Ils ont roulé toute la nuit pour être à Paris au petit matin. Une vingtaine de paysans du Lot-et-Garonne, membres du syndicat Modef, proche du parti communiste, ont pris d'assaut la place de la Bastille pour une vente-manifestation.
Objectif : protester contre les marges abusives de la grande distribution, qui ne leur permettent pas de couvrir leurs coûts de production, tout en proposant un prix élevé pour le consommateur. Raymond Girardi, président du Modef départemental, martèle :
« Si la grande distribution vendait à ce prix-là, le consommateur trouverait des fruits et légumes frais moins chers qu'actuellement et nous on serait rémunérés suffisamment pour couvrir nos coûts. »
Une longue file d'attente sur le trottoir, dès 6 heures du matin
Au surlendemain de la publication par Familles rurales d'une étude révélant que les prix des fruits ont crû de 15.1% sur un an et ceux des légumes de 10.4%, l'opération, médiatisée, connaît un vif succès.
Marie-George Buffet, la secrétaire nationale du Parti communiste, fraîchement descendue d'un avion en provenance de Pékin, est elle-même venue soutenir les paysans et épingler la politique du gouvernement dont « toutes les réformes vont à l'encontre du pouvoir d'achat », selon elle. (Voir la vidéo.)
Dès 6 heures du matin, une longue file d'attente s'est formée sur le trottoir : retraités, « consommacteurs », militants… Armés de cabas à roulettes, des centaines de clients ont fait en moyenne une heure trente de queue.
Ceux qui étaient déjà venus l'an dernier connaissaient la marche à suivre : se procurer une « feuille de commande », cocher en face des produits et de leurs prix les quantités désirées, puis prendre sa place dans la file, avant de se faire servir… dans une certaine confusion.
L'heure tournant, les déceptions s'accumulent face à la pénurie : « On a attendu pour des prunes », lance un client venu acheter du raisin ou des melons. (Voir la vidéo.)
Les 60 tonnes de marchandises sont écoulées avant midi. A raison de mille euros la tonne, la vente directe aura permis de mettre un peu d'argent frais dans la poche des producteurs (60 000 euros de chiffre d'affaires). Pour une fois, ils ont en effet gardé la marge des centrales d'achat de la grande distribution.
Aux clients curieux, les producteurs détaillent le contenu du prix final. Claude Griso, cultivateur à Sainte-Marthe, près de Marmande explique :
« La salade achetée 1 euro environ à Paris me coûte 35 centimes à produire. Malheureusement, la centrale d'achat, auprès de laquelle j'écoule 80% de ma production, me la prend à 22 centimes en moyenne annuelle. Résultat, je vais arrêter la production.“Les grossistes et les supermarchés encaissent près de 80% du prix, et moi je n'ai pas le choix : je vends au prix proposé ou je détruis ma production. C'est tout simplement la loi de l'offre et de la demande : il y a un grand nombre d'agriculteurs et peu de grossistes.”
Nouveaux venus : les melons marocains et les pommes de terre polonaises
Solidor, le grossiste avec qui traite Claude Griso, donne une autre version de leur relation commerciale. Philippe Cordazzo directeur du site de Marmande, déclare au téléphone à Rue89 :
“Nous sommes tributaires du marché dont le cours est national et lisible chaque jour au Service des nouvelles des marchés. S'il y a une baisse de la consommation, le cours baisse, on n'y peut rien. Mais tant qu'on a de la production française on n'ira pas acheter de la salade belge, notre priorité c'est les producteurs français.”
Pourtant, les producteurs du Sud-Ouest s'inquiètent de la concurrence grandissante des voisins européens, Hollande, Belgique, Espagne, mais aussi des nouveaux venus comme la Pologne pour les pommes de terre, ou le Maroc pour les melons. Gilbert Dufour, producteur de pommes de terres, ne parvient pas à vivre de son exploitation. (Voir la vidéo.)
Interrogés sur les effets attendus de la loi Sarkozy de modernisation de l'économie votée le mois dernier et qui prévoit une plus grande liberté d'implantation pour les supermarchés de moins de 1 000 m2 (afin d'encourager la concurrence et donc la baisse des prix, selon la ministre de l'Economie, Christine Lagarde), les paysans n'ont que peu d'espoir. “Ça va renforcer la force des centrales d'achat, et donc ne changera rien pour nous, au contraire”, estime Raymond Girardi.
