Portrait

Géorgie : Mikheil Saakachvili, l'exalté du Caucase

Elu à 36 ans, ce nationaliste a promis dès son intronisation de mater les insurrections dans les provinces séparatistes.

Mikheil Saakachvili le 26 mai 2008 à Tbilissi (Reuters)

« Le David géorgien va gagner contre le Goliath russe. » Le 12 août, devant près de 100 000 personnes réunies dans le centre de Tbilissi, le président géorgien Mikheil Saakachvili continue à marteler son discours nationaliste de victoire. Entraînant sa population dans une guerre surprise en Ossétie du Sud, Misha a embarrassé l'Occident et donné l'occasion à la Russie de faire une démonstration de sa force militaire et politique dans la région. Coup de folie ou coup politique ? Portrait d'un jeune président pressé.

Un jeune révolutionnaire d'une trentaine d'années, une rose à la main, discourant pacifisme et démocratie à la tribune du Parlement géorgien. C'est ainsi que Mikheil Saakachvili est apparu aux yeux du monde en 2003. Contestant les élections parlementaires du 2 novembre, le leader du Mouvement national s'autodéclare vainqueur. De manifestations en déclarations fracassantes, l'homme gagne en popularité et contraint alors à la démission le vieux « renard du Caucase », Edouard Chevardnadze.

En janvier 2004, Mikheil Saakachvili devient le troisième président de la Géorgie indépendante . Il a tout juste 36 ans et affiche des objectifs nationalistes forts. Il promet une Géorgie unie et la fin des agitations séparatistes en Ossétie du Sud, en Abkhazie et en Adjarie. Dans cette dernière province, Aslan Abachidzé, le leader des rebelles, est poussé à la démission ; Mikheil Saakashvili parvient à restaurer l'autorité géorgienne dès 2004.

Cette victoire indéniable du nouveau président suscite l'euphorie dans la population géorgienne. Mais déjà, les observateurs s'inquiètent de son volontarisme impatient. Dans une interview accordée à Caucaz.com en 2004, Jean Radvanyi, directeur de l'Observatoire des Etats post-soviétiques à l'Inalco, mettait en garde :

« La manière dont Aslan Abachidze a été amené à quitter l'Adjarie a entraîné, en mai dernier, une certaine euphorie. Elle a sans doute incité le gouvernement à lancer une série d'actions qui ne se sont pas avérées probantes parce que les situations abkhaze et sud-ossète sont totalement différentes de celle observée en Adjarie. Les Adjares sont des Géorgiens musulmans parlant géorgien et faisant partie intégrante de la communauté géorgienne. Or, ni les Sud-Ossètes, ni les Abkhazes n'ont aujourd'hui cette perception. Bien au contraire. Depuis le début des années 1990, un climat de méfiance s'est instauré, puis renforcé suite à des décisions et actions entreprises par Tbilissi. »

L'espoir déçu de la Révolution rose

L'ami de l'Occident, l'homme qui souhaite faire de la Géorgie un membre de l'Otan, a le profil du démocrate idéal. Son parcours d'abord. Des études de droit à Kiev, à New-York et à Washington. Une maitrise parfaite de plusieurs langues : géorgien, russe, français, anglais. Un passage par l'Institut International des Droits de l'homme de Strasbourg. Et une droiture éprouvée. Alors qu'il est ministre de la Justice du président Edouard Chevardnadze, il démissionne avec éclat en septembre 2001. Il accuse les ministre de l'Economie et de la Sécurité d'Etat de corruption et dévoile, en plein conseil des ministres, des photos de leurs propriétés.

Mais le démocrate met son pays au pas et, de sa Révolution rose, il ne reste en 2008 qu'un espoir déçu. L'homme à la physionomie (un peu) bonasse se révèle autoritaire. En octobre dernier, l'ex ministre de la Défense, Irakli Okrouachvili, est arrêté. Cet ancien proche du Président, passé dans l'opposition, fait des déclarations fracassantes accusant Mikheil Saakachvili d'être corrompu et d'avoir fait assassiner plusieurs opposants.

