Après la mort de onze alpinistes sur le deuxième sommet du monde, les survivants éclairent les circonstances du drame.

Dès que l'info est tombée, j'ai repensé à Tragédie à l'Everest de John Krakauer, quand huit alpinistes ont disparu en une nuit sur le toit du monde en 1996. Le 1er août dernier, la même tragédie a lieu sur le K2 : onze morts cette fois-ci. Un accident exceptionnel en Himalaya, mais de plus en plus fréquent. Deux semaines après le drame, les témoignages des survivants aident à comprendre l'enchaînement qui a conduit à une telle hécatombe. Enquête.
Comme lors de la controversée conquête italienne du K2 en 1954, tout s'est joué un 31 juillet. Ce jeudi de 2008, une vingtaine de « summiters » sont en position de vaincre la deuxième plus haute (8 611 mètres) montagne de la terre. Serbes, Coréens, Américains, Hollandais ou Norvégiens, ils se préparent depuis des semaines, rongeant leur frein au camp de base trois mille mètres plus bas. Parmi les prétendants à la « montagne sauvage », un Français : Hugues d'Aubarède, amateur chevronné de 61 ans.
La fenêtre météo est étroite : deux, trois jours, pas plus. Elle est surtout rare en cette saison où la mousson s'installe sur les cimes himalayennes. Tous le savent : cela fait un mois qu'ils l'attendent. L'équipe hollandaise Norit K2 est arrivée au camp de base le 28 mai. Composée d'une dizaine de grimpeurs européens, elle a mis toutes les chances de son côté, comme le précise son site :
« Le géant est aussi appelé la “montagne tueuse” parce que sur cinq personnes arrivant au sommet, une ne survivra pas à la descente. C'est une montagne très raide avec de nombreux passages techniques, des chutes de séracs et des avalanches. De plus, elle est très isolée, à sept jours de marche du village le plus proche. Pour toutes ces raisons, le K2 est uniquement réservé aux professionnels. »
Le lendemain de son arrivée au camp de base, le 18 juin, Hugues d'Aubarède et son compagnon de cordée américain, Nick Rice, 23 ans, se voient proposer une association par Wilco Van Rooijen, 42 ans :
« Il y a actuellement cinq expéditions au camp de base dont l'expé Norit dirigée par Wilko composée de cinq hollandais, un Australien, un Irlandais et un sherpa népalais (Pemba). J'ai rencontré Wilko qui souhaite que je prenne la Cesen pour être plus nombreux à l'équiper. Qudrat a lui aussi bien envie de prendre cette voie plus directe donc beaucoup plus raide. Le team Wilko a déjà équipé jusqu'à 7 100 mètres alors que la voie des Abruzzes est encore vierge. Gros dilemme pour moi mais j'ai quelques jours pour me décider car il me faut reprendre des forces et la météo hésite entre les rafales de vent, la neige, les nuages et un peu de soleil. »
La voie Cesen est plus protégée mais aussi beaucoup plus technique que la voie des Abruzzes, au moins une journée plus longue. Les deux itinéraires se rejoignent vers 7 800 mètres pour entamer la dernière partie, appelée le « goulot de la bouteille », jusqu'au sommet. Pour vaincre les sommets himalayens, il n'y a pas trente-six méthodes : l'équipement des parois et l'acclimatation des grimpeurs consistent à enchaîner les aller-retours, de camp en camp. Sur le K2, quatre étages précèdent l'assaut final. Pour monter tentes, nourritures, cordes et duvets, les alpinistes peuvent compter sur les HAP (High Altitude Porters), guides pakistanais ou sherpas népalais. Chaque expédition en emploie deux ou trois. Détail : une telle expédition représente un budget de 15 à 20 000 euros par personne.
