De la multiplication des fichiers de données à l'envolée du prix du gaz, en passant par la protection de Sarkozy en vacances…
Le Parlement est fermé, les ministres sont en vacances, Nicolas Sarkozy se repose auprès de Carla Bruni… Officiellement, les affaires courantes de la France sont gérées par les conseillers de permanence. Bien sûr, les soubresauts de la vie dans le monde, de Pékin à Tskhinvali via Porcieu-Amblagnieu, obligent parfois les gouvernants à sortir de leur torpeur estivale. Mais l'encéphalogramme de l'actualité politique vire le reste du temps à la platitude la plus complète.
Les vacances d'été ne sont pourtant pas dénuées d'intérêt. Déjà propices à mettre un terme aux conflits sociaux en tout genre, elles constituent aussi une période prisée des responsables politiques pour faire passer discrètement lois, décrets et autres arrêtés qui feraient polémique le reste de l'année. Pour les débusquer, une seule solution : la consultation assidue du Journal officiel, bible quotidienne des textes normatifs. Passage en revue des informations publiées au JO depuis le 1er juillet, et passées quasiment inaperçues.
Après « avis favorable » paru au JO de la Commission de régulation de l'énergie sur le barème proposé par Gaz de France, Luc Chatel, porte-parole du gouvernement et secrétaire d'Etat à la Consommation, a déclaré ce mardi 12 août sur France 2 : « Le gouvernement a proposé une hausse de 2% des tarifs réglementés d'EDF et de 5% de ceux de GDF-Suez. » Le même Luc Chatel qui affirmait mardi 1er juillet sur iTélé : « Il n'y aura pas d'augmentation du gaz en juillet. » Effectivement, cette augmentation interviendra à la mi-août… après déjà 4% de hausse début janvier et 5,5% fin avril !
Quand on a un mauvais carnet de notes, mieux vaut qu'il arrive lorsque l'on est en vacances. Le gouvernement a donc de quoi être soulagé : la loi rapportant le résultat budgétaire de l'Etat en 2007 n'a été promulguée qu'au mois août. D'autant qu'elle affiche 34 716 568 395,82 euros de déficit public. On est loin des promesses de campagne du candidat Sarkozy, qui martelait : « La France doit réduire ses dépenses publiques. » 2006 : 269 milliards d'euros de dépenses pour le budget général de l'Etat. 2007 : 270 milliards d'euros.
Le dispositif a fait grand bruit au mois de juin : le chômeur qui « refuse à deux reprises une offre raisonnable d'emploi » sera « radié de la liste des demandeurs d'emploi ». L'opposition et les syndicats ont crié au danger de créer un critère aussi flou. Rien n'y a fait : les outils pour comparer notamment « la nature et les caractéristiques de l'emploi ou des emplois recherchés » et ceux de l'emploi proposé n'ont pas été livrés dans la loi publiée au coeur de l'été.
« Le montant annuel des droits de scolarité en formations d'ingénieurs, initiale et continue diplômante, dans les écoles nationales supérieures des mines et dans les écoles nationales supérieures des techniques industrielles et des mines est fixé à 600 euros pour l'année universitaire 2008-2009 et à 800 euros à partir de l'année universitaire 2009-2010. » L'arrêté parle de lui-même. Et quand on sait que ces mêmes frais s'élevaient à 450 euros pour l'année 2007-2008, on comprend qu'ils doublent pratiquement en deux ans.
Atteint par l'âge de la retraite, le président de RFI, Antoine Schwarz, a dû quitter la « voix de la France à l'étranger », mais ne partira pas tout de suite cultiver son potager. Il a été nommé dans la foulée conseiller maître à la Cour des comptes, au tour extérieur (ce n'était pas son corps d'origine). Ou comment gonfler ses futurs émoluments de retraité.
A côté de la médiatique passation de pouvoirs au poste de directeur du cabinet de l'Elysée, la fantasque Emmanuelle Mignon (qui estimait que les sectes étaient « un non-problème ») ayant été remplacée par le très préfectoral Christian Frémont, il y a pléthore de mouvements dans les bureaux du gouvernement. Notons, au sein du très à droite ministère de l'Immigration, de l'Intégration, de l'Identitié nationale et du Développement solidaire, un chassé-croisé de directeurs de cabinet tendance « gauchistes de droite ». Thierry Coudert, président-fondateur du mouvement des « sarkozystes de gauche » La Diagonale, cède la place à Michel Bart, ancien directeur adjoint des cabinets des ministres de l'Intérieur Jean-Pierre Chevènement (1999-2002) et Daniel Vaillant (2000). Egalement, Fanny Auverny-Bennetot, conseillère en communication de Fadela Amara, est annoncée partante au 31 août. Le Canard Enchaîné faisait état la semaine dernière de sa lassitude à « travailler dans les cris ».
Si vous avez envie de passer des vacances en toute quiétude, imitez Nicolas Sarkozy : faites interdire tout survol de la région de la maison de vacances familiale de votre femme. Et pas uniquement durant le temps où il s'y repose, mais du 15 juillet au 15 septembre.