Des manifestations ont lieu dans la capitale, Tbilissi, pour prendre sa défense. Mikheil Saakachvili a utilisé sa rhétorique habituelle et accusé Moscou. Les manifestations sont violemment réprimées. En novembre, le résultat des élections législatives est remis en cause, les opposants manifestent. L'état d'urgence est décrété. Seule la télévision d'Etat est autorisée à émettre. Irakli Okrouachvili trouve refuge en France, où il obtient l'asile politique.

Un président fragilisé après l'aventure ossète

Finalement, Mikheil Saakatshvili est réelu en janvier 2008 au terme d'une élection anticipée dont les résultats sont contestés par une opposition grandissante. Le Président semble avoir appuyé sur l'accélérateur pour tenir ses engagements de campagne et réussir la réunion d'une Géorgie débarrassée du joug russe. Face aux provocations de Moscou, qui soutient ouvertement les séparatistes, le président géorgien réplique.

Repoussée par les Russes dans ces territoires, la Géorgie, malgré le soutien prudent des Occidentaux, est perdante et Mikheil Saakachvili fragilisé. Même si l'opposition et la population sont derrière lui au nom de l'unité du pays et contre Moscou, le président aura à rendre des comptes : David n'a pas vaincu Goliath.

Photo : Mikheil Saakachvili le 26 mai 2008 à Tbilissi (Reuters)

8 commentaires sélectionnés

Portrait de Kipple

De Kipple

Exilé | 10H56 | 14/08/2008 | Permalien

Mikhail Saakaachvili est une personne très ambitieuse confrontée a des problemes qui le depassent. Le soutien occidental est d'autant plus problematique que son pays est confrontee a une hemorragie interne due aux rebellions a la chaine. Au fond, si le voisin russe n'etait pas, le probleme georgien serait regle en deux temps trois mouvements. L'armee georgienne est bien entrainee et aurait matee les rebellions qui minent l'integrite du pays. En attaquant l'Ossetie, et Saakachvili le savait, il a mis en jeu son pays et son mandat, et il a perdu.

La situation actuelle fait penser a tous les pays dont l'armee se trouve en deroute. Il fait des appels desesperes, l'opposition se reconstitue dans son dos, l'administration et les responsabilites politiques se desintegrent. Un idealiste certes, mais la guerre n'a fait qu'affaiblir sa position et si les Russes ne se debarassent pas de lui, il y aura de nombreuses personnes pour le faire.

Portrait de PANCH

De PANCH

Cadre | 12H41 | 14/08/2008 | Permalien

Il est bon de rappeler qu'on ne déplace pas des centaines de chars en un clin d'oeil. Si le président géorgien a mené des opérations militaires en Ossétie du sud ainsi qu'en Abkazie c'est car les troupes russes se sont amassées à ces frontières peu de temps avant l'ouverture des JO… sans que personne ne s'en inquiète.

Il est facile de faire porter toute la responsabilité du drame humanitaire sur ses épaules. Et c'est bien ce que font tout ceux qui ne veulent pas se « mouiller » (France, Luxembourg, Italie, etc…) en le transformant en bouc-émissaire, mais à qui veut-t-on faire croire que les opérations russes n'étaient pas préméditées ?

La Georgie vient d'être officiellement élue « charpie » (Fils tirés de vieux linges, utilisés comme pansement) du monde moderne, après la Tchétchénie, la bande de Gaza, le Liban… et l'on assiste déjà au premier déplacement de population, massacres, viols.

Ces populations n'ont que le tort d'être à la frontière entre des pôles d'influence différents, qui, par accord tacite -ou par laisser faire-, élisent régulièrement des zones de charpie afin de s'y mesurer.

La communauté internationale se doit non seulement de mettre un terme rapidement à cette GUERRE SALE mais a de plus le devoir d'empêcher la Russie de fagociter ces provinces (Ossétie Sud et Abkhazie).

La russie n'est PAS DANS SON BON DROIT !
Qui le dit !

Portrait de TARPON

De TARPON

14H19 | 14/08/2008 | Permalien

je ne pense pas que la Georgie soit perdante ; elle a permis de lever les derniers doutes qui pouvaient subsister quant à la politique de la russie de POUTINE ;
les interets economiques que defend la Russie sont voués à l'echec à partir du moment où elle s'oppose à ceux des etats unis .La Russie,aujourd'hui ,n'est plus une nation en mesure d'inquieter l'Ouest,l'episode du malheureux sous marin l'a montré.La Russie ne peut que gagner du temps ,quelques minutes..