Cinq jours avant l'assaut final, samedi 26 juillet, une grande réunion rassemble tout le monde au camp de base. En tout, vingt-six grimpeurs prévoient d'emprunter les Abruzzes, onze la Cesen. Hugues d'Aubarède est laconique :
« Le grand meeting a duré quarante-cinq minutes et nous avons arrêté le 31 juillet pour le “ summit day ‘ du premier groupe. Les Coréens, Américains et Hollandais sont trop nombreux pour monter le même jour et prévoient donc deux rotations. On peut espérer moins de chutes de pierres surtout pour les Abruzzes. ’
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En fait, les chefs d'expédition s'arrangent : dans la dernière partie, chacun doit assurer l'équipement d'une partie du dernier tronçon, très raide et très dangereux. Le “ bottleneck ” est une pente de quatre cents mètres de long, tout en glace, à soixante degrés. Un vrai toboggan, dans la zone de la mort au-dessus de huit mille mètres. Le Françaisest confiant, car le 23 juillet il a récupéré un excellent HAP :
“ Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, il se trouve que l'expé des deux Singapouriens a ‘viré’ hier matin leurs trois ‘high altitude porters’ Pakistanais (dont Merherban shah qui était mon porteur au G2 en 1999) car ils refusaient de porter de lourdes charges au camp III en raison des mauvaises et dangereuses conditions météo. Qudrat les connaissant bien a récupéré le meilleur pour le remplacer. C'est donc le jeune Baig qui m'accompagnera avec Karim. ”
La veille, le 22 juillet, Hugues d'Aubarède a pourtant failli abandonner la partie. Il a d'ailleurs beaucoup hésité avant de revenir sur le glacier du Baltoro. A 61 ans, cet assureur lyonnais en est à sa troisième tentative sur le K2. Le journaliste spécialisé montagne, Jean-Michel Asselin, le présente comme un “ alpiniste amateur éclairé ” qui “ avait la niaque ” :
“ Il a réussi des montagnes importantes (dans l'Himalaya) dont le Nanga Parbat, le Gasherbrum 1 et raté deux fois le K2 (…). Il voulait réussir ce qu'il entreprenait et c'est peut-être ce qui l'a perdu aussi. ”
François Carrel, lui aussi journaliste spécialisé montagne et qui a passé trois semaines au camp de base du K2 en juillet, le voit plutôt comme un représentant de cette nouvelle génération d'himalayistes amateurs, pas toujours consciente des risques encourus :
» Il y avait environ quatre-vingt grimpeurs en permanence au camp de base. De vrais professionnels aptes à ce type d'engagement, mais aussi des gens avec un gros ego, absolument décidés à aller au sommet sans en avoir forcément le niveau technique. Quand tout va bien, ça passe. Si ça se complique, c'est autre chose. »
Sur son blog, Hugues d'Aubarède n'explique pas vraiment ses motivations à repartir à la conquête du K2, montagne exigeante entre toutes. Mais est-ce nécessaire lorsque l'on aime par-dessus tout l'air fin de l'altitude ? En tout cas, l'ascension des quatre camps se déroule plutôt bien et le 31 juillet au soir, un ciel clair est au rendez-vous, sans grand vent, par moins vingt degrés.
A partir de là -la barrière des 8 000 mètres- il faut savoir que personne ne peut, sans mentir, affirmer qu'il dit l'entière vérité. Manque d'oxygène, de sommeil et efforts consentis altèrent singulièrement la lucidité. Le récit suivant est donc parcellaire, surtout que les protagonistes n'ont pas encore fait une relation exhaustive des faits.
Le « deal » passé entre les expéditions est simple : les Hollandais apportent les quatre cents mètres de grosses cordes nécessaires pour équiper le goulot, les Italiens deux cents mètres pour assurer la traversée sous les séracs, juste après le goulot, les Américains une corde plus fine pour relier les drapeaux servant à baliser le chemin, drapeaux hissés par les Coréens.
