Sur le terrain

Afghanistan : les Marines tentent en vain de s'allier la population

Les incompréhensions entre Américains et paysans afghans lassés des contrôles font le jeu des Talibans. Reportage.

Le 24e corps expéditionnaire des Marines en Afghanistan (Emmanuel Derville)

(Du district de Garmser / Afghanistan) Ecrasés par la chaleur, le poids de leur arme et de leur gilet pare-balles, les Marines de la compagnie alpha progressent lentement, le long des champs du district de Garmser. Ce matin, le capitaine Dynan, un petit homme trapu aux épaules carrées et au crâne rasé, va rencontrer le chef du village qui jouxte son campement. Une visite de courtoisie pour obtenir la confiance du « malek », et surtout des informations sur les Talibans.

Soudain, un Afghan passe à travers champ, en poussant sa moto. Le caporal Hughes, un grand brun de type hispanique originaire de Floride, lui fait signe de s'arrêter. Mais l'homme ne comprend pas. Le ton monte : « Arrêtez-vous et soulevez votre vêtement », s'énerve le caporal. L'Afghan obéit en maugréant, lançant des phrases en pachtoun que le soldat est incapable de comprendre. « C'est ça, moi aussi je t'emmerde », lui répond-il.

Un exemple parmi d'autres des relations tendues que les Américains entretiennent avec les Afghans. Les Marines du 24e corps expéditionnaire sont arrivés au mois d'avril pour chasser les Talibans qui avaient fait de ce district un fief où ils taxaient les cultivateurs de pavot afin de financer leur insurrection contre la coalition. En 2007, selon le bureau des Nations unies contre la drogue et le crime, ils ont levé 100 millions de dollars. Après 35 jours de combat, écrasés par la puissance de feu américaine, les Talibans se sont repliés au Pakistan.


Pour voir le diaporama d'Emannuel Derville, cliquez ici

Depuis deux mois, une autre mission commence pour les Marines : ils doivent se rallier la population pour priver les Taliban de tout appui dans le district. Mais entre les soldats et les Afghans, la mésentente est totale.

Quand ils patrouillent dans les villages, les Afghans les évitent. A peine croise t-on quelques gamins, amusés par ces robocops armés, casqués, gilet pare-balle sur le dos et lunettes de soleil sur le nez. « Ce n'est pas idéal pour entrer en contact avec les gens, reconnaît le capitaine Dynan. Mais, pour nous, c'est une question de sécurité. »

« J'en ai rien à foutre de ce qu'il dit. Barrons-nous d'ici »

Si les Afghans évitent les Marines c'est aussi à cause des fouilles. Car pour vérifier que les paysans ne portent pas de ceinture d'explosifs ou d'arme, les Marines se tiennent à distance et leur font signe de relever leur « shalwar kameez », le vêtement traditionnel afghan qui descend jusqu'au genou. Une méthode que critique un interprète afghan qui travaille avec les Américains : « Les gens ici sont très pudiques et les forcer à montrer leur poitrine ou leur jambe, c'est humiliant. »

Lors d'une patrouille, un soldat de la compagnie Alpha ordonne à un paysan de relever son vêtement, mais cette fois, le vieil homme, barbe noire et turban sur la tête, proteste. Son champ est installé à quelques centaines de mètres du campement des Marines et à chaque fois que les soldats passent devant chez lui, il se fait fouiller. « Il dit qu'il en a assez d'être contrôlé », traduit l'interprète. Le sous-officier qui commande la patrouille l'écoute d'une oreille distraite. Avant de conclure, lassé : « J'en ai rien à foutre de ce qu'il dit. Barrons-nous d'ici. »

Il faut dire que les Marines n'ont rien en commun avec les paysans du Helmand. Agés d'une vingtaine d'années, ces jeunes issus de villages perdus des Etats-Unis passent le temps en écoutant du hard rock ou du R&B, en lisant des revues porno ou des magazines automobiles. Ou encore font de la musculation, le corps bardé de tatouages comme « USMC » pour United States Marines Corps. Mais aussi des têtes de mort, des flammes, des ailes d'ange dans le dos…

Les Talibans posent à nouveau des mines

Seuls les officiers sont en contact avec les habitants et les chefs de village. Des relations empreintes de méfiance. Accompagné d'un interprète, le capitaine Dynan tient une réunion avec le directeur de l'école et les anciens du village voisin. « Nous n'avons pas assez d'argent pour payer les professeurs, explique le directeur. Nous avons aussi besoin d'une pompe à eau. » Mais avant de lancer les travaux, les Américains veulent s'assurer que l'argent ne sera pas détourné.

« Vous avez combien d'élèves dans votre école, interroge le capitaine. Et quelles sont les matières que vous enseignez ? “ Une méfiance qui ralentit la reconstruction. Deux mois après la fin des combats, les travaux n'”ont toujours pas commencé. Les Talibans profitent de cette mésentente pour garder des contacts dans le district. Depuis leur repli en juin, ils se sont réorganisés et posent des mines qu'ils déclenchent à distance.

