Enfer et contrition ! Il y avait donc un franciscain chez les SS. Scandaleuse approbation de l'idéologie nazie par un prêtre catholique ? Odieuse collusion morale ? Au contraire. La longue fréquentation des nazis par Karl Goldmann fut une affaire inimaginable de résistance morale. Ses imprudences auraient pu lui valoir la mort. Elles lui ont pourtant sauvé la vie.
Karl Goldmann est né le 10 octobre 1916 à Ziegenhain, en Allemagne. Il se révèle vite être une sorte de sale gosse et bien lui en prend. Après son installation à Cologne, il entre dans l'Union de la jeunesse catholique Neudeutschland. Premiers contacts avec les nazis, affrontements avec les Jeunesses hitlériennes, prison. C'est dans ce cadre qu'il joue une première fois les trompe-la-mort, en proclamant à la face d'un interrogateur qu'il n'y a en Allemagne qu'un seul « Führer », Jésus Christ. Mauvaise graine. Ivraie, même.
Brun avant les bruns
Incorporé, il s'oppose, dans une cantine, à un groupe de soldats, dont des officiers, qui imputent à l'Eglise d'être un « lobby capitaliste » et au pape d'être « le pire fauteur de guerres de tous les temps », avant de proclamer que « l'objectif ultime de la guerre qui commence est l'extermination des Eglises et la liquidation de tous les “curés” ». Après quelques vifs échanges sur le concordat signé par Hitler, à l'un des officiers qui lui demande s'il est « noir » (couleur des prêtres) ou « brun », Goldmann répond qu'il est brun depuis 1936, qu'il les a rejoints « au monastère des franciscains à Fulda, [qui] portent l'habit brun depuis six cents ans, depuis beaucoup plus longtemps, vous le reconnaîtrez, que les bruns d'aujourd'hui ».
Incorporé dans la SS, il refuse, avec dix autres « théologiens », de prêter serment « sur l'honneur du sang allemand », avançant qu'ils ne peuvent prêter un serment qui ne mentionne pas Dieu. Il est pourtant maintenu dans la « Schutzstaffel », désireuse de s'attacher les services d'hommes de caractère. C'est d'ailleurs ce que lui dit clairement et directement Himmler, lui garantissant une totale liberté religieuse… avant qu'un officier SS, venu délivrer un discours sur les objectifs de la guerre, ne limite cette liberté à la durée des hostilités. Goldmann l'interroge sur son sort « après la victoire finale » :
« La réponse tomba, glaciale : “Je vous pendrai alors de mes propres mains à l'arbre le plus proche ! ‘’
Plus tard, la SS, qui espérait voir ces hommes pieux changer à son contact, veut leur imposer, à l'issue d'une formation pour devenir officiers, de quitter l'Eglise catholique et de renoncer à retourner dans leur séminaire ou monastère à l'issue du conflit. Refuser de devenir officier relevait du refus de servir la patrie et de la trahison. Pourtant, les uns comme les autres déclinent, tentant d'user des valeurs mises en avant par les nazis, plaidant qu'ils seraient de bien piètres officiers s'ils reniaient ainsi leurs plus fermes convictions. Himmler, ayant été averti, leur fait demander de préciser clairement leur position. C'est alors que Karl Goldmann rassemble tous ses souvenirs d'éducation jésuite, de ses premières années de séminaire, pour rédiger une lettre justifiant son refus d'obtempérer. Son introduction relevait pratiquement d'un appel au martyre :
‘Je déclare ici considérer comme irrecevable, en ce qui me concerne, l'idéologie du national-socialisme et de la SS.’
Karl Goldmann fut le seul, parmi les onze ‘théologiens’, à signer une telle lettre. Il fut déclaré inapte au service dans la SS et versé dans la Wehrmacht. Ses dix autres camarades furent délibérément versés en première ligne sur le front russe et n'en revinrent pas.
