Après sept ans d'enquête, le FBI dit avoir trouvé son coupable, suicidé fin juillet. Mais aucune preuve irréfutable ne le désigne.

Il y a sept ans, peu après les attentats du 11 septembre 2001, des envois de lettres empoisonnées à l'anthrax faisaient cinq morts et dix-sept malades, provoquaient l'évacuation du Congrès, des décontaminations de bureaux de poste et surtout des millions de paniqués.
On avait entendu parler d'Al-Qaeda ou de l'Irak (la peur du terrorisme biologique qu'a suscitée la vague d'attaques à l'anthrax a aidé l'opinion à soutenir la guerre en Irak, estime le journaliste Philippe Coste) avant que, début 2002, la poudre utilisée soit identifiée comme d'origine américaine.
Après sept ans d'investigations menées par dix-sept enquêteurs, le FBI a déclaré la semaine dernière avoir résolu son enquête et trouvé le coupable : Bruce Ivins, un biologiste de 62 ans qui travaillait au laboratoire militaire de Fort Detrick dans le Maryland. On ne saura pas ce que le scientifique pense de ces accusations : il s'est suicidé le 29 juillet.
Les éléments sur lesquels le FBI s'appuie dans ses accusations ? Ivins était le » seul gardien » à son laboratoire » d'un grand flacon de spores d'anthrax très purifiés » similaires à ceux utilisés dans les envois criminels.
Ivins a eu un comportement « étrange » dans les jours qui ont précédé les envois des lettres, restant tard au laboratoire à nettoyer son bureau. La police cite encore des défauts dans les enveloppes contenant l'anthrax. Enveloppes justement en vente, entre autres, dans des bureaux de poste près de chez lui. Il y a aussi l'amertume d'Ivins vis-à-vis des médias, parce qu'un journaliste avait demandé à avoir accès à des informations du laboratoire (une lettre a été envoyée à Tom Brokaw, journaliste vedette de NBC). Le scientifique envoyait régulièrement des lettres au Congrès, or des lettres contenant de l'anthrax ont été adressées au Congrès. Le fait, également, qu'alors qu'il faisait partie des scientifiques qui aidaient l'enquête, il ait soumis un échantillon trompeur au FBI, interprété comme un geste pour « mettre les enquêteurs sur une fausse piste »… Enfin, des armes ont été trouvées chez lui.
En résumé, les sceptiques font valoir que ces éléments justifient que le Dr Ivins ait été suspecté de participation aux attaques, mais qu'ils ne suffisent pas à démontrer sa culpabilité.
Qu'est-ce qui a poussé le Dr Ivins à se suicider ?
L'annonce de la conclusion de l'enquête par le FBI a suivi d'une semaine le suicide (par overdose de Tylenol, un anti-douleurs) du Dr Ivins. Rien ne permet, d'après son avocat, de voir dans son suicide le geste d'un coupable qui se sentait acculé. Selon lui, Ivins ne se doutait même pas qu'il allait être inculpé, mais c'est l'acharnement du FBI à l'interroger qui l'aurait poussé à la boisson, à la dépression puis au suicide.
Le New York Times s'est intéressé à d'autres suspects, parmi les 9000 personnes interrogées par la police fédérale au cours de son enquête. Les soupçons ont, pour certains, eu de lourdes conséquences sur leur vie : alcoolisme, perte d'emploi, isolement social… Le cas le plus célèbre : celui du scientifique Steven Hatfill, resté sur la liste des suspects du FBI pendant près de six ans, qui a reçu 5,8 millions de dollars de la police fédérale en dédommagement de suspicions qui, selon lui, ont ruiné sa carrière.
L'énimgme de la poste
Le FBI ne parle pas de ce qu'il n'a pas trouvé : aucune trace d'anthrax chez lui ou dans son véhicule. De plus, si les lettres à l'anthrax ont été postées à Princeton dans le New Jersey, aucun élément (essence, péage ou autre) n'arrive à montrer que le Dr Ivins s'y soit rendu ne serait-ce qu'une des deux journées des envois, estime, sur Salon.com, l'avocat Gleen Greenwald, qui souligne les contradictions entre l'emploi du temps du scientifique et les dates d'affranchissement des lettres. La veille d'un des envois effectués dans le New Jersey, Ivins a travaillé jusqu'à 21h52 : il avait un rendez-vous tôt le lundi, puis un autre en fin d'après-midi. Princeton étant à trois heures de route, pour qu'il puisse être à l'heure à son rendez-vous, la lettre aurait dû porter un tampon de la veille de celui qu'on a trouvé.
Peut-on rattacher l'anthrax utilisé au Dr Ivins ?