Un pessimisme que partage le député UMP Michel Raison, spécialiste du sujet, interrogé par Rue89 en juin.
Vidéo : Zineb Dryef
► Lire aussi : Michel Raison (UMP) : “La loi ne fera pas baisser les prix”




















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De brigadoon
ouf!!! | 09H50 | 22/08/2008 |
Avec le problème des transports, du chômage, des prix des légumes et des fruits, de la disparition des petites exploitation pourquoi ne pas mettre la campagne à la ville comme les ruches dans certaines villes dont Paris ?
Il suffirait de faire exploiter certains espaces verts inutiles (autour des usines, des bureaux, sur des quais, etc.)par des gens qui souhaiteraient trouver du travail dans ce secteur et il suffirait de créer des espaces de vente directe permanents où les producteurs pourraient déballer à n'importe quelle heure leurs produits (légumes, oeufs, poules, miel, etc.), ça mettrait une sacrée concurence à la grande distribution…
Que les mairies octroient un emplacement permanent aux agriculteurs avec des incitations et non loin des lieux de transports urbains et on verra la ville à la campagne et un mélange de population…
De Jaùsep
| 12H59 | 22/08/2008 |
Les opérations « coup de poing » réalisées par les producteurs ont surtout un but démonstratif.
La réalité de l'agriculture française est bien plus complexe :
Cet été, j'ai fait un séjour en montagne (Pyrénées) au milieu d'une zone pastorale dans un but de randonnée.
J'y ai rencontré des éleveurs et parlé avec eux.
La plupart d'entre eux sont installés dans des bergeries bénéficiant d'installations modernes : lieux de vie, parcs de traite, etc.
Ces aménagements étant pris en charge par les collectivités locales : conseils régionaux, communes, en vue de développer le pastoralisme…
De plus, les éleveurs bénéficient d'aides européennes considérables, leur réservant des budgets pour accroître les moyens de production : Hangars à fourrage, bâtiments d'hivernage dotés de stations de traite du bétail, de locaux ultramodernes pour la réalisation du fromage, etc. etc.
Tous ces budgets émanent des impôts prélevés sur la collectivité.
Lors de mon séjour, j'ai été acheter aux producteurs du fromage de brebis a même les bergeries. Quelle n'a pas été ma surprise de voir le prix du kg entre 13 et 15 euros ! Un tarif sensiblement identique aux supermarchés de la vallée, pour un produit qui n'est parfois même pas à la hauteur de celui qui est vendu dans le commerce (on m'a débité du fromage avec du lait qui avait subit la pollution d'une mammite, méfait indésirable des trayeuses, et que j'ai évidemment refusé).
Bien sûr, le fromage qui est vendu dans les bergeries d'altitude en été ne peut pas être du produit fait sur place puisqu'il faut 3 à 4 mois d'affinage. C'est donc des fromages réalisés l'hiver avec du lait des pâturages de la vallée mais présentés aux touristes comme un produit des alpages d'altitude.
Voilà aussi la triste réalité des faits (c'est du vécu) et comportements. Les agriculteurs doivent aussi réfléchir sur leur avenir et le sens fondamental qu'ils doivent redonner à leur profession. Il faut qu'ils arrêtent de ne viser que le profit personnel excluant parfois la qualité et l'éthique.
Ils doivent retrouver l'importance que leur engagement a toujours donnée, en matière de partenariat à l'écologie, et à la qualité de leur production.
Il faut quand même montrer du doigt la responsabilité des décideurs européens et des sociétés privées de l'agroalimentaire, qui sont les principaux responsables de ces dérives.
Je reste persuadé, au vu de son histoire, que l'agriculture française est en capacité de répondre avec force à de nouveaux enjeux, si la politique lui en fixe les lignes.