Une opposition aux nazis revendiquée
Il faudrait encore raconter comment Karl Goldmann découvrit sur les quais de Seine des ouvrages de la bibliothèque de son séminaire franciscain, pillée par les nazis, et en organisa le rapatriement par caisses entières… frappées du sceau des SS. Il faudrait revenir sur le rôle qu'il a pu jouer dans l'organisation de l'attentat contre Hitler. Evoquer ces messes où la vue d'un SS de haute stature en grand uniforme n'a pas manqué d'épouvanter prêtres et fidèles. Mentionner la manière cavalière avec laquelle il s'introduisit auprès du pape afin de lui demander, et d'obtenir, une dérogation spéciale pour être ordonné prêtre. Comment il obtint d'un évêque italien, sous la menace d'une mitraillette, de pouvoir porter le saint-sacrement aux soldats allemands mourants. Evoquer les champs de bataille italiens sur lesquels il servit comme infirmier, notamment celle du Mont-Cassin. Ou encore l'ensemble ces exécutions ordonnées par les nazis comme par les français, qu'on veuille le pendre ou le fusiller, auxquelles il a échappé.
Mais l'essentiel est bien dans cet affrontement qu'il eut avec les nazis et qu'il poursuivit jusque dans le camp de prisonnier de Ksars-es-Souk, où, une fois ordonné prêtre, il demanda à être interné. Ce camp, réputé le plus dur d'Algérie, était dirigé par l'administration française mais laissé à l'organisation des officiers nazis. Il se réveillait avec l'ovation au Führer.
Son arrivée à Ksars-es-Souk est l'occasion de tentatives d'intimidation (autant que d'assassinat). C'est ainsi que le chef de cet univers clos, clôturé, lui déclare notamment : ‘pour nous Allemands, il n'y a qu'un péché : la profanation de la race. Il est puni de mort. Il n'admet pas de pardon, il n'y a donc pas besoin d'Eglise ni de prêtres. Encore une fois : celui qui prêche une religion étrangère est pire qu'un profanateur de la race.’ Sait-il comment ils traitent les ennemis de la patrie ? Le Père Géréon Goldmann, évoquant Dachau, répond en public :
‘Eh bien, moi, j'y suis allé, et j'ai vu de mes yeux comment on traite ceux qui ont été déclarés ennemis de la patrie… Je vous ferais volontiers une conférence sur ce sujet. Non sur la philosophie, mais sur les crimes et les meurtres inimaginables engendrés par la philosophie nationale-socialiste. J'ai vu l'enfer de Dachau, que vous, vous ne connaissez que de nom.’
A la suite de quoi, il remplit pleinement son rôle d'aumônier militaire et libéra progressivement les prisonniers de l'emprise nazie.
Une vie en plaidoyer pour l'instruction
Dans son discours de Harvard en 1978, Soljenytsine formulait une injonction, donc : que ‘tout le chemin de notre vie devienne l'expérience d'une élévation avant tout spirituelle : quitter cette vie en créatures plus hautes que nous n'y étions entrés.’ La vie du père Géréon Goldmann -qui passa ensuite plus de cinquante ans au Japon auprès des plus pauvres- en est un ardent témoignage.
Il peut nous arriver de trouver vaines nos lectures, nos recherches, vaine la tentative sans fin de chaque homme - tout juste un peu nourri de l'expérience et de la réflexion de ceux qui l'ont précédé - de trouver du sens à sa vie. Le non-croyant sait que, sage ou non, il ne sera in fine que cendre ou poussière. Le croyant sait que son instruction ne lui gagnera pas une meilleure place dans l'au-delà.
Mais il reste l'inconnu : nul ne sait ce à quoi il aura à faire face. Karl Goldmann ignorait qu'il aurait à faire face à la barbarie nazie. Nous ne savons pas davantage si nous aurons à faire face à une quelconque menace, ni de quelle nature elle pourrait être. Mais, sans les années d'instruction reçues par Karl, jamais il n'aurait pu répliquer ainsi aux nazis, les prendre dans leurs contradictions, instrumentaliser leurs convictions. Ceci ne vaudrait-il que face à un régime qui se soucie encore d'un peu de cohérence idéologique ? Possible. Mais le régime nazi accompagnait aussi ce souci résiduel du plus barbare déchaînement. Et Géréon Goldmann en a triomphé. Dans le doute, voilà qui incite à s'instruire, s'édifier.
