obtenir les chiffres correspondants chez les deux autres principaux éditeurs du genre, Lagardère et Mondadori.
Le tribunal de Nanterre est le plus généreux
La plupart du temps, les assignations -que la présumée victime peut déposer partout où le journal est diffusé- sont faites devant le tribunal de Nanterre, réputé plus généreux que les autres depuis le passage d'un président particulièrement charitable.
Mardi, Lyon Mag a ainsi reçu une assignation de l'avocate de Laurence Ferrari. Ce mensuel généraliste lyonnais a publié en juillet une interview du père de la journaliste, qui racontait son enfance. Le papier a été abondamment repris par la presse people, notamment Closer, qui a focalisé sur le suicide de la mère de Laurence, brièvement évoqué dans l'interview par son père. Elle réclame 40 000 euros, et une publication du jugement en Une beaucoup plus grande que le titre original. Devant le tribunal de Nanterre.
► Rectifié le 22/08/2008 à 12h48 à la suite de ce billet de Maître Eolas qui m'administre une cinglante leçon d'histoire du droit sur la genèse de l'article 9 du Code civil. Toutes mes excuses aux lecteurs. (AS)





















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à parti
De Lorycalque
21H04 | 23/08/2008 |
Suffit de chercher sur google…
De skalpa
actif et militant ? | 08H42 | 22/08/2008 |
http://kprodukt.blogspot.com
De newf
essaye de s'en sortir | 09H02 | 22/08/2008 |
Voici un article intéressant qui démontre que la baisse du pouvoir d'achat touche tout le monde. Rendons nous compte que ces pauvres pipoles ont besoin de gagner des procès pour pouvoir manger 5 fruits et légumes par jour. Par contre je suis quand même un peu déçu : même pas un bout de sein à se mettre sous les yeux, le journalisme n'est plus ce qu'il était.
De Phil2922
Retraite invalidité | 09H51 | 22/08/2008 |
Intéressant l'idée d'Alain Pacifique de voir les sommes récupérées par les stars en dommages et intérêts reversées à des associations. Les stars seraient alors moins tentées pour contacter les paparazzi afin qu'ils sachent où ils sont et avec qui..
http://phil195829.overblog.com
De dt_ytsejam_dt
Frouze en Suisse. | 10H04 | 22/08/2008 |
Je trouve personnellement cet article un peu superficiel et sans le petit « supplément d'âme » propre à Rue89…Surtout je le trouve orienté dans le sens où le message central semble être de s'offusquer que certaines célébrités trouvent en ces procès une source de revenu supplémentaire…C'est sans doute vrai de même que la collusion entre la presse people et ces célébrités est bien réelle. Cependant, la fameuse loi en question est avant tout garante de nos libertés et reste donc indispensable. Ainsi, ce n'est pas parce que certains profitent du système qu'il faudrait laisser les autres en pâture à cette pseudo presse…Quand à faire un raccourci pour prétendre que ce sont les impôts des citoyens français qui financent les indemnités allouées aux célébrités, et reprendre en cela le discours des représentant de cette presse poubelle je trouve que c'est un peu faire injure à l'intelligence des lecteurs…Pour finir et sans vouloir faire d'amalgame, je trouve que la soi-disant presse d'information ou ceux qui se considèrent comme de « vrais journalistes » ont une complaisance coupable vis-à-vis de cette presse à scandales (comme on disait puis avant qu'elle ne devienne omniprésente) et ont une tendance avérée à toujours se placer du coté de leur pseudo-confrères comme s'ils craignaient de devoir eux même rendre des comptes sur certaines approximations…Où quand on galvaude la légitime liberté de la presse…mais cela est un autre débat.
De Atchoom
Dessinateur d'études | 10H06 | 22/08/2008 |
franchement pendant combien de temps va t on laisser ces personnes qui se nomme « journaliste » se faire autant de pognon, tout cet argent qui passe de main en main me dégoute.
Si les français ne sont pas capable de garder leur « mauvaise curiosité » au fond d'eux hé bien apprenons leur à respecter la vie privé d'autrui en interdisant ces journaux.
De wam
mwa | 11H03 | 22/08/2008 |
cher augustin, vous pourriez mettre le lien vers le billet d'Eolas dans les commentaires sélectionnés, sa réponse est quand même vachement intéressante, même si ça fait un peu mal : -)
http://maitre-eolas.fr/2008/08/22/1055-petite-lecon-d-histoire-du-droit-…
De Buzhidao
Carte de presse n°343-F (oui, je sa... | 11H08 | 22/08/2008 |
J'ai lu « Les people en maillot pendant l'été, la barre à la rentrée ».
C'est grave docteur ?
De ALLAIN JULES C@MMUNICATION
12H36 | 22/08/2008 |
Ce que je retiens en effet, c'est que, les vrais stars n'attaquent pas. Tant mieux. les autres veulent de quoi acheter une nouvelle voiture ? Comme c'est rigolo.
http://allainjulesblog.blogspot.com/
De leon.trotski
Trés à gauche | 12H41 | 22/08/2008 |
Bonjour,
Une petite question « fiscale » :
est-ce bien sûr que les dommages et intérèts versés par les journaux sont déductibles de l'impôt sur les bénéfices ?
Cela m'étonnerait beaucoup !
De le soudanais
ici et là | 13H59 | 22/08/2008 |
Voila encore un exemple des dérives d'un système où tout le monde a besoin de l'autre pour vivre même de son pire ennemi.
