tribune

Le coup d'Etat, un espoir pour nous, les Mauritaniens

Le 6 août 2008, la Mauritanie a connu un événement inconcevable dans le monde occidental démocratique : un coup d'Etat… Le président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi, élu un peu plus d'un an plus tôt, a été demis de ses fonctions…

La réaction internationale ne s'est pas faite attendre : un déluge de condamnations s'est abattu sur nous, de la part de la France, des Etats- Unis, de l'Union africaine, des pays amis… Vu de l'extérieur, on pourrait aisément condamner, compatir à la situation du « pauvre » président déchu, que le Général Mohamed Ould Abdel Aziz aurait démis de sang froid, en violation des règles immuables de la démocratie…

Mais ce serait ignorer la tragédie, l'effroyable drame vécu par le peuple mauritanien, dans toutes ses composantes, en particulier les femmes et les enfants, qui ont été appauvris par quinze mois de gabegie, de corruption systémique, de braquage délibéré des deniers publics, de concussion, de pantouflage, de copinage… Tout le répertoire de délinquance financière sous le triste règne de notre Maestro du peuple, notre mal aimé président Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdallahi.

Son épouse, Khattou Bint El Boukhary, présidente de la Fondation KB du même nom, a fait l'objet d'une longue partie de ping pong avec les parlementaires qui l'ont soupçonnée de détournements de biens publics. Sa Fondation KB a été constituée au lendemain de l'accession au pouvoir de son époux Ould Cheikh Abdallahi et s'est enrichie de façon vertigineuse en l'espace d'une année.

La Commission parlementaire qui voulait faire la lumière sur cette fondation a été empêchée par l'ex-président et une crise politique sans précédent a conduit les parlementaires à déposer une motion de censure contre le gouvernement.

Cette crise politique, qui s'est greffée au marasme social, à la misère du peuple, à la déliquescence des structures de santé, à la corruption systémique, à la flambée des prix, aux malheurs des réfugiés qui ont été abandonnés sous la canicule des camps délabrés et qui sont devenus des gueux dans leur terre promise, a engendré un fort sentiment de révolte des populations.

L'armée n'a pas échappé à ce massacre à la tronçonneuse de Ould Cheikh Abdallahi, qui l'a décapitée en limogeant tous les généraux du pays. Voila donc le tableau idyllique que nous vivions en Mauritanie jusqu'au 6 août 2008.

Oui, nous voulons une démocratie, oui nous voulons vivre en paix… Mais nous ne voulons plus de cette pseudo démocratie kitch, dont l'habillage n'a comme adhérent que la communauté internationale qui se complait dans la forme et non dans le fond.

Voila pourquoi, moi, militante des droits de l'homme, activiste du mouvement associatif, j'en appelle à la communauté internationale, à tous les citoyens du monde épris de liberté, à nous aider, nous le peuple mauritanien, en faisant avec nous bloc contre ces condamnations et ces gels de l'aide de la communauté internationale.

La Mauritanie vit actuellement des moments d'espoir qu'elle avait perdu dans cette année de saccage systémique du président déchu Ould Abdallahi. Avec Ould Cheikh Abdallahi, nous étions condamnés sans appel, on n'aurait jamais connu pire. Un coup d'Etat peut être, mais un nouvel espoir pour le pays.

3 commentaires sélectionnés

Portrait de D.Benchenouf

De D.Benchenouf

13H53 | 17/08/2008 | Permalien

C'est curieux comme ces généraux putschistes n'ont découvert que leur pays allait à la dérive qu'au moment ou ils ont ete limoges. Du jour au lendemain, ils se sont découvert une âme de patriotes sinceres.
D.B

Portrait de samlowry

De samlowry

étudiant | 14H41 | 17/08/2008 | Permalien

A l'auteure,
je suis d'accord avec vous sur l'état de la Mauritanie sous Abdallahi.

Mais trouvez-vous normal que ce soit celui-là même qui l'avait porté au pouvoir, Abdel Aziz, et qui avait déja renversé Taya, qui est aujourd'hui à la tête du coup d'Etat ?
Après avoir renversé Taya, c'est Abdel Aziz qui a nommé son cousin Vall à la tête du gouvernement provisoire, et ils ont usé de leur influence pour propulser Abdallahi justement pour sa réputation de faiblesse. Sous ce même Abdallahi, Abdel Aziz était encore chef de la garde nationale et on ne peut pas lui ôter toute responsabilité dans la gabegie. N'est-ce pas lui qui poussait le président à nommer des anciens du régime de Taya sous le premier gouvernement de Waghef ? Son attitude me semble opaque.

Pour ces raisons, j'adhère à votre vision des média occidentaux, satisfaits par la démocratie, même si elle n'est qu'un mot comme sous Abdallahi. Mais de cette démocratie, j'ai l'impression que vous confondez les sauveurs et les fossoyeurs. Que risque-t-il de se passer ? Qu'Absel Aziz favorise à nouveau un pantin qu'il pourra éjecter quand bon lui semble, en lui mettant tout sur le dos, et en se présentant une « troisième » fois comme le rempart providentiel contre les ennemis de sa chère démocratie.

C'est en tout cas ce que je redoute.

Portrait de thierry reboud

De thierry reboud

Fan-club à kk, carte n° 1 | 15H14 | 17/08/2008 | Permalien

Pourtant, j'ai entendu parler d'un pays dont le nom m'échappe où l'on disait sensiblement la même chose le 13 mai 1958…
Plus drôle encore, il semblerait bien que ceux qui disaient cela n'aient pas eu totalement tort.

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