Une dernière conclusion : ne pas faiblir dans l'énoncé de ses convictions. L'alternative n'est pas nécessairement entre se renier pour survivre et mourir pour ses convictions. A la lecture de cette autobiographie, le croyant pourrait même espérer une assistance céleste, tant il paraît humainement inconcevable que le père Goldmann ait pu défier avec tant de force et de constance la barbarie nazie sans finir en martyr.
► Un franciscain chez les SS - de Géréon Goldmann - aux éditions de L'Emmanuel et du Jubilé - 320p., 22€.





















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à koz
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 14H30 | 21/08/2008 |
En l'honneur de l'église catholique, il faut dire que celle-ci avait interdit à ses fidèles d'intégrer le parti nazi.
Il est vrai par contre, que le parti catholique, le Zentrumspartei, a voté en faveur de la loi du 23 mars 1993 instaurant les pleins pouvoirs (« Ermächtigungsgesetz »)pour Hitler, limité à l'origine à une période de 4 ans.
Lors du vote du 23 mars, qui se faisait -après l'arrestation d'un grand nombre de députés communistes et socialistes- en présence de forces de la SA en armes dans l'assemblée, les députés centristes ont effectivement suivi la demande de leur leader, monsignore Kaas, alors que le parti du centre avait été - avec les socialistes et un petit parti libéral-démocrate (DDP) - le parti le plus fidèlement acquis à la république de Weimar.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Zentrum
Voici les résultats des élections législatives du 5 mars 1933 (les dernières, encore vaguement « libres », alors que Hitler était déjà chancelier depuis le 30 janvier et le pays avait été sécué par de nombreux actes de repressions, opérations de coup de poing sanglantes de la part du gouvernement etc., sans oublier l'incendie du « Reichstag » qui avait donné le prétexte pour l'arrestation de nombreux opposants au régime).
http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_allemandes…
Les mandats des 81 députés communistes qui venait d'etre élus en janvier 1933 étant déclarés « caducques », seul les 94 députés socialistes sur 120, qui ont pu participer au vote, ont tenu bon en votant contre.
De Polydamas
13H13 | 21/08/2008 |
« Par ailleurs Adolf a été élu chancelier (pour prendre ensuite le pouvoir) grâce aux voix des cathos allemands qui ont fait pencher la balance en sa faveur (opposés au “ communisme ”) »
Le souci, Houvaton, c'est que vous racontez un tissu de mensonges. Vous oubliez que ce sont les protestants qui l'ont élu, non les catholiques.
à Polydamas
De Houvaton nouveau compte
13H46 | 21/08/2008 |
Vous montrez celle de juillet 1932. Il y en a eu deux autres, déterminantes, celle de novembre 1932 et celle de mars 1933.
Vous les auriez ?
Par ailleurs : « Le 30 janvier 1933 vers midi, Hitler est nommé à la Chancellerie de la République de Weimar, suite à un mois d'intrigues au sommet organisées par l'ancien chancelier Franz von Papen, et grâce au soutien de la droite et à l'implication du DNVP. »
DNVP :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Parti_national_du_peuple_allemand
Pas de catholiques dans le DNVP ? Ils sont majoritaires oui ! tel un certain Martin Spahn :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Martin_Spahn
à Houvaton nouveau compte
De Polydamas
14H22 | 21/08/2008 |
Comme si la situation pouvait évoluer sensiblement en trois ou six mois, vous n'avez pas peur du ridicule, vous….
Et nulle part je ne conteste qu'il y ait eu des catholiques nazis. Mais il est impossible d'affirmer que catholicisme et nazisme furent liés comme vous n'hésitez pas à le faire de manière outrageuse.