Portrait de bloqué le 24.09.09

De Soh

14H23 | 14/08/2008 | Permalien

Est-ce que de taper sur le président géorgien ne nous permet pas d'oublier le sanglant régime russe, qui ne perd pas une occasion de bombarder et de commettre des atrocités contre les civils, et qui assassine si volontiers les journalistes ? Mais c'est un si gentil pays, la russie… parce qu'il nous vend de l'énergie.

Les russes d'aujourd'hui devraient se souvenir de tous les russes morts pour arrêter le nazisme (et sans eux les yankees n'auraient pas pu faire grand chose). Les russes d'aujourd'hui devraient donc éviter de créer un pouvoir équivalent et ne pas donner tous les pouvoirs à une sanglante mafia prédatrice.

Ayons le courage de défendre l'intégrité territoriale de la Géorgie, des Pays-Baltes et de tous les pays frontaliers de la sanglante dictature poutinesque.

Portrait de Servais-Jean

De Servais-Jean 4591

HS | 14H54 | 14/08/2008 | Permalien

Pour avoir des informations valables sur ce problème France-Info faisait appel à un journaliste de la radio suisse romande qui était en Géorgie.
Les infos données par la télévision Suisse Romande donnent un point de vue quelque peu différend de nos chaînes françaises et j'ai tendance à les trouver plus pertinentes que les notres, les suisses analysent plus froidement que nous ce genre de situation internationnale.
Zineb Dryeff nous donne un article bien équilibré qui permet de cerner la personnalité de Saakachvili.
La seule chose qui importe à ce chef d'état c'est son pouvoir quelqu'en soit le prix, y compris celui d'une guerre généralisée et il est consternant de voir des pays, comme la Pologne ou les pays Baltes sans parler des USA, le soutenir.
La position de l'UE dans cette crise est exemplaire car le risque que voulait nous faire prendre Saakachvili était grand et il est à remarquer que malgré sa cuisante défaite (même pas mal) il persiste.

Portrait de said sellali

De said sellali

cadre à nantes | 16H56 | 14/08/2008 | Permalien

Saakachvili est devenu un autocrate corrompu jusqu'à la moelle qui est aussi démocrate que je suis suédois.De plus,il refuse d'admettre que plus jamais l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie ne seront géorgiennes car les peuples de ces 2 régions ne le veulent pas et reprendront les armes si nécessaires contre les géorgiens.Aujourd'hui, l'aventurisme de ce médiocre personnage l'a remis à sa place de nain face au géant russe qui l'a corrigé très facilement.Résultat : une armée et un peuple humiliée, une économie dévastée, le prestige de l'ennemi russe rehaussée a peu de frais….
Ainsi,la politique de cet homme a été une véritable catastrophe et je ne doute pas que le peuple géorgien le renversera bientôt car il faut prévoir que cette crapule autocrate ne se laissera pas faire.

Portrait de Compté supprimé 3

De maslov

18H43 | 14/08/2008 | Permalien

J'habite en espagne dorenavant donc je peux lacher une ligne assassine : votre article denote le parti pris d une classe journalistique francaise qui comme le cher nabot se met dans la droite ligne des russes….le marche des pipes est plein d avenir…..

Portrait de Zineb Dryef

De Zineb Dryef (auteur)

Rue89 | 20H01 | 14/08/2008 | Permalien

Bonsoir,

Nous ne sommes pas pro-russes (ni pro géorgiens d'ailleurs). Ce portrait n'est pas là pour trancher mais pour raconter qui est Mikheil Saakachvili. Son parcours et sa façon de conduire le pays sont des éléments de compréhension de l'actualité, non de jugement.

Cordialement

Tous les commentaires

Vous avez aimé cet article ? Achetez votre plaque et soutenez l'indépendance de Rue89

Appelez le 08 99 78 00 93 (1,68 € / appel)

Envoyez « RUE » par SMS au 81027 (1,5 € / SMS)

En savoir plus

Accrochez une plaque Rue89 sur votre page de membre et dans vos commentaires. Votre plaque, qui comportera votre numéro de riverain, apparaîtra pendant un mois.

123456
Rentrez le code que vous recevrez dans le cadre ci-dessous pour activer votre plaque

Connectez-vous pour entrer votre code