- Première erreur : des cordes mal posées. Ils sont donc dix-neuf grimpeurs à s'élancer au cœur de la nuit, le 1er août. Les premiers quittent le camp IV vers une heure du matin, les derniers vers quatre heures. Dès le début, l'équipe de Wilco s'aperçoit que les cordes ont été posées bien avant le goulot. Nick Rice, qui a pris du retard à cause d'une chaussette mouillée, confirme cette erreur :
« Quand je me suis réveillé, j'ai entendu Eric, Chris, Fred et Paul (Américains) revenant de leur tentative avortée vers le sommet. Ils me transmirent le message des Hollandais demandant plus de corde. Apparemment, les Sherpas et les porteurs de haute altitude avaient installé une partie située avant le goulot de la bouteille (où cela n'était pas nécessaire) et n'avaient donc plus de corde à fixer dans ce passage exposé et technique du goulot. »
- Seconde erreur, un porteur a oublié une longueur de corde, ainsi que le constate Wilco Van Rooijen :
« La plus grosse erreur que nous ayons faite a été d'essayer de passer des accords. Chacun a ses propres responsabilités et certaines personnes n'ont pas fait ce qu'elles avaient promis. Avec des choses aussi stupides, des vies sont mises en danger. »
Pourtant, la plupart s'entêtent et poursuivent l'ascension en rééquipant les cordes fixes, précise le grimpeur hollandais :
« Nous étions stupéfaits. Nous devions passer. Bien évidemment, cela a pris des heures et des heures. Certains ont fait demi-tour parce qu'ils n'avaient plus confiance. »
- Troisième et plus lourde erreur : le chronomètre. Perturbé par l'incident et parce qu'il ne sent plus ses doigts gelés, Nick Rice fait demi-tour. Cecilie Skog et un autre Norvégien font, semble-t-il, eux aussi demi-tour. Les autres vont atteindre le sommet en seize heures au lieu de dix ou onze. Ils sont trop nombreux à emprunter le même itinéraire.
Dans la montée du goulot, le Serbe Dren Mandic se détache des cordes fixes pour dépasser un autre grimpeur. Il décroche et tombe dans un cri. A-t-il entraîné dans sa chute le porteur pakistanais Jehan Baig ? Ce dernier a-t-il tenté de le sauver ? En tout cas, le guide décroche aussi de la paroi.

D'après le tableau des arrivées au sommet établi par le site Xexplorersweb, l'Espagnol Alberto Zerain est le premier à atteindre le sommet, à 15h30. Suivent deux Norvégiens, à 17h20, cinq Coréens et leurs deux sherpas népalais à 17h30, l'Irlandais Gérard McDonnel à 19 heures, Hugues d'Aubarède et son guide pakistanais Karim Meherban à 19h30 avec l'Italien Marco Confortola et enfin, à 20 heures, les deux Hollandais Wilco Van Rooijen et Cas Van de Gevel, avec leur sherpa népalais, Pemba Gyalje.
A la question de savoir s'il était trop tard pour aller au sommet, Aman Ashraf, premier guide pakistanais à vaincre le K2 en 1977, qui avait organisé l'expédition du Français, nous a prudemment répondu par mail :
« Oui, tenter le sommet à une heure tardive peut être un des facteurs d'accidents mortels sur le K2. »
Un avis partagé par Alberto Zerain qui, premier à redescendre du sommet, croise les suivants dans la descente :
« Il y avait un Français âgé et je pensais “qu'est-ce qu'il fait là et quelle descente qu'il va avoir ! Ça va être compliqué, ce n'est pas une plaisanterie.” Bon mais j'ai pensé “ils savent ce qu'ils font”. »
Il fait nuit, la descente commence. Aux environs de 21 heures, un grondement secoue l'air. Un sérac surplombant le goulot de la bouteille se détache : des tonnes de glace dévalent la pente. Elles emportent avec elles plusieurs grimpeurs : le Norvégien Rolf Bae et probablement deux Coréens. Déjà cinq morts. Le piège se referme. Comme le raconte Wilco, quelques jours plus tard sur un lit d'hôpital à Skardu, la panique s'empare alors du petit groupe des survivants :
« Les gens descendaient à toute allure mais sans savoir où aller, donc un grand nombre de personnes étaient perdues sur la montagne du mauvais côté, sur la mauvaise voie et là, vous avez un énorme problème. Je n'avais pas le temps d'engager une discussion, la seule chose que je devais faire, c'était descendre car quand on descend, on a plus d'oxygène et donc plus de chances de survivre. »
Le chef d'expédition aurait alors tenté de convaincre les autres de rester groupés et de trouver ensemble une solution mais beaucoup n'ont pas réagi, comme enfermés dans leur propre lutte pour survivre :
« Ils pensaient à utiliser mon oxygène, ma corde. Donc, en fait, chacun se battait pour soi et je ne comprends toujours pas pourquoi nous nous sommes abandonnés les uns les autres. »
La suite est encore très confuse. L'Espagnol comprend mal l'anglais, les Coréens ne le parlent pas du tout. Confortola et McDonnel creusent un trou dans la glace. Comme Wilco, ils passent la nuit sous le sommet, à lutter contre le sommeil et le gel. Aux premières lueurs de l'aube, ils repartent dans le goulot où ils découvrent trois Coréens dans un enchevêtrement de cordes, conscients mais incapables de descendre.