à Polydamas
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 15H06 | 21/08/2008 |
Je pense vous avez raison :
L'éléctorat « non-catholique » s'est trouvé plus perméable que l'électorat franchement catho à la propagande nazie.
Les partis de la droite et extrème -droite classique DVP et DVNP étaient des partis plus proches d'un électorat protestant, alors que le Zentrum se situait - comme le nom l'indique - au centre de l'échequier politique.
À ne pas oublier cependant que le NSDAP n'a jamais obtenu la majorité absolue et que des protestants (Niemöller, les cercles du « Bekennende Kirche » qui s'opposaient aux « Deutsche Christen » nazis…) étaient - avec les opposants de la gauche - parmi les opposants les plus impertubables.
Je ne pense pas qu'on arrive à grand chose en voulant reduire la fracture entre partisans et opposants au nazisme à l'appartenence confessionelle des Allemands.
Un tel manichéisme serait aussi oublier que bon nombre des personnes qui votaient socialiste ou communiste étaient en meme temps membres d'une église….
à leconcombrevert
De koz
(auteur)
Blogueur | 17H21 | 21/08/2008 |
« Je ne pense pas qu'on arrive à grand chose en voulant reduire la fracture entre partisans et opposants au nazisme à l'appartenence confessionelle des Allemands.
Un tel manichéisme serait aussi oublier que bon nombre des personnes qui votaient socialiste ou communiste étaient en meme temps membres d'une église…. »
Danke.
Si je puis dire.
à koz
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 23H09 | 21/08/2008 |
Mais je vous en prie. : -)
à Polydamas
De Emmanuel M
Commentateur | 20H48 | 21/08/2008 |
Une carte très intéressante. Mais elle semble presque trop caricaturale pour être vraie.
Impressionnant. Ceci dit il est vrai que l'Eglise catholique a mené une campagne vigoureuse et couronnée de succès contre les premières tentatives d'élimination des handicapés.
à Emmanuel M
De Polydamas
22H28 | 21/08/2008 |
« Une carte très intéressante. Mais elle semble presque trop caricaturale pour être vraie. »
J'adore, non, j'adore…
La vérité oblige de dire que l'Eglise n'a pas aidé le nazisme, mais il y en a qui sont pas contents, et qui estiment que la carte est trop « caricaturale ».
Mais puisqu'aujourd'hui, je suis d'humeur badine, je vais vous donner la source. Il s'agit de ce livre en PDF, les cartes sont reproduites aux pages 232, 233, 234, vous pourrez les examiner plus à loisir.
à Polydamas
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 23H47 | 21/08/2008 |
Merci pour le lien, Polydamas.
C'est vrai que la carte peut paraître « caricaturale » au premier abord, mais parfois la réalité s'en fiche pas mal du simplement plausible.
Mais pour complèter l'image il faudrait garder à l'esprit que certaines régions où le NSDAP a obtenu des votes nettement en dessous de la moyenne nationale correspondaient aussi aux centres industriels et citadins de l'Allemagne, dont à l'ouest la Ruhr et les grandes villes de la Rhenanie, au sud-ouest la Bade, au sud-est le sud de la Saxe ; à noter également le resultat médiocre pour les nazis à Berlin et dans le land de Brême au nord-ouest.
à Polydamas
De Emmanuel M
Commentateur | 23H31 | 21/08/2008 |
Je ne mettais pas en doute votre argument.
Je trouvais juste que la corrélation est extrêmement impressionante, l'une des cartes constituant le négatif quasi parfait de l'autre.
à Polydamas
De Houvaton nouveau compte
10H00 | 26/08/2008 |
Ce document manque de rigueur : il n'y a jamais eu de votes en Allemagne le 3 juillet 1932 …
mais des législatives le 31 juillet.
Par ailleurs il est très facile de tomber directement à moins de 35% (zone blanche) alors que la moyenne nationale a été de 37,4%. Enfin les zones peuplées ont largement dépassées cette moyenne …
Bien tenté … (facile l'effet d'optique quand on rentre pas dans les détails).
