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K2 : comment la montagne tueuse a englouti onze hommes

Après la mort de onze alpinistes sur le deuxième sommet du monde, les survivants éclairent les circonstances du drame.

Le K2, dans le massif du Karakoram au Pakistan, deuxième plus haut sommet du monde (8 611 mètres) (Explorersweb.com).

Dès que l'info est tombée, j'ai repensé à Tragédie à l'Everest de John Krakauer, quand huit alpinistes ont disparu en une nuit sur le toit du monde en 1996. Le 1er août dernier, la même tragédie a lieu sur le K2 : onze morts cette fois-ci. Un accident exceptionnel en Himalaya, mais de plus en plus fréquent. Deux semaines après le drame, les témoignages des survivants aident à comprendre l'enchaînement qui a conduit à une telle hécatombe. Enquête.

Comme lors de la controversée conquête italienne du K2 en 1954, tout s'est joué un 31 juillet. Ce jeudi de 2008, une vingtaine de « summiters » sont en position de vaincre la deuxième plus haute (8 611 mètres) montagne de la terre. Serbes, Coréens, Américains, Hollandais ou Norvégiens, ils se préparent depuis des semaines, rongeant leur frein au camp de base trois mille mètres plus bas. Parmi les prétendants à la « montagne sauvage », un Français : Hugues d'Aubarède, amateur chevronné de 61 ans.

Une meute d'expéditions impatientes

La fenêtre météo est étroite : deux, trois jours, pas plus. Elle est surtout rare en cette saison où la mousson s'installe sur les cimes himalayennes. Tous le savent : cela fait un mois qu'ils l'attendent. L'équipe hollandaise Norit K2 est arrivée au camp de base le 28 mai. Composée d'une dizaine de grimpeurs européens, elle a mis toutes les chances de son côté, comme le précise son site :

« Le géant est aussi appelé la “montagne tueuse” parce que sur cinq personnes arrivant au sommet, une ne survivra pas à la descente. C'est une montagne très raide avec de nombreux passages techniques, des chutes de séracs et des avalanches. De plus, elle est très isolée, à sept jours de marche du village le plus proche. Pour toutes ces raisons, le K2 est uniquement réservé aux professionnels. »

Le lendemain de son arrivée au camp de base, le 18 juin, Hugues d'Aubarède et son compagnon de cordée américain, Nick Rice, 23 ans, se voient proposer une association par Wilco Van Rooijen, 42 ans :

« Il y a actuellement cinq expéditions au camp de base dont l'expé Norit dirigée par Wilko composée de cinq hollandais, un Australien, un Irlandais et un sherpa népalais (Pemba). J'ai rencontré Wilko qui souhaite que je prenne la Cesen pour être plus nombreux à l'équiper. Qudrat a lui aussi bien envie de prendre cette voie plus directe donc beaucoup plus raide. Le team Wilko a déjà équipé jusqu'à 7 100 mètres alors que la voie des Abruzzes est encore vierge. Gros dilemme pour moi mais j'ai quelques jours pour me décider car il me faut reprendre des forces et la météo hésite entre les rafales de vent, la neige, les nuages et un peu de soleil. »

La voie Cesen est plus protégée mais aussi beaucoup plus technique que la voie des Abruzzes, au moins une journée plus longue. Les deux itinéraires se rejoignent vers 7 800 mètres pour entamer la dernière partie, appelée le « goulot de la bouteille », jusqu'au sommet. Pour vaincre les sommets himalayens, il n'y a pas trente-six méthodes : l'équipement des parois et l'acclimatation des grimpeurs consistent à enchaîner les aller-retours, de camp en camp. Sur le K2, quatre étages précèdent l'assaut final. Pour monter tentes, nourritures, cordes et duvets, les alpinistes peuvent compter sur les HAP (High Altitude Porters), guides pakistanais ou sherpas népalais. Chaque expédition en emploie deux ou trois. Détail : une telle expédition représente un budget de 15 à 20 000 euros par personne.