McDonnel s'arrête pour uriner, Confortola continue et perd de vue son compagnon. L'Italien s'endort, mais est réveillé par une seconde avalanche qui passe à vingt mètres sur sa droite. Il voit alors émerger plusieurs corps : celui de son copain McDonnel et ceux des Coréens. Il repart, s'arrête un peu plus loin et s'endort à nouveau. C'est finalement le Sherpa Pemba, descendu dans la nuit avec Cas Van de Gevel au camp IV, qui le réveille et l'aide à descendre :
« Il m'a sauvé la vie, sans lui je serais mort. »
Pemba Gyalje va aussi sauver la vie de Wilco Van Rooijen, qui souffre de sévères engelures aux pieds. Arrivé au camp IV, il lui faut encore redescendre toute la paroi, soit 3 000 mètres jusqu'au glacier. Deux journées d'efforts supplémentaires pour les Hollandais qui arrivent le 4 août au camp de base. Les survivants se comptent sur deux mains : un Espagnol, un Italien, deux Coréens, deux Hollandais, deux Norvégiens et deux Sherpas népalais.

« Vouloir tirer les leçons des erreurs commises revient en grande partie à céder à l'auto-illusion. »
Dans le dernier chapitre de « Tragédie à l'Everest », John Krakauer ne cache pas son scepticisme quant à la perspective de ne plus voir se produire ce genre d'accident. Il avait raison. A qui la faute ? A personne en particulier, serait-on tenté de répondre. Pourtant, comme dans n'importe quel fait divers, il est difficile d'admettre une absence totale de responsabilité des protagonistes. Difficile aussi de faire la part des choses entre une démarche d'alpiniste professionnel et celle d'un « amateur éclairé ». Difficile enfin d'occulter le sort réservé aux HAP, dont c'est là l'unique moyen de subsistance… Eux n'ont pas vraiment le choix.
Lorsqu'il a raconté son errance cauchemardesque, sur son lit d'hôpital, Wilco Van Rooijen a admis que la seule leçon à tirer de cette histoire est que sur une montagne comme le K2, vous ne pouvez vous appuyer que sur un petit groupe « d'amis de confiance » (« trusted friends ») :
« Là-haut, les autres ne sont pas une sécurité. »
Laissons la conclusion -provisoire- à Yann Giezendanner, le « routeur des cimes », prévisionniste à Météo France qui accompagne depuis dix ans à Chamonix les meilleurs alpinistes dans leur tentative d'ascension :
« Pour moi, les alpinistes cherchent à prouver qu'ils sont vivants en côtoyant la mort. »
Photos : Le K2, dans le massif du Karakoram au Pakistan, deuxième plus haut sommet du monde (8 611 mètres) (Explorersweb.com). Les voies menant au sommet du K2. N°1 : les Abruzzes, N°2 : la Cesen (Explorersweb.com). L'alpiniste français Hugues d'Aubarède, disparu vers 8 400 mètres dans le « bottleneck » (DR). Cas van De Gevel et Wilco van Rooijen interviewés le 7 août à Islamabad (Faisal Mahmood/Reuters).





















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De fermtag
16H59 | 18/08/2008 |
De VRAIS professionnels n'auraient JAMAIS « forcé » le passage : en très haute montagne, la sécurité doit passer largement avant l'exploit et il faut toujours anticiper les problèmes plausibles pour ne pas être surpris (panique) et prévoir un plan d'urgence. Et en cas de doute, il faut aussi savoir renoncer,
Ces « grimpeurs fous » sont, professionellement parlant, d'excellents techniciens, si ce n'est les meilleurs, mais en aucun cas des professionnels aguerris.
À 8000m d'altitude, déjà, sans oxygène, on a plus vraiment sa tête (et c'est peu de le dire), on est absolument plus capable de raisonner correctement. Les décisions doivent être prises avant (plus bas) et la seule consigne ensuite est de s'y tenir. Et il faut, de toutes façon, monter de l'oxygène, quitte à ne pas s'en servir, afin de pouvoir tenir un conseil cohérent en cas de problème majeur.