Et il y a eu deux autres législatives … j'aimerais bien voir leurs tableaux cette fois-ci.
De liberal
16H51 | 21/08/2008 |
Curieuse réaction Houvaton. Koz nous parle d'un prêtre ayant eu une attitude admirable. Mais vous rejetez en bloc son article et ce qu'il peut nous apprendre en plaçant le débat au niveau de l'église catholique.
Renversons les rôles et imaginons qu'un article parle d'un jeune communiste résistant, arrêté en 40 et fusillé en 41 (appelons-le Guy M. pour les besoins de la démonstration). Serais-je fondé à m'écrier : « N'importe quoi ! Tout le monde sait qu'en raison du pacte germano-soviétique, les communistes étaient les alliés objectifs des nazis et n'ont commencé à résister qu'en juin 41 »
Une telle position serait :
1. simpliste donc fausse
2. hors-sujet
3. inutilement agressive.
Accessoirement, elle m'empêcherait totalement de m'imprégner de l'histoire de cet homme, d'en tirer des leçons, de m'en inspirer.
Le destin de Karl Goldmann est exceptionnel et nous donne à réfléchir sur nos choix, la force de notre caractère, la façon dont nous vivons nos vies. Il est dommage que vous n'ayez pu dépasser votre évidente antipathie envers les catholiques pour apprécier cela.
Enfin, puisque vous semblez sincèrement abhorrer les régimes totalitaires, vous devriez éviter de systématiquement réduire les individus à la catégorie à laquelle ils appartiennent. Ce ne sont jamais des hommmes qu'on assassine, mais des juifs, des communistes, des riches, des étrangers, des intellectuels, des curés…
à liberal
De koz
(auteur)
Blogueur | 17H19 | 21/08/2008 |
Bien vu.
Mon billet n'a jamais eu pour vocation d'affirmer que les catholiques allemands ont été absolument exemplaires dans la lutte contre le nazisme.
Les catholiques allemands étaient des allemands, les allemands ont majoritairement voté pour Hitler, et les catholiques y ont apporté leur contribution. Il semblerait toutefois qu'elle notable mais moins importante que celle d'autres « communautés ».
Il faut aussi être lucide sur l'appellation « catholiques ». Qu'entend-on par catholiques en Allemagne en 1933 ? Le fait d'être baptisé ? Ou faut-il en plus avoir des convictions catholiques ? Par ailleurs, en Allemagne, la dimension religieuse est bien plus imbriquée dans la politique qu'en France. Sauf erreur de ma part, il n'y avait pas de parti catholique dans notre France laïque. Cela n'empêche qu'il y avait en France et en Allemagne des personnes qui se revendiquaient comme catholiques à gauche, au centre, à droite et à l'extrême-droite. Parler d'un vote catholique n'est pas forcément extrêmement pertinent.
Et quand bien même, si vous tenez à généraliser, qui est le plus emblématique du catholicisme ? Goldmann ou Von Papen ? Qui lui est le plus fidèle ?
Mais comme le dit liberal, ce qui est regrettable, c'est que vous avez chaussé d'emblée des lunettes idéologiques pour refuser un simple témoignage. Même si Goldmann était le seul à avoir agi de cette manière, le seul allemand à avoir résisté, je ne vois pas ce que cela ôterait de pertinence à ce livre.
---
Ah, et au risque de vous agacer, il y avait des catholiques parmi les américains qui ont débarqué en Normandie, des catholiques parmi les canadiens, des catholiques parmi les résistants français et je me suis même laissé dire que le Général de Gaulle lui-même… Cela rend la généralisation moins évidente.
De Etre Persienne
Méditation | 11H51 | 22/08/2008 |
Bonjour,
Je vous félicite pour votre article sur un sujet particulièrement délicat : L'histoire d'un prêtre allemand dans la SS. Ce sujet rassemble tout ce qui peut faire fuir un esprit français, l'Eglise et le nazisme.