Les voies menant au sommet du K2. N°1: les Abruzzes, N°2: la Cesen (Explorersweb.com).

« Une nouvelle génération d'amateurs à gros ego »

Cinq jours avant l'assaut final, samedi 26 juillet, une grande réunion rassemble tout le monde au camp de base. En tout, vingt-six grimpeurs prévoient d'emprunter les Abruzzes, onze la Cesen. Hugues d'Aubarède est laconique :

« Le grand meeting a duré quarante-cinq minutes et nous avons arrêté le 31 juillet pour le “ summit day ‘ du premier groupe. Les Coréens, Américains et Hollandais sont trop nombreux pour monter le même jour et prévoient donc deux rotations. On peut espérer moins de chutes de pierres surtout pour les Abruzzes. ’

‘Seuls et sans guides’


Etudiant grenoblois et féru de montagne, Antoine Girard a passé plusieurs semaines sur le glacier, avant d'être rapatrié pour cause d'appendicite. Il réfute l'amalgame fait avec le développement des ‘expéditions commerciales’ et défend la pratique de ses compagnons de cordée : ‘Je suis passé voir Hugues, Gérard et Wilco, on a encore parlé des risques sur le couloir de la bouteille et de l'engagement personnel. Ce ne sont pas des débutants, loin de là. C'est une montagne dangereuse et il faut avoir un niveau bien supérieur à la difficulté de la voie pour avoir des chances d'en revenir, pouvoir grimper seul et sans corde.

Quoi qu'il arrive, on est seul au-dessus de sept mille mètres, c'est une montagne beaucoup trop dure pour qu'un guide puisse faire son travail. Leurs expéditions –non commerciales-, étaient menées par deux Pakistanais pour Hugues et un Népalais pour Gérard et Wilco. Ces guides ’ installent les cordes fixes et portent les tentes, la nourriture et l'oxygène. Mais les alpinistes sont responsables d'eux-mêmes. Ils n'ont pas ‘acheté un sommet’ comme on peut le faire avec l'Everest, ils ont juste demandé une assistance logistique. Il n'y a pas de guide proprement dit comme dans les Alpes.”

En fait, les chefs d'expédition s'arrangent : dans la dernière partie, chacun doit assurer l'équipement d'une partie du dernier tronçon, très raide et très dangereux. Le “ bottleneck ” est une pente de quatre cents mètres de long, tout en glace, à soixante degrés. Un vrai toboggan, dans la zone de la mort au-dessus de huit mille mètres. Le Françaisest confiant, car le 23 juillet il a récupéré un excellent HAP :

“ Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, il se trouve que l'expé des deux Singapouriens a ‘viré’ hier matin leurs trois ‘high altitude porters’ Pakistanais (dont Merherban shah qui était mon porteur au G2 en 1999) car ils refusaient de porter de lourdes charges au camp III en raison des mauvaises et dangereuses conditions météo. Qudrat les connaissant bien a récupéré le meilleur pour le remplacer. C'est donc le jeune Baig qui m'accompagnera avec Karim. ”

La veille, le 22 juillet, Hugues d'Aubarède a pourtant failli abandonner la partie. Il a d'ailleurs beaucoup hésité avant de revenir sur le glacier du Baltoro. A 61 ans, cet assureur lyonnais en est à sa troisième tentative sur le K2. Le journaliste spécialisé montagne, Jean-Michel Asselin, le présente comme un “ alpiniste amateur éclairé ” qui “ avait la niaque ” :

“ Il a réussi des montagnes importantes (dans l'Himalaya) dont le Nanga Parbat, le Gasherbrum 1 et raté deux fois le K2 (…). Il voulait réussir ce qu'il entreprenait et c'est peut-être ce qui l'a perdu aussi. ”

François Carrel, lui aussi journaliste spécialisé montagne et qui a passé trois semaines au camp de base du K2 en juillet, le voit plutôt comme un représentant de cette nouvelle génération d'himalayistes amateurs, pas toujours consciente des risques encourus :

