Tribune

Frégates de Taïwan, affaire Tapie: nous n'avons plus de justice

Nous en sommes bien éloignés de ce pays qui aimait à rappeler qu’il avait écrit le préambule de la Constitution et l’article 14 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui précisent que les citoyens par eux-mêmes ou par leurs représentants constatent la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d’en suivre l’emploi et d’en déterminer la quotité, l’assiette et le recouvrement.

Une fois de plus, le contribuable va devoir assumer le coût de la défaillance de la Justice, soigneusement organisée, permettant ainsi très probablement aux bénéficiaires des rétrocommissions des frégates de Taïwan de garder leur magot cependant que les citoyens payeront l’équivalent à Taïwan.

Le non-lieu requis dans cette affaire était inévitable dès lors que le secret-défense opposé par les ministres des Finances successifs aux demandes formulées par le juge d’instruction rendait la poursuite de l’information impossible. Les documents douaniers étant cachés, il était impossible d’accéder aux noms des ressortissants français destinataires des commissions.

Au passage, il faut noter la différence de traitement judiciaire et de moyens mis en place pour traiter de l’affaire des listings de Clearstream et de l’affaire des frégates, ces moyens étant inversement proportionnels à l’intérêt de la société dans son ensemble, à la solution du problème.

La justice au bénéfice de quelques uns et au détriment de tous les autres

La clôture du volet pénal va donc laisser ouvert l’arbitrage en cours (encore un  ! ) entre Thomson et Taïwan dont le risque pour le contribuable est de 72% des 599 millions de dollars correspondant aux commissions illicites dont une partie des fameuses rétrocommissions. D’où l’intérêt évident qu’il y aurait eu pour le contribuable que la Justice connaisse les destinataires et puisse obtenir le remboursement des sommes perçues…

Pour la deuxième fois en un mois, la première étant l’arbitrage Tapie dont les conséquences seront supportées par le contribuable, on constate que le pouvoir bloque la Justice au bénéfice de quelques uns et au détriment de tous les autres. Non seulement ce comportement est inacceptable sur le plan éthique et tout simplement moral, mais encore il l’est sur le plan politique.

Nous n’avons plus de justice au sens auquel les pays démocratiques l’entendent. Le mépris du droit et le refus de l’Etat de droit, la dépendance des juges, un fonctionnement à deux vitesses, l’impunité de certains sont devenus un état de fait, une banalité. En plus, dans notre pays, l’intérêt général a disparu. Qui désormais le défend  ?  Personne.

La France comme n’importe quelle monarchie bananière

Certes, lorsqu’il s’agit de réduire les dépenses publiques pour essayer d’engager enfin une politique de finances publiques respectueuse de nos engagements européens et de l’avenir de nos enfants, rien ne doit résister  : ni casernes, ni emplois de professeurs, ni service publics de proximité.

Mais lorsqu’il s‘agit de protéger certaines personnalités, on ne regarde plus à la dépense (pas plus du reste qu’en "com" gouvernementale). Qui peut défendre les contribuables  ? L’action dans l’intérêt du contribuable qui existe à l’échelle locale est fermée à l’échelle nationale. La Cour des comptes pourrait, elle, être saisie, mais par qui et contre qui  ? Dès lors, force est de constater que tout est désormais possible dans notre pays comme dans n’importe quelle monarchie bananière, la prétention en plus. La conquête des droits de l’homme, version 1789 , est de nouveau un combat pour les citoyens français.


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Par vol19
21H07    07/08/2008

Difficile d’être en désaccord avec votre article, et bravo pour votre action pour EDVIGE, toutefois pour le moins que l’on puisse dire ces questions ont été bien peu reprises ou plutôt peu audibles tant chez les politiques que dans les médias auquel s’ajoute une passivité de l’opinion. L’impression que l’on s’enfonce dans la mélasse.
D’ailleurs lorsque l’on reprend les travaux de René Girard « la justice n’est plus rendue » est bien un des symptômes de ces « crises d’indifférenciations » dont nous avons désormais et depuis un certain temps tous les clignotants au rouge.

Personnellement, je pense que vous avez raison de poursuivre dans la perspective et avec toute l’énergie ou vous le faîtes (et parfois avec succès pour les pollueurs/payeurs), mais… est-ce encore possible?

 
Par Alexad
22H06    07/08/2008

Devrons-nous accepter encore longtemps d’être écrasés de la sorte, nous qui avons déjà réglé, entre autres, une première addition laissée par le Crédit Lyonnais ?