Cela vient équilibrer un débat dans lequel on cite plus volontiers Mgr de Luppé ou la pièce « Le Vicaire » de Rolf Hochhuth, dont on sait maintenant qu'il s'agit d'une opération de manipulation des services secrets soviétiques comme le rappelle le rabbin David Dallin dans « Pie XII et les juifs »
http://www.editionstempora.fr/nouveautes/pie_xii_et_les_juifs_le_mythe_d…
Votre présentation de l'ouvrage est intéressante.
Je trouve cela courageux de votre part parce que c'est un sujet encore très méconnu, difficile, qui perturbe notre conscience collective et ses certitudes, remises en cause très timidement.
J'ai découvert cette réalité en négatif.
Ce n'est pas l'Allemagne qui a brillé de vertus jusqu'alors ignorées mais l'éclat de la France qui donnait des signes de faiblesse.
Tout a commencé avec une biographie de Ferdinand Bac (« Un prince 1900 » par Ghislain de Diesbach)
http://www.amazon.fr/Un-prince-1900-Ferdinand-Bac/dp/2262015171
puis un ouvrage d'histoire de Léon Schirman : « Eté 1914 mensonges et désinformation »
http://www.italiques.com/italiques/index.php ? sp=liv&livre_id=4
Le dernier ouvrage à être venu perturber les certitudes est celui de Suzanne Citron « Le mythe national ».
http://www.editionsatelier.com/index.php ? ID=1015921&contID=1008721&resul…
L'évidence que le peuple allemand ait été la première victime du nazisme provient de la culture antiallemande (« bochophobie » ? ) ayant empêché de comprendre ou d'imaginer cela pendant de nombreuses années.
Une étude intéressante sur l'antigermanisme a été publiée par une toute petite maison d'édition.
http://www.amazon.fr/LAntigermanisme-en-France-Alsace/dp/2951754647
Sebastian Haffner et « Histoire d'un Allemand » permet de découvrir cette situation.
http://www.parutions.com/pages/1-1-304-2560.html
Celle de l'Eglise face au nazisme est résumée dans l'ouvrage de Matthieu Baumier
http://www.presses-renaissance.fr/livre.php ? ean13=9782750901653
L'enquête de Pierre Blet sur Pie XII
http://www.biblisem.net/historia/bletpi12.htm
Un blog est consacré à Pie XII :
http://www.pie12.com/
Ce pape a été remercié par les juifs pour son action durant la guerre. Un arbre a été planté en son honneur dans le jardin des justes
Des témoignages apparaissent aujourd'hui sur la vie des catholiques allemands.
Karl Leisner - ordonné prêtre clandestinement à Dachau par l'évèque de Clermont Ferrand.
http://www.karl-leisner.de/frankreich.html
Alfred Stancke, le franciscain de Bourges
http://encyclopedie.bourges.net/franciscain.htm
Le Père Franz Stock « L'aumonier de l'enfer », responsable du « séminaire des barbelés ».
http://pelerinageromeassise.hautetfort.com/archive/2007/10/19/l-abbe-fra…
La résistance allemande fait l'objet d'études
http://resistanceallemande.online.fr/
Il y a avait de(s) maquis en France composés d'allemands
http://www.ecrans.fr/Ces-Allemands-qui-ont-pris-le.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Otto_K%C3%BChne
Le livre de Joachim Fest « Pas moi, souvenir d'une jeunesse allemande antinazie »
http://www.editionsdurocher.fr/ouvrage_rocher-54-Pas_moi_-EdR.html
Ernst Junger - auteur de « Sur les falaises de marbre » (« Auf den Mamorklippen » publié en 1939) qui est un poème tragique sur le totalitarisme.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Sur_les_falaises_de_marbre
Enfin, chose essentielle, j'avais déjà remarqué le livre dont vous parlez sur les rayons de librairie. Il ne m'intéressait pas. Overdose. Vous m'avez donné envie de le lire.
