Comme la Tchécoslovaquie il y a quarante ans, la Géorgie s'est laissée abuser par les mirages de la démocratie et de l'Occident. Elle a cru pouvoir s'émanciper de l'ogre russe. Mais celui-ci a montré qu'il n'avait pas changé. D'Ivan le Terrible à Pierre le Grand, de Staline et Brejnev à Poutine, c'est toujours par la force brute que les maîtres du Kremlin croient régler leurs problèmes. Pour quel résultat ? Le drame est tombé comme la foudre dans un ciel d'orage. Tandis que l'opinion mondiale n'avait d'yeux que pour les prochains Jeux olympiques de Pékin, la secrétaire d'État américaine Condoleezza Rice se rendait le 10 juillet 2008 à Tbilissi, capitale de la Géorgie, pour s'entretenir avec le jeune président Mikheil Saakachvili, 40 ans, brillant diplômé de Harvard, élu en 2004 à la tête du pays, deux ans après la Révolution des roses.
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Au même moment, Moscou concentrait des troupes à la frontière de la Géorgie, sous le prétexte de protéger les habitants de l'Ossétie du Sud, un territoire sécessionniste grand comme la Lozère (70 000 habitants pour 3 500 km2).
Quelle assurance Rice a-t-elle donnée à Saakachvili ? On ne le saura jamais. Toujours est-il que le président géorgien, jusque-là loué par la presse occidentale pour son flair politique, a pris le risque, le 7 août 2008, de déployer ses troupes en Ossétie du Sud.
La réaction russe a été instantanée, brutale et démesurée. L'armée russe, vétuste, sous-équipée, taraudée par l'indiscipline et la maltraitance, mais surdimensionnée par rapport à l'armée géorgienne, n'a fait qu'une bouchée de celle-ci. Elle l'a chassée d'Ossétie du Sud mais également d'Abkhazie, menaçant même la capitale Tbilissi et ravageant au passage une grande partie de ce pauvre petit pays.
La Géorgie, un très ancien royaume
La Géorgie, enclavée à l'ouest du Caucase, au bord de la mer Noire, est un petit pays de 70 000 km2 et 4 millions d'habitants. Comme l'Arménie voisine, elle a été christianisée très tôt, vers le IVe siècle. Les Géorgiens sont devenus pour la plupart chrétiens orthodoxes, comme leurs voisins byzantins et russes.
Le 28 janvier 1801, après un millénaire d'existence discrète, le royaume de Géorgie a été annexé par la Russie tsariste. Après l'épisode communiste qui lui a valu d'être reconstituée sous la forme d'une République soviétique, la Géorgie a recouvré son indépendance le 9 avril 1991, tout en adhérant à la virtuelle Communauté des états indépendants (CEI), héritière de l'URSS.
Staline a constitué en Géorgie trois micro-entités autonomes : l'Abkhazie (8 600 km2 et 150 000 habitants en 2006 dont 17% seulement d'Abkhazes ! ), l'Ossétie du Sud (3 900 km2 et 70 000 habitants en 2006 dont 66% d'Ossètes), enfin l'Adjarie (3 000 km2 et 370 000 habitants). Ces entités sans passé national ni unité culturelle ou ethnique sont utilisées par Staline comme par les dirigeants actuels de la Russie pour diviser et affaiblir les Géorgiens.
Les Occidentaux dans l'embarras
L'intrusion de la Russie dans les affaires intérieures d'un Etat souverain, la Géorgie, a plongé chacun dans l'embarras. Les chancelleries ont craint de fâcher le fournisseur privilégié de l'Union européenne en pétrole et gaz,…
Quant aux médias occidentaux, si prompts à condamner la répression de menées autonomistes dans les confins tibétains par les forces chinoises, il n'ont pas relevé le caractère particulièrement scandaleux de l'agression d'un Etat européen par un autre Etat européen.
Au contraire, ils se sont empressés de dénoncer la témérité du président géorgien, lui faisant porter la responsabilité de l'affaire. Comme si d'éventuelles maladresses d'un chef d'État dans la restauration de son autorité sur son territoire pouvait justifier une agression extérieure ! Nicolas Sarkozy, en qualité de président en exercice de l'Union européenne, a dû interrompre ses vacances pour transmettre aux belligérants une demande de cessez-le-feu avec les formules d'usage. Les Russes, sûrs de leur force, se sont payés le luxe d'annoncer ledit cessez-le-feu avant même que le Français ne leur en fasse la demande, en se gardant de l'appliquer sur le terrain ! Cela nous a valu un morceau d'anthologie journalistique avec cette Une du quotidien Le Monde : « Comment la France a arraché l'amorce d'une négociation » (13 août 2008)… Arracher une amorce de négociation ? Diable, voilà de quoi réjouir les victimes des missiles et des chars ! Une victoire de la force sur le droit
Vladimir Poutine, premier ministre russe mais véritable maître du pays, a donc gagné sur toute la ligne. Ce tsar aux allures d'officier SS a ramené la Géorgie dans le giron russe et forcé les Européens à s'incliner devant l'usage de la force.