Ça me fait penser à cette réflexion d'un acteur américain dont j'ai oublié le nom mais qui était alors bankable pour reprendre un adjectif actuel.
Il racontait qu'il ne comprenait pas ce système qui lui faisait tout payer quand il était pauvre et inconnu, et que désormais il avait tout gratuitement parce qu'il était connu alors qu'il avait les moyens de tout de payer, et même plus !
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 14H13 | 22/08/2008 |
Toujours le même cercle visqueux presse/célébrités qui alimente une immonde fange dans laquelle se complaisent vingt millions de dégénérée qui font honte à l'humanité.
Et cela me rapelle un théorie sociologique que j'ai apprise un jour (je n'ai plus la source, je n'en parle pas pour l'exatitude scienfique mais juste pour son interessante théorie).
Les relations sociales chez les grands singes s'établit principalement sur l'épouillage, et pour que ces presqu'humains soient satisfait ils ont besoin d'avoir une trentaine ( ? ) de partenaires d'épouillage.
Chez l'homme, cet uberape, l'épouillage se traduit par l'intêret que l'on porte à d'autres personnes, et la sphère d'épouillage inclus plus d'une centaine d'individus. Cela inclus donc son entourage proche, les amis et la famille, et même son chien ou son chat mais aussi des personnes plus distantes, comme les collègues ou les commerçants chez qui l'on va régulièrement, les connaissances du bistrot, les voisins, le concierge, le balayeur que l'on croise tous les matins, etc.
Or bien souvent cela reste tout de même limité, car on n'a pas vraiment l'impression de connaitre ces personnes occasionelles, surtout dans un milieu hyperurbain. Afin de se compléter, la sphère d'épouillage inclus donc des personnalités que l'on connait bien sans jamais les avoir rencontrés physiquement : les hommes politiques, les artistes célèbres, les parasistes appelés people, voire des personnages historiques ou fictifs (comme Luke Skywalker ou Jésus).
De fait, la presse de caniveau joue sur le vide de la sphère d'épouillage qu'elle remplit en nous montrant l'intimité de personnalités qu'elle font connaitre, comme le ferait un ouvrage historique ou un magasine politique, mais en s'abaissant (et en abaissant) au niveau intellectuel réduit de ses lecteurs (encore la théorie du temps de cerveau disponible).
C'est aussi ce phénomène qui explique (en partie) le succès de ces séries interminables où les personnages finissent par devenir réel aux yeux des fans, comme par exemple le célèbre Dallas ou Santa Barbara.
De Waldeck
Naufragé en Sarkoland | 15H16 | 22/08/2008 |
Il faut d'urgence envoyer BHL sur le front des libidos estivales pour qu'il nous fasse une évaluation sans concession des bourrelets entre Cap Nègre et Brégançon, puis une analyse objective de la situation du glamour sur le théatre des opérations (de chirurgie plastique) du côté de Ramatuelle.
Vite la Vérité n'attend pas !
De Hervé de Strasbourg
17H32 | 22/08/2008 |
Le plus significatif : les guillemets autour de « stars »….
De solstice
pigiste | 17H39 | 22/08/2008 |
Bon, je pense que stars, paparazzi, avocats et autres présidents manipulent tous les 20 millions de crétins qui lisent ce genre de prose.
Je ne plains personne, là dedans : un gentil panier de crabes où tout le monde se connaît très bien !
Bof donc.
à solstice
De parti
punishment park | 21H48 | 22/08/2008 |
on a détruit la bastille et ça n'a rien changé…ces paroles du grand jacques m'ont longtemps déplu…mais après avoir lu l'article, j'ai comme l'impression de me retrouver membre du tiers-état en face d'une nouvelle « noblesse » (parfois topless)…des nobliaux plus ou moins importants et leurs laquais dont la vie consiste à vivre aux crochets du plus grand nombre,avec une « étiquette » en fonction du « grade » et de « l'outrage » à venger…pardon à réparer…si je me permets d'évoquer l'inutilité et l'inanité de cette « caste » qui n'existe que pour s'afficher, je risque un procès ? c'est pour ça que je ne vais plus chez le coiffeur depuis belle lurette…
ps : lu plus haut les plaintes à propos des censures, je l'ai été et cela ne m'a causé aucun problème,j'avais outrepassé la charte que j'avais pourtant acceptée au départ…
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 23H43 | 22/08/2008 |
Oh, oh… De quoi alimenter la critique !
Madame Dati serait « enceinte » ?
Qui serait l'heureux papa ?
http://news.doctissimo.fr/rachida-dati-enceinte-_article4192.html
La cigogne devrait alunir en janvier 2009… Personne ne me l'a dit ! Pas possiiiiiiible !
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 22H30 | 23/08/2008 |
Ohé, y a quelqu'un ?
Seul l'écho me répondit, et pas celui des Savanes !
Pourquoi ce fil se termine-t-il ainsi ? Où sont-ils tous partis ?
De désenchantée
aucune | 09H50 | 24/08/2008 |
Nébuleuse | Ras les Antennes
On est toujours là mais l'événement est d'ordre privé ! mdrrrrrr
De Nébuleuse
Ras les Antennes | 20H50 | 24/08/2008 |
Et bien pour des gens prêts à affronter la révolution, la horde déchaînée, on se fait bien tout petit…
« ordre privé »… « privé » peut être, mais pas « ordre »…
Heureusement qu'il y a Désenchantée, car il y a pas mal de coincés dans cette audience exceptionnelle, très élitiste, si je ne m'abuse…