Tout cela n'enlève rien à la réalité et à l'horreur de ce qui s'est passé pendant la guerre.
http://www.ushmm.org/wlc/fr/
Je vois dans la Shoah un évènement ayant une portée universelle même s'il demeure tragiquement lié à l'histoire du peuple juif. C'est la conclusion que je tire de l'ouvrage de Bernard Bruneteau « Le siècle des génocides »
http://www.herodote.net/articles/article.php ? histoire=livreBruneteau
La doctrine du patriotisme constitutionnel semble être la réponse appropriée à cette dérive. Il n'est peut être pas entièrement un hasard de l'avoir vu naître en Allemagne.
http://www.cees-europe.fr/fr/etudes/revue9/9article5som.php
C'est un long débat, intéressant, qui ne fait que commencer. Fiat Lux.
En espérant ne pas vous avoir importuné.
Bien à vous
A H
nb : Je ne suis pas de nationalité allemande.
Je vous signale un étude sociologique de Jean Luc Leleu parue sur les SS.
http://www.clionautes.org/spip.php ? article1681
Ce site a l'air intéressant.
à Etre Persienne
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 12H07 | 22/08/2008 |
Merci pour vos pistes de départ intéressantes et pour vos suggestions de lecture que je n'ai pas encore trouvé le temps d'explorer !
à Etre Persienne
De koz
(auteur)
Blogueur | 12H47 | 22/08/2008 |
Merci beaucoup pour l'ensemble de ces références.
Je ne connaissais pas l'ouvrage du Rabbin David Dalin. Ayant lu un autre ouvrage plutôt critique sur Pie XII, je lirai celui-ci - que je viens de commander - avec intérêt, d'autant que si l'on peut toujours discuter ses thèses, l'auteur ne semble guère pouvoir être suspecté de partialité.
De Etre Persienne
Méditation | 16H54 | 22/08/2008 |
L'ouvrage de Pierre Blet sur Pie XII est également très intéressant.
Des réactions conformes à la tradition illuministe témoignent de l'hermétisme français à la religion catholique depuis la révolution.
Ecouter
http://www.canalacademie.com/Quand-les-Catholiques-etaient-hors.html ? var…
L'exclusion du sentiment religieux, du débat public, l'a rendu incompréhensible. Elle est aussi et paradoxalement un facteur du succès des dérives sectaires et intégristes.
L'histoire a en revanche apporté un démenti tragique aux promesses de l'athéisme, inspirant la laïcité républicaine. Il souffre en effet des excès tragiques des régimes qui l'ont revendiqué.
Sans parler du nazisme ou du communisme, le massacre des Cristeros au Mexique en est une expression :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_des_Cristeros
La Turquie moderne de Mustapha Kemal est également inspirée du jacobinisme français, des Lumières.
L'Irak et la Syrie Baassistes ont été des républiques laïques ou le demeure (pour la Syrie).
Même si ces dérives trouvent une part de leur inspiration dans les idéaux de la franc maçonnerie française, personne ne remet en cause sa respectabilité, même si la responsabilité de certains de ses membres est avérée dans la déportation des juifs, comme René Bousquet. L'appartenance de Pierre Laval à la franc maçonnerie n'est jamais évoquée comme un refouloir contrairement au catholicisme de Pétain.
Une vision borgne de l'histoire empêche de réaliser un véritable progrès intellectuel, comme il en existe seulement un dans la technique.
Un énorme travail de mise à plat des idées sans sectarisme est nécessaire. C'est justement l'opportunité qu'offre des ouvrages comme celui qui relate l'expérience d'un franciscain chez les SS.
Cette confrontation des extrêmes est peu étudiée en France, du fait de l'abstraction historique sur la période de la guerre.
Dominique Rossignol a publié une étude sur « Vichy et les francs maçons » (Editions Jean Claude Lattès - pas réédité)
Maurice Rajsfus regrette que les archives de guerre de la France ne sont toujours pas publiques dans son ouvrage sur la police de Vichy.
http://www.cherche-midi.com/theme/detail-La_police_de_Vichy-978286274358…
Un délai exceptionnel de 120 ans a été voté à la Libération. Il est de 50 ans normalement.
http://moreas.blog.lemonde.fr/2007/01/19/la-pj-sous-vichy/
Le premier historien à avoir publié des travaux sur le régime de Vichy est américain. Robert Paxton a travaillé sur des archives privées et des fonds allemands ou juifs !
http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Paxton
Les travaux ou les témoignages restent mal connus.