 » Il y avait environ quatre-vingt grimpeurs en permanence au camp de base. De vrais professionnels aptes à ce type d'engagement, mais aussi des gens avec un gros ego, absolument décidés à aller au sommet sans en avoir forcément le niveau technique. Quand tout va bien, ça passe. Si ça se complique, c'est autre chose. »

Sur son blog, Hugues d'Aubarède n'explique pas vraiment ses motivations à repartir à la conquête du K2, montagne exigeante entre toutes. Mais est-ce nécessaire lorsque l'on aime par-dessus tout l'air fin de l'altitude ? En tout cas, l'ascension des quatre camps se déroule plutôt bien et le 31 juillet au soir, un ciel clair est au rendez-vous, sans grand vent, par moins vingt degrés.

Un plan de bataille qui n'est pas respecté

A partir de là -la barrière des 8 000 mètres- il faut savoir que personne ne peut, sans mentir, affirmer qu'il dit l'entière vérité. Manque d'oxygène, de sommeil et efforts consentis altèrent singulièrement la lucidité. Le récit suivant est donc parcellaire, surtout que les protagonistes n'ont pas encore fait une relation exhaustive des faits.

Le « deal » passé entre les expéditions est simple : les Hollandais apportent les quatre cents mètres de grosses cordes nécessaires pour équiper le goulot, les Italiens deux cents mètres pour assurer la traversée sous les séracs, juste après le goulot, les Américains une corde plus fine pour relier les drapeaux servant à baliser le chemin, drapeaux hissés par les Coréens.

  • Première erreur : des cordes mal posées. Ils sont donc dix-neuf grimpeurs à s'élancer au cœur de la nuit, le 1er août. Les premiers quittent le camp IV vers une heure du matin, les derniers vers quatre heures. Dès le début, l'équipe de Wilco s'aperçoit que les cordes ont été posées bien avant le goulot. Nick Rice, qui a pris du retard à cause d'une chaussette mouillée, confirme cette erreur :
    « Quand je me suis réveillé, j'ai entendu Eric, Chris, Fred et Paul (Américains) revenant de leur tentative avortée vers le sommet. Ils me transmirent le message des Hollandais demandant plus de corde. Apparemment, les Sherpas et les porteurs de haute altitude avaient installé une partie située avant le goulot de la bouteille (où cela n'était pas nécessaire) et n'avaient donc plus de corde à fixer dans ce passage exposé et technique du goulot. »

  • Seconde erreur, un porteur a oublié une longueur de corde, ainsi que le constate Wilco Van Rooijen :
    « La plus grosse erreur que nous ayons faite a été d'essayer de passer des accords. Chacun a ses propres responsabilités et certaines personnes n'ont pas fait ce qu'elles avaient promis. Avec des choses aussi stupides, des vies sont mises en danger. »

    Pourtant, la plupart s'entêtent et poursuivent l'ascension en rééquipant les cordes fixes, précise le grimpeur hollandais :

    « Nous étions stupéfaits. Nous devions passer. Bien évidemment, cela a pris des heures et des heures. Certains ont fait demi-tour parce qu'ils n'avaient plus confiance. »

  • Troisième et plus lourde erreur : le chronomètre. Perturbé par l'incident et parce qu'il ne sent plus ses doigts gelés, Nick Rice fait demi-tour. Cecilie Skog et un autre Norvégien font, semble-t-il, eux aussi demi-tour. Les autres vont atteindre le sommet en seize heures au lieu de dix ou onze. Ils sont trop nombreux à emprunter le même itinéraire.

Dans la montée du goulot, le Serbe Dren Mandic se détache des cordes fixes pour dépasser un autre grimpeur. Il décroche et tombe dans un cri. A-t-il entraîné dans sa chute le porteur pakistanais Jehan Baig ? Ce dernier a-t-il tenté de le sauver ? En tout cas, le guide décroche aussi de la paroi.

L'alpiniste français Hugues d'Aubarède, disparu vers 8 400 mètres dans le « bottleneck » (DR).