Bien décidé à garder la main sur la sécurité intérieure, même hors des murs de Beauvau, le Président a nommé deux de ses proches à des fonctions hautement stratégiques. Bernard Squarcini, d'abord. Chouchou de Nicolas Sarkozy, notamment depuis qu'il lui a permis de s'attribuer les mérites de l'arrestation d'Yvan Colonna, il remplace le très chiraquien préfet Bousquet de Florian. Son rôle sera crucial, puisqu'il chapeautera la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI), nouvelle entité regroupant la Direction de la surveillance du territoire (DST) et les Renseignements généraux (RG). Bernard Bajolet, ensuite. Nommé coordinateur du renseignement national, il est le symbole de la mainmise de Nicolas Sarkozy sur les missions de renseignement en France, jusque-là responsabilité principale du Premier ministre.
On a beaucoup parlé du fichier Edvige (Exploitation documentaire et valorisation de l'information générale), qui mêle les fichiers de la DST et des RG. Beaucoup moins du fichier Cristina (Centralisation du renseignement intérieur pour la sécurité du territoire et les intérêts nationaux), à propos duquel la délibération de la Cnil (Commission nationale de l'informatique et des libertés) a pourtant été publiée le même jour que le décret portant création d'Edvige, et qui rassemble les données personnelles classées « secret défense ». Et encore moins du fichier « VIS DGI Multicritère », qui centralise pour la Direction générale des finances publiques des données fiscales à caractère personnel, afin « d'améliorer l'assiette de la fiscalité directe locale et la connaissance du tissu foncier ».


























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De Menfeser
| resefneM | 20H18 | 12/08/2008 |
« 269 milliards d'euros de dépenses pour le budget général de l'Etat. 2007 : 270 milliards d'euros »
Avec l'inflation record c'est une baisse…
De Julien Marot
21H17 | 12/08/2008 |
Ce qui m'effraie le plus dans cette avalanche de nouvelles sournoises gouvernementales, c'est bien le fichage à tous les étages.
Peu à peu la France cesse d'être la patrie des droits de l'homme. Bien des peuples opprimés regardaient notre nation avec envie, c'est cette espérance-là que nous sommes en train de foutre en l'air !
De ShredBluZ
Ingénieur Agronome | 22H42 | 12/08/2008 |
Assez pour éviter qu'un élève-ingénieur redouble une année, quels que soient ses résultats. Pour info, les écoles publiques d'ingénieurs en agriculture (donc ministère de l'agriculture et pas de l'éducation) en sont déjà à 1100 € par an pour les frais d'inscription (3 ans dans l'écrasante majorité des cas, cf la remarque précédente). Et ce montant augmente de 50 euros tous les ans.
Mais c'est évident que le coût de formation des ingénieurs est énorme, quand on sait le prix que coûte un intervenant extérieur. Ce qui pousse les écoles à chercher des financements privés, ce qui a nécessairement des conséquences sur la politique d'enseignement. Pour exemple, l'ENITA de Clermont-Ferrand est financée en grande partie par l'entreprise Limagrain, leader européen de l'industrie semencière et qui défend fermement les OGM. Résultat : les cours sur l'agriculture biologique sont inexistants (ou optionnels).
De laplote
hello | 10H48 | 13/08/2008 |
http://laplote.over-blog.fr/
De Audrey64
Attaché territorial | 12H24 | 13/08/2008 |
Le fichier VisDGI existe depuis 2004, il a notamment remplacé les matrices cadastrales et fiscales papier que l'on pouvait consulter dans les mairies et que les Impôts envoyaient chaque année.
Je suis DGS d'une commune de 3400 h dans le Béarn et j'ignorais que VisDGI était devenu « multicritère ». Notre commune n'a reçu aucune information de la Préfecture, alors que nous sommes destinataires de ce fichier. Mais, bon, ça n'est pas la première fois que nous devons nous « débrouiller » avec les informations parues dans la presse….
Cela dit en passant, et je vais peut-être en choquer certains, ce fichier est très utile au quotidien dans une mairie. Vous trouvez dedans les dates de naissance des personnes, leur lieu de naissance, leur conjoint s'ils sont mariés (avec les dates et lieu de naissance de ce conjoint), leur adresse sur la commune s'ils sont locataires ou propriétaires-habitants, leur adresse ailleurs s'ils sont propriétaires-bailleurs, le montant de l'impôt local qu'ils paient (taxe d'habitation, taxe foncière), les surfaces exactes de leur local et des dépendances (piscine, garage, etc), l'année de la dernière vente de ce local.
Il n'est pas rare que nous consultions ce fichier pour jouer au « petit détective ».
Exemple récent : une dame seule habitant notre commune a reçu des menaces de mort par ses voisins d'en face ; avec le fichier on peut localiser les appartements d'en face et savoir qui sont les locataires et propriétaires, et éventuellement se renseigner sur eux. Parce que dans ce cas précis, la Gendarmerie a refusé de prendre la plainte de cette dame, donc c'est la mairie qui mène l'enquête de son côté.
Autre exemple : un artisan installe son atelier dans sa maison située dans un quartier résidentiel et le bruit indispose fortement les voisins. Après recherche sur le fichier, il s'avère que la maison est en fait louée à la concubine de l'artisan, et que ce dernier n'existe pas administrativement sur la commune (ne paye pas d'impôts, n'est pas inscrit sur la liste électorale) et qu'en plus il a construit une piscine sans aucune autorisation d'urbanisme (qui aurait du être déposée par la propriétaire de la maison). Ces renseignements ont été fort utiles pour les voisins qui ont fait un procès au gêneur et ont gagné. Précision : ça n'est pas la mairie qui a fait le procés car la maison était louée via l'agence immobilière dirigée par l'épouse du Maire…..