Le livre de Jacques Bonny sur son père est épuisé.
http://affaire.classee.free.fr/Seznec/Bonny/bonny.htm
Il n'a jamais été réédité alors qu'il permet d'appréhender le phénomène de réseau susceptible d'expliquer en partie la collaboration.
La réédition dans la collection Bouquins de l'ouvrage collectif dirigé par Gilbert Guilleminault est intéressante. Son article « Honneur de la police » (T.2) est susceptible de satisfaire la curiosité
http://www.bouquins.tm.fr/livre.asp ? code=2-221-06714-2
On y trouve également la recension du procès Krachvencko suite à la publication de son livre « J'ai choisi la iberté ».
http://fr.wikipedia.org/wiki/Victor_Kravtchenko
L'histoire de la pensée politique de Jean-Luc Chabot aux PUG participe utilement à la compréhension des courants idéologiques et politiques.
http://www.pug.fr/titre.asp ? Num=532
De CAubrée
11H34 | 23/08/2008 |
Deux choses :
1) Hitler n'a JAMAIS été « élu chancelier », d'abord parce que les institutions de Weimar ne sont pas celles-là, et ensuite parce que la violence politique du contexte de 1932 permet difficilement de parler d'élection au sens que nous lui donnons. Hitler a été désigné chancelier par Hindenburg, après des manoeuvres de Von Papen. Il faut arrêter de délirer sur les « conditions qui ont permis à Hitler d'être élu démocratiquement », et de nombreuses bonnes âmes de nous faire peur avec des comparaisons foireuses avec notre temps. Deux choses se passent successivement : l'effondrement de la démocratie, puis après janvier 33, l'établissement de la dictature, parce qu'il n'y a plus rien en face comme force politique et sociale, l'Eglise catholique, étant à ce moment, contrairement aux délires de Hovaton, plutôt digne.
2)Cette carte n'a rien de « caricatural », elle est juste un effet visuel qui cache la réalité des choses. En Allemagne du sud, catholique, le Zentrum est en 1932 un parti qui tient bien, parce qu'il a une tradition forte et « tient » bien ses électeurs, contrairement aux autres partis modérés ou conservateurs dont l'électorat s'effrite, au Sud comme au Nord, et passe au NSDAP. Logiquement, donc, les rconscriptions électorales es catholiques voient un électorat NSDAP nettement moins fort. Mais c'est un effet conjoncturel, et sutout une fixation un peu absurde sur le seul vote NSDAP : si vous lisez les résultats de tous les partis, vous pouvez,à cette condition seulement,saisir le contexte politique. Inversement, cela ne signifie à aucun moment que les protestants auraient une affinité particulière avec le nazisme ! !
à CAubrée
De Etre Persienne
Méditation | 14H45 | 25/08/2008 |
L'affirmation finale sur le nazisme et le protestantisme est développée ici :
http://resistanceallemande.online.fr/eglises/protestants.htm
à CAubrée
De Houvaton nouveau compte
10H11 | 26/08/2008 |
Je suis d'accord : il n'a pas été élu mais désigné.
Cependant le rôle du parti Zentrum très catholique a été déterminant par la suite. « Le 23 mars 1933 : le Zentrum, se rangeant à l'avis de Mgr Kaas, vote la Loi des pleins pouvoirs, à l'instar du BVP, du DNVP et des non-inscrits. Les députés KPD ayant été contraints d'entrer dans la clandestinité ou étant internés, les 94 députés SPD présents furent les seuls à voter contre, malgré la présence de SS et SA en armes. » Wikipédia
De leconcombrevert
La vraie vérité >:-)) | 12H25 | 23/08/2008 |
Vous avez raison.
Merci de l'avoir dit mieux que moi : ))