Dans la descente, chute de sérac et panique

D'après le tableau des arrivées au sommet établi par le site Xexplorersweb, l'Espagnol Alberto Zerain est le premier à atteindre le sommet, à 15h30. Suivent deux Norvégiens, à 17h20, cinq Coréens et leurs deux sherpas népalais à 17h30, l'Irlandais Gérard McDonnel à 19 heures, Hugues d'Aubarède et son guide pakistanais Karim Meherban à 19h30 avec l'Italien Marco Confortola et enfin, à 20 heures, les deux Hollandais Wilco Van Rooijen et Cas Van de Gevel, avec leur sherpa népalais, Pemba Gyalje.

A la question de savoir s'il était trop tard pour aller au sommet, Aman Ashraf, premier guide pakistanais à vaincre le K2 en 1977, qui avait organisé l'expédition du Français, nous a prudemment répondu par mail :

« Oui, tenter le sommet à une heure tardive peut être un des facteurs d'accidents mortels sur le K2. »

Un avis partagé par Alberto Zerain qui, premier à redescendre du sommet, croise les suivants dans la descente :

« Il y avait un Français âgé et je pensais “qu'est-ce qu'il fait là et quelle descente qu'il va avoir ! Ça va être compliqué, ce n'est pas une plaisanterie.” Bon mais j'ai pensé “ils savent ce qu'ils font”. »

Il fait nuit, la descente commence. Aux environs de 21 heures, un grondement secoue l'air. Un sérac surplombant le goulot de la bouteille se détache : des tonnes de glace dévalent la pente. Elles emportent avec elles plusieurs grimpeurs : le Norvégien Rolf Bae et probablement deux Coréens. Déjà cinq morts. Le piège se referme. Comme le raconte Wilco, quelques jours plus tard sur un lit d'hôpital à Skardu, la panique s'empare alors du petit groupe des survivants :

« Les gens descendaient à toute allure mais sans savoir où aller, donc un grand nombre de personnes étaient perdues sur la montagne du mauvais côté, sur la mauvaise voie et là, vous avez un énorme problème. Je n'avais pas le temps d'engager une discussion, la seule chose que je devais faire, c'était descendre car quand on descend, on a plus d'oxygène et donc plus de chances de survivre. »

Le chef d'expédition aurait alors tenté de convaincre les autres de rester groupés et de trouver ensemble une solution mais beaucoup n'ont pas réagi, comme enfermés dans leur propre lutte pour survivre :

« Ils pensaient à utiliser mon oxygène, ma corde. Donc, en fait, chacun se battait pour soi et je ne comprends toujours pas pourquoi nous nous sommes abandonnés les uns les autres. »

La suite est encore très confuse. L'Espagnol comprend mal l'anglais, les Coréens ne le parlent pas du tout. Confortola et McDonnel creusent un trou dans la glace. Comme Wilco, ils passent la nuit sous le sommet, à lutter contre le sommeil et le gel. Aux premières lueurs de l'aube, ils repartent dans le goulot où ils découvrent trois Coréens dans un enchevêtrement de cordes, conscients mais incapables de descendre.

McDonnel s'arrête pour uriner, Confortola continue et perd de vue son compagnon. L'Italien s'endort, mais est réveillé par une seconde avalanche qui passe à vingt mètres sur sa droite. Il voit alors émerger plusieurs corps : celui de son copain McDonnel et ceux des Coréens. Il repart, s'arrête un peu plus loin et s'endort à nouveau. C'est finalement le Sherpa Pemba, descendu dans la nuit avec Cas Van de Gevel au camp IV, qui le réveille et l'aide à descendre :

« Il m'a sauvé la vie, sans lui je serais mort. »

Pemba Gyalje va aussi sauver la vie de Wilco Van Rooijen, qui souffre de sévères engelures aux pieds. Arrivé au camp IV, il lui faut encore redescendre toute la paroi, soit 3 000 mètres jusqu'au glacier. Deux journées d'efforts supplémentaires pour les Hollandais qui arrivent le 4 août au camp de base. Les survivants se comptent sur deux mains : un Espagnol, un Italien, deux Coréens, deux Hollandais, deux Norvégiens et deux Sherpas népalais.