Le 3 août, un convoi a sauté sur une bombe. L'explosion a fait un blessé. Quelques jours plus tôt, c'est un camion de ravitaillement qui a été visé, sans faire de victime. Les islamistes s'en prennent aussi aux “collaborateurs”. Fin juillet, ils ont assassiné un homme qu'ils soupçonnaient d'être un informateur et ont abandonné son corps au milieu d'un village. Pour l' »exemple.

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4 commentaires sélectionnés

Portrait de pablico

De pablico

20H08 | 11/08/2008 | Permalien

comment se comporter ?
le soldat est un engagé volontaire. Il fait un job. Il essaye de ne pas se faire tuer, il a peur. Il n'en a rien a foutre de la culture de l'autre, car il est en survie, il se méfie. Il ne cherche même pas à comprendre, en plus il ne parle qu'anglais. Il fait son job.
Comment voulez vous que cela marche ? Cela ne marchera jamais, surtout dans le temps.
Jamais une guerre de ce genre n'a été « gagnée', c'est malheureusement un coup d'épée dans l'eau, mais avec des cadavres..
Et pourtant ils sont là pour libérer de l'obscurantisme, une bonne cause, mais qui a des effets déplorables.
on y est engagé aussi dans ce bourbier.

Portrait de parousnik

De parousnik

20H25 | 11/08/2008 | Permalien

Tous les afghans ne sont pas uniquement Taliban ou collabo des forces armées anglo-saxonne. De plus les talibans sont apparus soutenus et financés par les états unis lors de l'occupation soviétique…et a ce moment la l'occident bien sur les soutenait pourtant déjà ils imposaient aux femmes ce que vous leurs reprochez aujourd'hui et alors la propagande occidentale fermait pudiquement les yeux…et trouvait cela très bien puisque alors l'ingérence était hypocritement interdite… Il y a des hommes et des femmes afghanes qui se battent contre les envahisseurs anglo-saxons parce que c'est naturel de se battre pour la liberté de son territoire… La propagande veut nous faire croire que la Résistance aux armée d'occupation n'est que talibans ce n'est pas vrai…voilà tout… Ne déformez pas ce qui est je dis.

Portrait de Lemmy_Nothor

De Lemmy_Nothor

Penguin In Bondage | 21H04 | 11/08/2008 | Permalien

Je note que tout le monde ici parle de soldats Américains. Les Marines ne sont pas des soldats, ce sont des troupes de choc, style SAS Britanniques, mais beaucoup moins intelligents. Les Marines sont des machines a tuer, ils n'ont aucune experience dans l'occupation d'un pays, il n'apprennent pas ça dans leur formation.

Par contre une chose que ne dit pas l'article, c'est que depuis six mois environ, les Américains ( mais pas les Marines) ont inclus dans leur troupes des soldats des UAE ( United Arab Emirates), qui eux sont des Musulmans, et qui ont beaucoup plus de facilités à être acceptés par les populations locales. Ils parlent la même langue, ont la même religion, et comprennent beaucoup mieux les coutumes locales, et les respectent. Ils sont aussi respectés par les Afghans. Les Britanniques avaient aussi une tactique qui fonctionnait passablement bien. La plupart de leurs soldats s'étaient laissé poussé la barbe. Ça semble puéril,mais ils étaient plus respectés par les chefs de villages qui considèrent un homme imberbe comme n'étant pas tout a fait un homme.

Portrait de DBL8

De DBL8

Retraité | 22H38 | 11/08/2008 | Permalien

 »…Il fait son job… »

Vous vous trompez, ce sont de pauvre types à qui l'on a fait miroiter des jours meilleurs s'ils s'engageaient dans cette armée, comme par ex. : finir ou faire des études ! Ainsi qu'une vie meilleurs pour les parents.

Et écrire pauvres types n'est en rien péjoratif, car ce sont POUR LA PLUPART DES PAUVRES AU SENS PROPRES.
Avez-vous entendu, vue ou lu qu'il y en avait beaucoup qui faisait tout pour ne pas retourner là-bas (désertions ou blessures) ?
« C'est leurs job » ? Mais leurs avait-on dit ce qu'il allait y faire, et dans quelles conditions ?
Ils ont peurs ? C'est justement ce qui ne va pas ! Un soldat qui commence à avoir peur fait, comme nous le constatons) n'importe quoi pour sauver sa peau sans tenir compte des réalités du moment.

Bien sûr s'engager dans l'armée ce n'est pas pour entretenir un jardin, ou celui que le copain a sur le ventre car il vient d'y passer, tout le monde sait que l'armée c'est pour tuer ; mais les conditions de recrutement sont pour le moins discutable !

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