Il faudrait donc clouer au pilori le caricaturiste Siné. Depuis la mi-juillet, un spectre hante le petit monde journalistique : celui de l'antisémitisme. (Etant bien entendu que les Arabes ne seraient pas sémites…) Certains de nos confrères sont tellement paniqués à l'idée d'être accusés d'antisémitisme qu'ils ne cessent d'attiser des braises qui peuvent s'avérer dangereuses.
Diaboliser Siné permet surtout d'évacuer les scories d'un sinistre communautarisme favorisé depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. Cela va tellement loin que quelques bons esprits dérapent gravement, jusqu'à utiliser le mot « race » dans leurs anathèmes.
Au nom du génocide commis par les nazis, il faudrait prendre les plus grandes précautions dans l'utilisation du mot « juif ». Pourquoi tous ces pourfendeurs de racistes potentiels oublient de crier leur rage rétrospective lorsque la France des droits de l'homme n'a jamais envisagé de faire le procès d'une institution policière qui a livré 76 000 juifs aux nazis, de 1941 à 1944 ? Sans pratiquer le moindre amalgame, comment se fait-il que les honorables pétitionnaires, qui soutiennent l'antiraciste directeur de Charlie Hebdo ne se pressent pas vraiment pour dénoncer les centres de rétention administrative qui déshonorent le pays de la liberté, et sont autant de petits Drancy ? Pourquoi ces bons citoyens ne font-ils pas barrage de leur corps pour empêcher ces dizaines de milliers d'abominables expulsions de sans papiers ? Comment ne pas aborder le non-dit ? Il se dessine derrière cette crainte de l'accusation majeure d'antisémitisme la peur panique d'être montré du doigt comme un possible ennemi d'Israël ! Il faudrait donc conclure que la simple critique du comportement de l'Etat hébreu envers les Palestiniens, cet « antisionisme », analysé comme de l'antisémitisme, est devenu un crime majeur. L'un de ces délits pouvant permettre de présenter celui qui refuse le dogme obligé comme un véritable criminel de guerre par destination.
Du calme, mes chers confrères ! Maurice Rajsfus
Journaliste-écrivain
rescapé du génocide nazi.


























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De lifka
13H08 | 22/08/2008 |
Après Esther Benbassa, c'est Maurice Rajfus qui s'y colle : il faut absolument défendre celui qui dans son camp est taxé d'antisémitisme. Et pour ça quoi de mieux que le juif de service, surtout si il fait suivre sa signature des mots « rescapé du génocide nazi » supposés lui donner à tout jamais l'expertise morale et le droit de dire ce que serait l'antisémitisme.
Et de sortir tous les arguments noyant le poisson : ces vilains dénonciateurs de Siné ne diraient rien sur les camps de détention (qu'en sait-il ? ) et toujours le fameux « droit de critiquer Israël » qui en l'occurrence n'a strictement rien à faire dans cette affaire où le mot « Israël » n'a même pas été cité par Siné.
Alors allons-y, sortons nos munitions. Je suis fille de Résistants, parente de morts de la Shoah, est-ce que ça me donne le droit de dire que la chronique de monsieur Siné était non seulement antisémite mais incitait à la concurrence victimaire ?
Et puis j'ai un scoop pour monsieur Rajfus, il n'y a pas que des vilains sionistes parmi ceux qui ont jugé les propos de Siné inadmissibles.
Parmi les signataires de l'appel pour soutenir Philippe Val on trouve ainsi des personnalités comme Bertrand Delanoë, Ariane Mnouchkine, Fred Vargas, Dominique Voynet ou Elisabeth Roudinesco. Pas franchement connues jusque là pour leur soutien inconditionnel à Israël, ni à l'inverse pour certains par leur silence sur les grands problèmes de société.
Mais quand on veut noyer son chien on l'accuse de la rage. Et en l'occurrence, ici la rage, c'est le « sionisme ».
Et pour répondre à ceux qui s'étonnent du peu de réactions à cet article, c'est peut-être tout simplement que les gens en ont assez de ce bourrage de crane sur le « juste » Siné ? Car finalement quand certains prétendent qu'on fait du harcèlement et qu'on voudrait abattre Siné, à voir la multiplication des articles destinés à nous expliquer qui sont ceux qui le critiquent, on se demande qui harcèle qui et qui voudrait abattre qui. Et surtout qui cherche à délégitimer la lutte contre l'antisémitisme.