Et ce n'est pas qu'un problème d'acclimatation à l'altitude (qui est indispensable, par ailleurs, comme les paliers pour les plongeurs), mais un problème physiologique de pression atmosphérique et d'apport en oxygène : l'Homme ne peut pas survivre très longtemps dans ces conditions, quel que soit son entraînement. Son état général va se dégrader et conduire à une mort inéluctable.
Bref, d'après cet article, leur chance de succès était vraiment bien minces.
(Le plus haut où je suis monté n'était qu'à 6000m, et je vous garantis que déjà, vous vous sentez vraiment très… « bizarre »)
à fermtag
De Jean-François@Carenton
19H25 | 18/08/2008 |
So what ? Il est vrai que s'ils avaient été un peu patients, ils auraient planté leur tente « Quechua », et allumé un barbecue en attendant une super météo.
Comme vous dites, « De VRAIS professionnels n'auraient JAMAIS “ forcé ” le passage » , et « il faut toujours anticiper les problèmes plausibles pour ne pas être surpris (panique) et prévoir un plan d'urgence. »
Ces mecs, c'est des inconscients, des impulsifs : avec une couverture de survie et des barres « Ovomaltine », ils passaient à l'aise.
Rue89, merci pour ce papier, informé et dense. Beaucoup d'émotion et d'empathie pour ces types. On est des nains.
JFT_Charenton
De Madiran
(Business Analyst) | 16H53 | 18/08/2008 |
La montagne est tueuse… ?
comment cette montagne serait-elle plus « tueuse » qu'autre chose ?
Il s'agit de danger.
La mer serait donc tueuse ?
Ce qui, moi, me tue, est le titre de « montagne tueuse ».
Une forêt dans laquelle on s'égare par mégarde est-elle pour autant « tueuse » ?
Les mots eux, peuvent aussi tuer.
à Madiran
De Marie-Sophie Keller
Rue89 Eco89 | 17H02 | 18/08/2008 |
Bonjour, la montagne tueuse est le surnom du K2. Je vous renvoie à la citation de l'équipe hollandaise Norit K2 au début de l'article : « Le géant est aussi appelé la “montagne tueuse” parce que sur cinq personnes arrivant au sommet, une ne survivra pas à la descente. »
à Madiran
De David Servenay
(auteur)
Rue89 | 17H15 | 18/08/2008 |
Un mot sur les statistiques du K2, Madiran.
D'après les derniers chiffres, ntre 1954 et l'an dernier, 284 personnes ont pu fouler le sommet du K2 et 66 autres ont perdu la vie en essayant de s'y rendre. Sur l'Everest, au cours de la même période, 3681 personnes se sont rendues au sommet et 210 y sont morts.
Avec ces onze autres morts, faites le compte. La « fatalité » du K2 est cinq fois plus élevée que celle de l'Everest.
J'ajoute que ces surnoms sont forgés par le milieu des himalayistes et les habitants de ces montagnes.
à David Servenay
De compte supprimé 22
Lecteur écriveur | 17H56 | 18/08/2008 |
Marie-Sophie, David, que ce surnom lui soit donné par des gens qui nourrissent avec les montagnes un rapport comme charnel ne justifie pas que Rue89 le reprenne. On n'est pas dans Paris-Match, ici ; -)
Je vous propose un compromis : écrire « Montagne Tueuse », ce qui en fait plus clairement un nom propre.
Edit : voici un essai, sans guillemets mais avec majuscules : « K2 : comment la Montagne Tueuse a englouti onze hommes ».
Ça le fait, non ?
à David Servenay
De Humain
18H25 | 18/08/2008 |
David Servenay
Mais pourquoi ne pas mettre donc le nom de cette montagne le K2 entre guillements.
Cela fera moins « article de presse mag »
Merci.
à David Servenay
De fermtag
19H59 | 18/08/2008 |
D'après ce que j'ai pu lire et entendre, la différence de danger vient surtout du fait que les derniers mille mètres de montée de l'Évrest sont plutôt « à vache » et donc la descente relativement peu dangereuse. L'état d'ivresse et de fatigue voire d'endormissement y sont, globalement, « gérables » : toutes les erreurs ne sont pas fatales et il y a peu d'équipement à poser.