De D.Tremblais
ex-enseignant | 13H56 | 22/08/2008 |
« Allez dire à une personne qui bosse sur un chantier ou bien dans le tertiaire abrutissant, téléphone soudé au crâne, à répondre à des questions débiles de clients encore plus débiles – à savoir une activité éreintante pour un salaire de merde – d'aller s'offrir des produits bios. »
Je bosse dans le tertiaire abrutissant. Je passe ma journée le casque téléphonique soudé à l'oreille à répondre à ces fameuses questions débiles.
Je ne mange pas bio tous les jours, mais je m'efforce de manger sainement. Je cultive mon jardin aussi. Evidemment, tout cela a un prix : du temps principalement. Il faut dire, je n'ai pas de télé. Donc, pas d'abonnement prohibitif à un bouquet quelconque (fut-il satellitaire). Je n'ai pas de téléphone portable non plus.
L'air de rien, en n'ayant pas la télé : je ne suis pas abruti de publicité. Donc je consomme moins de superficiel. Du coup, même avec mon salaire de m****, j'arrive à manger bien.
Mais bon, c'est un choix.
De la rousse de poche
14H17 | 22/08/2008 |
Nous avons de la chance d'avoir encore dans certaines régions des mamies en tablier, les ongles noirs de terre qui déballent de leur C15, des vieux cageots en bois et vendent une toute petite production, je peux vous assurer que la forme et le gout des fruits et légumes n'ont rien des calibrés-congelés de la grande distribution.
Quand au prix c'est sensiblement pareil..
La plupart des gens autour de moi sont du même avis mais trouve ça tellement plus pratique de tout acheter au même endroit en voiture (parce que pour aller au marché le samedi matin faut pouvoir se garer en centre ville)..
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 16H49 | 22/08/2008 |
En fait, le réel problème de cette filière, ce sont les innombrables intermédiaires, dont je doute de l'intérêt de certains.
Pour commencer, le producteur (agricole ou industriel) doit négocier son référencement au niveau national (assez rare, seuls quelques enseignes et les grandes marques jouent à ce jeu), le plus souvent au niveau des centrales et parfois aussi au niveau du point de vente (surtout chez les franchisés et pour les produits locaux).
Même avec le concept du commerçant du coin ou le camelot du marché, il y aura baston pour placer son produit local, car soit la demande n'est pas suffisante et il y a perte d'espace et péremption, soit la demande est trop forte et du coup il faut négocier avec celui qui décide des places en rayon : vous pouvez coucher avec le boucher du coin, ou bien offrir des cadeaux au chef de rayon ou au directeur du magasin (je ne citerais pas de nom, mais un de mes anciens clients offre des places de cirque), soit négocier financièrement au niveau des centrales : ce sont les fameuses marges arrières.
Dans ce dernier cas, le producteur doit payer diverses choses (payer des prospectus, payer pour une tête de gondole, pour une pauvre étiquette du style « la fête des prix », etc.) ou se soumettre à diverses contraintes : installer le produit soi-même en rayon, fournir des animatrices qui serviront aussi de femme de ménage d'un jour, etc.
A propos du prix d'achat des produits par les enseignes, il faut savoir qu'il existe un tarif minimum : le seuil de revente à perte. Il est régit par les lois Galland et Dutreuil, mais c'est un tel fatras de chiffres et de mots que je n'ai jamais réussi à comprendre comment le calculer. La seule chose à savoir, c'est qu'il y a un plancher en dessous duquel la centrale d'achat ne peut descendre, raison pour laquelle elle impose ces conditions à ses fournisseurs : ces derniers payent mais cela respecte le SRP.
En plus, il faut considérer la logistique : le transport et le stockage des marchandises, ainsi que le retour ou la mise à la décharge. Parfois cela est à la charge du fournisseur, qui joue la simplicité ou possède les moyens pour le faire (flotte de transporteur intégré ou tiers), parfois c'est sous la responsabilité du distributeur qui bien sûr le fait payer au fournisseur.
Inversement, il arrive aussi que des grandes marques pratique une sorte de chantage : imaginez une grande marque de soda à base de cola qui impose que son nouveau produit soit placé en rayon, de manière attractive (le niveau des yeux de la ménagère), le tout pour une compensation financière minimum.