Cas van De Gevel et Wilco van Rooijen interviewés le 7 août à Islamabad (Faisal Mahmood/Reuters).

Van Rooijen : « Les autres ne sont pas une sécurité. »

« Vouloir tirer les leçons des erreurs commises revient en grande partie à céder à l'auto-illusion. »

Dans le dernier chapitre de « Tragédie à l'Everest », John Krakauer ne cache pas son scepticisme quant à la perspective de ne plus voir se produire ce genre d'accident. Il avait raison. A qui la faute ? A personne en particulier, serait-on tenté de répondre. Pourtant, comme dans n'importe quel fait divers, il est difficile d'admettre une absence totale de responsabilité des protagonistes. Difficile aussi de faire la part des choses entre une démarche d'alpiniste professionnel et celle d'un « amateur éclairé ». Difficile enfin d'occulter le sort réservé aux HAP, dont c'est là l'unique moyen de subsistance… Eux n'ont pas vraiment le choix.

Lorsqu'il a raconté son errance cauchemardesque, sur son lit d'hôpital, Wilco Van Rooijen a admis que la seule leçon à tirer de cette histoire est que sur une montagne comme le K2, vous ne pouvez vous appuyer que sur un petit groupe « d'amis de confiance » (« trusted friends ») :

« Là-haut, les autres ne sont pas une sécurité. »

Laissons la conclusion -provisoire- à Yann Giezendanner, le « routeur des cimes », prévisionniste à Météo France qui accompagne depuis dix ans à Chamonix les meilleurs alpinistes dans leur tentative d'ascension :

« Pour moi, les alpinistes cherchent à prouver qu'ils sont vivants en côtoyant la mort. »

Photos : Le K2, dans le massif du Karakoram au Pakistan, deuxième plus haut sommet du monde (8 611 mètres) (Explorersweb.com). Les voies menant au sommet du K2. N°1 : les Abruzzes, N°2 : la Cesen (Explorersweb.com). L'alpiniste français Hugues d'Aubarède, disparu vers 8 400 mètres dans le « bottleneck » (DR). Cas van De Gevel et Wilco van Rooijen interviewés le 7 août à Islamabad (Faisal Mahmood/Reuters).

5 commentaires sélectionnés

Portrait de ALLAIN JULES C@MMUNICATION

De ALLAIN JULES C@MMUNICATION

15H50 | 18/08/2008 | Permalien

Je crois vraiment que ces gens, inconscients pour la plupart, ne savent pas qu'ils courent de réels risques. Comment expliquer cette folie sinon par le fait d'avoir un égo surdimensionné.

Je ne comprends pas la passion de cet assureur lyonnais, Hugues d'Aubarède. S'il était jeune, ça pouvait s'expliquer : prise de risque optimale etc. mais, un homme de cet âge…

Mais pour quel intérêt ? Pour quelle ivresse ? Si encore, on parlait d'une expédition scientifique pouvant faire avancer la recherche utile, là au moins, je pouvais comprendre. Franchement, j'avoue, je ne pige rien.

Suis-je vieux jeu, con ou nigaud ? Sans doute. Je n'aime pas prendre des risques. En revanche, je ne me contente pas d'un confort dans un salon feutré. Loin s'en faut mais, affronter un glacier au risque de ma vie, de celle de mes proches, non merci.

http://allainjulesblog.blogspot.com/

Portrait de fermtag

De fermtag

16H59 | 18/08/2008 | Permalien

De VRAIS professionnels n'auraient JAMAIS « forcé » le passage : en très haute montagne, la sécurité doit passer largement avant l'exploit et il faut toujours anticiper les problèmes plausibles pour ne pas être surpris (panique) et prévoir un plan d'urgence. Et en cas de doute, il faut aussi savoir renoncer,

Ces « grimpeurs fous » sont, professionellement parlant, d'excellents techniciens, si ce n'est les meilleurs, mais en aucun cas des professionnels aguerris.