Sur un blog qui relate cette enquête depuis des années, la biologiste Meryl Nass en doute. Si l'auteur des lettres a pris autant de précautions dans ses envois (adresses écrites en majuscules, enveloppes autocollantes et non pas fermées à la salive, absence d'empreintes digitales), pourquoi aurait-il utilisé une source d'anthrax aussi facilement identifiable ? Selon elle, on peut raccrocher de l'anthrax à un labo mais pas à une personne.
Gerry Andrews, microbiologiste, ex-chef du département de bactériologie de Fort Detrick où travaillait Ivins s'est inquiété dans une tribune au New York Times que les conclusions ne semblent s'appuyer sur aucune preuve scientifique convaincante. De nombreux quotidiens ont, dans des éditoriaux, posé la même question : le FBI assure que le scientifique a agi seul. Mais comment peut-on en être certain ?
Le Washington Post réclame l'ouverture d'une enquête indépendante. » Si elle validait le travail du FBI, cela rassurerait le pays sur le fait qu'il ne reste pas des assassins dans la nature et les théories du complot disparaîtraient. »


























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De Lemmy_Nothor
Pssssssstttt...t'as pas une brique ... | 19H37 | 13/08/2008 |
Que le FBI le traite de coupable, ça ne m'étonne pas. Mais que Rue 89 ai ce titre, je ne suis pas d'accord.
Vous auriez du écrire, un suspect, un suicide, etc etc….
Et la presomption d'innocence ? Cet homme n'a jamais été jugé, et les preuves me semblent plutot bancales, non ?
Par contre un suicide au Tylénol pour un homme qui a accès a tant de produits mortels je trouve ça un peu tiré par les cheveux.
De sinclair
20H36 | 13/08/2008 |
Etant donne qu'il est mort et que l'enquête est déclaree close on ne va pas aller bien loin.
Ceci dit cette histoire est curieuse dans sa forme suffisamment paniquante sans aller bien loin, juste a propos et sans revendication nettes malgré un grand nombre d'envoi rien de net decouvert.
Le suicide quand a lui au Tylenol (paracétamol, doliprane efferalgan) est dur a avaler si l'on peut dire.
Les théories du complot vont pouvoir se développer, éventuellement a juste titre
De stangrof
20H50 | 13/08/2008 |
Bonsoir, pas besoin de theorie du complot : -)
un seul exemple
Au lendemain des attaques d'anthrax en 2001, la Maison Blanche a, à maintes reprises, insisté auprès du directeur du FBI Robert Mueller pour prouver que c » était une deuxième vague d'assaut par Al-Qaida.
http://www.nydailynews.com/news/us_world/2008/08/02/2008-08-02_fbi_was_t…
A bientôt
http://www.ipernity.com/home/stangrof
De onegus
in & out | 03H34 | 14/08/2008 |
Merci Guillemette pour cet article. Cette histoire énorme n'est absolument pas traitée par nos médias, alors qu'elle est d'une gravité supérieure à celle des papiers du Pentagone…
Au-delà de la question d'Ivins, suicidé bien utile, elle renvoie à une question toujours sans réponse : pourquoi le personnel de la Maison-Blanche, à commencer par Bush lui-même, a-t'il été placé sous Cipro, antibiotique spécifiquement dédié à la protection contre l'anthrax dès le soir du 11 septembre 2001 ?
http://www.washingtonpost.com/wp-srv/aponline/20011023/aponline201158_00…
Est-ce que Ivins aurait prévenu la Maison-Blanche avant d'envoyer ses courriers ?
Evidemment, c'est ridicule, selon diverses sources, cette « précaution » aurait été prise sous les conseils d'un certain Jerome Hauer, un personnage qui apparaît assez central et dans cette affaire et dans la question du 11 septembre…
« Expert » à la télévision, délivrant en direct toutes les « explications » d'un évènement hors-norme ( http://www.youtube.com/watch ? v=7GDa-L4hHHo ), Hauer est également celui qui offrit à John O'Neil le poste au WTC qui lui coûta la vie… Bref, un personnage qui devrait éveiller la curiosité de tout journaliste d'investigation qui se respecte…
Pour mémoire, se rappeler également que les sénateurs Daschle et Leahy, qui ont reçu ces courriers « poudrés », étaient les 2 seuls à avoir publiquement déclaré avoir des réserves à propos du patrioct act…
http://www.fbi.gov/pressrel/pressrel01/102301.htm
http://www.historycommons.org/context.jsp ? item=complete_911_timeline_556…
Bref, on avance… Irak => anthrax => 11 septembre… Ah, si seulement j'étais journaliste… ; -)
De SB68
09H29 | 14/08/2008 |
Savez-vous qu'il y a en ce moment aux USA une ENORME affaire de papiers trafiqués par Dick Cheney qui voulait absolument lier l'attaque d'antrax à Saddam Hussein. Ron Suskind vient d'écrire un livre où tout est dit.