Si le magasin refuse, alors l'industriel retire son produit phare du supermarché, ou participe plus activement à la promo d'une enseigne concurrente. Il perdra une part infime de son CA, mais le magasin perdra une grosse part de la clientèle, qui ira dans une autre GSA où elle pourra trouver son produit fétiche et aussi tout le reste.
Autre détail qui a son importance, la recette des ventes des produits est reversé au producteur après que le consommateur ait payé la facture, ce qui fait que le distributeur possède toujours une somme d'argent temporaire dans ses mains qu'il peut utiliser pour diverses choses, dont les principales sont les investissements, les crédits à la consommation et autre activités très lucratives mais qui nécessitent du cash.
Donc pour en revenir au référencement, c'est un véritable cauchemar de négociation auquel un producteur seul dans son coin ne peut prendre part : il doit donc soit passer par une centrale d'achat, soit par une coopérative (qui peut être pire qu'une centrale). Et si la taille de l'entreprise le permet, elle peut avoir une force de vente dédiée à cette tâche (souvent des esclaves qui triment comme des fous avec toute une hiérarchie plus ou moins compétente).
Inversement, les chefs de rayon ou les directeurs n'ont pas toujours le poids ou la marge de manœuvre nécessaire pour arbitrer ces négociations, surtout les petites surfaces, et doivent se soumettre aux décisions de leurs centrales d'achat (même si chaque enseigne à une politique différente sur ce point).
Et pour être tout à fait honnête, il existe encore une couche qui se greffe là-dessus et augmente encore la facture : les services qui permettent de gérer tout ce bazar. Ils se nomment ERP (gestion des ressources humaines), CRM (gestion de la clientèle), EDI (gestion des commandes et factures) ou encore ETMS (gestion territoriale de la FDV). Objectivement, je dirais que c'est un mal nécessaire pour que la gestion de l'équipe de vente ne soit pas un cauchemar, et surtout pour s'assurer que les distributeurs tiennent leur engagements, que les livraisons soit assurées et les chèques bien encaissés. Mais c'est aussi un véritable mouchard qui surveille le travaille des commerciaux et peut leur mettre une pression terrible. Subjectivement, je dirais que c'est essentiel, car c'est ce qui me fait manger : D
Je n'ai fait que survoler la complexité du système de la grande distribution, en me centrant sur le référencement et abordant légèrement le reste, histoire que vous compreniez de quoi il en retourne réellement.
Donc il ne faut pas rêver : les produits bio et issus du commerce équitable font aussi partie de ce système, cela ne change rien.
Le commerce de proximité n'est pas non plus une solution valable, car l'épicier du coin peut appliquer les mêmes méthodes que les enseignes de la GD, et surtout qu'ils peuvent se liguer pour imposer leur volonté.
Créer une enseigne qui change ses procédés et respecte ses fournisseurs, une sorte de hard discount inversé, est envisageable à condition d'avoir un gros capital de départ et un bon marketing pour tenir contre une concurrence violente.
Syndiquer les producteurs pour avoir plus de poids est peut être la meilleure solution, mais on retombe dans le principes existants des coopératives, et ce sont ces dernières qui impose leur volonté.
Quant à la législation, il faudrait qu'elle soit simple, radicale et sans faille qui permettrait de la contourner, ce qui me semble utopique.
En clair, bonne nouvelle pour vous, vous allez pouvoir continuer à déblatérer sur le sujet pendant des siècles, la situation est loin de s'arranger.
De Strelok
Humain | 17H09 | 22/08/2008 |
Alors je sais que je vais me faire incendier, parce que ce que je dis n'est pas politiquement correct. Mais j'ai une question qui me taraude depuis longtemps : pourquoi faire un métier, s'il ne permet pas de gagner sa vie ?
Je parle des agriculteurs, pêcheurs, éleveurs, etc. Qui passent leur temps à hurler pour avoir plus de subventions. Si leur métier n'est pas rentable, pourquoi ne pas en changer ? Pourquoi c'est toujours au contribuable de remplir leurs caisses ? Dans tous les autres domaines, une entreprise qui est déficitaire, ferme, sans plus de sentiments, et c'est bien normal…