Ce qui n'est absolument pas le cas du K2, où la partie la plus technique se situe au dessus de la barre fatidique des 8000 : ce qui signifie que toute erreur est potentiellement fatale. Hors bien équiper une voie, dans ces conditions, est une gageure. Et « l'urgence » de la situation (pression trop basse(*)), entre 350 et 300 hPa) incite à aller le plus vite possible, donc de commettre des erreurs, le plus souvent fatales et le ou les coéquipiers étant eux aussi dans le même état commettent d'autres erreurs. il en résulte fatalement des voies mal équipées, dangereuses, souvent fatales, surtout à la décente… quant à envoyer des autochtones équiper eux même, c'est de la folie pure : ils ne connaissent pas bien le matériel et son utilisation, la technique d'équipement et souffrent tout autant de cette très haute altitude.
Le K2, en lui même, n'est pas plus « tueur » que l'Évrest. C'est surtout que son ascension ne pardonne pas la faute et qu'elle est beaucoup plus technique ce que les soit-disant experts, en fait des « trompes-la-mort », sous-estiment trop souvent, leur ego les rendant trop confiants, alors que c'est en fait un exercice d'équipe avant tout.
(*)il n'y a pas QUE le manque d'oxygène. Une pression en dessous de 350 hPa, même d'oxygène pur, ne suffit pas pour les échanges gazeux dans les poumons !
à fermtag
De Garuda3Becs
Militante pour un Tibet Libre | 22H39 | 18/08/2008 |
PS : les « autochtones », oui, enfin, les pakistanais, quoi, sont très forts aussi. Y a un même un dans l'expé qui a réussi à sauver deux types. Je crois pas que ce gars se soit amusé à poser des cordes au petit bonheur la chance…
à Garuda3Becs
De fermtag
14H38 | 19/08/2008 |
Quand je parlais « d'autochtones », c'était au sens propre du terme, c'est à dire « la population locale », bien sûr Pakistanaise mais plus spécifiquement originaire du Karakoram (Cachemire). Y aurait-t-il une connotation péjorative dans ce mot ?
Et oui, ils connaissent très bien la montagne. Mais lors d'ascensions en très haute altitudes, il sont tout aussi perturbés que n'importe quel être humain et ont moins l'habitude des techniques et matériaux modernes. Quant à « oublier » une corde, cela prouve bien qu'il sont capables d'erreurs absolument gossières et n'ont pas le « niveau » requis.
Quant à sauver deux gars, ç'aurait tout aussi bien pu être trois morts supplémentaires.
Sans aucune arrière pensée ou critique envers eux : ils sont les première victimes des fous qui les embauchent…
à David Servenay
De punky
ni jah ni maitre | 22H38 | 18/08/2008 |
Pourtant….que la montagne est belle…..comment peut -on s'imaginer…
Moi ce qui me dégoute, c'est les pauvres types obligés d'accompagner des gars avident de notoriétés et de sensations qui y laissent leurs vies….
R.I.P à eux et aux autres ben…..rien
à David Servenay
De jmax
07H59 | 19/08/2008 |
généralement, c'est le Nanga Parbat qui est qualifié de killer's mountain. On retrouve d'ailleurs ce qualificatif sous la plume de Huges d'Aubarede lui même : http://pakistank2.blogspot.com/2008/07/cb_19.html
De alaixih
17H11 | 18/08/2008 |
Le K2 est monumental, l'affronter demande un égo, un culot. Et de prendre conscience de la mort qui est possible.
La mort pour celui qui grimpe est toujours pour les autres si on part c'est qu'on pense passer au travers.
Ceux qui ont payé le prix n'auront pas de seconde chance.
C'est la dure loi de la montagne.
Mais malgré tout pour connaître un tout petit peu la montagne ( je suis grimpeur mais pas alpiniste ) l'alpinisme est même pour les meilleurs une pratique dangereuse, chaque course est dangereuse. Pratiquer cette activité est risqué, chacun sait ce qu'il risque. Avant de partir chacun évalue les risques en toute liberté.