Tout est dit dans une formule de Nicolas Sarkozy que les commentateurs, curieusement, n'ont pas relevé malgré son caractère stupéfiant : « Il est parfaitement normal que la Russie veuille défendre ses intérêts ainsi que ceux des Russes en Russie et des russophones à l'extérieur de la Russie » ! Cette formule empreinte d'un gros bon sens prudhommesque, dans la manière du président français, avalise de la pire façon qui soit le nouvel impérialisme russe. Elle légitime par avance une intervention russe dans les pays baltes, membres de l'Union européenne, pour le cas où des ressortissants russophones de ces pays viendraient à se plaindre d'être opprimés…
Sur la base du même principe, on pourrait imaginer que, demain, des Wallons francophones appellent l'armée française à les protéger contre leurs voisins flamands ! Sans vouloir abuser des références historiques, rappelons enfin que la formule sarkozienne a eu un précédent fâcheux avec la défense par Hitler des habitants germanophones des Sudètes, qui a mené au dépècement de la Tchécoslovaquie, à l'invasion de la Pologne et à la Seconde Guerre mondiale…
L'Union européenne aurait-elle donc le moyen de faire plier la Russie, autrement qu'en l'abreuvant de bonnes paroles ? Sans doute, en la confrontant à ses contradictions… Le Kremlin combat ses voisins en montant contre eux leurs minorités mais réprime avec la plus extrême violence ses propres minorités : Tchétchènes, Tatars, Bouriates etc.
S'il pousse les Ossètes et les Abkhazes à l'indépendance, disons chiche ! Et que toutes les minorités du Caucase et de la Russie soient invitées par les dirigeants occidentaux à s'émanciper ! Il est vraisemblable que cette perspective fasse reculer Poutine plus sûrement qu'une réprimance morale ou une sanction économique.


























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De thierry reboud
Fan-club à kk, carte n° 1 | 10H45 | 18/08/2008 |
Si c'est une tribune, pas de problème : après tout, chacun est bien libre d'avoir son opinion sur les récents événements de Géorgie.
Si c'est une analyse, ça coince un peu plus : débuter par ces mots : Comme la Tchécoslovaquie il y a quarante ans ne sert à peu près à rien sinon à replacer le conflit russo-géorgien dans le cadre d'analyse de la guerre froide. C'est peut-être le but : il était bien commode, ce cadre ! Les gentils contre les méchants, et hop, emballez, c'est pesé.
Même chose sur la comparaison déjà relevée par Billy Tallec de Poutine avec un officier nazi : on nous a déjà vendu tant de nouveaux Hitler que la charge est plus ridicule qu'autre chose.
On feint d'ignorer que les Etats-Unis prennent un soin très considérable de cette région, pour toutes sortes de raisons, depuis la sécurité des approvisionnements pétroliers et gaziers jusqu'à une tentative de containment d'une éventuelle puissance russe en reconstruction. Ce faisant, les Etats-Unis sauvegardent leurs intérêts, et c'est bien légitime. (J'espère que plus personne ne se figure encore que les Etats-Unis n'ont agi qu'ad majorem democratiae gloriam.)
Sauf que, si l'on admet la légitimité des Etats-Unis à sauvegarder leurs intérêts, je ne vois pas bien le moyen de contester à la Russie le droit (voire, du point de vue russe, le devoir) d'en faire autant.
Si la responsabilité de la Russie est incontestable, il ne faudrait peut-être pas non plus oublier de considérer que ce n'est pas elle qui a choisi la Géorgie comme terrain de jeu ou d'affrontement. En clair, que ce sont bien les Etats-Unis qui ont essayé de faire leur pelote géopolitique sur le dos des Géorgiens.
De Béatrice1
| 13H27 | 18/08/2008 |
Merci pour cet article qui remet les pendules à l'heure. La grande majorité des réactions ne doit pas vous étonner : une bonne partie des Français a toujours eu un faible pour les dictateurs, ils l'ont montré à maintes reprises au cours de leur histoire. Ils approuvent donc l'offensive militaire brutale de la dictature russe dans un tout petit Etat voisin, tout en désignant le Grand Satan américain comme responsable : what else is new ?
De emmanuellemoreau
Etudiante à Moscou | 14H00 | 18/08/2008 |
Rue89, par pitié, relevez le niveau… J'ai l'impression de lire un mauvais article russe (et je peux témoigner que la presse est assez amusante en ce moment à Moscou). Où est passée votre ligne éditoriale ? Depuis quand comparer Poutine à Ivan le Terrible ou à un officier SS est-il un argument valable ? Comment M. Larané ose-t-il se réclamer de l'héritage d'Hérodote ? En tant que Française, helléniste et russophone, je suis outrée par ces propos.
Merci aux commentateurs plus « éclairés » qui équilibrent ce débat.
De Hemenate
14H25 | 18/08/2008 |
Extrait de l'article « Aidez-nous à faire la chasse aux clichés ! » de Guillemette Faure
« Assez de lire : “ Pendant que les yeux sont tournés vers la Chine ” dans tous les articles ! C'est un internaute qui nous a écrit être en overdose de l'expression. Le prochain qui l'écrira sur Rue89 aura un gage. Nous l'avons aussi ajouté à notre liste des tics journalistiques interdits. “
… et 2ème paragraphe de cet article :
‘Tandis que l'opinion mondiale n'avait d'yeux que pour les prochains Jeux olympiques de Pékin’
Plus qu'une semaine à tenir, patience…
De Seam
Chargé d'études | 14H50 | 18/08/2008 |
Faire la leçon aux journalistes du Monde sur un titre, et comparer Poutine à un officier SS quelques lignes plus tard, c'est quand même fort !