Moins que la dette à laquelle ce gouvernement fait allusion très souvent pour nous culpabiliser, je crains que nous ne laissions en héritage à nos enfants la destruction des acquis sociaux qui représentaient un vrai progrès, le démantèlement des biens collectifs, l’arrogance, le mépris et l’instauration de ces pratiques honteuses que vous dénoncez dans votre excellent article ! Le pire étant que ce pillage est présenté comme s’il s’agissait de modernité alors qu’il ne s’agit que d’un sévère retour en arrière, réalisé par un gouvernement résolument tourné vers la revanche et le passé.

 
Par caleb irri
22H25    07/08/2008

et oui, madame lepage, l’avenir c’est le passé.

je suis assez étonné de vous voir tenir ces propos, et également du biais que vous utilisez pour vous exprimer.

serait-ce une opinion personnelle ou une vision de parti?

pour ce qui est de l’article, ce que vous dites est assez juste. mais ce n’est pas la première fois que les choses se passent ainsi. le contribuable paye toujours la note, et les affaires enterrées n’ont jamais manqué.

en temps de crise il n’est pas rare de voir ce genre d’actions perpétrées: quand il n’y a plus d’argent, on se remet à exploiter le peuple.

mais rassurez-vous, les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets… à moins qu’Edvige et ses copines verichipées ne les empêchent.

n’est-il pas déjà trop tard pour se rebeller?

 
Par Millecalottes SARKASTIK
08H25    08/08/2008

@ Corinne LEPAGE (Riveraine parmi d’autres.)

Ma Chère Corinne, si vous êtes sincère et objective, je vous soupçonne d’être d’une exceptionnelle naïveté. Nous ne nous connaissons pas, et je n’irais pas vers vous comme vers d’autres ! Mais je tenais à vous dire, qu’ils sont nombreux comme moi, à croire que « la solution », ne passe plus par des politiques professionnalisés. Je n’accuse pas les hommes, mais la structure à reconstruire ne doit plus leur permettre de si facilement succomber à leurs si naturelles tentations. Les mandats doivent devenir uniques, non cumulables et non renouvelables. La VRAIE concertation fera que l’équipe qui suivra, continuera les projets non aboutis…
Il faut croire Corinne, que nous sommes « piégés » dans une unité de temps et d’espace, qui appartient à un ENSEMBLE peuplé d’infâmes primitifs décérébrés à tendance mégalomane autodestructrice dont la masse est critique. Observez bien, que les rares asociaux de ce système extra formaté, font l’objet d’un classement, d’un fichage n’ayant pour seul but que de les placer dans la liste d’attente pour la lobotomie programmée. Nos représentants n’ont de cesse, que de s’ingénier à, appliquer méthodiquement le contraire de ce qu’ils attendent de nous : « taisez-vous, soyez sage, prudent, respectueux, économisez, responsabilisez-vous, assumez vos erreurs ! ».
Aussi et afin de vous éviter un suicide prévisible, j’entrevois une petite lueur, la vôtre ! Analysez, réfléchissez, cherchez la contradiction, ne vous découragez pas mais soyez très prudente, c’est le gage d’un possible destin.

Très cordialement

 
Par kkadim
08H49    08/08/2008

y a queque chose qui me géne dans les réactions : c’est le « a quoi bon voter », « démocratie = pourriture », « y a jamais de justice de toute façon »,  » à quoi bon dénoncer ces faits ».
je répondrais simplement ceci : même dans la plus pourrie des démocraties on peut encore ouvrir sa gueule, et rien que pour çà c’est une immensité de progrés par rapport aux autres systémes politiques. et dénoncer ces faits, même si celà n’aura aucune suite judiciaire, montre aux profiteurs que l’on sait. c’est minuscule certes, mais le jour où vous perdrez ces « détails futiles » et risquerez de « disparaitre » ‘physiquement parlant; vous comprendrez pourquoi je ne critiquerai pas ce pourri de systéme.

 
Par C. Creseveur
10H32    08/08/2008

Quelle consternation! Se rendre compte aujourd’hui que la seule contestation, disons la seule voix contestataire, vient de Corinne Lepage, ministre de l’écologie d’un gouvernement de droite, montre à quel néant politique nous sommes rendus.

Bravo tout de même Mme Lepage pour ce billet d’humeur.