Pour moi l'alpinisme doit rester un sport l'enjeu vaut il vraiment le risque encouru ? ? ? Pour moi la réponse et non.
Les propos du routeur des cîmes sont à mon avis très justes.
Vaincre un sommet c'est vaincre la mort.
Ceci dit malgré la beauté du geste, dérisoire et inutile, l'alpinisme reste un sport de nantis.
à alaixih
De Jean-François@Carenton
03H32 | 19/08/2008 |
Je cite « l'alpinisme reste un sport de nantis. » Ces types ont effectivement dépensé, pour leur folie, l'équivalent du prix d'une Xantia 1.9 Diesel, + la caravane. Je me répète, mais c'est vraiment pas des mecs normaux.
JFT_Charenton
De changabang
rien | 16H54 | 18/08/2008 |
Bonjour,
Il faut savoir s'en sortir tout seul dans le Bottleneck, à la montée comme au retour, sans cordes fixes, ni porteurs pour porter ses affaires. Il y a beaucoup d'amateurs la haut, avec une condition physique très moyenne, ne comptant que sur leur bonne « acclimatation », et un égo toujours démesuré.
Le K2, une montagne fabuleuse mais maléfique ! Le K2 n'est pas une montagne où il faut demander aux hommes de rester raisonnable. Ca à commencer par Campagnoni & Lacedelli, premiers à fouler son sommet, premiers escrocs aussi. Hugues n'avait pas très bonne réputation non plus dans le milieu très fermé de la haute montagne. Qui saura un jour ce qui s'est vraiment passé la haut ?
De seb_BCN
Ingénieur à Barcelone | 17H08 | 18/08/2008 |
Quoi de plus inutile, quoi de plus dangeureux que de gravir une montagne ?
Dans notre monde anesthésié, où les vrais aventuriers n'existent plus, ou l'exploration, la vraie, n'a plus sa place, je revendique le droit à cette inutilité et à ces prises de risques là !
Entre crever en haut du K2 ou s'éteindre à petit feu devant TF1, mon choix est vite fait…
à seb_BCN
De Dolores Messmaker
Situation à géométrie variable | 17H14 | 18/08/2008 |
« Entre crever en haut du K2 ou s'éteindre à petit feu devant TF1, mon choix est vite fait… »
Entre les deux options, vous pouvez aussi creuser des puits dans les déserts, construire des bibliothèques, soigner les victimes de mines antipersonel, ou vous engager dans l'humanitaire s'il vous manque de l'adrénaline… : -)
à Dolores Messmaker
De Coragyps Atratus
Dans l'attente du moment propice | 17H45 | 18/08/2008 |
seb_BCN a parfaitement raison. Nous vivons dans une société dans laquelle on s'emmerde ferme (pardonnez moi le terme).
Gravir une montagne ne sert pas à rien. Au sommet, un désir de contemplation vous envahit et cela vaut certainement toute les richesses de ce monde.
Certes il y a des risques mais mourir sur une montagne est certainement moins pathétique que de mourir d'un accident de la route ou dans un hospice à regarder les séries débiles de la télé, un filet de bave à la bouche.
à Coragyps Atratus
De parti
punishment park | 09H45 | 19/08/2008 |
attention regarder la tv en repassant grâce au K2R peut nuire à la santé…
à Coragyps Atratus
De Moksha
Liberté chérie | 16H54 | 19/08/2008 |
Encore « ON » toujours « ON ». Si je comprends bien vous vous ennuyez dans la vie, c'est triste pour vous…
Je ne monte pas en haut de l'Hymalaya et pourtant je m'embête pour autant, mais il est vrai que je ne regarde jamais TF 1 : ))))
Bien vue la proposition d'aller travailler avec d'autres ailleurs. J'ai cette immense chance de pouvoir le faire et je ne me suis même pas proposée. C'est comme gagné au loto sans avoir joué. La vie est parfois une loterie surprenante où il suffit d'être pour trouver sa voie. Ceci dit, je pourrais aussi bien vivre dans la nature avec autant de jubilation et sûre, que personne ne parlera de moi dans le journal pour cette raison ; comme d'ailleurs de tous les autres qui savent s'amuser dans la vie et ne sont pas souvent chatouillés par leur ego (de toute façon quand ça arrive j'oublie de collectionner les articles lol) .