À 8000m d'altitude, déjà, sans oxygène, on a plus vraiment sa tête (et c'est peu de le dire), on est absolument plus capable de raisonner correctement. Les décisions doivent être prises avant (plus bas) et la seule consigne ensuite est de s'y tenir. Et il faut, de toutes façon, monter de l'oxygène, quitte à ne pas s'en servir, afin de pouvoir tenir un conseil cohérent en cas de problème majeur.
Et ce n'est pas qu'un problème d'acclimatation à l'altitude (qui est indispensable, par ailleurs, comme les paliers pour les plongeurs), mais un problème physiologique de pression atmosphérique et d'apport en oxygène : l'Homme ne peut pas survivre très longtemps dans ces conditions, quel que soit son entraînement. Son état général va se dégrader et conduire à une mort inéluctable.

Bref, d'après cet article, leur chance de succès était vraiment bien minces.

(Le plus haut où je suis monté n'était qu'à 6000m, et je vous garantis que déjà, vous vous sentez vraiment très… « bizarre »)

Portrait de febus40

De febus40

sportif | 17H12 | 18/08/2008 | Permalien

Faire de la montagne sans accepter par avance l'accident n'est pas cohérent,j'y ai eu un pépin je l'ai accepté,il y a TOUJOURS un risque,la plupart des accidents arrivent dans des endroits ne présentant pas de risque apparemment,il faut toujours être sur le qui-vive ou faire un autre sport, mais le monde de la montagne quelle merveille de pierre et d''hommes…

Portrait de riverainlointain

De riverainlointain

observateur éloigné | 17H16 | 18/08/2008 | Permalien

Les raisons qui poussent ces gens me dépassent également, mais je ne les mettrai pas sur le compte de l'inconscience du danger. Bien au contraire ces alpinistes connaissent pour la plupart parfaitement les risques qu'ils prennent, ont souvent perdu des amis dans des conditions similaires, et connu des situations difficiles lors d'autres ascensions avant de s'attaquer aux « plus de 8000 ». J'ai aussi lu (ici ou ) qu'à l'Everest de nombreux cadavres gelés jonchent la voie dans la zone de la mort, dernier rappel pour les téméraires.

L'ego ou la vanité sans doute, des tendances suicidaires ou un besoin de se prouver quelque chose peut-être, à moins que ça ne soit un optimisme forcené, mais je pense qu'il y a surtout la magie de la montagne et l'ivresse que procure la conquête d'un sommet, quelque chose que vous ou moi ne connaitront jamais, mais qui est sans doute du même ordre que ce qui pousse les navigateurs du Vendée globe à s'embarquer en solitaire pour un tour du monde sans escale sur leur voilier, au gré des tempêtes, des typhons et des vagues scélérates. Peut-être ce que Jack London appela « The Call of the Wild ».

Et pour cette histoire de l'age, si l'on part du principe que l'on a des chances d'y rester, faire un sommet de plus de 8000 mètres à 62 ans (voir à 76 ans comme Min Bahadur Serchan, le népalais doyen de l'ascension de l'Everest) est sans doute plus intelligent que de le faire à 30…

Portrait de seb_BCN

De seb_BCN

Ingénieur à Barcelone | 17H28 | 18/08/2008 | Permalien

Malheureusement, au dessus de 8000m d altitude, même les alpinistes d'élites sont sur « la réserve », il est déjà bien difficile de se déplacer et à un rythme incroyablement lent. Il n'est en tout cas pas possible de relever ou porter quelqu'un. Si cette personne ne peut pas marcher seule, alors elle restera là haut. C'est là tout l'aspect dramatique de ce genre d'expéditions où l'on sait que l'on pourra passer à côté d'un compagnon de cordée agonisant sans pouvoir rien faire, à moins d'y rester avec lui.

Il ne s'agit pas de vanité ou d'un manque de solidarité : à 8000m, on est en situation de survie et les marges de manœuvres sont limitées.

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