à Dolores Messmaker
De Humain
18H32 | 18/08/2008 |
Je ne sais pas de qui, entre TF1 et France2 qui est la plus « TV Tueur »…
De toutes les façons, on paye pour voir France2 (que vous la regardiez ou non)…
Et on paiera de plus en plus.
Pour TF1, si vous ne la regardez pas, elle diminuera et … exit !
Et pour l'instant les indices les plus forts sont ceux de TF1. Pourquoi ?
De febus40
sportif | 17H12 | 18/08/2008 |
Faire de la montagne sans accepter par avance l'accident n'est pas cohérent,j'y ai eu un pépin je l'ai accepté,il y a TOUJOURS un risque,la plupart des accidents arrivent dans des endroits ne présentant pas de risque apparemment,il faut toujours être sur le qui-vive ou faire un autre sport, mais le monde de la montagne quelle merveille de pierre et d''hommes…
à febus40
De seb_BCN
Ingénieur à Barcelone | 17H21 | 18/08/2008 |
Complètement d'accord.
Mais l'avis des gens, mal informés par les journaux qui ne parlent en général que des morts ou du prix des secours en montagne, reste tristement le même : « Des inconscients ! ça devrait être interdit ! Je ne comprends pas qu'on se mette en danger comme ça ! »
Peu de personnes ont pu se rendre compte eux même de la beauté
fascinante de la montagne, de son silence étourdissant (loin des pistes de ski), ce sentiment d'humilité (et non de vanité) que l'on ressent face à elle.
Pour un grand nombre de montagnards, cela justifie le risque à s'y aventurer.
à seb_BCN
De Alain Pacifique
03H12 | 19/08/2008 |
idem pour la voile hauturière. se retrouver au milieu de nulle part jusqu'a en oublier la terre, c'est une sensation qu'il faut vivre pour la comprendre. en plus , le plaisir de naviguer à la voile ! ! !
je ne vais pas vous raconter ma vie, mais ma passion c'est la voile, meme si c'est parfois dangereux ou mortel .
à seb_BCN
De Moksha
Liberté chérie | 16H59 | 19/08/2008 |
c'est vrai cette magie de la montagne ! mais il n'est pas nécessaire d'aller aussi haut pour en faire l'expérience. Et nous pouvons aussi ressentir cette unité ailleurs. Le chant du silence est partout, il suffit déjà d'éteindre la TV comme toutes les sources de bruits inutiles : )))
De Phil2922
Retraite invalidité | 17H16 | 18/08/2008 |
Ego bien trop important chez ces alpininites chez qui je croyais qu'il existait une solidarité. En fait, c'est du chacun pour soi quand les problèmes arrivent… !
http://phil195829.overblog.com
à Phil2922
De alaixih
17H27 | 18/08/2008 |
A 8000 mètres la solidarité n'est plus permise. Si tu prends ton temps tu peux crever. L'esprit montagne à ces altitudes n'est plus possible.
à alaixih
De jean.pierre
23H31 | 18/08/2008 |
c'est comme la politique quoi ?
jusqu'à 7000.7500 on est solidaire apres chacun sa merde………
De seb_BCN
Ingénieur à Barcelone | 17H28 | 18/08/2008 |
Malheureusement, au dessus de 8000m d altitude, même les alpinistes d'élites sont sur « la réserve », il est déjà bien difficile de se déplacer et à un rythme incroyablement lent. Il n'est en tout cas pas possible de relever ou porter quelqu'un. Si cette personne ne peut pas marcher seule, alors elle restera là haut. C'est là tout l'aspect dramatique de ce genre d'expéditions où l'on sait que l'on pourra passer à côté d'un compagnon de cordée agonisant sans pouvoir rien faire, à moins d'y rester avec lui.
Il ne s'agit pas de vanité ou d'un manque de solidarité : à 8000m, on est en situation de survie et les marges de manœuvres sont limitées.
De Keldan
Polytoxicomane à temps partiel | 17H28 | 18/08/2008 |
La montagne impose l'humilité. Sinon elle prélève son dû. Mais elle est aussi capricieuse, et agit selon ses humeurs.
Au moins auront-ils périt pour leur plaisir et dans les bras de leur amante. Une mort naturelle.